Environnement et transition écologique

Plan pour une économie verte Québec forcera les cimenteries à réduire leurs émissions de GES

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

La cimenterie McInnis à Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie

Les cimenteries devront réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) de gré ou de force, prévient le gouvernement Legault, qui dévoilera ce vendredi le troisième « plan de mise en œuvre » de ses objectifs de lutte contre les changements climatiques.

Publié à 1h30 Mis à jour à 5h00

Partager


Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

La Presse a obtenu d’une source ayant accès au plan les détails des mesures concernant le secteur industriel, qui est le deuxième générateur de GES en importance de la province.

Québec aidera financièrement les grandes entreprises industrielles à réduire leurs émissions, dont les cimenteries, mais ces dernières se verront aussi imposer une « obligation de résultat », explique cette source, qui n’était pas autorisée à parler publiquement du plan avant son annonce officielle.

« Si ce qui est proposé volontairement [par les cimenteries] n’est pas suffisamment conséquent ou important, c’est là qu’on pourra ajouter des contraintes à travers la réglementation », explique cette source.

Le gouvernement pourrait aussi inclure de nouvelles exigences à l’égard des cimenteries dans leur « autorisation ministérielle », un document qui encadre l’exploitation d’un établissement industriel, qui doit être renouvelé d’ici la fin du mandat du gouvernement caquiste.

« Le timing peut difficilement être meilleur », explique cette source.

Québec s’apprête aussi à « optimiser » le marché du carbone conjoint avec la Californie, notamment en accélérant plus rapidement que prévu la baisse des plafonds d’émissions imposés aux grands émetteurs de GES, une limite souvent jugée inefficace, parce que trop permissive.

Le ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Benoit Charette, était d’ailleurs en Californie à la fin d’avril pour des discussions sur le sujet.

Des millions pour les « bioénergies »

Québec consacrera 175 millions de dollars supplémentaires aux grandes industries pour les « aider à recourir aux biocarburants plutôt qu’aux énergies fossiles », explique cette source, évoquant la biomasse ou le gaz naturel « renouvelable ».

L’aide à l’électrification, qui figurait dans le précédent plan de mise en œuvre, demeurera offerte.

Ce qui était performant dans le précédent plan est maintenu. Il y a beaucoup d’argent pour la conversion des systèmes énergétiques et la sobriété.

Source anonyme ayant accès au plan de mise en œuvre

Le gouvernement bonifie également d’autres programmes qui aident les industries à réduire leurs émissions, comme le « Défi GES ».

Ce programme est une espèce de « concours » invitant les entreprises à soumettre un projet de réduction de ses émissions et au terme duquel les propositions les plus efficaces obtiennent une aide financière.

« Ça nous aide beaucoup au niveau de notre bilan », affirme cette source.

À elles seules, les mesures destinées au secteur industriel devraient permettre une réduction des émissions de GES de 5,1 millions de tonnes par année d’ici 2030, calcule Québec.

Plan encore incomplet

Ce troisième plan de mise en œuvre du Plan pour une économie verte (PEV), qui couvre la période 2023-2028, bénéficie d’un budget de 9 milliards de dollars, une bonification de 1,4 milliard annoncée dans le budget du ministre des Finances Eric Girard, en mars.

Aucun autre secteur de dépenses n’a obtenu une hausse aussi importante, souligne-t-on à Québec.

Le plan n’identifie toutefois pas encore la totalité des moyens nécessaires pour atteindre la cible de réduction des émissions de GES du Québec, qui est de 37,5 % sous leur niveau de 1990 d’ici 2030.

Le premier plan de mise en œuvre n’identifiait que 42 % des moyens d’atteindre cet objectif, un taux qui montait de 9 points de pourcentage dans le deuxième plan, l’an dernier, pour atteindre 51 % des mesures identifiées.

Le troisième plan permettra un bond « comparable », selon notre source, qui n’a pas voulu être plus précise avant l’annonce de ce vendredi.

« Avec des bonds semblables, on peut de façon très crédible dire qu’on va atteindre notre cible en 2030, dit-elle. On sera peut-être un des seuls États dans le monde à être en mesure d’atteindre ses cibles. »

En savoir plus

  • 1,4 million
    Émissions de gaz à effet de serre (en tonnes) en 2021 de la cimenterie de Port-Daniel–Gascons, en Gaspésie, le plus gros émetteur de GES du Québec

Source : ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs du Québec

  • 77 millions
    Émissions de gaz à effet de serre (en tonnes) du Québec en 2021

Source : ministère de l’Environnement et du Changement climatique du Canada

Personnellement je trouve que ce n’est pas suffisant quand on regarde tout le tableau du gouvernement sur l’environnement, bien que ce soit un pas dans la bonne direction.

