Résumé
Infrastructures: l’aluminium encore trop souvent écarté au Québec
Par Carolyne Labrie, Le Quotidien
10 juillet 2025 à 04h10
La passerelle en aluminium d’Alma. (Gimmy Desbiens/Archives Le Quotidien)
Malgré ses nombreux atouts, l’aluminium peine à se tailler une place au Québec en raison de préjugés tenaces. Les équipementiers du secteur dénoncent que les appels d’offres gouvernementaux favorisent presque systématiquement l’acier galvanisé.
C’est le cas pour les tours de télécommunication, les pylônes de transport d’électricité ou les passerelles. Les donneurs d’ouvrage veulent de l’acier. Ils rejettent du revers de la main l’aluminium puisqu’il serait soi-disant plus cher et moins résistant.
«Les mentalités prennent du temps à changer et on se bat contre ça. Au Québec, on produit uniquement de l’aluminium pour l’envoyer de l’autre côté de la frontière alors qu’il peut être utilisé dans les infrastructures à la place de l’acier», plaide le conseiller stratégique à l’exportation chez Serdex, Christian Gravel.
Certes, l’aluminium est plus cher la tonne que l’acier, explique-t-il. «Mais l’aluminium est trois fois plus léger et pour l’acier il faut penser au transport pour la galvanisation les frais pour ça. Il faut faire le calcul de tout ça.»
Priorisons l’aluminium à Saguenay
Le conseiller municipal jonquiérois, Jean-Marc Crevier, entend et comprend bien le message.
Il aimerait faire adopter une résolution au conseil municipal pour que Saguenay inclue l’aluminium comme option dans ses appels d’offres. «On essaie de se virer de bord pour trouver des solutions pour soutenir notre économie en réponse aux mesures protectionnistes de l’administration Trump. En voici une!», s’exclame l’élu.
«Nous avons célébré les 75 ans de notre pont en aluminium cette semaine. On parlait d’un symbole d’innovation à l’époque. On vante aujourd’hui sa résistance, mais il est encore le seul au monde. Ça pourrait changer!»
— Jean-Marc Crevier, conseiller municipal
Il dresse un parallèle avec la politique d’intégration du bois qui a été adoptée par Québec pour intensifier son utilisation dans la construction.
Dans le cas qui nous occupe, il propose d’inclure l’option en aluminium lors des appels d’offres pour permettre d’évaluer toutes les options. Saguenay viendrait ainsi réaffirmer son leadership dans la transformation de notre métal blanc et elle encouragerait les autres municipalités à faire de même, ajoute M. Crevier.
Son idée n’a pas été retenue à la séance du conseil municipal mardi. Il compte bien retravailler sa proposition et revenir sur le sujet en août.
Préjugés tenaces
«On se bat constamment contre les préjugés, comme quoi l’aluminium est plus cher et moins résistant, mais on ne prend même pas le temps d’analyser les propositions. Il est aussi solide et a une bonne capacité structurale. Il résiste à la corrosion», plaide de son côté Christian Gravel.
L’entreprise Remac conçoit des infrastructures en aluminium, dont des tours de communication. Celle-ci a été a résisté à l’ouragan Fiona qui a frappé les côtes de la Nouvelle-Écosse en 2022. (Jeannot Lévesque/Archives Le Quotidien)
Le conseiller stratégique était d’ailleurs devant 125 ingénieurs il y a quelques mois pour une formation sur l’utilisation du métal léger prisé pour sa résistance à la corrosion et son faible poids. «C’est tout de même surprenant de voir qu’on est au Québec et qu’on n’enseigne rien là-dessus dans nos écoles.»
Les acteurs de l’industrie continuent donc de démystifier les préjugés un à un, rappelant que l’aluminium est un matériau polyvalent qui peut être usiné, découpé et formé chez nous.
