Une salle de cinéma moderne au Monument-National
Le plus vieux théâtre québécois deviendra une salle de cinéma à la fine pointe de la technologie. Le Monument-National a acquis des équipements de projection numérique qui lui permettront d’accueillir des premières et d’autres évènements cinématographiques.
Publié à 10 h 40
Alexandre Vigneault La Presse
L’appareillage acquis par le Monument-National, propriété de l’École nationale de théâtre du Canada, a été installé dans la salle Ludger-Duvernay, qui peut accueillir 800 spectateurs.
« Ce projet s’inscrit pleinement dans notre engagement à soutenir la création artistique et à enrichir l’écosystème culturel », a affirmé Fanny Pagé, directrice générale de l’École nationale de théâtre du Canada.
L’infrastructure de projection numérique a été acquise grâce à une aide financière de 210 000 $ de la Ville de Montréal, précise un communiqué diffusé jeudi.
Le Monument-National, construit entre 1891 et 1893, accueillera notamment la soirée d’ouverture du festival Cinémania avec la présentation du plus récent film de Léa Pool, On sera heureux, scénarisé par Michel-Marc Bouchard.
VICTOIRE POUR LA TULIPE
Après des années de litige en raison de plaintes d’un voisin, l’emblématique La Tulipe pourra recommencer à faire du bruit , a tranché la Cour supérieure qui a invalidé une injonction rendue dans le passé.
La Cour invalide une injonction: la salle de spectacle La Tulipe pourra recommencer à faire du bruit
La Cour supérieure a invalidé une injonction qui interdisait la mythique salle de spectacle de faire du bruit, en raison d’un changement de règlement effectué par le maire du Plateau Luc Rabouin
AC/DC au parc Jean-Drapeau le 12 septembre 2026
Le légendaire groupe de hard rock AC/DC sera en concert à Montréal, le 12 septembre 2026. Il se produira également à Vancouver le 13 août et à Toronto le 16 septembre.
Onze ans après avoir joué au Stade olympique, AC/DC ira à la rencontre de ses fans québécois au parc Jean-Drapeau, à Montréal, dans le cadre de sa tournée Power Up.
Le Cirque du Soleil visitera l’univers éclaté de Leloup
Par Geneviève Beaulieu-Veilleux, Le Nouvelliste
18 novembre 2025 à 06h00
L’inimitable chanteur Jean Leloup aura son hommage par le Cirque du Soleil cet été à l’amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières. (Marco Campanozzi/Archives, La Presse)
Le Cirque du Soleil a dévoilé mardi matin quelle personnalité teinterait la série Hommage, présentée cet été à l’Amphithéâtre Cogeco de Trois-Rivières. C’est dans l’œuvre musicale éclectique et colorée de Jean Leloup que plongera le public du 15 juillet au 15 août.
Après l’humour grinçant du groupe Rock et Belles Oreilles et la poésie envoûtante de Daniel Bélanger, c’est dans le répertoire musical de l’auteur-compositeur-interprète Jean Leloup que les spectateurs seront invités à entrer pour ce 10e hommage circassien.
Un artiste «inclassable»
Avec ses 40 ans de carrière et 11 albums, Jean Leloup a sans contredit une carrière prolifique et singulière. Artiste de génie au style unique et provocateur, le chanteur a débuté dans le milieu vers la fin des années 1980 et n’a depuis cessé la création, ne laissant personne indifférent.
Au fil des décennies, il a cumulé les explorations musicales, , les distinctions, les surnoms, mais aussi… les disparitions. On l’a connu comme étant John the Wolf, Dead Wolf, Johnny Guitar, Johnny Welltiper, mais aussi Massoud Al-Rachid, le Roi Ponpon ou bien J-Lo.
Cet hommage du cirque s’ajoute à ces nombreuses réalisations artistiques. «Quand j’avais 8 ans, j’ai vu un cirque ambulant dans le sud de la France, avec de vieilles roulottes peinturées et un couple d’acrobates vêtus d’or, d’azur et de rouge corail. La femme, une panthère, marchait sur un fil et faisait des saltos arrière; le monsieur, un géant aux muscles d’acier, se tenait sur une main. Je me suis dit que c’était le but suprême de toute existence humaine: vivre en se promenant librement et en faisant des tours incroyables devant des gens émerveillés», se souvient Jean Leloup.
«Alors pour moi, penser que des acrobates semblables au couple sacré que j’avais vu dans le sud de la France feront des tours sur mes chansons, c’est le bout du bout.»
— Jean Leloup, artiste hommagé
L’affiche officielle du spectacle hommage du Cirque du Soleil pour l’été 2026. (Cirque du Soleil)
Artiste aux influences éclectiques, le chanteur a ouvertement confié dans les dernières années sa réalité: celle de vivre avec un trouble bipolaire. Un génie musical pour plusieurs, un drôle de spécimen pour d’autres, mais un artiste qui aura laissé sa marque sur plusieurs générations avec des succès comme I lost my baby, 1990, Je joue de la guitare ou plus récemment: Paradis City.
«Pour le 10e opus, on voulait que ce soit musical, et Leloup est un nom qui revenait souvent dans les dernières années», raconte Thomas Grégoire, directeur général de l’Amphithéâtre Cogeco. Pour lui, le chanteur qui cumule quatre décennies de carrière possède un style reposant sur un mélange des genres musicaux et un phrasé musical pareil à aucun autre. «Ça en fait un artiste original et inclassable.»
«Leloup est un personnage. Un artiste avec un grand A!»
— Thomas Grégoire, directeur général de l’Amphithéâtre Cogeco
Côté inspiration, le Cirque du Soleil aura la latitude de piocher dans un répertoire musical riche et varié pour appuyer ses tableaux.
C’est justement là toute la beauté, mais aussi le défi sur lequel repose la proposition, estime Daniel Ross, directeur de la création. «Le défi principal sera de choisir parmi les chansons. Il y a tellement de stock et du matériel varié», partage-t-il d’emblée.
Poète à la plume créative et lucide, Jean Leloup est un artiste anticonformiste qui fait peu de place aux compromis. (Yan Doublet/Archives, Le Soleil)
Célébrer «l’enfant terrible» de la musique
Pour lui, l’artiste évoque la capacité à évoluer, à se réinventer et à explorer, sans compromis. Il indique que le cirque se reconnaît beaucoup dans l’aspect «enfant terrible» et personnalité plus «en marge» que représente Leloup. «Le cirque vient de la rue! On a toujours cette fibre, cette émotion qu’on apporte dans nos spectacles», évoque M. Ross.
