Industrie des médias et de l'information

Première mondiale | Les Australiens de moins de 16 ans bloqués sur les réseaux sociaux.

Un garçon de 13 ans affiche un message sur son téléphone portable provenant de la plateforme de réseau social Snapchat après que son compte ait été verrouillé pour vérification d’âge à Sydney, le 9 décembre 2025.

(Sydney) Les moins de 16 ans d’Australie sont officiellement interdits d’accès à de nombreux réseaux sociaux depuis mercredi matin, une démarche pionnière au niveau mondial qui vise à protéger la jeunesse des algorithmes addictifs d’Instagram, TikTok ou encore Snapchat.

Des centaines de milliers d’adolescents s’apprêtent à se réveiller déconnectés des applications sur lesquelles ils pouvaient passer plusieurs heures par jour.

Sans mesures « raisonnables » prises pour faire respecter la loi, les plateformes concernées risquent des amendes pouvant atteindre 28 millions d’euros (45 millions de dollars canadiens) en vertu de cette obligation entrée en vigueur mercredi à minuit heure de Sydney et Canberra (8 h heure de l’Est, mardi), et dont l’application sera scrutée par les autorités de nombreux pays.

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L’Australie devient ainsi un des premiers pays à imposer les mesures les plus radicales dans le monde face aux géants de la tech, parmi lesquels les américains Meta et Google.

Les réseaux sociaux « sont utilisés comme une arme par les harceleurs […], sont vecteurs d’anxiété, constituent un outil pour les escrocs et, pire que tout, sont un outil pour les prédateurs en ligne », a justifié le premier ministre travailliste Anthony Albanese, à la veille de l’entrée en vigueur de la mesure.

Dépendance aux écrans, harcèlement en ligne, violence, contenus sexuels : la mesure est accueillie avec soulagement par bien des parents démunis, mais n’enthousiasme que modérément les premiers concernés.

« Je ne pense pas que le gouvernement sache vraiment ce qu’il fait et je ne pense pas que cela aura un impact sur les enfants australiens », témoigne Layton Lewis, un Australien de 15 ans, interrogé avant son exclusion officielle des plateformes.

« Responsabilités »

Facebook, Instagram, YouTube, TikTok, Snapchat ou encore Reddit ont désormais l’interdiction de conserver ou de permettre la création de comptes pour les utilisateurs d’Australie âgés de moins de 16 ans. Les plateformes de diffusion Kick et Twitch, ainsi que les réseaux sociaux Threads et X, sont aussi concernés.

Pour l’heure, la plateforme de jeux en ligne Roblox, le réseau Pinterest ou encore la messagerie WhatsApp sont épargnés par le dispositif. Mais cette liste pourra évoluer, a averti le gouvernement.

Certains sites restent accessibles sans compte, à l’image de YouTube.

Parmi les parents partisans de la mesure, Mia Bannister a mis en cause le rôle des réseaux sociaux dans le suicide de son fils adolescent, Ollie, victime de harcèlement en ligne et de vidéos ayant favorisé son anorexie.

Un adolescent tient un téléphone portable affichant un message de la plateforme de réseau social Instagram après que son compte ait été verrouillé, le 9 décembre 2025.

« J’en ai assez que les géants des réseaux sociaux fuient leurs responsabilités », a-t-elle dénoncé auprès de l’AFP, soulignant qu’en offrant un téléphone à leurs enfants, les parents « leur donnent la pire arme qui soit ».

Des travaux de recherche avancent que passer trop de temps en ligne nuit au bien-être des adolescents.

Dany Elachi, un père de cinq enfants, approuve : « On doit faire preuve de prudence avant de mettre n’importe quoi d’addictif entre les mains de nos enfants ».

Vérification

Meta, YouTube et d’autres géants de la tech ont condamné l’interdiction, qui doit priver leurs plateformes d’un nombre important d’utilisateurs.

La plupart ont cependant accepté malgré elles de s’y plier, à l’instar de Meta (Facebook, Instagram, Threads) qui a annoncé dès jeudi avoir commencé à supprimer les comptes des utilisateurs concernés.