Résumé
Le pont d’aluminium, unique au monde, même après 75 ans
Par Solveig Beaupuy, Le Quotidien
8 juillet 2025 à 21h55
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L’infrastructure était déjà un symbole d’innovation lors de son inauguration en 1950. Trois quarts de siècle plus tard, elle est toujours aussi unique au monde. (Sophie Lavoie/Archives Le Quotidien)
«Bonne fête le pont. Et je te souhaite qu’à ta prochaine fête, on soit au patrimoine mondial de l’UNESCO», a lancé le conseiller, Carl Dufour, pour souligner le 75e anniversaire du pont d’aluminium d’Arvida. L’infrastructure était déjà un symbole d’innovation lors de son inauguration en 1950. Trois quarts de siècle plus tard, elle est toujours aussi unique au monde.
L’ambiance était festive mardi après-midi près du pont d’aluminium. La vice-première ministre du Québec et ministre des Transports, Geneviève Guilbault, était d’ailleurs présente pour l’occasion, de même que la ministre des Affaires municipales, Andrée Laforest, les députés fédéraux Mario Simard et Richard Martel, le député de Jonquière, Yannick Gagnon, la mairesse de Saguenay, Julie Dufour et de nombreux conseillers municipaux.
La vice-première ministre du Québec et ministre des Transports, Geneviève Guilbault, est entourée des élus Andrée Laforest, Mario Simard, Richard Martel, Yannick Gagnon, Julie Dufour et de nombreux conseillers municipaux. (Sophie Lavoie/Le Quotidien)
La fête d’anniversaire du pont s’est ouverte sur un retour dans le passé avec une interprétation de l’hymne d’Arvida. Deux comédiens ont ensuite endossé les rôles de l’ancien maire d’Arvida, Louis Faye, et de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis. Ils ont reproduit les discours exacts qui avaient été prononcés au moment de l’inauguration du pont.
«C’est une infrastructure unique au monde, pas juste au Québec, unique dans le monde. Et elle est ici chez nous au Québec et ici chez vous au Saguenay. C’est un joyau, c’est une fierté, mais c’est aussi une responsabilité très importante de faire tout ce qu’il faut pour l’entretenir et le faire rayonner au maximum. Imaginez-vous une désignation officielle de l’UNESCO ici à Jonquière… c’est fou quand on y pense! C’est vraiment très excitant tout ça.»
— Geneviève Guilbault, vice-première ministre du Québec et ministres des Transports
La ministre Geneviève Guilbault se dit très fière et excitée d’imaginer Arvida au patrimoine de l’UNESCO. (Sophie Lavoie/Le Quotidien)
Et comme cadeau de fête, la Ville de Saguenay, conjointement avec Rio Tinto, a officiellement déposé une demande de classement patrimonial pour qu’Arvida et son pont intègrent le patrimoine mondial de l’UNESCO.
Asphalte à la bauxite
Cette cérémonie était aussi l’occasion de présenter les travaux de la phase 1 qui servaient à la remise en valeur du pont.
Josette Ross, directrice du Centre de recherche et développement Arvida de Rio Tinto. (Sophie Lavoie/Le Quotidien)
«À l’époque, c’était un symbole d’innovation très ferme, très marqué, qui montre le génie québécois de nos chercheurs. Aujourd’hui, c’est encore une prouesse technologique reconnue dans le monde scientifique, mais aussi encore le seul pont entièrement fabriqué en aluminium au monde», a indiqué la directrice du Centre de recherche et développement Arvida de Rio Tinto, Josette Ross. Elle a vanté les mérites du métal gris, qui confère au pont des propriétés de légèreté, de solidité, ou encore de résistance à la corrosion.
Mais c’était aussi pour elle l’occasion de présenter le projet de Rio Tinto, en partenariat avec Inter-Cité, qui a conçu un asphalte tout particulier pour le stationnement en utilisant des sous-produits de la production d’aluminium, comme des résidus de bauxite.
L’aluminium confère au pont des propriétés de légèreté, de solidité, ou encore de résistance à la corrosion. (Sophie Lavoie/Le Quotidien)
«On est fiers d’ajouter ce petit clin d’œil en lien avec l’aspect innovant du pont», ajoute-t-elle. Il s’agit en réalité d’un projet pilote que mène Rio Tinto, et une première planche d’essai de cet asphalte a vu le jour il y a un peu plus de deux ans déjà.