«Sa capacité à nous surprendre par ses mutations constantes, ses textes puissants et lucides, et sa musique ancrée dans la recherche fervente du groove nous offrent un terrain d’écriture circassien d’une richesse infinie.»
— Daniel Ross, directeur de la création au Cirque du Soleil
L’œuvre de Jean Leloup est une inspiration qui relève du fantasme, renchérit-il. Créer des histoires, des personnages et des images à partir de mélodies aussi foisonnantes est un cadeau. «Nous nous reconnaissons dans son univers à la fois déstabilisant et familier, rebelle et rassembleur. C’est un immense privilège de faire parler notre culture à travers un artiste exceptionnel», poursuit le créatif.
La proposition de ce spectacle hommage est présentement en conception, mais on sait déjà que l’équipe entend miser sur l’audace. Une autre facette que Leloup et le cirque ont en commun.
Le récit sera porté, notamment par Marie-Ève Milot à la mise en scène (pour une deuxième année), alors que le directeur musical Jean-Phi Goncalves, un habitué de la série, reviendra pour signer les arrangements musicaux.
Il s’agira sans contredit de retrouvailles entre Jean Leloup et son public, alors que l’artiste s’est fait particulièrement discret depuis la sortie de son dernier album L’Étrange pays en 2019.
Jean Leloup en six titres marquants
2025 Revue et corrigée En scène pour le meilleur et pour le pire de l’année
Pour souligner la 20e édition de la comédie satirique de fin d’année Revue et corrigée, La Presse a vu la générale la semaine dernière au Rideau Vert. Et rencontré des artisans et interprètes de ce spectacle devenu une tradition des Fêtes.
Publié à 6 h 00
Véritable formule gagnante auprès du public du Rideau Vert depuis 2005, le spectacle Revue et corrigée est une machine complexe qui s’élabore plusieurs mois à l’avance. Et qui bouge jusqu’à la toute dernière minute. La metteure en scène Natalie Lecompte orchestre ce feu roulant d’humour avec la complicité de son fidèle script éditeur Luc Michaud, pour la septième année consécutive, épaulée par des concepteurs et conceptrices fidèles depuis des années, dont Suzanne Harel aux costumes, Maud Saint-Germain aux chorégraphies et Christian Thomas à la musique.
À moins de trois heures de l’avant-première, le 25 novembre, au Rideau Vert, toute l’équipe est dans la salle et les comédiens travaillent encore des détails de certains numéros.
Mort du réalisateur Rob Reiner et de sa femme Hollywood en deuil, Trump attaque le défunt
L’onde de choc à la suite du meurtre du réalisateur et acteur Rob Reiner et de son épouse, Michel, se fait vivement sentir à Hollywood. Plusieurs personnalités publiques, certaines ayant été de proches collaborateurs de Reiner, ont réagi sur les réseaux sociaux ou auprès de médias américains lundi.
Publié à 11 h 55
Marissa Groguhé La Presse
Parmi les personnalités endeuillées, l’actrice Jamie Lee Curtis et son mari, Christopher Guest (qui a notamment joué dans le premier film réalisé par Rob Reiner, The Spinal Tap, en 1984), ont partagé un communiqué conjoint. « Christopher et moi sommes anéantis, profondément attristés et choqués par la mort violente et tragique de nos chers amis Rob et Michele Singer Reiner, a déclaré Jamie Lee Curtis, qui a joué aux côtés de Rob Reiner dans la série New Girl. Notre unique préoccupation est désormais leurs enfants et leur famille immédiate, et nous leur apporterons tout le soutien possible. »
« Nous aurons amplement le temps plus tard d’évoquer nos vies créatives communes et l’impact politique et social considérable qu’ils ont eu sur l’industrie du divertissement, le développement de la petite enfance, la lutte pour le mariage homosexuel et leur engagement face aux crises mondiales. Nous avons perdu de grands amis. Veuillez nous donner le temps de faire notre deuil », mentionne également le communiqué.
Dans un message complètement à l’opposé de celui de Jamie Lee Curtis et Christopher Guest (et de tous les autres témoignages partagés par les personnalités hollywoodiennes), le président américain Donald Trump a déclaré sur X que la mort de l’artiste et de sa femme serait due à « la colère qu’il a suscitée chez les autres » en raison d’une « affliction incurable » qu’il nomme le « Trump derangement syndrome ». Le terme, popularisé par ses partisans, désigne ce qu’ils estiment être une haine irrationnelle contre Donald Trump. « [Rob Reiner] était connu pour rendre les gens FOUS par son obsession enragée contre le président Donald J. Trump », a ajouté Donald Trump dans sa publication acerbe, avant de conclure : « Que Rob et Michele reposent en paix ! ».
