Industrie maritime - Actualités

Chantier Davie complète le trio Canada-Finlande-États-Unis

Le brise-glace de la Garde côtière américaine Polar Star photographié dans le Puget Sound en décembre 2020 avant son déploiement vers l’Alaska et l’océan Arctique. (Photo d’archives)

Photo : U.S. Coast Guard/Petty Officer First Class Cynthia Oldham

David Rémillard](https://ici.radio-canada.ca/profil/24195/david-remillard)

Publié à 4 h 00 HNE

Chantier Davie vient d’acquérir les actifs de construction navale de Gulf Copper & Manufacturing Corporation, au Texas. Avec cette nouvelle expansion, l’entreprise possède désormais des infrastructures et une capacité de production dans les trois pays membres du Pacte de collaboration sur les brise-glaces, soit le Canada, la Finlande et les États-Unis.

L’entente a été confirmée cette semaine par Davie Defense, une filiale de Chantier Davie fondée cette année en sol américain, spécifiquement pour les visées de l’entreprise au sud de la frontière.

Avec cette nouvelle transaction au Texas, l’entreprise se positionne afin d’obtenir des contrats du gouvernement américain. Cette acquisition fait de Davie Defense le nouveau constructeur naval spécialisé des États-Unis, s’est réjoui James Davies, président et chef de la direction de Chantier Davie.

La multinationale prévoit déjà investir un milliard de dollars dans ses nouvelles installations américaines afin de soutenir le renouvellement de la flotte de brise-glaces de la Garde côtière américaine.

Une maquette des installations de Gulf Copper au Texas.

Photo : Chantier Davie

Le chantier du Texas pourrait notamment soutenir le projet Arctic Security Cutter, ou garde-côtes arctiques, aux États-Unis. Davie Defense est en négociation pour livrer cinq de ces navires, confirme Chantier Davie.

Les brise-glaces américains sont vieillissants et le président Donald Trump a promis de moderniser la flotte. Selon Forbes, le président a annoncé, à la fin de janvier, sa volonté de commander 40 brise-glaces.

Or, la capacité de production américaine est limitée et Chantier Davie a rapidement saisi l’occasion.

Une entreprise qui s’étend

Chantier Davie est la propriété du groupe international Inocea et constitue une branche importante de l’entreprise pour la construction navale. À travers Davie, le groupe Inocea possède le chantier de Lévis, Helsinki Shipyard Oy, en Finlande, et maintenant Gulf Copper aux États-Unis. Le président de Davie, James Davies, est cofondateur d’Inocea avec le pdg Alex Vicefield.

ICE Pact

L’annonce survient deux semaines après la signature d’une déclaration d’intention entre le Canada, la Finlande et les États-Unis. Ces trois pays ont paraphé, en juillet 2024, le Pacte de collaboration sur les brise-glaces, ou Icebreaker Collaboration Effort (ICE Pact), en anglais.

La récente déclaration d’intention qui en découle vise à favoriser la collaboration internationale entre les trois pays pour la construction de brise-glaces.

La déclaration vient renforcer la coopération industrielle entre les trois pays, dans le but de construire et de maintenir des brise-glaces et les capacités connexes, tout en soutenant les industries navales nationales et en créant des emplois bien rémunérés dans le secteur maritime.

La maquette d’un brise-glace à produire pour la Garde côtière américaine.

Photo : Chantier Davie

L’objectif de la multinationale est de mettre à profit ses capacités dans les trois pays pour soutenir ses carnets de commandes au Canada et aux États-Unis.

La concept est déjà en place pour le Canada.

Acquis par Davie en 2023, le chantier Helsinki Shipyard Oy a amorcé la construction du brise-glace polaire Polar Max commandé par le gouvernement fédéral. La construction sera ainsi partagée entre le chantier finlandais, principal producteur de brise-glaces dans le monde, et le chantier de Lévis.

Le même stratagème sera vraisemblablement utilisé pour les contrats américains convoités par Davie Defense. Dans son annonce mardi, on confirme que les projets au Texas seront soutenus par Davie au Canada et Helsinki Shipyard.

Chantier Davie s’autoproclame aujourd’hui le partenaire industriel principal du Pacte de collaboration sur les brise-glaces.

La manne de la défense

Le discours entourant l’importance de rebâtir les capacités défensives est sur toutes les lèvres au Canada comme aux États-Unis, ainsi qu’en Europe.

Dans l’annonce de mardi, des élus américains ont salué l’investissement de Davie dans l’État texan. L’investissement de Davie […] garantira que la Garde côtière dispose des garde-côtes de classe mondiale nécessaires pour faire face aux menaces mondiales croissantes, a déclaré le sénateur républicain Ted Cruz.