La justice a toutefois été saisie : un groupe de défense des droits des internautes a dit avoir engagé une procédure auprès de la Haute Cour d’Australie.

De son côté, Reddit a déclaré mardi ne pas pouvoir confirmer des informations de plusieurs médias australiens, affirmant qu’il chercherait à faire annuler la mesure auprès de cette juridiction.

Le succès ou non de la décision australienne sera scruté de près. Le pays compte 27 millions d’habitants. La Nouvelle-Zélande voisine, mais aussi la Malaisie réfléchissent à des restrictions similaires.

Le gouvernement australien a admis que l’interdiction serait imparfaite à ses débuts et que des adolescents rusés trouveraient un moyen de continuer à « scroller » et faire défiler des contenus sur leurs écrans.

D’après le texte, les réseaux sociaux visés ont seulement à vérifier que leurs utilisateurs sont âgés de 16 ans ou plus.

Plusieurs plateformes ont annoncé qu’elles recourraient à l’intelligence artificielle (IA) pour estimer l’âge des internautes à partir de leurs photos. Ceux-ci pourraient aussi avoir à transmettre un document d’identité.

https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2025-12-09/premiere-mondiale/les-australiens-de-moins-de-16-ans-bloques-sur-les-reseaux-sociaux.php

Voitures connectées | Les automobilistes ont-ils perdu le contrôle ?

Les voitures connectées ne nous transportent pas seulement du point A au point B. Elles nous observent et nous écoutent, constate l’Union des consommateurs, qui s’inquiète de la façon dont les consommateurs sont en train de perdre le contrôle de leurs renseignements personnels une fois qu’ils sont en voiture.

L’Union des consommateurs et le Bureau de la consommation viennent de publier un rapport inquiétant sur la collecte d’information faite par les constructeurs de ces véhicules connectés. Les ordinateurs de bord touchent à la conduite, au divertissement et à une foule d’autres activités dans le véhicule, et retransmettent par les réseaux cellulaires des données sur le comportement des automobilistes.

« Les risques de dérapage sont bien réels. En ce moment, ni les consommateurs ni les gouvernements n’ont les mains sur le volant », conclut le rapport. « Nos voitures ont pris un virage qui présente de graves risques pour les consommateurs. »

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Une empreinte digitale sur roues

Même anonymisées, ces données comprennent des renseignements personnels, comme la localisation en temps réel. Cette collecte rend la conduite plus coûteuse, puisque ces véhicules connectés vendent sous forme d’abonnement les fonctions les plus avancées de leurs systèmes embarqués. L’année dernière, General Motors s’est fait prendre à vendre à des agences du secteur de l’assurance des données sur le freinage et la conduite de nuit tirées de ses véhicules connectés. Des assureurs utilisaient ensuite ces données pour hausser les primes ou refuser d’assurer certains clients.

La réparabilité en péril

Théoriques ou non, ces craintes mènent l’Union des consommateurs et le Bureau de la consommation à se tourner vers les gouvernements. Ils souhaiteraient qu’un cadre législatif limite la collecte de renseignements trop personnels et qu’il impose le droit du consommateur d’avoir « le contrôle exclusif de sa voiture » pour contrôler les mises à jour logicielles et faciliter les réparations…

https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2025-12-13/voitures-connectees/les-automobilistes-ont-ils-perdu-le-controle.php

Reportage de Global News

How AI deepfakes are distorting truth, including coverage of news

As major news breaks in Venezuela, social media is being flooded with viral videos that are often fake.

Rapid advances in artificial intelligence are making it easy to create videos that look real, making it harder for the public to tell the difference.

Jeff Semple explores the scale of this problem and the difficulty of verifying information in the digital age.

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Que pensez-vous de copier l’entièreté d’articles? Je n’ai pas d’avis tranché sur le sujet (il m’arrive de partager tout le texte, juste un lien, ou un extrait), mais je me demande ce que les autres membres en pensent. Quelle serait la meilleure pratique?