Mme Ross explique que ce pavage avec des résidus de bauxite est plus durable dans le temps, en plus de permettre une économie circulaire dans un souci de réduire l’impact environnemental de l’entreprise. L’objectif est de tester la résistance de ce nouvel asphalte aux cycles de gel et de dégel de l’hiver, pour voir si c’est une méthode qui pourrait être mise en place sur l’ensemble des routes.
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Arrivée de la vice-première ministre du Québec et ministre des Transports, Geneviève Guilbault. Elle est entourée de la ministre régionale des Affaires municipales, Andrée Laforest, et du député de Jonquière, Yannick Gagnon. (Sophie Lavoie)
En 1950, le pont d’Arvida était le premier pont routier construit en aluminium. Il était alors unique au monde. 75 ans plus tard, rien n’a changé, et il reste encore à ce jour le seul pont en aluminium au monde sur lequel on peut circuler en voiture. (Sophie Lavoie)
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Les festivités se sont ouvertes avec l’hymne d’Arvida. (Sophie Lavoie)
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Le comédien qui jouait l’ancien maire d’Arvida, Louis Faye. (Sophie Lavoie)
Les arbres de ce côté-ci cachent la vue sur le pont et seront élagués dès cet automne. (Sophie Lavoie)
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Le comédien qui interprétait le rôle de l’ancien premier ministre Maurice Duplessis. (Sophie Lavoie)
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La directrice du centre de recherche a aussi affirmé qu’il n’y avait pas de risque de pollution par ruissellement des eaux de pluie, et que les résultats préliminaires obtenus jusqu’à maintenant étaient quand même très concluants.
La ministre des Transports, Geneviève Guilbault a également annoncé un investissement de la part du gouvernement du Québec à hauteur de 700 000 $ pour refaire les glissières de sécurité sur le pont. Ce dernier n’avait pas été en travaux depuis 2013.
La mairesse de Saguenay, Julie Dufour. (Sophie Lavoie/Le Quotidien)
Élagage des arbres
La phase 1 des travaux devrait se terminer à la fin de l’automne, avec l’élagage des arbres qui bordent le stationnement et cachent la vue sur le pont. L’objectif de la Ville est de retrouver un point de vue comme celui d’antan.
Il n’a pas été possible d’apprendre combien d’arbres allaient être coupés, mais ce sont bien une dizaine d’arbres, voire plus, qui pourraient disparaitre. La mairesse de Saguenay s’est voulue rassurante en indiquant que d’autres essences seraient replantées ailleurs.
(Sophie Lavoie/Le Quotidien)
L’appel d’offres pour la deuxième phase de valorisation du pont, qui comprend l’installation d’une passerelle/belvédère, a d’ores et déjà été lancé. «On pourra probablement aller en appel de projets début 2026», ajoute-t-elle.
Cinq démissions
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Une motion pour inscrire Arvida au patrimoine mondial de l’UNESCO

Dans un registre un peu moins joyeux que l’annonce de mardi, le conseil d’administration qui travaillait pour les festivités du centenaire d’Arvida a vu cinq de ses membres démissionner.
Le président de l’arrondissement de Jonquière, Carl Dufour, a assuré que ces démissions ne mettent pas en péril les festivités ni le dossier pour la reconnaissance patrimoniale d’Arvida. Il explique que ces membres étaient bénévoles et qu’ils s’étaient peut-être un peu plus concentrés sur les activités et l’aspect festif du centenaire, mais un peu moins sur l’aspect patrimonial et historique.
Or, le protocole de soutien financier signé avec la Ville de Saguenay comporte deux clauses, dont celle de rassembler la communauté pour célébrer autour de l’histoire, du patrimoine et de la culture.
Le président de l’arrondissement de Jonquière, Carl Dufour, indique que les démissions de cinq membres du conseil d’administration pour le centenaire d’Arvida ne mettent pas en péril les festivités. (Sophie Lavoie/Le Quotidien)
«Ce n’est pas un sprint, c’est un marathon. Peut-être que ces bénévoles devenaient essoufflés, ils se sont dit qu’il était peut-être temps de laisser la place à d’autres. Mais leur départ ne s’est pas fait avec fracas du tout», a voulu rassurer Carl Dufour.
La Ville de Saguenay a prévu d’octroyer 590 000 $ aux activités du centenaire d’Arvida entre 2025 et 2027.