L’ancien président Barack Obama a de son côté écrit sur X qu’il se souviendra de Rob et Michele Reiner « pour les valeurs qu’ils ont défendues et pour les innombrables personnes qu’ils ont inspirées ». « Les réalisations de Rob au cinéma et à la télévision nous ont offert certains de nos plus beaux souvenirs télévisuels, a-t-il aussi déclaré. Mais derrière toutes ces histoires se cachaient une profonde foi en la bonté humaine et un engagement de toute une vie à mettre cette foi en pratique. Ensemble, Rob et son épouse ont mené des vies guidées par un but précis. »
Une foule de réactions
Actrice oscarisée pour son rôle dans le film Misery, réalisé par Rob Reiner en 1990, Kathy Bates a déclaré à NBC News être dévastée par la mort du couple, tout en qualifiant le réalisateur d’artiste « brillant » qui a « changé le cours de [sa] vie ». « [Rob] était brillant et bienveillant, un homme qui a réalisé des films de tous les genres pour se dépasser en tant qu’artiste. Il a aussi défendu avec courage ses convictions politiques. »
« Oh, mon Dieu, quelle horrible nouvelle, a écrit l’acteur Corey Feldman (que l’on a vu dans le film Stand By Me, réalisé par Reiner) sur X. Je suis tellement désolée pour Rob, sa femme, leurs enfants et toute la famille Reiner ! Je suis sous le choc et profondément attristée, mais je t’aime Rob ! Tu vas nous manquer à jamais ! »
L’acteur et lutter Paul Walter Hauser a écrit sur Instagram être « attristé par la disparition de [son] réalisateur préféré de tous les temps ». « A Few Good Men est LA raison pour laquelle je suis devenu acteur, et la filmographie de Rob derrière la caméra est LA raison pour laquelle j’ai voulu réaliser, et pour laquelle je le fais encore. »
John Cusack, qui a collaboré avec Rob Reiner en 1985 pour le film The Sure Thing, a rendu un bref hommage au réalisateur : « Bouleversé par la mort de Rob Reiner – un grand homme », a-t-il écrit sur X. L’actrice Mira Sorvino a quant à elle déclaré être « absolument sous le choc », dans une publication sur Instagram. « Rob Reiner était une légende, un homme bon et brillant, un acteur merveilleux avec qui j’ai eu le plaisir de jouer à Hollywood, un réalisateur emblématique, a-t-elle ajouté dans un long message. Son épouse, Michele, était une personne charmante et généreuse – j’aurais aimé mieux la connaître. Le monde a perdu deux êtres exceptionnels. »
Rob et Michele Reiner ont été retrouvés morts dans leur maison californienne par leur fille. Selon plusieurs sources médiatiques américaines, le fils du couple, Nick, a été arrêté et serait le principal suspect du meurtre à l’arme blanche du réalisateur et son épouse. D’après le site TMZ, Rob, Michele et Nick Reiner aurait assisté à la fête de Noël de l’animateur Conan O’Brien samedi dernier. Rob et Nick auraient alors eu « une très bruyante dispute » sur les lieux, avant que les parents ne quittent la fête.
Sur 10 films projetés sur les grands écrans québécois l’an dernier, 8 provenaient des États-Unis. Et du Québec? Un seul. Ce déséquilibre relance la question de la visibilité du cinéma québécois, à l’heure où le gouvernement cherche à faire rayonner la culture francophone.
La proportion de productions américaines atteint même 82 % chez Cineplex, le plus gros diffuseur en salle de la province. Les films d’ici se disputent ainsi un maigre 6,7 % de la programmation de la chaîne, selon l’analyse des quelque 700 000 projections compilées par la plateforme Cinoche.com.
La mythique boîte à chansons Chez Bozo ressuscitera en 2026
Les membres du collectif Les Bozos, fondateurs de Chez Bozo : Claude Léveillée, Jacques Blanchet, Clémence Desrochers, Hervé Brousseau et Jean-Pierre Ferland, le 16 octobre 1961. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Henri Paul
Publié à 14 h 47 HNE
Chez Bozo, première boîte à chansons de Montréal fondée en 1959, rouvrira ses portes sur la rue Crescent au mois de mars 2026. Une initiative de Maxime Le Flaguais et Alexandre Leclerc, qui ont pris cette décision après une découverte patrimoniale majeure dans l’établissement.
Il s’agit d’une murale arborant les empreintes de mains et les signatures de plus de 80 personnalités de la chanson québécoise et française des années 1950 : Édith Piaf, Félix Leclerc, Pauline Julien, Alys Robi, André Gagnon, Claude Dubois, Simone Signoret, Yves Montand, Denise Pelletier et plusieurs autres.
Chez Bozo, la gouache était toujours à portée de main. Comme dans d’autres boîtes à chansons de l’époque, il était coutume de laisser une trace de son passage dans l’établissement.
C’est l’auteur-compositeur-interprète Alexandre Leclerc, alias Bernhari, qui a découvert un peu par hasard l’existence de cette murale, que l’on croyait détruite depuis longtemps, alors qu’il effectuait des recherches aux archives nationales pour trouver des enregistrements de Claude Léveillée.
Une partie du mur d’honneur découvert par Alexandre Leduc dans les anciens locaux de Chez Bozo
Photo : Alexandre Leclerc et Maxime Le Flaguais
Je suis tombé sur une affiche de Chez Bozo, et il y avait une adresse, le 1208 rue Crescent. Un soir, j’ai donc décidé de venir sur place pour voir ce dont ça avait l’air; une espèce de maison hantée qui tenait toujours entre deux tours à condos, a-t-il expliqué mercredi en conférence de presse.
Quand je suis arrivé, la porte était ouverte. Je suis monté à l’étage et, soudainement, mon regard a été attiré par trois empreintes sur le mur côté nord.
Vers un classement patrimonial
Avec son ami, le comédien Maxime Le Flaguais, ils ont entamé les démarches nécessaires afin de protéger ce précieux patrimoine, interpellant entre autres le ministre de la Culture et des Communications, Mathieu Lacombe.
Ce dernier a répondu à leur appel. Il a annoncé mercredi la signature d’un avis d’intention de classement pour le mur d’honneur de Chez Bozo et la maison dans laquelle il se trouve, en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel.
Le mur d’honneur de Chez Bozo constitue un témoin de la richesse de la scène artistique montréalaise de l’époque, ainsi que des échanges culturels fructueux avec la France, a déclaré le ministre Lacombe lors de la conférence de presse.
C’est ici qu’Édith Piaf a vu pour la première fois Claude Léveillée se produire en concert. Impressionnée par ses textes, Piaf a fait de Léveillée son parolier attitré et l’a ramené à Paris avec elle.
Le ministre de la Culture et des Communications Mathieu Lacombe (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Cette annonce du ministre Lacombe arrive comme une bouée de sauvetage pour Maxime Le Flaguais et Alexandre Leclerc, qui affirment qu’il était minuit moins une pour l’établissement.
C’était une mission de sauvegarde très complexe. Il y avait des intentions de détruire le bâtiment et de faire une tour à condos. Jusqu’au classement, on était très nerveux, mais là, on peut dire que c’est protégé, c’est sauvé, a expliqué M. Leclerc en entrevue avec Radio-Canada.
L’écho d’une époque effervescente
Chez Bozo, petit établissement de 90 places, a été inauguré le 14 mai 1959 par Les Bozos, un collectif d’auteurs-compositeurs-interprètes formé de Claude Léveillée, Jean-Pierre Ferland, Clémence DesRochers, Raymond Lévesque et Hervé Brousseau.