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On avait déjà statuer de ne pas le faire, car les gens qui veulent lire l’article au complet peuvent cliquer sur le lien pour aller le lire

Aussi, ce n’est pas tous les membres qui utilisent la fonction citation ou le « > » en début de paragraphe pour citer. Ça rend plus difficile de distinguer rapidement ce qui vient du membre de ce qui vient du média

Autre chose, des fois, la mise en forme des texte n’est pas optimale si les membres ne font pas attention et copient tout. Ce qui rend la lecture plus difficile

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Personnellement je crois que les articles publiés n’ont pas nécessairement la même importance ou la même urgence. C’est pourquoi je publie certains articles choisis intégralement et d’autres en résumé pour inviter les lecteurs à approfondir certains sujets plus secondaires selon leurs propres intérêts.

Je mets aussi en italique mes propres commentaires et les sépare clairement de l’article publié pour bien distinguer l’information journalistique de mes propres opinions. C’est aussi à ça que sert un forum, pas seulement citer mais aussi exprimer un point de vue qui peut être débattu pour avoir la possibilité d’aller plus loin dans les échanges.

Par ailleurs l’important dans les circonstances est que l’information la plus objective possible puisse circuler librement en temps réel et qu’elle puisse être documentée et vérifiée selon les désirs de chacun.e. Car à mon avis les enjeux sur la scène internationale sont devenus indéniablement cruciaux, puisqu’ils menacent à terme notre propre liberté et l’avenir de notre économie, comme de notre démocratie.

C’est pourquoi j’essaie de sensibiliser les gens face au comportement devenu erratique des USA, notre imposant voisin au sud de la frontière, qui se comporte dorénavant comme un adversaire intransigeant plutôt qu’un partenaire allié et respectueux de notre identité et souveraineté nationale.

Finalement on voit bien que l’Histoire s’accélère et qu’il est difficile de suivre les énormes changements qui se bousculent devant nos yeux. Rien n’est plus pareil et il est devenu difficile de prévoir les défis qui nous attendent même à court et moyen terme. Or quand je regarde l’apathie américaine et la désinformation qui pèse lourd sur les USA pour mieux manipuler l’opinion publique. Je me dis que l’on doit du côté de notre frontière être encore plus vigilants et être mieux informés (pas juste avec des titres), afin de pouvoir réagir efficacement dans le but de défendre adéquatement nos précieux droits et libertés.

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Chroniques

Dans le calepin de l’éditeur adjoint Noyés dans l’info, privés de l’essentiel

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Mêlée de presse de François Legault à l’Assemblée nationale en octobre dernier

Résumé

[
François Cardinal
François Cardinal Vice-président Information et éditeur adjoint de La Presse

](https://www.lapresse.ca/auteurs/francois-cardinal)

Le métier, les médias, la salle de rédaction de La Presse, et vous

Publié à 5 h 00

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J’ai profité des Fêtes pour visionner des documentaires sur le journalisme. L’un portait sur le 100e anniversaire du New Yorker, ses grandes plumes et son guide de style figé dans le temps. Un autre, Cover-Up, était consacré à Seymour Hersh, ce monument du journalisme d’investigation qui a révélé au monde le massacre de My Lai et les tortures d’Abou Ghraib1.

C’était ma façon de me détendre entre deux tourtières…

Une chose m’a frappé en regardant les archives des années 1960 et 1970 : l’immense paradoxe qui définit notre époque.

Jamais l’humanité n’a eu accès collectivement à autant d’informations… et pourtant, jamais celles qui comptent vraiment n’ont été aussi contrôlées et protégées du regard public qu’aujourd’hui.

Les premières minutes du documentaire sur Hersh illustrent bien ce basculement.

À l’époque de la guerre du Viêtnam, le journaliste pouvait déambuler librement dans les corridors du Pentagone, déjeuner avec des officiers de haut rang à la cafétéria, tisser des liens au fil de conversations informelles. Cette proximité nourrissait des enquêtes qui ont changé le cours de l’histoire (l’étoile de Hersh a pâli depuis pour diverses raisons et erreurs).