Un autre action cette fois-ci du côté fédéral pour forcer la main des banques afin qu’elles participent davantage à la lutte aux changements climatiques, en réduisant leurs investissements dans les énergies fossiles.

2 Likes

La thermopompe, une « arme » de plus en plus populaire pour décarboner les bâtiments

Les ventes de thermopompes ont connu une augmentation record en Europe en 2022, en croissance de près de 40 % par rapport à l’année précédente.

Les ventes de thermopompes, qui contribuent à la décarbonation des bâtiments, ont augmenté sur le globe au cours des dernières années.

Photo : Getty Images

Valérie Boisclair (accéder à la page de l’auteur)

Valérie Boisclair

Publié à 4 h 00

C’est une technologie imaginée il y a plus de 160 ans, et pourtant, plusieurs la considèrent comme l’un des vecteurs de la décarbonation du secteur du bâtiment. Voici pourquoi la thermopompe, ou pompe à chaleur, connaît un regain de popularité ces dernières années.

Les ventes de thermopompes sur le globe ont connu une augmentation 13 % en 2021 et de 11 % en 2022, selon les données de l’Agence internationale de l’énergie (AIE).

L’Europe s’est révélée être un important marché, où les ventes sont passées de 2,2 millions en 2021 à 3 millions en 2022; une augmentation de 37 %. Des pays comme la France, l’Italie et l’Allemagne ont concentré la moitié de toutes les pompes à chaleur vendues sur le continent.

Certains marchés que l’AIE

qualifie d’émergents, comme la Pologne et la République tchèque, ont pour leur part vu leur taille doubler.

En France et aux États-Unis, l’achat de thermopompes a même dépassé celui des chaudières à combustibles fossiles et des fournaises à gaz.

Mais à quoi sert la thermopompe?

La thermopompe est un appareil qui permet de transférer la chaleur de l’extérieur vers l’intérieur, et vice-versa, tantôt pour chauffer la maison, tantôt pour la refroidir.

Différents modèles existent, mais le système le plus commun en Amérique du Nord est la thermopompe air-air, où la chaleur est diffusée dans la demeure à l’aide d’unités murales (bibloc ou mini-split).

La thermopompe air-eau, quant à elle, est rattachée à un système de chauffage qui comprend soit des radiateurs, soit des convecteurs d’eau. L’air ambiant est acheminé vers ce système pour chauffer la bâtisse.

La petite histoire

La technologie derrière ces installations qui gagnent en popularité ne date pourtant pas d’hier.

Il faut remonter aux années 1850 pour comprendre comment l’idée d’un tel système à double fonction a germé. Dès 1852, Lord Kelvin, un physicien britannique spécialiste de la thermodynamique, suggère qu’un moteur thermique inversé pourrait permettre à la fois de chauffer et de refroidir l’air. Un tel dispositif, supposait-il, nécessiterait moins d’énergie primaire.

Quelques années plus tard, en Autriche, un ingénieur du nom de Peter von Rittinger a concrétisé à l’échelle de projet pilote la première pompe à chaleur connue, en 1856. À l’époque, l’invention, conçue pour les salines du village d’Ebensee, en Haute-Autriche, ne faisait que chauffer et possédait une puissance de 14 kW.

La première pompe à chaleur à grande échelle a quant à elle été aménagée au Royaume-Uni, dans l’enceinte de la compagnie Finn Geotherm à Norwich, en 1945.

Un autre système, la pompe géothermique, peut aussi fonctionner à air ou à eau, mais tire la chaleur du sol. Par temps froid, l’air chaud qui s’y accumule est ainsi réorienté vers la maison, tandis qu’en été, la chaleur de la maison est dirigée vers le sol, à l’extérieur.

Les thermopompes permettent de remplacer les fournaises domestiques à mazout pour un système de chauffage électrique.

Photo : Radio-Canada / Camille Vernet

En quoi s’agit-il d’une solution verte pour chauffer les bâtiments?