Dès l’ouverture du cabaret, le succès est au rendez-vous, l’endroit attirant autant la jeunesse que la colonie artistique de Montréal, ainsi que plusieurs vedettes françaises et québécoises, comme Félix Leclerc, dont la chanson Bozo a inspiré le nom de l’établissement.
L’histoire du collectif Les Bozos sera brève – il donne ses dernières prestations en 1962 –, tout comme celle de Chez Bozo, qui ferme en 1960. Mais leur influence sera durable : sous leur impulsion, le chansonnier s’impose désormais comme la figure dominante de la scène musicale et les boîtes à chanson se multiplient partout au Québec.
Une boîte à chansons doublée d’un espace muséal
La nouvelle boîte à chansons de Maxime Le Flaguais et Alexandre Leclerc, rebaptisée La Maison des Bozos, pourra accueillir des artistes dès le mois de mars 2026. En plus de la scène, le lieu comprendra également un espace muséal immersif où le public pourra admirer le mur d’honneur des Bozos, ainsi que divers artéfacts et objets patrimoniaux.
Les deux amis ont également l’intention de créer un nouveau groupe de Bozos, qui devrait être formé de quatre hommes et d’une femme. Ils prévoient aussi inaugurer un autre mur où les artistes de la nouvelle génération pourront laisser leur empreinte.
La seule survivante du groupe original, Clémence DesRochers, a d’ailleurs refait une empreinte sur une plaque devant symboliser le passage des Bozos des années 1960 à ceux d’aujourd’hui.
Le comédien Maxime Le Flaguais, l’ancienne membre des Bozos Clémence DesRochers et l’auteur-compositeur-interprète Alexandre Leclerc, alias Bernhari
Photo : Alexandre Leclerc et Maxime Le Flaguais
Cette annonce marque un moment profondément symbolique pour nous : celui où un pan majeur de l’histoire musicale du Québec renaît devant nos yeux. Redonner vie à Chez Bozo, c’est remettre en lumière l’héritage de celles et ceux qui ont façonné notre culture moderne, ont affirmé conjointement Maxime Le Flaguais et Alexandre Leclerc dans un communiqué.
Pour le moment, le propriétaire de l’immeuble a accepté de sous-louer le deuxième étage qui abritait la boîte à chansons aux deux amis, mais ils espèrent pouvoir s’en porter acquéreurs.
On aimerait éventuellement acheter l’immeuble avec l’aide d’investisseurs, si le propriétaire veut bien nous le vendre, a précisé Maxime Le Flaguais en entrevue avec Radio-Canada.
On travaille très fort. On s’est incorporé, on a fondé une entreprise tous les deux et on fonce. On veut faire des concerts acoustiques et très intimes. On essaie de reproduire ce qui se faisait à l’époque.
Le duo créera aussi un organisme à but non lucratif du nom de Harfang, consacré à la protection du patrimoine musical québécois. Le projet sera officiellement annoncé au mois de janvier.
À lire aussi :
- Retour sur l’éclosion des boîtes à chansons
- Les boîtes à chansons, un précieux tremplin pour les artistes d’ici
- L’époque des boîtes à chansons
Avec les informations de Louis-Philippe Ouimet et Nabi-Alexandre Chartier
C’est une belle nouvelle surtout dans le contexte actuel ou tout semble gris et négatif. Par contre, je pense que la rue Crescent d’aujourd’hui n’est pas la même qu’à l’époque et que ce ‘‘nouveau’’ lieu n’aura pas la même visibilité s’il était sur Saint-Denis, par exemple.
Alors je souhaite bonne chance aux 2 sympathiques personnages qui sont à l’initiative de cette découverte. J’adore leur ambition et leur implication. Mais je dis que si jamais leur plan ne fonctionne pas, alors il ne faudra pas hésiter de trouver une façon de conserver ce mur, de le retirer de l’endroit et de l’offrir à la future Maison de la chanson.
Cela dit il y a quand même quelques petits bars avec spectacles à l’Ouest de la Place des Arts. S’il y a une belle programmation, je suis sûr que le public sera au rendez-vous.
Dans les archives de Radio-Canada
Chez Bozo : la rencontre entre Claude Léveillé et Édith Piaf
La renaissance de la boîte à chansons Chez Bozo est une nouvelle réjouissante en cette fin d’année.
Le chanteur Claude Léveillée, un des fondateurs, racontait comment le passage d’Édith Piaf Chez Bozo avait été déterminant pour sa carrière.
Orchestre philharmonique de Vienne Diriger le concert du Nouvel An, le Super Bowl de Yannick Nézet-Séguin

PHOTO DIETER NAGL, FOURNIE PAR L’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE VIENNE
Yannick Nézet-Séguin dirigeant l’Orchestre philharmonique de Vienne, le 1er janvier dernier
Yannick Nézet-Séguin a dirigé le 1er janvier le célèbre concert du Nouvel An de l’Orchestre philharmonique de Vienne, qui est présenté chaque année depuis 1939. Un autre sommet dans la carrière du très sollicité chef québécois, qui nous a raconté cette mémorable expérience en répondant à nos questions par message vocal.
Publié à 6 h 00
Josée Lapointe La Presse
](https://www.lapresse.ca/auteurs/josee-lapointe)
Est-ce que ça fait partie des rêves de tout chef de diriger ce concert ?
Tout chef d’orchestre rêve de diriger le concert du Nouvel An à Vienne. C’est un concert historique, et de très loin l’évènement classique le plus diffusé dans le monde [dans 90 pays]. On parle de 50 à 60 millions de gens qui le regardent, sa portée en fait l’équivalent du Super Bowl pour un chef.
Qu’est-ce que ça signifie dans une carrière ?
Quand on m’a demandé de le faire, je ne le croyais presque pas. J’ai déjà dirigé l’Orchestre philharmonique de Vienne dans cette salle, mais le concert du Nouvel An, je me disais que c’était trop beau pour être vrai. Je me suis préparé pour ça, presque comme jamais dans ma vie, parce que je voulais être sûr d’en profiter.