Aujourd’hui, un tel accès relève de la fiction… ou des documentaires d’époque !

Le journalisme d’investigation tel que Hersh l’a pratiqué – fondé sur l’ouverture, la proximité et la confiance mutuelle – est devenu un parcours du combattant.

Chaque information doit être arrachée à un système conçu pour la retenir.

Ce phénomène dépasse évidemment les frontières américaines.

Comparé au reste de l’Occident, le Québec conserve une culture d’accessibilité plus grande que dans les grandes capitales du monde.

N’empêche qu’on est loin de ce qui avait cours il y a 50 ans, lorsque les journalistes pouvaient facilement parler aux fonctionnaires, aux ministres, voire au premier ministre !

René Lévesque prenait régulièrement un verre avec des reporters après les sessions parlementaires. Robert Bourassa appelait des journalistes chez eux pour tester des idées. Jacques Parizeau donnait lui-même des briefings économiques détaillés.

Ces pratiques témoignaient d’une conception différente du rapport entre ceux qui exercent le pouvoir et ceux qui ont pour mission de les scruter. Une relation qui était tendue à l’époque aussi, mais qui permettait au moins le dialogue direct.

Aujourd’hui, toute demande d’entrevue à un ministère ou à un organisme public suit un parcours qui ne cesse de s’allonger.

Un journaliste doit souvent envoyer sa question par écrit. Elle transite par des attachés de presse. Ils évaluent la pertinence de répondre, préparent des « éléments de langage » (pour reprendre l’expression qu’affectionnent les Français) et envoient un courriel laconique, réduisant ainsi les risques d’une question de suivi.

En un mot, on a assisté au cours des dernières décennies à une professionnalisation du contrôle de l’information.

Les attachés de presse existaient il y a 40 ans, bien sûr. Mais ils n’étaient pas les murailles qu’ils sont devenus. Surtout, ils étaient infiniment moins nombreux. Désormais, chaque organisation dispose de son armée de « communicants » dont la mission consiste à répondre aux questions, certes, mais aussi à façonner les messages et à filtrer l’accès.

C’est dans ce contexte, en prenant du recul, qu’il faut analyser le resserrement radical de l’information observé aux États-Unis sous Donald Trump. On l’a vu à la Maison-Blanche, où l’agence Associated Press a été bannie. Et on le voit au Pentagone, où l’opacité est désormais érigée en doctrine, avec l’imposition de restrictions qui empêchent l’exercice d’un journalisme indépendant2.

Le Québec n’est pas du tout là. Mais on assiste néanmoins au resserrement des accès et des occasions d’entrevues.

Prenez François Legault : il se limite plus qu’avant à de courtes déclarations plutôt qu’à de véritables points de presse. Et s’il accorde des entrevues à la télé et aux influenceurs, il boude les médias écrits.

À La Presse, par exemple, la dernière fois qu’il a accordé une véritable entrevue remonte à mars 20233 ; cela a été suivi d’un bref appel la même année avec notre chef de bureau, Tommy Chouinard. Ça fera donc bientôt trois ans… sur un mandat qui a commencé il y a trois ans !

En parallèle, le gouvernement Legault a pris la curieuse décision de rendre l’accès à l’information… moins accessible aux journalistes.

Alors que les médias pouvaient jusqu’ici contester avec facilité les refus du gouvernement de donner accès à un document public, Québec rend obligatoire la présence d’un avocat4 !

Une décision qui représente une énième contrainte pour les médias, surtout ceux qui ne roulent pas sur l’or.

Le paradoxe est là. On baigne dans un océan d’informations instantanées et de données en continu. Et pourtant, l’information qui compte – celle qui permet de comprendre les décisions, de scruter l’usage des fonds publics, de documenter les abus, comme le faisait Hersh – n’a jamais été aussi difficile à obtenir.

Les journalistes n’ont pas renoncé à leur quête. Ils continuent leurs rondes d’appels, cultivent leurs sources, recoupent des informations dans le but de combattre l’industrie du message formaté. Et ce faisant, ils révèlent plein d’histoires censées demeurer secrètes. Mais ils le font dans un environnement considérablement durci.