Subventionnée par de nombreux gouvernements à travers le monde, la thermopompe permet généralement de chauffer un édifice sans avoir recours aux énergies fossiles, comme le mazout et le gaz. Ce dernier est le combustible le plus utilisé dans le monde pour chauffer les bâtiments. Il couvrait 42 % des besoins énergétiques de ce secteur en 2021.

Afin d’atteindre les cibles de décarbonation, voire de neutralité carbone, le secteur du bâtiment doit être revu pour en renforcer l’efficacité et en réduire l’empreinte écologique, au même titre que le secteur des transports et des industries.

Selon l’Agence internationale de l’énergie, 10 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre produites dans le monde proviennent du secteur du bâtiment.

Au Canada, il s’agit du troisième secteur en importance, avec une contribution de 87 mégatonnes d’équivalent CO2, soit 13 % du bilan total, selon le plus récent inventaire canadien des GES

. Bien que l’efficacité énergétique des bâtiments s’est améliorée au fil des ans, le bilan du secteur stagne depuis 2005. Un phénomène que le gouvernement fédéral attribue à la croissance démographique et au développement commercial.

Pour Michael Kummert, professeur titulaire du Département de génie mécanique et Polytechnique Montréal, la thermopompe est la meilleure arme pour décarboner les bâtiments.

Qui plus est, elle consomme moins qu’un système de chauffage strictement alimenté à l’électricité.

Disons que pour une unité d’électricité consommée, une pompe à chaleur peut fournir jusqu’à trois unités de chaleur dans un bâtiment, contrairement à la plinthe électrique, qui va donner un kilowattheure de chaleur pour un kilowattheure d’énergie consommée, explique-t-il.

« C’est beaucoup mieux qu’une chaudière au gaz ou qu’une plinthe électrique. Scientifiquement, c’est une machine thermodynamique géniale. »

— Une citation de Michael Kummert, professeur titulaire du Département de génie mécanique et Polytechnique Montréal

Qu’est-ce qui explique les ventes record en Europe?

Dans plusieurs pays de l’Union européenne (UE), l’achat d’une pompe à chaleur est admissible à une série de crédits et de subventions qui permettent d’en alléger le coût, parfois au point de couvrir la totalité de la somme.

Si on se débrouille bien et qu’on habite dans des régions où il y a également des subventions locales, on peut arriver à financer 100 % du coût des travaux d’installation, soutient Anne Creti, directrice scientifique de la Chaire Économie du gaz naturel et de la Chaire Économie du climat de l’Université Paris Dauphine-PSL.

Ces subventions, précise-t-elle, ne sont toutefois pas dédiées uniquement à l’installation d’une thermopompe, elles englobent aussi une série de rénovations énergétiques.

Dans plus de 30 pays – qui couvrent plus de 70 % de la demande en chauffage –, des incitatifs financiers ont été mis en place ou renforcés dans la dernière année. Aux États-Unis, en Irlande, en Pologne et en Autriche, les subventions à l’achat ont même augmenté.

Ces aides économiques sont couplées à un resserrement de la réglementation sur l’efficacité énergétique des bâtiments. En France, où le gouvernement s’est engagé à réduire d’au moins 30 % la consommation d’énergie de ce secteur d’ici 2030, on ne pourra plus utiliser le gaz dans les nouveaux bâtiment, cite-t-elle en exemple. Il y aura aussi, plus tard, des normes strictes sur les installations au gaz existantes.

Le marché du carbone européen, en vertu duquel certaines industries doivent payer si elles dépassent le plafond d’émissions de GES

fixé, sera en outre réformé pour s’étendre à de nouveaux secteurs, dont celui du chauffage des bâtiments. Il faudra alors payer pour les émissions qui en seront issues. Le coût sera quand même beaucoup plus important et on verra probablement les rénovations s’accélérer, prédit Mme Creti, qui s’est consacrée, au cours de ses recherches, à la rénovation thermique des bâtiments.

« La rénovation du bâtiment, pourtant extrêmement nécessaire dans la décarbonation, n’avance pas à un rythme satisfaisant. »

— Une citation de Anne Creti, économiste et professeure titulaire à l’Université Paris Dauphine-PSL

Rappelons aussi que l’Union européenne a fait vœu de s’affranchir de sa relation au gaz naturel provenant de la Russie, qui représentait en 2021 près de 45 % de ses importations. Dans la foulée de l’invasion russe de l’Ukraine, la Commission européenne a annoncé un plan visant à mettre fin à cette dépendance d’ici 2027.