PHOTO DIETER NAGL, FOURNIE PAR L’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE VIENNE
La spectaculaire Musikverein Goldener Saal, où a lieu le concert
Mais je n’étais pas préparé pour le succès que ç’a été, en toute humilité. Beaucoup de gens disent que c’est un des meilleurs concerts du Nouvel An, sinon le meilleur, des dernières décennies. Je ne sais pas encore si je vais être réinvité, c’est un processus très secret et ce sont les musiciens qui choisissent, mais je ne serais pas surpris que ça arrive ! C’est un accomplissement incroyable.
Est-ce que ç’a été à la hauteur de tes attentes ?
Ça a dépassé mes attentes. Elles étaient très élevées, je voulais en profiter, que ce soit quelque chose de beau, une belle célébration de Nouvel An, qu’il y ait de la joie et de la lumière. J’avais aussi décidé de renouveler un peu le répertoire. Ça doit être très Viennois, mais il y a des pièces méconnues de cette période que j’ai décidé de mettre en lumière.
Et surtout, j’ai décidé d’augmenter la présence des compositrices, j’ai même mis une œuvre de Florence Price, une compositrice noire, ce qui est une révolution. Je pense que j’ai réussi à faire comprendre à l’orchestre que c’était très important, et que ça allait signifier beaucoup si on jouait ça.
Depuis 2010, tu as plusieurs fois dirigé l’Orchestre philharmonique de Vienne. Quelle est sa particularité ?
C’est un orchestre qui n’a pas de directeur musical. C’est un des plus grands orchestres du monde, mais il est complètement gouverné par les musiciens. Ce sont eux qui choisissent qui va les diriger pour les tournées, pour le concert du Nouvel An, pour les choses importantes.

Ce n’est pas un orchestre facile, ils sont très exigeants envers les chefs. Mais on a eu dans les dernières années une accélération de notre relation, belle et profonde, et j’ai l’impression que dans ce concert, et dans les répétitions, on était sur la même longueur d’onde.
À la fin du concert, lors du rappel, tu es descendu dans la salle pour diriger. C’était prévu ou spontané ?
C’était prévu, mais j’ai eu l’idée deux jours avant. Le concert finit pratiquement toujours par la Marche de Radetzky de Johann Strauss. Le public tape des mains et les chefs s’amusent avec ça, ils font un petit clin d’œil, certains se tournent vers le public et le dirigent, d’autres arrêtent et vont se promener dans l’orchestre. Je me suis demandé ce que je pouvais faire qui serait innovant, et j’ai eu cette idée de descendre dans la salle. Mais je n’avais pas pensé que ça créerait un tel bonheur, un tel party !
Tu as aussi dit un message pour la paix. Tu t’étais préparé ?

PHOTO DIETER NAGL, FOURNIE PAR L’ORCHESTRE PHILHARMONIQUE DE VIENNE
Yannick Nézet-Séguin, concentré, pendant le concert
Mes vœux, je ne les avais pas écrits, mais je m’étais préparé mentalement pour parler de la paix dans les cœurs et de la douceur, la kindness en anglais, qui mènent à la paix dans le monde. J’ai dit que la musique peut nous unir, et le fait que j’aille dans la salle pour unir le public à l’orchestre, symboliquement, ça rehaussait ce message.
Tu semblais sur un nuage à la fin du concert… est-ce que tu es revenu sur terre ?
Je suis toujours sur un nuage, et j’entends y rester quelques jours au moins ! On travaille tellement fort, alors quand on est sur un high comme ça, c’est important d’en profiter, de voir que ça a apporté de la joie et de la lumière aux gens. Ça m’encourage à continuer.
On a l’impression que tu atteins toujours de nouveaux sommets. Quelle est la prochaine étape ?
C’est vrai que c’est un grand sommet dans ma vie, et j’ai l’impression que je ne pourrais pas atteindre quelque chose de plus grand. Mais en même temps, le défi est de toujours continuer à diffuser ce message d’amour à travers la musique. Je suis certain qu’on va pouvoir trouver d’autres occasions pour diffuser cette joie-là, que ce soit ici, avec l’Orchestre Métropolitain (OM), ou ailleurs.
Les albums coups de cœur de nos journalistes en 2025
Ce soir à l’émission Enquête, un reportage sur Live Nation qui détient 49 % d’evenko.
Pour avoir droits à des subventions des différents palliers gouvernementaux, les entreprises culturelles doivent être détenues en majorité par des Canadiennes et Canadiens, d’où la vente de 49 % d’evenko à Live Nation il y a quelques années. Live Nation est aussi le propriétaire de Ticketmaster
En attendant le reportage ce soir, il y a un récit numérique sur le site de Radio-Canada
Les doléances des fans de concerts contre Ticketmaster font parfois oublier que ce n’est que la billetterie d’une entreprise beaucoup plus grosse : Live Nation. La multinationale du spectacle, évaluée à 50 milliards de dollars en bourse, est accusée d’avoir instauré un monopole aux États-Unis en étant omniprésente à toutes les étapes des spectacles de musique. Assiste-t-on à la même chose ici depuis que notre géant du divertissement local, evenko, lui appartient à 49 %? Est-ce que Live Nation est en train de reproduire son modèle chez nous, avec notre argent public, aux dépens de notre culture? L’équipe d’Enquête a pris la route des festivals et des salles de spectacles pour le savoir.
Le géant du spectacle au Québec
Evenko et Live Nation organisent sept des plus grands festivals de musique et détiennent ou gèrent en exclusivité sept salles de spectacles de la Métropole :
7 festivals d’envergure à Montréal :
- Les Francos de Montréal*
- Festival international de jazz de Montréal*
- Montréal en Lumière*
- Osheaga
- ÎleSoniq
- Lasso
- Fuego Fuego (feu)
*Organismes sans but lucratif gérés par Spectra, qui appartient à evenko/Live Nation
7 salles de spectacles :
- Le Centre Bell
- La Place Bell
- Le MTelus (anciennement le Métropolis)
- Le Théâtre Beanfield (anciennement le Théâtre Corona)
- Le Studio TD (anciennement l’Astral)
- Le Club Dix30
- Le Théâtre Manuvie
L’article est vraiment éclairant. Je suis sur le cul qu’ils exigeaient de la SAT qu’elle vende de la Molson exclusivement à l’ANNÉE juste pour accueillir des évènements liés à Osheaga
Le reportage d’Enquête est disponible sur tou.tv
Le trésor des bâtisseurs/ Enquête sur la construction de la pyramide de Khéops

IMAGE J LACELLE, FOURNIE PAR EXCURIO
Le nouveau parcours immersif d’Excurio s’intéresse à la construction de la grande pyramide de Gizeh.