Et donc, pour 2026, mon souhait pour vous, chers lecteurs, est un meilleur accès collectif aux informations censées être publiques. Bonne année !

  1. Les deux documentaires sont offerts sur Netflix.

  2. Les grands médias américains poursuivent le gouvernement à ce sujet.

  3. Il est vrai qu’il est passé par La Presse en novembre, mais cette visite de sa propre initiative visait uniquement à présenter son plan économique, non pas à répondre à nos questions.

  4. À l’initiative de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, plusieurs médias, dont La Presse, sont devant les tribunaux à ce sujet.

https://www.lapresse.ca/actualites/chroniques/2026-01-11/dans-le-calepin-de-l-editeur-adjoint/noyes-dans-l-info-prives-de-l-essentiel.php

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Reportage intéressantde Frédéric Arnould en Belgique francophone sur le cordon sanitaire qui empêche les propos extremistes de passer en direct dans les médias.

Résultat : les partis francophones d’extrême droite sont beaucoup moins populaire que leurs équivalents flamands.

Avec la dédiabolisation de certains thèmes délicats chers à l’extrême droite, des médias se polarisent sur la question de donner la parole ou pas à ceux qui tiennent des propos controversés. En Belgique francophone, cette question ne se pose plus depuis la création du cordon sanitaire médiatique, il y a une trentaine d’années.

Pas de diffusion en direct avec des membres de l’extrême droite en Belgique francophone : c’est un règlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celui-ci stipule qu’on ne tend pas un micro en direct à un représentant d’un parti non démocratique.

« Mais on peut le faire en différé, et il faut cadrer le propos, expliquer pourquoi on l’a mis en différé, explique François Debras », professeur associé à l’Université de Liège.

Comment définir un parti non démocratique? La législation renvoie à trois éléments : c’est un parti qui contrevient à la loi contre le racisme, contre les discriminations et contre le négationnisme.

— François Debras, professeur associé à l’Université de Liège

Dans les faits, ce cordon sanitaire médiatique ne s’applique pas qu’à l’extrême droite : il concerne tous les partis dits extrémistes qui tiennent des propos racistes.

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Cette dérive du gouvernement Legault n’est pas négligeable. Extrait de l’article de La presse :

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Une pub magistrale qui nous fait grand bien :+1: :+1: :+1:


Émotion et valeurs offrent une pub millionnaire à la Famille du lait

Avec Jeanne (Jeanne Landry-Proulx) en figure de proue et une trame sonore signée Hubert Lenoir, la nouvelle pub des Producteurs de lait du Québec célèbre la relève agricole au féminin. En 48 heures, le court-métrage de trois minutes a franchi le cap du million de vues sur la page Facebook de la Famille du lait. (Producteurs de lait du Québec)

Le coup de Janette Bertrand en arrière-grand-maman gâteau, qui a valu aux Producteurs de lait du Québec (PLQ) le prix Bye Bye de la pub 2025, n’était qu’un échauffement. La «vraie» pub championne toute lactée est débarquée 11 jours plus tard.

Résumé

Mettant en scène Jeanne — une jeune fille qui grandit sur une ferme laitière, qui s’émancipe comme femme LGBTQ+, qui part étudier en ville, puis travailler dans un bureau, et dont les circonstances nourrissent son envie de revenir au bercail—, la nouvelle publicité des PLQ sort des sentiers battus.

Aux allures de mini-court métrage, ce récit de trois minutes signé Vincent René-Lortie (nommé aux Oscars en 2024 pour son film Invincible) a été tourné à la ferme Magolait à Magog. Portée par le succès Fille de personne d’Hubert Lenoir, qu’il a réenregistré spécifiquement à cette fin, la vidéo tranche avec les formats publicitaires habituels.



Surtout que, malgré sa longueur, elle a trouvé sa place en pleine diffusion de Tout le monde en parle dimanche dernier, là où, d’ordinaire, 15 secondes valent déjà leur pesant d’or.

