Résumé
Les blocs de verre font un retour
PHOTO FOURNIE PAR CATHERINE LU
La maison construite dans une ruelle de Sydney a des murs translucides, mais non transparents, offrant luminosité et intimité.
Tout comme les ongles fluo des années 1980 et les vestons vintage des années 1990, les blocs de verre font un retour, en partie grâce aux réseaux sociaux.
Mis à jour le 13 août

Hannah Holland The Washington Post
Une courte vidéo Instagram présentant des variations de ce matériau rétro a été vue 5,5 millions de fois depuis le mois de mars. On y voit des blocs quadrillés, dépolis et cannelés, ce qui prouve qu’ils ont évolué depuis ceux de l’appartement tape-à-l’œil de votre tante ou du restaurant (avec section pour fumeurs) où votre famille fêtait les anniversaires.
Les blocs de verre ne sont pas seulement esthétiques, ils sont aussi un choix relativement abordable pour le propriétaire souhaitant ajouter un élément de style ou de la lumière naturelle sans sacrifier son intimité. Ignifuges, ils sont aussi une protection contre les incendies.
PHOTO FOURNIE PAR IMMEUBLES STUART
Cette maison du Vieux-Longueuil mise en vente en 2018 comportait un mur intérieur de blocs de verre.
« Les blocs de verre sont un facteur de luminosité inhérent et résolvent des problèmes techniques », explique Brendan Guerin, membre fondateur du cabinet Guerin Glass Architects.
Voici pourquoi le retour du bloc de verre est tout à fait logique.
PHOTO FOURNIE PAR TOM FERGUSON
Cette maison dans une ruelle de Sydney est un hommage de l’architecte australien Brad Swarz à la Maison de verre de Paris.
Intimité et lumière
Ce n’est pas pour rien que les blocs de verre ont été utilisés dans les salles de bains des années 1980 et 1990 : ils laissent entrer la lumière naturelle sans qu’on puisse voir au travers. Cet attrait demeure pour les architectes d’aujourd’hui.
Brad Swartz, un architecte spécialisé dans les espaces urbains à Sydney, en Australie, explique que ce matériau s’est tout de suite imposé pour un projet de maison dans une ruelle, en collaboration avec le designer Henry Wilson. L’endroit était sombre et étroit, collé sur les voisins. Swartz a empilé des briques de verre, gravées d’un côté pour renforcer l’intimité, sur presque toute la façade de la maison.
« La lumière qui passe au travers est magnifique, elle change tout au long de la journée », explique-t-il.
PHOTO BM, FOURNIE PAR FLICKR
La Maison de verre dans le 7e arrondissement à Paris
M. Swartz s’est inspiré d’un édifice phare de ce style, la Maison de verre, une résidence parisienne des années 1930 commandée par le médecin et militant pacifiste Jean Dalsace à l’architecte Pierre Chareau. Cette maison se distingue par ses briques de verre avec des cercles au centre. Comme le projet de Swartz et Wilson, la Maison de verre comprend des murs entiers de briques de verre.
Apprenez-en davantage sur la Maison de verre
Selon WMGB Home Improvement, une entreprise de rénovation du Michigan spécialisée dans les briques de verre, la version la plus populaire chez ses clients présente un motif ondulé qui diffuse la lumière. Mais le choix est vaste, il y a même des blocs colorés.
Selon l’architecte new-yorkais Brent Buck, c’est cette grande variété qui change la donne par rapport aux années 1980 et 1990. « Il y avait un type spécifique de brique de verre à l’époque et il était omniprésent. Ce n’est plus le cas aujourd’hui », ajoute-t-il.
PHOTO TIRÉE DU SITE DE WMGB HOME IMPROVEMENT
Ce modèle qui diffuse la lumière à l’intérieur est un des nouveaux types de blocs de verre maintenant offert sur le marché.