Vous vous souvenez du parcours en réalité virtuelle (RV) à l’intérieur de la pyramide de Khéops ? Eh bien, le créateur de L’horizon de Khéops, Excurio, nous propose – dès le 27 février – une nouvelle expérience immersive qui s’intéresse plus spécifiquement à la construction de la grande pyramide de Gizeh, en Égypte.
Le fondateur d’Excurio (anciennement Emissive), Fabien Barati, explique que son équipe a réuni tellement d’informations durant la conception de L’horizon de Khéops, qu’une nouvelle expérience immersive sur les pyramides d’Égypte était « pratiquement inévitable », d’autant plus qu’il y a eu des découvertes importantes au cours des dernières années.
« Les pyramides se prêtent vraiment bien au déplacement libre en réalité virtuelle, croit Fabien Barati, qui a de nouveau fait équipe avec Expériences Infinity (PHI Studio) pour la présentation du parcours. L’accès difficile à la pyramide de Khéops, qu’on ne peut visiter que certains jours, rend également l’expérience vraiment attrayante. »
Et puis, il faut bien l’admettre, les pyramides d’Égypte continuent de fasciner. Notamment en raison du mystère qui entoure cet immense lieu de sépulture où reposent les pharaons, mais également en raison de la construction complexe de ces ouvrages. La pyramide de Khéops ayant été érigée sur une période de 20 ans.
Si L’horizon de Khéops a attiré ici plus de 300 000 visiteurs, Fabien Barati nous confirme que le parcours immersif est aujourd’hui un « succès planétaire », diffusé dans 30 lieux simultanément.
Résumé

IMAGE J LACELLE, FOURNIE PAR EXCURIO
Les prises de vue du nouveau parcours d’Excurio sont à couper le souffle.
Contrairement à L’horizon de Khéops, formidable incursion à l’intérieur de la grande pyramide, avec une visite des différentes pièces qui la composent, Le trésor des bâtisseurs se présente plutôt comme une enquête sur la construction, il y a 4500 ans, de la pyramide du roi Khéops (Khoufou en arabe).
Au cours de ce parcours d’environ 45 minutes, on retrouve ainsi notre guide Mona, mais aussi le sympathique chat Bastet, déesse des félins, qui nous racontent les plus récentes découvertes scientifiques sur le sujet – certaines datant de 2017 !
« Des recherches récentes en muographie ont permis de détecter des cavités dans la pyramide, un grand vide où personne n’est jamais allé, dit Fabien Barati. L’hypothèse est que ce grand vide serait le vestige d’un système de contrepoids ou d’une rampe interne utilisée pour hisser les énormes blocs de granit de la chambre du roi. »
Visite de la pyramide de Snéfrou
Cette découverte est le prétexte idéal pour aller visiter la pyramide du père de Khéops, le roi Snéfrou, à Dahchour, pour voir dans quelle mesure les architectes s’en sont inspirés.
« On sait que la construction de la pyramide de Khéops était un énorme chantier national, ajoute Fabien Barati. On a d’ailleurs découvert des papyrus qui indiquaient que les pierres du plateau de Gizeh provenaient d’aussi loin que la mer Rouge. Mais l’analyse de la pyramide de Snéfrou démontre que les architectes se sont inspirés de sa construction, en tirant des leçons de ses échecs, pour concevoir celle de Khéops. »

IMAGE J LACELLE, FOURNIE PAR EXCURIO
Dans Le trésor des bâtisseurs, on retrouve notre guide Mona, qui nous communique toutes ses connaissances.
Toutes ces informations – validées par l’égyptologue de l’Université Harvard Peter Der Manuelian – sont relayées par la bonne Mona, qui nous trimballe de gauche à droite sur sa barque magique, avec une vue époustouflante sur le plateau de Gizeh et sa lumière poussiéreuse. Comme si nous y étions.
Maintenant que le nouveau Grand Musée égyptien est (enfin !) ouvert à Gizeh, Fabien Barati espère que les deux parcours sur l’Égypte y seront présentés. « On est en discussion avec eux », nous assure le fondateur d’Excurio, qui espère que les pourparlers se concluront prochainement.
D’ici là, est-ce qu’on peut s’attendre à un troisième opus sur l’Égypte ancienne ? Dans les tombeaux de la vallée des Rois, par exemple ?
« Pourquoi pas ? répond Fabien Barati, qui promène également son parcours Éternelle Notre-Dame. Il y a de quoi faire, et en plus il y a de l’intérêt. Il y a la vallée des Rois, le règne de Cléopâtre, il y a plein de sujets intéressants sur l’Égypte. Mais comme il y a de nouvelles découvertes sur les pyramides, on aimerait aussi mettre à jour nos deux parcours actuels pour qu’ils demeurent d’actualité. »
Le trésor des bâtisseurs, à Arsenal art contemporain, à Montréal. À partir du 27 février.
J’ai vu L’horizon de Khéops aujourd’hui au Vieux-Port et c’était vraiment cool. Ma première expérience en réalité virtuelle. C’est bluffant.
Sting au Théâtre Saint-Denis en octobre
Cinquante ans après avoir présenté le premier concert montréalais de The Police au Théâtre St-Denis, Sting sera de retour dans cette salle de spectacle montréalaise les 26 et 27 octobre prochains.
Sting s’arrêtera à Montréal dans le cadre de sa tournée Sting 3.0 qui l’avait mené à se produire notamment plusieurs soirs à Toronto, en septembre 2024.
[…]
En quête de solutions
Quand Bad Bunny et Céline montrent le chemin

PHOTO MARK J. TERRILL, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS
Bad Bunny transportant un drapeau portoricain lors du spectacle de la mi-temps du dernier Super Bowl
Pour la productrice Sophie Lorain, il existe des solutions pour faire rayonner la culture d’ici : s’inspirer des meilleurs, faire la promotion de nos séries phares et s’assurer de les diffuser le plus largement possible. Et en français. La relève suivra.
Lors du dernier spectacle de la mi-temps au Super Bowl, Bad Bunny a « tout arraché » en 15 minutes de show… et tout ça en espagnol !