La nouvelle publicité de trois minutes du Lait est réalisée par Vincent René-Lortie. (Producteurs laitiers du Québec (PLQ))

Un million de vues en 48 heures!

La publicité signée LG2, en même temps mise en ligne sur les réseaux sociaux, a récolté en 48 heures plus d’un million de vues, 7000 mentions J’aime et 3200 partages. Le cap des 500 commentaires sous la publication Facebook de La Famille du lait — majoritairement positifs — a rapidement été franchi quelques heures après le dépôt.

Les agriculteurs sont nombreux à se reconnaître dans ce récit qui encapsule à la fois les défis de la relève et la transmission du patrimoine agricole québécois.

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«Wow! Je suis fière de mon mari qui est de la 6e génération et de mes fils, ils sont la 7e génération à la Ferme La Seigneurie», écrit Emmanuelle Pelchat de Sainte-Camille, en Estrie.

«En tant que parent et agricultrice, on est touché au plus profond de notre âme! C’est notre quotidien de transmettre notre passion à nos enfants. Le cœur rempli d’espoir. Et ce, peu importe notre secteur d’activité. J’ai pleuré!» témoigne Geneviève Bernèche de la ferme porcine Alfa en Mauricie.

En mettant en scène un père (Alexis Lefebvre) et sa fille inséparables, la publicité millionnaire de la Famille du lait rappelle que la famille occupe toujours le haut du pavé dans les campagnes québécoises. (Producteurs laitiers du Québec)

Les pros de la pub conquis

Même loin des étables, chez les experts du marketing, la démarche suscite l’émoi.

«C’est tellement une belle pub, mon Dieu, ça fait du bien!», lance d’entrée de jeu Sonya Bacon, consultante en image de marque.

Selon elle, la force du message dépasse largement l’esthétique.



«Ce qui est fort, ce n’est pas tant ce que la pub montre, mais ce qu’elle corrige. Pendant longtemps, l’image des producteurs est restée figée dans la tête des gens, alors que la réalité, elle, a beaucoup évolué», souligne la consultante.

La campagne mise d’abord sur le métier, les valeurs et l’humain, bien avant le produit.

Une démarche réfléchie

Du côté des Producteurs de lait du Québec, la démarche n’est pas improvisée.

«Avant de lancer une campagne, on se demande toujours ce qui gravite dans l’actualité et ce qui peut interpeller les consommateurs», explique Julie Gélinas, directrice marketing des Producteurs de lait du Québec depuis 2014.

Déployée du 12 janvier au 8 février, la campagne est le fruit d’une réflexion amorcée il y a plus d’un an, dans un contexte politique où la protection de la gestion de l’offre demeure un enjeu central, à l’approche de la renégociation de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM).

«Le secteur laitier contribue énormément à la vitalité économique et sociale du Québec. C’est important de le rappeler», insiste-t-elle.



Pour certains, la force de la pub réside justement dans sa normalité. (Producteurs laitiers du Québec)

Les chiffres moins convaincants que les sentiments

Elle explique que plutôt que d’assommer le public avec des chiffres, les PLQ ont choisi l’émotion, mettre de l’avant les valeurs québécoises, que ce soit celles des familles ou des fermes.

«On mise sur l’inverse. On veut créer une émotion pour donner le goût de s’informer, plutôt que de miser uniquement sur la raison», indique Julie Gélinas, qui explique ainsi le choix du format de trois minutes «pour laisser l’histoire respirer».

Un choix facilité par le numérique, où «aucun format n’est imposé», même si une version d’une minute existe aussi pour les canaux plus traditionnels.

Julie Gélinas souligne qu’il était aussi important de montrer la place grandissante des jeunes femmes dans la relève, alors que l’avenir de l’agriculture repose de plus en plus sur leurs épaules.

«Près de 30 % des fermes sont reprises par des femmes, et 92 % des repreneurs ont une formation postsecondaire. Le visage de l’agriculture change.»

