Fiscalité et économie

Baisser les impôts des plus riches ne stimulerait pas l’économie, conclut une étude

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Selon l’étude, « les baisses d’impôt majeures pour les riches augmentent les inégalités, mais elles ne stimulent pas l’économie ».

Des économistes de droite font valoir que des baisses d’impôt pour les contribuables aisés sont une façon de stimuler la croissance économique. C’est la théorie du ruissellement (trickle-down economics) : si les plus riches paient moins d’impôts, ils investiront et consommeront davantage, ce qui stimulerait l’économie.

Publié le 23 décembre 2020 à 11h00

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Vincent Brousseau-Pouliot Vincent Brousseau-Pouliot
La Presse

Deux chercheurs du King’s College de Londres, David Hope et Julian Limberg, ont voulu vérifier cette théorie. Ils ont mesuré les conséquences sur l’économie des baisses d’impôt majeures pour les riches dans 18 pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), dont le Canada, pendant 50 ans, entre 1965 et 2015. Leur conclusion ? « Les baisses d’impôt majeures pour les riches augmentent les inégalités, mais elles ne stimulent pas l’économie », indiquent-ils par courriel à La Presse.

Voici leurs trois principales conclusions :

1) Les baisses d’impôt majeures pour les riches n’ont pas d’effet sur la croissance économique.

Selon les deux auteurs, l’effet positif sur l’économie sur une période de cinq ans est nul (« près de zéro »). Pour arriver à cette conclusion, ils ont comparé la performance économique des pays qui ont accordé des baisses d’impôt majeures à leurs contribuables les plus riches à celle des pays qui n’en ont pas accordé.

Qu’est-ce qu’une baisse d’impôt majeure pour les riches ? Les deux chercheurs du King’s College de Londres ont adopté une définition complexe à décrire pour les non-initiés. Selon leur définition, le Canada a accordé des baisses d’impôt majeures pour les riches une seule fois durant cette période, soit en 1972-1973. À cette époque, le gouvernement libéral de Pierre Elliott Trudeau a aboli l’impôt sur les successions et fait passer le taux d’imposition maximal (fédéral-provincial) de 80 % à 60 % (ce taux est aujourd’hui de 53 % au Québec). Aux États-Unis, il y a eu deux baisses d’impôt majeures pour les riches, instaurées par le président Ronald Reagan en 1982 puis en 1987-1988.

2) Elles n’ont pas d’effet à long terme sur le taux de chômage.

À court terme, le taux de chômage diminue d’environ 0,5 % sur deux ans après les baisses d’impôt majeures pour les riches. Mais voilà : le taux de chômage était déjà en train de diminuer avant les baisses d’impôt. Et sur cinq ans, il revient au même point qu’au moment des baisses d’impôt.

3) Elles enrichissent le 1 % des plus riches.

Par contre, ces baisses d’impôt ont au moins un effet économique à long terme : elles augmentent les inégalités entre le groupe du 1 % des plus riches et le reste de la population.

Selon l’étude publiée ce mois-ci par l’institut de la London School of Economics sur les inégalités, une baisse d’impôt majeure fait en sorte que le groupe de 1 % des plus riches accroît de 0,8 % sa part du revenu annuel total des contribuables.

Pour consulter l’article de David Hope et Julian Limberg (en anglais)

À titre d’exemple, aux États-Unis, le 1 % des plus riches a gagné 20 % des revenus totaux de tous les contribuables en 2014, comparativement à 10,5 % en 1979.

Reagan et Trump

Pour justifier la théorie du ruissellement, les économistes de droite renvoient souvent aux baisses d’impôt de Ronald Reagan en 1982 et en 1987-1988. Durant son mandat, Ronald Reagan a baissé le taux fédéral maximal des particuliers de 70 % à 28 %. Entre 1982 et 1989, l’économie américaine a crû en moyenne de 3,6 % par an.

C’est beaucoup, mais il faut regarder la situation dans son ensemble.

Premièrement, l’économie américaine se relevait d’une récession importante au début des années 1980.

Deuxièmement, « il n’y a pas de preuve que les baisses d’impôt ont causé la bonne performance de l’économie, seulement que les deux ont eu lieu en même temps. En fait, plusieurs économistes croient que la bonne performance de l’économie américaine dans les années 1980 a été causée par d’autres facteurs, dont la politique monétaire [de la Réserve fédérale] », indiquent Julian Limberg et David Hope.

Troisièmement, la fin des années 1980 a été une période de croissance économique importante pour la plupart des grandes économies du monde, qu’elles aient ou non accordé des baisses d’impôt aux plus riches, mentionnent les deux chercheurs.

Donald Trump est un autre président américain qui s’est inspiré de la théorie du ruissellement. En 2016, il avait promis que ses baisses d’impôt permettraient à l’économie américaine de croître de 3,5 % par an durant son mandat. L’administration Trump a effectivement réduit les impôts. Selon le Tax Policy Center, environ 21 % des baisses d’impôt de Donald Trump ont bénéficié au 1 % des Américains les plus riches, et 65 % des baisses d’impôt ont bénéficié aux 20 % des Américains les plus riches.