Translucide, pas transparent
L’architecte Christopher Adams, lui aussi de Sydney, a eu l’idée d’utiliser des blocs de verre dans le cadre d’un projet de rénovation difficile : la maison était adossée à un immeuble d’habitation, ce qui donnait à de nombreux voisins une vue directe sur la propriété. Pour créer de l’intimité, M. Adams a mis au rez-de-chaussée des murs entiers en blocs de verre. Le résultat ? « Une belle lumière aqueuse, et l’intimité totale par rapport aux environs. »
Relativement abordables
Les briques de verre sont relativement abordables, estiment les architectes interrogés pour cet article. Selon M. Guerin, un mur de briques de verre, pose incluse, coûte de 30 à 40 $ US (de 42 à 55 $ CAN environ) par pied carré, en moyenne. Un mur de verre traditionnel coûterait près de 100 $ US (environ 140 $ CAN) par pied carré.
« Les briques de verre sont creuses, avec un espace d’air au milieu, explique M. Swartz. Ce n’est pas du verre plein, et c’est ce qui influe sur le prix. Mais il ne faut pas oublier que les briques de verre ne sont pas la même chose que les blocs, qui sont généralement carrés, plutôt que rectangulaires, et en verre plein. C’est pourquoi ils sont chers, trop chers pour la plupart des projets de rénovation. »
PHOTO FOURNIE PAR KATHERINE LU
Les blocs de verre sont une option relativement abordable pour le propriétaire souhaitant ajouter un élément de style ou de la lumière naturelle sans sacrifier son intimité.
La Maison de verre de Paris est le summum de l’architecture en murs de verre, mais la plupart des projets contemporains ne vont pas aussi loin. « On en met comme éléments de détail ou de décoration. On n’en achète que quelques-uns », précise M. Swartz. Ce qui, bien sûr, est moins cher.
Sécurité
Les briques de verre peuvent améliorer la sécurité d’un bâtiment. « L’indice de résistance au feu est meilleur que celui d’une fenêtre, explique M. Buck. On peut en mettre là où un matériau transparent serait contraire aux normes. » Même son de cloche de M. Swartz : « S’il y a un incendie chez vous, le verre vole en éclats très vite. Les blocs de verre résistent bien plus longtemps. » Il ajoute qu’à l’origine, ce sont les vertus pare-feu des blocs de verre qui ont attiré l’attention des architectes.
M. Guerin fait remarquer que les briques de verre ont certaines propriétés s’approchant de celles de la maçonnerie ; dans une certaine mesure, on peut s’en servir de la même manière. « Il y a une certaine capacité portante, une résistance horizontale au vent et une certaine résistance sismique », surtout si on met des tiges d’acier comme renforts.
PHOTO FOURNIE PAR TOM FERGUSON
La maison de Sydney comporte des blocs de verre agrémentés d’un cercle en leur centre, un clin d’œil à la Maison de verre de Paris.
La Maison Hermès, siège japonais de la marque française de luxe, à Tokyo, est aussi une vitrine de l’intégrité structurelle des blocs de verre en architecture. En 1998, Hermès a demandé à l’architecte italien Renzo Piano de construire un édifice en respectant les règles strictes de Tokyo en matière de tremblements de terre et d’incendie. Selon sa firme Renzo Piano Building Workshop, « la façade en blocs de verre est conçue pour agir comme un rideau en cas de séisme, se déplaçant de 4 mm grâce aux joints flexibles entre les blocs, absorbant ainsi les chocs sismiques au lieu d’y résister ».
Un matériau cool
De la Maison de verre de Paris aux ruelles de Sydney, les briques de verre ont une histoire architecturale plus avant-gardiste et intemporelle que ce qu’on retient des années 1980. « Dans mon esprit, les briques de verre n’incarnent pas le Miami des années 1980, mais le Paris prémoderniste des années 1930 », explique M. Guerin. « Un bon design naît de l’appréciation historique. »
De plus, « les briques sont cool, assure M. Swartz. Il s’agit d’un produit ancien qui se réinvente de façon plus belle et plus moderne. »
La version originale de cet article a été publiée dans le Washington Post.