Résumé
Propriétaire d’une maison dans un endroit très boisé du secteur de Tewkesbury, à Stoneham-et-Tewkesbury, Gilles Méthé est abonné aux pannes d’électricité. Ces dernières années, les vents forts ont fait tomber des dizaines d’arbres sur les équipements d’Hydro-Québec près de chez lui. «Chaque fois qu’il vente fort, dit M. Méthé, on a toujours l’impression qu’on va se retrouver sans électricité.»
Chaque minute de l’année 2025, les données du site Info-pannes d’Hydro-Québec ont été enregistrées grâce à un script créé par Jean-Hugues Roy, professeur de journalisme à l’Université du Québec à Montréal (UQAM). L’analyse est si fine que les données ont pu être séparées par code postal.
La maison de Gilles Méthé et celles d’autres citoyens dans les environs de la rue du Moulin ont subi l’an dernier une moyenne de 98,2 heures de pannes par adresse, un bilan qui classe leur code postal au 20e rang des plus touchés de la province.
La MRC de La Jacques-Cartier parmi les plus touchées
Dans la région de la Capitale-Nationale, la Municipalité régionale de comté (MRC) de La Jacques-Cartier est la sixième plus touchée de la province. La durée moyenne totale des pannes en 2025 s’y est établie à 22,8 heures par adresse.
«Ce n’est pas surprenant, mais c’est sûr que ça frappe de voir les chiffres.»
— Sébastien Couture, maire de Stoneham-et-Tewkesbury et préfet de la MRC de La Jacques-Cartier
Ces dernières années, M. Couture a surmonté aux côtés de ses concitoyens de nombreuses pannes. En 2022, de forts vents avaient privé d’électricité des résidents de Stoneham pendant plusieurs jours, en pleine période des Fêtes, gâchant plusieurs rassemblements de familles. Le complexe municipal de la Ville de Stoneham-et-Tewkesbury avait été ouvert pour les citoyens qui souhaitent se réchauffer.
Sébastien Couture, maire de Stoneham-et-Tewkesbury et préfet de la MRC de La Jacques-Cartier. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
Dans la foulée de cette crise, le maire Couture estime qu’Hydro-Québec a amélioré ses communications avec la municipalité et renforcé ses efforts pour prévenir les pannes, intensifiant ses travaux de dégagement des arbres et des branches à proximité des lignes électriques.
Ce constat est partagé par Yvan Côté, maire de Lac-Saint-Joseph, dixième municipalité la plus durement touchée du Québec avec une moyenne de pannes de 57,3 heures par adresse en 2025. M. Côté note lui aussi qu’Hydro-Québec a redoublé d’efforts pour dégager des arbres et prévenir les pannes. «Ça a porté fruit», dit-il.
Hydro-Québec confirme que la MRC de La Jacques-Cartier est «soumise à des conditions qui éprouvent difficilement la continuité de service», puisque «les intempéries affectent davantage ce secteur montagneux et forestier».
Environ 40 % des pannes sur le réseau sont attribuables aux conditions météo et à la végétation qui entre en contact avec les équipements d’Hydro-Québec, selon la société d’État. Cette proportion grimpe à 70 % lors d’événements météorologiques extrêmes.
Pour Gilles Méthé, citoyen de Stoneham-et-Tewkesbury, Hydro-Québec doit toutefois améliorer la coordination entre les monteurs de lignes et les émondeurs sur le terrain.
La coordination sur le terrain doit être améliorée, estime Gilles Méthé. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
Lors d’une panne d’électricité qui a duré cinq jours dans sa rue, en juin dernier, M. Méthé se souvient d’avoir vu plusieurs employés d’Hydro-Québec attendre dans leurs camions l’arrivée de leurs collègues. «Ils n’arrivent pas en équipes coordonnées, dit Gilles Méthé. Ils disent: “Quand les autres seront passés, on viendra faire notre travail.”»
Le portrait est plus reluisant du côté de Chaudière-Appalaches, qui ne compte aucune municipalité dans le top 100 des villes les plus touchées par des pannes l’an dernier. Val-Alain arrive au 101e rang, avec une moyenne de 30,6 heures de pannes dans l’année.
Le palmarès par région
Le bilan des pannes d’Hydro-Québec survenues en 2025 montre que pour l’ensemble de la Capitale-Nationale, il y a eu des pannes totalisant en moyenne 8 heures par adresse. Chaudière-Appalaches fait encore mieux, avec une moyenne de 5,7 heures.
Les résidents de Stoneham-et-Tewkesbury sont des habitués des pannes d’électricité. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)
À Québec, la moyenne s’est établie à 7,3 heures par adresse. Les interruptions ont généralement été moins longues de l’autre côté du fleuve, avec une moyenne de 4 heures par adresse à Lévis.
La région de Lanaudière obtient le moins bon résultat, avec une moyenne de 14,2 heures d’interruption par adresse. À l’autre bout du palmarès, les abonnés d’Hydro-Québec dans le Bas-Saint-Laurent ont connu des pannes se limitant à une moyenne de 4 heures pour toute l’année.