Moment clé de la publicité: l’apparition des mots «Et fille» sur la pancarte d’accueil de la Ferme Girard. Un clin d’œil symbolique qui résume tout le propos du récit.

Jeanne, interprétée par la comédienne Jeanne Landry-Proulx, est appelée à reprendre la ferme familiale jusque-là dirigée par son père, incarné par Alexis Lefebvre.

L’apparition du « ET FILLE » sous la pancarte de la Ferme Girard marque l’apogée de la publicité.

Montrer toute la réalité rurale d’aujourd’hui

Autre choix audacieux: Jeanne est aussi une femme LGBTQ+. Et ce détail, loin d’être un “sujet”, s’inscrit naturellement dans l’histoire.

«Nos producteurs vivent dans le monde d’aujourd’hui, avec des proches et des réalités qui font partie de leur quotidien. Représenter une jeune femme LGBTQ+, c’était simplement montrer la réalité actuelle, pas celle d’hier», souligne Julie Gélinas.



«Si on veut continuer de parler d’un produit aussi important que le lait, il faut qu’il s’incarne dans les valeurs d’aujourd’hui, ajoute-t-elle. C’est une question de respect.»

Pour l’agriculteur Joé Desjardins, président de l’organisme Fierté agricole qui soutient la communauté LGBTQ+ en milieu rural, la force de la pub réside justement dans sa normalité.

«C’est montré comme quelque chose de normal. On ne met pas l’accent sur le fait qu’elle est lesbienne. Elle tombe en amour, elle s’installe, elle vit sa vie. Point.»

Son conjoint, Michel Desrochers, trésorier de l’organisme et ancien producteur laitier devenu maraîcher, abonde dans le même sens: «Ce n’est pas son orientation qui crée une distance avec son père, c’est l’adolescence. Le reste, il s’en fout», explique-t-il en soulignant la justesse du jeu d’Oliviane Masse, qui joue Jeanne en ado rebelle. Alexie Lévesque est celle qui interprète la fermière en petite fille.

Famille et ferme avant les recettes de grands chefs!

Dans le monde agricole, le quotidien de ce monde ramène souvent à l’essentiel, rappelle Joé Desjardins, qui a grandi sur une ferme laitière en Abitibi.

«On n’a pas le temps de niaiser avec des considérations X, Y, Z. Ce qui compte, c’est la ferme, la famille, le travail. Les vaches, elles, ont besoin d’être traites matin et soir. Je l’ai écoutée je ne sais pas combien de fois. C’est une super bonne pub. On met la femme à l’avant, on montre la ferme, la vraie réalité. Pas des recettes, pas de grands chefs. Et c’est ça qui est beau. »

Et les commentaires sous la vidéo en témoignent.

«On a été surpris par la positivité des réactions, indique Michel. Soit les gens n’ont pas remarqué qu’elle était lesbienne, soit ce n’était tout simplement pas important.»

Pour Sonya Bacon, cette campagne va au-delà du marketing.

«Il y a une vraie prise de position. Ce n’est pas pour rien qu’elle s’accompagne d’une série documentaire avec des producteurs. On veut raconter des histoires authentiques, montrer la réalité derrière le décor, même quand ce n’est pas facile.»

Elle applaudit particulièrement la mise en ligne, en parallèle de la pub, de portraits d’agriculteurs de toutes les régions du Québec déposés sur le site web de La Famille du lait dans la section «Notre lait». On y trouve aussi toute une suite de fiches informatives sur les 4215 fermes laitières d’ici, recensées par les PLQ.

Pour la stratège, dans le contexte géopolitique actuel, cette prise de parole a aussi une portée symbolique.



«C’est une affirmation de qui on est comme Québécois, remarque-t-elle. Ce genre de message-là, porté par des producteurs du Québec, ça n’aurait pas été pareil ailleurs au Canada.»

On y célèbre à la fois la relève, l’occupation du territoire, les valeurs collectives et l’ouverture.

«La gestion de l’offre fonctionne parce qu’il y a des valeurs collectives derrière. Et ça fait du bien de le rappeler dans un monde où tout est souvent divisé.»