Plus de 128 millions de spectateurs ont regardé cet évènement.
Un million de ces spectateurs étaient québécois.
Les Céline et les Bad Bunny ne se construisent pas du jour au lendemain. Pour y arriver, il faut du cœur à l’ouvrage, de la persévérance ET de l’investissement. On ne se rend pas jusqu’aux Olympiques par hasard. En culture, c’est la même chose.
Résumé

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
Sophie Lorain
Est-ce qu’ils parlaient tous espagnol ? J’en doute. Et pourtant… wow, quelle fête ! Vous me direz que le geste était aussi politique. Oui, et après ?
Ce spectacle de la mi-temps a eu l’effet d’un feu d’artifice. À travers l’expression de cette culture qui s’exprimait à plein volume se dégageait un tel sentiment de fierté, une telle fougue, que tout devenait possible.
Je me suis demandé : « Pourquoi ne sommes-nous pas aussi fiers ? » Nous avons tout ce qu’il faut pour faire notre marque sur la planète.
Vous en doutez ?
Rappelons-nous Céline aux Jeux olympiques de Paris, en 2024. Les poils de millions de spectateurs se sont hérissés simultanément lorsque cet ange a chanté, perché dans la tour Eiffel. Et pourtant, la majorité des spectateurs ne comprenaient pas un mot de français. Fiers, tu dis ? Ben c’est sûr, Céline, c’est nous autres !

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE
Céline Dion lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris, en 2024
Cultivons ce sentiment de fierté. Les jeunes savent reconnaître le talent. Et le Québec en est plein ! Pour le célébrer à plein volume, il faut le faire fructifier. Et le nourrir pour passer à l’action.
Donnons à la jeune génération, qui peine à croire en elle, une confiance inébranlable dans sa culture. Ça se reflétera dans tout ce qu’ils feront. Prouvons que nous sommes aussi extraordinaires que nos amis next door. Qu’on peut être fiers et que ça PEUT se faire en français…
Les Céline et les Bad Bunny ne se construisent pas du jour au lendemain. Pour y arriver, il faut du cœur à l’ouvrage, de la persévérance ET de l’investissement. On ne se rend pas jusqu’aux Olympiques par hasard. En culture, c’est la même chose.
Il y a de nombreuses pistes à envisager pour arriver à se tailler une plus grande place sur l’échiquier…
Miser sur le contenu
On a déjà parlé d’une contribution financière des diffuseurs en continu et des géants du numérique, ou de prélever une taxe sur la vente de cellulaires afin d’investir le retour dans la création. Il est grand temps d’arrêter d’en parler. Il faut le faire.
Créer une plateforme unique pour rassembler tous nos contenus. Trop coûteux ? Pourquoi alors ne pas imposer nos plateformes sur l’interface de toutes les télés vendues chez nous ? Décliner NOS propriétés intellectuelles (PI) au cinéma, à la télé et sur des applications mobiles. Les « PI » sont l’avenir. Misons sur le contenu et non sur le contenant.
À force de célébrer notre capacité à faire plus avec moins, on se marginalise. Tout finit par avoir la même valeur et à peu près la même saveur. Il faut sortir de ce carcan qui ne nous distingue en rien.
La démarche que les Britanniques et les Scandinaves ont privilégiée il y a quelques années s’est avérée fructueuse sur le long terme : produire moins, mais mieux. Ils ont misé sur leurs PI, les ont adaptées : on peut penser aux franchises de Sherlock Holmes, de Borgen, voire à la série franco-norvégienne Occupied, par exemple. Le succès international de ces séries a fait beaucoup de petits.
Il serait ingénieux d’investir dans des marchés inusités et de faire rouler nos contenus dans les classes de francisation, d’instaurer l’équivalent d’un prix des lycéens, au Gala des prix Gémeaux. Cela ferait participer les jeunes et les amènerait à découvrir nos produits.
Cela nous permettrait aussi de mieux connaître leur goût et leurs besoins et d’adapter la création avec eux.
La « découvrabilité » doit passer par eux. Organiser des concours de création de toutes sortes dans les écoles et diffuser les meilleurs projets sur des plateformes que les jeunes utilisent déjà, comme YouTube. Le défi ici est de positionner NOTRE unicité, d’imposer la création d’ici. Il faut qu’elle se multiplie, qu’elle se magnifie et qu’elle devienne incontournable.
Qui sait quelle portée ces multiples petites actions pourraient avoir sur nous tous ? Les Céline et les Bad Bunny de ce monde contribuent à créer un immense sentiment de fierté à partir de qui ils sont.
Travaillons ensemble pour soutenir d’autres talents pour prendre NOTRE place.
C’est possible, on l’a vu au show du Super Bowl.
Table ronde avec trois ministres Comment protéger notre culture ?

PHOTO FLORIAN LEROY, COLLABORATION SPÉCIALE
Le ministre en fonction de la Culture du Québec, Mathieu Lacombe, aux côtés des anciennes ministres de la Culture Liza Frulla et Louise Beaudoin
Résumé
Nous avons réuni autour d’une table le ministre actuel de la Culture, Mathieu Lacombe, et deux de ses prédécesseures, Liza Frulla et Louise Beaudoin. Au cœur de cette rencontre, une question cruciale : que doit-on faire pour défendre notre culture ? Nul besoin de dire que ce repas ne fut pas ennuyant.
Publié à 5 h 00
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Mario Girard La Presse
](https://www.lapresse.ca/auteurs/mario-girard)
Lisez « Profession : ministre de la Culture »
Mario Girard : J’ai replongé dans la politique culturelle de 1992 rédigée par Liza Frulla. Déjà, il y a 34 ans, on voyait les signes d’une menace. Est-ce qu’on les a sous-estimés ?
Louise Beaudoin : Je commencerais par dire qu’on n’a pas tout raté, car nous sommes encore là. Il y a des livres qui s’écrivent en français, il y a des jeunes qui chantent en français.
Liza Frulla : C’est difficile de sous-estimer quelque chose qu’on ne connaît pas. Prenons l’intelligence artificielle. On sait qu’il y a une menace, sauf que cette menace est amplifiée par le fou [Donald Trump].
Mathieu Lacombe : C’est vrai que ça bouge très vite. Les modes de consommation ont considérablement changé.