Bien qu’elle juge qu’il est trop tôt pour établir une corrélation forte entre ces politiques et les achats de thermopompes, Mme Creti note que les pays européens où les ventes ont été les plus importantes comptent parmi les plus dépendants du gaz russe pour l’usage thermique.

Les thermopompes sont conçues pour pouvoir fonctionner même dans un climat froid. Le modèle et la grosseur de la pompe peuvent toutefois influencer son efficacité.

Photo : getty images/istockphoto

S’éloignant des considérations géopolitiques, l’économiste ajoute qu’il ne faut pas sous-estimer l’attrait d’un système à solution double qui permet de chauffer et de refroidir sa maison. Les importantes vagues de chaleur et les périodes de canicule qui se sont abattues sur l’Europe ces dernières années ne sont pas étrangères à l’engouement suscité par les thermopompes, estime-t-elle.

La thermopompe est-elle populaire au Canada?

Ici aussi, la thermopompe est de plus en plus adoptée : au cours des 15 dernières années, le nombre d’installations de ces systèmes dans les foyers canadiens est passé de 400 000 à 850 000, selon l’Institut climatique du Canada.

Mais la part du chauffage domestique qu’elle assure, elle, ne dépasse pas les 6 %. Un peu plus de la moitié des ménages possède une fournaise à air pulsé, tandis que le quart des maisons sont chauffées à l’aide de plinthes électriques, selon Statistique Canada.

Certaines provinces des maritimes, comme le Nouveau-Brunswick, la Nouvelle-Écosse et l’Île-du-Prince-Édouard, ont toutefois considérablement augmenté la part du chauffage par thermopompe ces dernières années. Un phénomène qui peut notamment s’expliquer par la combinaison d’un climat plus tempéré et de la mise en place de programmes gouvernementaux visant à améliorer l’efficacité énergétique.

En parallèle, des règlements viennent proscrire le recours à certains combustibles fossiles pour le chauffage. Au Québec, par exemple, l’installation d’appareils au mazout ou leur remplacement par des systèmes alimentés par des énergies fossiles sera interdit dès le 31 décembre 2023.

Est-ce que ce système fonctionne même dans les climats froids?

En théorie, oui. Mais la performance de ces installations peut en effet être influencée par la température extérieure. S’il fait trop froid, le rendement de l’appareil en sera donc affecté.

Plus il fait froid, moins la thermopompe est en mesure de fournir de la chaleur, explique Michael Kummert. Il faut alors se doter d’une pompe à chaleur plus grosse (et plus coûteuse) ou utiliser un autre type de chauffage pour compenser, par exemple en ayant recours aux plinthes électriques.

De nouveaux modèles apparus au cours des dix dernières années permettent toutefois de chauffer adéquatement une maison lorsqu’il fait -25 degrés Celsius. Ces thermopompes, dites à basse température ou à climat froid, ont contribué à rendre cette technologique plus attrayante dans des climats comme le nôtre, souligne le spécialiste des systèmes énergétiques des bâtiments.

S’il estime que toutes les provinces gagneraient à adopter la thermopompe, Michael Kummert observe que les Québécois n’y voient pas tous une solution intéressante économiquement. Dans la province, 65 % des ménages sont chauffés à l’électricité, une source d’énergie qui coûte relativement peu cher.

Le coût de l’installation et la perspective de travaux de rénovation sont au nombre des freins qui peuvent influencer les consommateurs, selon M. Kummert.

La thermopompe permettrait toutefois d’avoir un meilleur rendement énergétique et d’atténuer la demande sur le réseau d’électricité, poursuit le spécialiste. Si on remplace le chauffage au gaz et au mazout qu’il reste par des plinthes électriques, ça va créer des pointes et des demandes plus élevées, résume-t-il.

De son côté, Anne Creti rappelle que la thermopompe n’est qu’une partie de la solution pour décarboner le secteur des bâtiments. Elle y contribue, certes, mais elle est loin d’en être la pièce maîtresse. Isoler les combles et les sols, doubler le vitrage : voilà de véritables rénovations énergétiques, lance-t-elle. Malheureusement, c’est coûteux, mais on y gagne à long terme.