Nos adversaires cherchent à accroître leur présence dans l’Arctique; doter la Garde côtière de navires Arctic Security Cutters contribuera à réaffirmer la domination maritime américaine dans cette région, a pour sa part affirmé Kristi Noem, secrétaire américaine à la Sécurité intérieure.

La secrétaire à la Sécurité intérieure des États-Unis, Kristi Noem. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / Pool

Ce discours est le même que celui utilisé par James Davies lors d’une conférence en Finlande, l’hiver dernier.

Devant un parterre d’industriels rassemblés par l’Association des industries finlandaises de la défense et de l’aérospatiale, le président et chef de la direction de Davie a livré un discours axé sur la défense de l’Arctique. Nos adversaires partagent et augmentent leurs capacités en Arctique, disait-il, présentant son entreprise comme une solution pour les alliés occidentaux.

Si la défense et la souveraineté nécessitent une présence physique et que cette présence physique n’est possible qu’avec des brise-glaces, alors, quand allons-nous agir afin d’avoir la présence nécessaire pour défendre notre souveraineté collective?, avait-il demandé.

James Davies a participé, en octobre dernier, à une visite du président de la Finlande, Alexander Stubb, à la Maison-Blanche. M. Davies se trouvait derrière les deux chefs d’État lors de la signature d’un protocole d’entente.

Notre collaboration en matière de brise-glaces vise à renforcer le développement et la sécurité dans l’Arctique. L’importance stratégique de cette région ne cesse de croître et nous devons veiller à ce que les pays alliés disposent des capacités nécessaires pour y opérer, déclarait M. Stubb au terme de sa visite.

Au Canada et au Québec aussi

Au Canada, le premier ministre Mark Carney a récemment créé l’Agence de l’investissement pour la défense, afin d’accélérer l’approbation des projets.

Cette agence est chargée de moderniser l’approvisionnement en défense du Canada en centralisant l’expertise, en réduisant la charge administrative et en simplifiant la prise des décisions, en vue d’accélérer la livraison de l’équipement essentiel aux Forces armées canadiennes et à la Garde côtière canadienne, expliquait Ottawa, soulignant l’importance de protéger la souveraineté du Canada et de renforcer nos forces armées.

Elle a été créée quelque temps après le transfert de la Garde côtière canadienne du ministère Pêches et Océans Canada à la Défense nationale.

Le premier ministre Mark Carney visitant un sous-marin dans un chantier naval en Corée du Sud, le 30 octobre 2025. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

L’agence jouera essentiellement le même rôle que le Bureau des grands projets, mais avec un mandat spécifique pour la défense.

Au Québec, le gouvernement Legault a repris la balle au bond quelques semaines plus tard. Québec veut prioriser neuf projets en défense de 11 à 16 milliards $. Deux de ces projets concernent Chantier Davie.

M. Legault souhaite que ces projets soient désignés d’intérêt national par le fédéral pour qu’ils puissent être placés sur une voie rapide.

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Ottawa interpellé pour investir dans l’«autoroute bleue»

Par Paul-Robert Raymond, Le Soleil

17 décembre 2025 à 04h05

Le vraquier Baie-Comeau de CSL, à la baie des Anglais à Baie-Comeau (Paul Dionne/CSL)

Armateurs du Saint-Laurent, accompagné de sept autres associations et entreprises, lance un appel à Ottawa pour davantage d’investissement dans le corridor du Saint-Laurent et des Grands Lacs.

La Chambre de commerce maritime, l’Ontario Marine Council, la Société de développement économique du Saint-Laurent, Algoma Central Corporation, Canada Steamship Lines (CSL), le Groupe Desgagnés et le Groupe NEAS sont les cosignataires d’une lettre d’opinion.


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Ottawa doit maximiser le potentiel du Saint-Laurent et des Grands Lacs

Ces entités demandent au gouvernement fédéral d’«utiliser son Fonds pour la diversification des corridors commerciaux d’une valeur de 5 milliards de dollars pour investir dans la voie maritime, dans la flotte commerciale canadienne et dans les principaux ports».



De plus, elles souhaitent «que le gouvernement finance un soutien adéquat en matière de brise-glace» et qu’il «appuie la collaboration afin de garantir la prise en compte des besoins de toutes les parties prenantes dans cette initiative de croissance».

Armateurs du Saint-Laurent soutient également que le corridor du Saint-Laurent et des Grands Lacs représente un apport de 66,1 milliards de dollars dans l’économie. Presque 360 000 emplois y sont rattachés.