PHOTO FLORIAN LEROY, LA PRESSE
Le ministre en fonction Mathieu Lacombe
Louise Beaudoin : Cette menace est là depuis 450 ans ! Ça a toujours été un combat. Mais là, avec les Américains, c’est un combat extrême.
Mario Girard : Quand on dit que ce combat est perdu d’avance, vous dites quoi ?
Mathieu Lacombe : Ça me motive encore plus en tant que ministre de la Culture, en tant que Québécois, père de deux jeunes enfants. C’est impensable de dire qu’on doit baisser les bras.
Liza Frulla : Au fond, c’est le nationalisme qui nous a sauvés. C’est ce qui nous a amenés à investir dans la culture. C’est pour cela que j’insiste sur les liens entre la culture et l’éducation. C’est mon dada. Je pense qu’on doit d’abord et avant tout parler du goût de la culture.
Louise Beaudoin : Désirable ! C’est un mot que tu as déjà utilisé…
Liza Frulla : Et ça commence à la maternelle. C’est quoi cette histoire de couper dans les sorties culturelles ? Mathieu se fend en quatre pour défendre la découvrabilité et on coupe 13 millions dans les sorties culturelles. On doit valoriser la culture.
Mario Girard : Je reçois des courriels de lecteurs de 25 à 75 ans qui me disent qu’ils ont été initiés à la culture grâce aux sorties culturelles.
Liza Frulla : Ben voilà ! Je dénonce ces coupes haut et fort !
Mathieu Lacombe : Je me sens comme à l’émission L’autre midi à la table d’à côté [rires]. Cela dit, je vais être prudent là-dessus, car ça relève du ministère de l’Éducation. On va attendre le prochain budget qui devrait être déposé à la mi-mars.

PHOTO FLORIAN LEROY, COLLABORATION SPÉCIALE
Trois ministres de la Culture, deux anciennes et l’actuel, en conversation
Mario Girard : Comment faire avancer les choses alors que les ministres de la Culture ont tendance à défiler sous nos yeux ?
Mathieu Lacombe : Je remarque que la protection de la langue française et de la culture redevient le cheval de bataille de tous les partis politiques. Il m’est déjà arrivé de me faire crier de l’autre bord de la Chambre d’aller m’acheter une carte du PQ. Comme si protéger sa culture était un geste souverainiste.
Liza Frulla : C’est fondamental que tout le monde parle d’une même voix. Toutes mes lois ont été adoptées à l’unanimité.
Louise Beaudoin : Les miennes aussi.
Mario Girard : Est-ce que le Québec peut mener ce combat sans Ottawa ?
Mathieu Lacombe : Devant le gouvernement fédéral qui est hésitant, il faut que le Québec soit uni.
Louise Beaudoin : C’est aux Québécois et aux Québécoises d’assurer cette première responsabilité.
Mario Girard : J’en arrive à la question qui est au cœur de cette rencontre : qu’est-ce qu’on doit faire pour protéger notre culture ?
Mathieu Lacombe : La liste est interminable, mais il y a des évidences, comme initier les jeunes le plus tôt possible aux produits culturels. Deuxièmement, les nouveaux arrivants. Il faut s’assurer qu’on les intègre bien. Et cette intégration passe beaucoup par la culture. Finalement, le grand combat que je mène est celui de la découvrabilité. On a complètement perdu le contrôle sur la façon dont on présente nos œuvres.
Louise Beaudoin : De mon côté, j’insiste sur les alliances qui doivent aller au-delà de la francophonie. Quand on parle de diversité culturelle et linguistique, c’est tout le monde, sauf les anglophones.
Liza Frulla : Sauf les Américains, tu veux dire. Quand je suis arrivée à la Culture, ils faisaient partie de l’UNESCO. Pour les Américains, la culture, c’est du business.

PHOTO FLORIAN LEROY, COLLABORATION SPÉCIALE
Liza Frulla en conversation
Mario Girard : Donc, il faut se doter de lois et créer des liens avec les autres cultures, même si cela ne fait pas l’affaire de tous ?
Mathieu Lacombe : Je peux vous dire que lorsque nous avons adopté notre loi sur la découvrabilité (loi 109), le téléphone rouge sonnait dans certaines de nos délégations.
Mario Girard : Et qu’en est-il des discussions que vous avez eues avec certains géants ? Quelle était leur réaction ?
Liza Frulla : Sans doute fuck you ! [rires]
Mathieu Lacombe : Disons que c’était plus enveloppé ! [rires]
Louise Beaudoin : Le Québec doit faire ses propres affaires parce qu’on ne sait pas si le Canada va flancher. Je rappelle qu’Ottawa a reculé sur la taxe des services numériques. Heille, on ne passera pas du colonialisme canadian à celui des Américains. Ce n’est pas vrai qu’on va devenir indépendants pour être ensuite une colonie américaine.
Liza Frulla : Je vais mettre l’autre chapeau. Il y a une culture canadienne. Il y a de la production canadienne. Et elle est excellente. Je pense à la musique. Il y a de très bons artistes.
Louise Beaudoin : Ben oui, et ils s’en vont tous aux États-Unis.
Liza Frulla : Louise, je m’excuse, on chante en anglais ici aussi. Moi, j’haïs ça quand on dit : on veut juste être entre nous !
Louise Beaudoin : Au contraire, on s’ouvre au monde !
Mathieu Lacombe : Je suis persuadé qu’on a la responsabilité d’avancer, mais on aimerait ça qu’Ottawa nous aide.
Liza Frulla : Mathieu, je pense que c’est capital pour le Canada en ce moment. On se débat pour être un pays.
Louise Beaudoin : Le Canada se débat pour sa souveraineté. Le mot souveraineté est devenu tout à coup un mot formidable, vous ne trouvez pas ? [rires]
La culture et eux
Liza Frulla : ministre de la Culture et des Communications du 5 octobre 1990 au 26 septembre 1994. Vice-présidente de la Commission de la culture du 30 novembre 1994 au 1er août 1998. Ministre du Patrimoine canadien du 20 juillet 2004 au 6 février 2006.
Louise Beaudoin : ministre de la Culture et des Communications du 3 août 1995 au 15 décembre 1998.
Mathieu Lacombe : ministre de la Culture et des Communications depuis le 20 octobre 2022.