Pour l’ensemble du Québec, plus de 450 codes postaux ont été touchés par des pannes dont la durée cumulative dépasse les 48 heures au courant de 2025. Les données ont été analysées seulement pour les codes postaux liés à un minimum de 20 adresses.
Hydro-Québec soutient que les écarts entre les différents territoires s’expliquent surtout par «la fréquence et la nature des événements météorologiques», les changements climatiques et la végétation près des lignes. Hydro-Québec indique avoir récemment doublé ses dépenses en «maîtrise de la végétation», ce qui permet de dégager environ 20 000 kilomètres de réseau sur une base annuelle.
La société d’État souligne que selon ses données, «le nombre moyen de minutes d’interruption par client» pour 2024 et 2025 est inférieur de 50% à ce qui était observé en 2023. Avec des investissements de 45 à 50 milliards $ d’ici 2035 pour «assurer la fiabilité du réseau», Hydro-Québec a comme objectif de «réduire le nombre de pannes de 35% d’ici sept à dix ans».
Ailleurs dans la région (moyenne par adresse)
- Lac-Saint-Joseph: 57,3 heures
- Sainte-Pétronille: 38,6 heures
- Stoneham-et-Tewkesbury: 37,3 heures
- Lac-Beauport: 24,8 heures
- Shannon: 22,9 heures
- L’Isle-aux-Coudres: 14 heures
- Beaumont: 11,2 heures
- Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier: 10,7 heures
- Montmagny: 10 heures
- Sainte-Brigitte-de-Laval: 9,7 heures
- Saint-Raphaël: 9,2 heures
- Saint-Michel-de-Bellechasse: 8,4 heures
- Beauceville: 8,3 heures
- Québec: 7,3 heures
- Saint-Charles-de-Bellechasse: 6,6 heures
- Saint-Siméon: 6,5 heures
- Sainte-Anne-de-Beaupré: 5,8 heures
- Laurier-Station: 5,1 heures
- Disraeli: 4,5 heures
- Lévis: 4 heures
- Sainte-Marie: 3,5 heures
- Lac-Etchemin: 2,9 heures
- Saint-Henri: 2,7 heures
- Pont-Rouge: 2,1 heures
- Saint-Ferréol-les-Neiges: 1,7 heure
- Saint-Georges: 1,7 heure
- Baie-Saint-Paul: 1,6 heure
- Thetford Mines: 1,6 heure
- La Malbaie: 1,5 heure
- Donnacona: 0,7 heure
Treize jours sans courant
Le bilan des pannes pour chacune des MRC de la province ne fait pas bien paraître l’Outaouais. La pire de toutes: la MRC de Pontiac, avec des pannes totalisant en moyenne 32 heures par adresse. La MRC des Collines-de-l’Outaouais n’est pas très loin derrière, avec 26 heures par adresse.
C’est d’ailleurs dans cette MRC que se trouve le code postal le plus affecté au Québec, plus précisément à Val-des-Monts, une municipalité de quelque 14 000 habitants. Danielle Brisson et Marc Caron ont un chalet dans le secteur concerné, où il y a eu une moyenne de 323 heures d’interruption l’an dernier — l’équivalent de 13 jours et demi.
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En comparaison, les abonnés d’Hydro-Québec de partout en province ont connu des pannes totalisant en moyenne 8,4 heures pendant l’année.
«Je ne laisse plus rien dans les congélateurs, je maintiens le minimum», raconte Mme Brisson.
Le code postal le plus touché l’an dernier est situé à Val-des-Monts, en Outaouais. (Graham Hughes/Archives La Presse Canadienne)
Les soubresauts météorologiques plus intenses observés ces dernières années ont causé plusieurs interruptions, souligne-t-elle. Mais elle pointe aussi du doigt une diminution des travaux préventifs autour des lignes de transport. «Chaque fois qu’il y avait des tempêtes le moindrement sévères, il y avait des arbres et des branches qui tombaient sur les lignes», déplore Mme Brisson.
Méthodologie
Pour compiler toutes ces données, le professeur Jean-Hugues Roy a utilisé un «script en langage python» se connectant au site Info-pannes d’Hydro-Québec chaque minute, pendant toute l’année 2025. Lors de chaque visite sur le site, le script a copié les coordonnées des secteurs touchés par des interruptions. D’autres informations étaient enregistrées en même temps, dont la quantité d’abonnés privés de courant.
Les territoires touchés par des pannes ont par la suite été croisés avec la base de données du Référentiel québécois des adresses, qui rassemble les coordonnées des quelque 5,2 millions d’adresses existantes au Québec. Des regroupements ont ainsi pu être effectués à partir des quelque 500 000 fichiers récoltés tout au long de l’année.
Pour des raisons hors de notre contrôle, la collecte automatisée des données a été interrompue pendant quelques jours en août, puis en septembre.
Les données récoltées excluent les adresses desservies par les 10 réseaux indépendants. En Estrie, par exemple, Hydro-Sherbrooke, Hydro-Magog et Hydro-Coaticook desservent ensemble quelque 150 000 adresses. Au Saguenay–Lac-Saint-Jean, le Service électrique de la Ville d’Alma fournit près de 19 000 adresses, tandis qu’Hydro-Jonquière en dessert plus de 35 000.