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Immobilier Condopocalypse à Toronto
Après un pic atteint en 2022, les prix de l’immobilier à Toronto sont en baisse de 26 %. Et les condos valent moins cher qu’avant la pandémie. Pour des milliers de propriétaires pris à la gorge, il n’y a pas de solution. Un dossier de Nicolas Bérubé
(Toronto) Chaque nuit, vers 3 h, David se réveille en sueur. Ses pulsations cardiaques s’emballent. Il n’arrive pas à se rendormir*.
« C’est le stress », dit-il.
Une date est à l’origine de cette anxiété : le 24 juillet 2027.
Ce jour-là, dans un peu plus d’un an, le père de famille de Toronto doit prendre possession des deux condos qu’il a achetés sur plan en 2018, et dont la construction avait été reportée plusieurs fois depuis la pandémie.
« C’est le stress », dit-il.
Une date est à l’origine de cette anxiété : le 24 juillet 2027.
Ce jour-là, dans un peu plus d’un an, le père de famille de Toronto doit prendre possession des deux condos qu’il a achetés sur plan en 2018, et dont la construction avait été reportée plusieurs fois depuis la pandémie.
« On est dans un krach, et le marché est mort – il n’y a pas d’autres termes », dit-il.
(…)
Les acheteurs potentiels aujourd’hui à Toronto peuvent-ils tirer parti des prix déprimés ?
Pour l’expert en hypothèque Ron Butler, il est trop tôt pour voir des aubaines.
« Les prix ont beaucoup chuté, dit-il en entrevue. Mais je ne pense pas que ça soit fini. »
En mars, High Art Capital, une firme privée d’immobilier, en partenariat avec le Fonds ontarien pour la construction, a lancé un fonds de 1,3 milliard destiné à acheter des condos que les promoteurs n’arrivent pas à vendre, avec l’intention d’en faire du logement abordable.
« Souvent, ils paient 700 $ ou 800 $ le pied carré, car les promoteurs sont contents de sortir de ces projets en sauvant leur peau. Mais pendant ce temps, des tours équivalentes de l’autre côté de la rue vendent des appartements à 1300 $ ou à 1400 $ le pied carré. Donc si vous payez 1300 $ ou 1400 $, vous ne faites pas une bonne affaire. »
M. Butler note aussi que les condos à vendre sont souvent minuscules, parfois avec une superficie de 500 pieds carrés, voire moins.
Durant la frénésie, ce n’était pas grave, car les acheteurs ne prévoyaient pas d’habiter là. Mais aujourd’hui, il faut trouver des acheteurs ou des locataires qui vont vouloir vivre là. Ce n’est pas facile. Vous ne pouvez pas élever une famille dans 500 pieds carrés.
Ron Butler, expert en hypothèque
(…)
Au Québec, l’immobilier n’est pas dans un marché baissier comme en Ontario. Tous types de propriétés confondus, la valeur des habitations atteignait 547 800 $ en février. Pour les condos, la valeur moyenne est de 424 000 $ dans la province, et de 446 300 $ dans le Grand Montréal, un record.
Stéphane Côté, conseiller auprès de promoteurs privés et institutionnels et expert en immobilier depuis 30 ans, signale que Montréal n’a pas suivi le même chemin que Toronto ces dernières années.
« Historiquement, à Montréal, on a été plus vers les projets locatifs. Ça donne un marché où il y a moins de gens qui achètent dans le but de revendre l’unité plus tard sans même l’habiter. »
Il note que les mises en chantier sont relativement stables au Québec, tandis qu’elles se sont effondrées à des niveaux record en Ontario.
« On voit qu’il y a un intérêt pour la banlieue de Montréal, où les unités sont plus abordables. Au centre-ville de Montréal, surtout pour le condo neuf, le marché est plus à l’avantage des acheteurs. Mais ailleurs, à NDG ou Outremont, par exemple, c’est un marché de vendeurs, avec des unités qui partent rapidement. »
Vincent Shirley, fondateur et président de Flow développement urbain, remarque la même tendance.
On n’est pas du tout dans l’effondrement comme à Toronto. On n’a pas construit de façon extrême, et on n’est pas pris avec un inventaire extrême comme à Toronto.
Vincent Shirley, fondateur et président de Flow développement urbain
Il note que les constructions de condos au centre-ville de Montréal ont vécu une certaine frénésie dans les années 2010. « Mais depuis, il ne se construit quasiment pas de condos », dit-il.
M. Shirley croit que l’arrivée de la nouvelle administration à l’hôtel de ville va redonner un souffle à la construction résidentielle. « La mairesse a dit qu’elle voulait voir des grues à nouveau à Montréal. Depuis la pandémie, l’activité est surtout dans les banlieues, mais je ne serais pas surpris de voir un retour progressif vers Montréal. »
La crise immobilière n’affecte pas que Toronto : à l’échelle du Canada, les prix des maisons sont en baisse de 20 % depuis leur sommet de février 2022, selon l’Association canadienne de l’immobilier (ACI). Le Canada vit actuellement la baisse de l’immobilier la plus prononcée des pays développés, selon la Banque des règlements internationaux.