L’économie n’a pas crû comme le prédisait Donald Trump : entre 2017 et 2019 (en excluant l’année 2020 marquée par la crise de la COVID-19), elle a progressé en moyenne de 2,5 % par an. Il s’agit de la croissance annuelle moyenne de l’économie américaine depuis 1990.

Pendant la même période (de 2017 à 2019), le Canada, qui n’a pas accordé des baisses d’impôt aux contribuables mieux nantis, a vu son économie croître en moyenne de 2,3 % par an.https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2020-12-23/fiscalite/baisser-les-impots-des-plus-riches-ne-stimulerait-pas-l-economie-conclut-une-etude.php

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C’est sur qu’a l’echelle d’un pays comme les Usa qui est déjà un paradis entrepreunarial, l’effet est moins visible et je ne vois pas la necessité de le faire quand on sait que même si les taxes pour les riches augmentaient elle resteraient en deça du niveau des autres pays. Il n’y a pratiquement aucun risque pour les USA de voir des délocalisations massives à cause d’une augmentation des taxes.

Par contre si le Quebec baissait significativement ses taux d’imposition par rapport à l’Ontario ce serait un véritable avantage. On pourrait assister à une relocalisation d’entreprises de labas vers ici. Et ça pourrait inciter beaucoup de compagnies étrangères à établir leur bureau canadien au Québec plutôt qu’en Ontario. Et là ce serait un gros plus pour l’économie de la province, surtout à long terme. Donc je pense qu’il n’y a pas de « one size fits all ». C’est du cas par cas. Ça peut très bien marcher.

Je pense qu’on parle surtout de l’impôt personnel des ultra-riches, pas nécessairement de l’imposition des entreprises. La réalité du Québec est surtout que ces ultra-riches sont bien plus rares et que nous avons déjà une meilleure répartition fiscale, en général.

Mais globalement, il y a effectivement des fortunes personnelles à un niveau absurde, un phénomène complètement nouveau dans l’histoire humaine, et c’est une richesse qui dort comme l’or sous un dragon. Dragon qui dort sur son or pendant que les responsables de ces richesses font pipi dans des bouteilles par manque de temps et doivent faire la charité pour avoir des vacances ou une assurance santé.

La fortune de Bezos est immense, on ne se rend pas compte à quel point c’est énorme. Toutefois, je pense que Rockefeller possédait une fortune plus importante. Même si on enlevait la moitié de l’argent de Bezos, il serait encore l’un des homme les plus riche. Même si on lui enlevait 90% de son argent, il serait multimilliardaire.

J’avais lu une étude qui démontrait que le bonheur individuel plafonnait lorsqu’on possède une somme de quelques millions, je crois. Posséder plusieurs milliards n’apporterait donc aucun bonheur à ces gens.

Vient un moment où on atteint les limites à utiliser concrètement cette richesse, et le train de vie ne changerait absolument pas même s’il restait seulement une fraction de la fortune, et ce pour plusieurs générations.

C’est un débat intéressant, cette fortune est méritée par les règles du jeu, mais elle ne sert concrètement à rien et pourrait créer beaucoup de bien si dépensée autrement.

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Par contre il faut pas oublier qu’une grosse partie de leur fortune n’est pas de l’argent en poche. Ces gens peuvent aussi tout perdre. Le 1% n’est jamais jamais le même d’une année à l’autre.

Ah! la misère des riches surtout qu’aucune somme ne peut acheter ni même une seconde de paix intérieure. Quant à ceux qui profitent véritablement de ce bien-être, qu’ils aient de l’argent ou pas n’y change rien.
Sur ces mots joyeuses Fêtes à toutes et tous. :santa:

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Il a été démontré plusieurs fois que la théorie du ruissellement (trickle-down theory) ne fonctionne pas et que d’enrichir les plus riches n’a pas d’effet notable sur la croissance économique. Mais c’est un peu l’équivalent du Père Noël des gens riches et célèbre, on veut y croire parce que ça fait notre affaire.

Après, il est vrai que les taux d’imposition peuvent avoir un effet sur l’entreprenariat, mais surtout pour les gens moins “riches” (pas le 1% ou le 0,01% comme Jeff Bezos et autres). Quelqu’un qui gagne 75 000$ et qui est en mesure d’économiser grace à des impôts raisonnables pourra lancer son entreprise, acheter des biens de consommations, rénover sa maison, etc. D’où l’importance de bien cibler les paliers d’impôts et les crédits d’impôts. Une baisse d’impôt de 1 point de pourcentage peut coûter très cher à l’État et impacter sa capacité à offrir de bons services publics, mais résulter en une économie d’à peine 100-200$ pour un ménage moyen. Ça bénéficierait surtout aux gens les plus riches.

De plus, le filet social est un facteur majeur. Au Québec, les CPE sont un exemple de mesure sociale qui a grandement bénéficié à l’économie en permettant aux deux parents (surtout les mères), de rester sur le marché du travail et poursuivre leur carrière.

Pour une représentation visuelle intéressante des grandes richesses: https://mkorostoff.github.io/1-pixel-wealth/

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