1 Like

Planète bleue, idées vertes Des panneaux solaires sur les gares de France

PHOTOMONTAGE FOURNI PAR LA SNCF

Insertion paysagère du projet en gare de Louveciennes, en France

En novembre 2022, la Société nationale des chemins de fer français (SCNF) a annoncé un large plan de solarisation de ses gares. D’ici 2024, pas moins de 180 000 m⁠2 de panneaux solaires doivent être installés par l’entreprise dans plus de 119 gares. Un projet ambitieux, qui jure avec la faible avancée du solaire au Québec. Peut-on envisager que les toits de la Belle Province soient un jour peuplés de panneaux photovoltaïques ?

Publié à 1h32 Mis à jour à 7h00

Partager

Clémence Delfils Collaboration spéciale

En France, le solaire séduit. Avec son installation, la SNCF compte produire 15 % de l’énergie consommée par les 3000 gares françaises.

Ces quelques milliers de mètres carrés de panneaux solaires devraient s’ajouter aux nombreuses autres installations déjà présentes dans l’Hexagone. Selon le bilan du Réseau de transport électrique français, en 2021, l’énergie solaire photovoltaïque représentait 3 % de la production totale d’électricité dans le pays. Un bilan bien plus haut que celui du Canada, où l’énergie solaire – non seulement photovoltaïque, mais aussi thermique – représentait 0,5 % de l’électricité produite, selon le bilan de l’Office national de l’énergie de 2017. Pourquoi cette différence ?

Une réponse simple : l’hydroélectricité. Cette technologie peu coûteuse et peu polluante écrase le marché du panneau solaire. « Au Québec, le coût de l’électricité est tellement faible que c’est compliqué pour cette technologie de percer. En plus de cela, l’hydroélectricité a aussi une faible empreinte carbone et les panneaux solaires sont souvent choisis pour diminuer cette empreinte carbone », explique Louis Gosselin, professeur au département de génie mécanique de l’Université Laval.

Sur un toit de l’UQAM

Les projets existent tout de même, mais concernent souvent des lieux isolés comme les réserves autochtones ou des infrastructures entièrement pensées pour la gestion énergétique, explique le professeur.

PHOTO FOURNIE PAR L’UQAM

L’Université du Québec à Montréal (UQAM) a installé plus d’une centaine de panneaux solaires sur le toit du Complexe des sciences Pierre-Dansereau.

Parmi ces projets, il y a celui de l’Université du Québec à Montréal (UQAM) qui, en 2019, a installé plus d’une centaine de panneaux solaires sur le toit du Complexe des sciences Pierre-Dansereau. « C’est une réalité que les panneaux solaires ont peu de sens au Québec à cause de notre hydroélectricité. Évidemment, l’UQAM n’a pas comme ambition de déployer des panneaux solaires sur tous ses bâtiments. Notre objectif est surtout de mettre en lumière les efforts qui peuvent être faits en termes d’énergie », explique l’ingénieur responsable du projet, Philippe Lavallée.

On a installé ces panneaux solaires pour contribuer à la conversation sur l’énergie renouvelable et pour faire de l’éducation et de la sensibilisation.

Philippe Lavallée, ingénieur

Poser des panneaux solaires pour faire parler, l’idée peut sembler étrange. Pourtant, ces discussions pourraient avoir une utilité dans un avenir proche. C’est la conclusion de l’entreprise d’architecture Lemay, responsable de la rénovation du bâtiment Le Phénix. Deuxième installation photovoltaïque en importance dans la région de Montréal, cet ancien entrepôt rénové en 2014 est vu comme un modèle de bâtiment écologique. « On sait déjà qu’on va manquer de puissance. Il faut donc augmenter la résilience. Comme on l’a vu avec l’épisode de verglas, il est important d’encourager la décentralisation de la production et de la distribution d’électricité en créant des bâtiments plus autonomes », argumente Hugo Lafrance, associé en stratégie durable chez Lemay.

« Au Québec, contrairement au reste du monde, le réseau électrique est considéré comme plus écologique que le photovoltaïque, continue Hugo Lafrance. C’est vrai si on se réfère aux données historiques, mais un bâtiment a une durée de vie par cycle. Qu’est-ce qui sera bon dans les 60 prochaines années ? Eh bien, ce ne sera plus vrai que l’hydroélectricité est plus écologique que le photovoltaïque. »

« Les ressources hydrauliques facilement accessibles ont déjà été exploitées. Il faudra mettre en place des systèmes plus complexes et donc plus coûteux », explique Louis Gosselin. Même bilan du côté financier. « Le coût des installations photovoltaïques diminue d’année en année. Dans certaines régions du monde, on est arrivé à un point de bascule où ces systèmes sont devenus rentables. Un jour, ce sera peut-être le cas au Québec », poursuit le professeur.