L’industrie maritime ne compte pas rester les bras croisés devant les annonces du gouvernement fédéral en ce qui concerne les investissements. Elle rappelle que «l’autoroute bleue» que représente ce corridor s’étend sur 3700 kilomètres entre Duluth, dans l’État du Wisconsin et l’océan Atlantique. Ça peut aller jusqu’à 16 000 km, si on inclut l’Arctique et le passage du nord-ouest.

«Bien sûr, on a tous pris connaissance des priorités du gouvernement fédéral, notamment sur la volonté de développer des projets de construction nationale», lance Saul Polo, PDG d’Armateurs du Saint-Laurent, rencontré dans les bureaux de CSL. «Nous, comme industrie, on essaie de parler d’une voie unifiée.»

Il affirme que l’état actuel des infrastructures ne permettrait pas d’avoir la capacité de soutenir une multiplication par deux des exportations non américaines.

«Quand le gouvernement annonce un fonds dédié de 5 milliards, on souhaite non seulement lever la main comme industrie pour que les projets de notre industrie soient priorisés, mais aussi que notre industrie saisisse les opportunités associées à ces investissements-là de la même façon que le gouvernement s’est déjà avancé sur de la construction navale et autres.»

— Saul Polo, PDG d’Armateurs du Saint-Laurent

«On souhaite que notre industrie et toute l’économie canadienne ne manquent pas le bateau», poursuit-il. «Parce que, lorsque le gouvernement fédéral dit qu’il veut augmenter ou doubler le nombre d’exportations non américaines au cours des 10 prochaines années, ça passe par des joueurs importants, comme CSL et nos partenaires de l’industrie.»



«La flotte canadienne, elle doit être considérée comme une infrastructure critique», enchaîne Chantal Picard, cheffe de l’exploitation pour le Canada, les Amériques et l’Australie chez CSL. «Parce que les navires sont un peu captifs dans les Grands Lacs et dans la voie maritime. Ils ne peuvent pas naviguer internationalement.»

Gestion des eaux de ballast

Un des clous sur lesquels où les signataires de la lettre ouverte comptent frapper, c’est sur celui des différentes réglementations. Notamment celle au chapitre de la gestion des eaux de ballast.

En 2021, Transports Canada a mis en place le Règlement sur l’eau de ballast. Celui-ci impose aux armateurs de gérer les eaux de ballast afin de prévenir l’introduction d’espèces envahissantes.

Les navires construits avant 2009 ont jusqu’à septembre 2030 pour être conformes pour la navigation dans les Grands Lacs et le Saint-Laurent. Une réglementation «trop avant-gardiste», selon M. Polo.

«Elle est allée beaucoup trop loin, beaucoup trop rapidement. Ça met en désavantage certains armateurs canadiens vis-à-vis des armateurs américains. […] Et 2030, c’est demain», dit-il, en soulignant qu’elle n’est pas harmonisée avec celle des États-Unis.



«Notre demande est vraiment spécifique. Parce que chez eux, toute la flotte est soumise à une clause grand-père.»

— Chantal Picard, cheffe de l’exploitation pour le Canada, les Amériques et l’Australie chez CSL

«[Aux États-Unis], ils ne sont pas obligés d’installer [des systèmes de gestion d’eaux de ballast] sur leur flotte. Et ces installations, ça coûte cher», ajoute-t-elle.

«Installer ces systèmes-là dans les nouveaux navires en construction, ça représente quand même des coûts supplémentaires. Mais c’est bien moins dispendieux que le coût d’une mise à niveau sur des navires déjà en opération», renchérit le PDG d’Armateurs du Saint-Laurent.

Biocarburants

À l’inverse, M. Polo estime que le Canada est à la remorque des autres juridictions internationales en matière de biocarburants. «Celles-ci reconnaissent certains biocarburants, alors qu’ici au Canada, Transports Canada ne le reconnaît pas», plaide-t-il.

Chantal Picard, cheffe de l’exploitation pour le Canada, les Amériques et l’Australie chez CSL (Richmond Lam/CSL)

Le biocarburant le plus répandu dans l’industrie est le biodiesel. Chez CSL, on serait déjà en mode innovation à ce sujet.

«On a lancé le plus grand projet ou programme de biocarburant au monde sur la moitié de notre flotte», déclare Mme Picard. «Et nous sommes prêts à partager nos données de notre programme biocarburant, puis à collaborer avec l’industrie et toutes les parties prenantes.»

«On avance nos plateformes numériques pour rendre nos données opérationnelles plus fluides avec les ports, avec le pilotage. Afin de rendre le corridor plus efficace», conclut-elle.