Le chaos qui résulte de l’abandon des USA face à la santé publique internationale. Et ce n’est qu’un début…
La crise de l’Ebola en Afrique de l’Est atteint désormais des zones très peuplées en République démocratique du Congo (RDC) et en Ouganda. Selon les experts en santé publique, la réponse est très affaiblie par l’absence quasi totale jusqu’à présent des États-Unis, qui faisaient naguère figure de chef de file lors de toute éclosion majeure.
Avant que l’administration Trump ferme l’Agence américaine pour le développement international (USAID) en 2025, les États-Unis finançaient une vigie épidémiologique dans toute la région et maintenaient des équipes d’urgence capables de réagir face aux crises de santé publique. Les Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) ont aussi perdu des centaines d’experts, notamment en République démocratique du Congo, qui auraient pu contenir l’épidémie.
Il s’est écoulé des semaines, voire des mois, avant que l’épidémie actuelle attire l’attention internationale, après qu’elle se fut propagée par-delà les frontières. Selon des épidémiologistes ayant déjà combattu des éclosions d’Ebola, c’est une conséquence directe du relâchement de la surveillance.
Les responsables américains ont été informés de l’éclosion seulement le 14 mai, neuf jours après l’Organisation mondiale de la santé et près d’un mois après le premier décès.
Ce délai s’explique en partie par un cafouillage logistique : des échantillons ont été transportés au laboratoire national de Kinshasa, capitale du Congo, à la mauvaise température. Cette tâche aurait auparavant été prise en charge par l’USAID.
Un système de santé à bout de souffle
« Le système de santé est sur les genoux ici », affirme Heather Kerr, directrice de l’International Rescue Committee en RDC. Elle aurait souhaité « un certain financement américain » dès que l’épidémie a été détectée.
L’administration Trump blâme l’OMS
Devant la réponse tardive à l’éclosion, le secrétaire d’État Marco Rubio a montré du doigt l’OMS : « L’OMS a mis un peu de temps à identifier cette chose, malheureusement. »
Un appareil gouvernemental décimé
Plus de détails
De nombreux postes au sein du gouvernement américain, créés pour aider à détecter les menaces mondiales pour la santé et y répondre, ne sont pas pourvus. Le coordonnateur pour la sécurité sanitaire mondiale, un poste créé par le Congrès en 2023 pour superviser la préparation aux menaces biologiques, n’a pas été désigné. Le Bureau de la Maison-Blanche pour la politique de préparation et de réponse aux pandémies, établi par le Congrès en 2022, est aussi sans personnel.
Le centre des maladies émergentes des CDC a perdu environ 700 membres du personnel et sous-traitants, notamment le chef de la Division des agents pathogènes à conséquences graves, qui couvre l’hantavirus et l’Ebola. Le Centre de santé mondiale des CDC a perdu des centaines d’employés supplémentaires, dont beaucoup qui aidaient les ministères africains de la Santé à prendre en charge les éclosions de maladies.
L’administration Trump a également suspendu indéfiniment la recherche dans l’un des rares instituts au monde disposant des installations de haute sécurité nécessaires pour étudier l’Ebola.
L’Ebola a un taux de mortalité pouvant atteindre 50 % et une période d’incubation pouvant aller jusqu’à 21 jours. Le premier décès connu dans cette éclosion était une infirmière le 27 avril, ce qui suggère, même selon l’estimation la plus prudente, que le virus se propage depuis le début d’avril.
Cet article est paru dans le New York Times.
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