« La cerise sur le sundae »

Le solaire comme solution à une augmentation du coût de l’hydraulique et comme option plus verte que verte, oui, mais seulement dans une approche plus globale de la consommation et de la production d’énergie. « La vraie solution, c’est réduire nos besoins, revaloriser notre énergie. On peut ensuite voir les technologies qui émergent », soutient Philippe Lavallée.

« Il faut commencer par les gains gratuits que la nature nous donne. Cela passe par une bonne conception du bâtiment, de son enveloppe, de ses composants, sa volumétrie. Une fois que toutes ces choses sont en place, on peut faire le petit bout de chemin qui reste avec le solaire », explique Oscar Hernandez, directeur technique en performance des bâtiments pour l’entreprise d’architecture Lemay.

Dans les projets de bâtiment de l’UQAM et de Lemay, les panneaux solaires ne sont jamais seuls. Ils s’intègrent à de nombreuses autres technologies. « C’est la cerise sur le sundae », ponctue Hugo Lafrance. Un bilan qui différencie encore grandement les initiatives québécoises des grands champs de panneaux solaires français.

1 Like

L’actualité verte de la semaine

PHOTO VINCENZO PINTO, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Quelques milligrammes de l’actualité environnementale.

Publié à 1h32 Mis à jour à 6h00

Partager


Daphné Cameron
Daphné Cameron La Presse

Quiz

Si rien ne change d’ici 2100 dans nos régimes alimentaires et nos pratiques agricoles, notre consommation de nourriture pourrait réchauffer la Terre de :

A) 0,2 à 0,6 °C
B) 0,7 à 0,9 °C
C) 0,9 à 1,3 °C

PHOTO CARL DE SOUZA, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Ferme bovine au Brésil

Réponse : B

Une étude récemment publiée dans Nature Climate Change a calculé que d’ici la fin du siècle, la production et la consommation de nourriture pourraient être responsables d’un réchauffement de la planète de près de 1 °C par rapport aux niveaux préindustriels (entre 0,7 et 0,9 °C selon l’augmentation de la population mondiale). En mangeant de la viande seulement une fois par semaine, cette hausse pourrait être réduite de 0,2 °C.

800 millions d’oiseaux ont disparu en Europe

PHOTO ELENA RODRIGUEZ, ARCHIVES REUTERS

Un oiseau sur le bord du réservoir Sierra Boyera, dans le sud de l’Espagne, qui était à peine à 0,01 % de sa capacité à la fin d’avril.

Près de 800 millions d’oiseaux ont disparu sur le continent européen entre 1980 et 2016, un déclin spectaculaire de 25 %. En milieu agricole, la baisse est encore plus dramatique : près de 57 % des oiseaux ont disparu. Voilà les résultats de la plus vaste étude menée sur les oiseaux d’Europe qui viennent d’être publiés dans la revue savante PNAS. « Nous constatons que l’intensification de l’agriculture, en particulier l’utilisation de pesticides et d’engrais, est la principale cause du déclin de la plupart des populations d’oiseaux », écrivent les auteurs, qui ont étudié 170 espèces retrouvées sur 20 000 sites dans 38 pays.

Verte, la viande de labo ?

PHOTO CORINNA KERN, ARCHIVES BLOOMBERG

Un ingénieur inspecte de la viande de laboratoire, en Israël, en 2019.

Vous avez sans doute déjà entendu parler de la « viande » de laboratoire. Grâce aux cellules souches, des scientifiques parviennent à faire pousser du tissu musculaire d’animaux. À quand une telle viande dans nos épiceries ? Difficile à dire. Mais d’un point de vue climatique, ce n’est peut-être pas la solution miracle. Le potentiel de réchauffement planétaire de la viande cultivée en laboratoire serait de 4 % à 25 % plus élevé que celui du bœuf, révèle une analyse du cycle de vie réalisée par des chercheurs de l’Université de Californie à Davis. L’étude a fait l’objet d’une « prépublication », c’est-à-dire qu’elle n’a pas franchi l’étape de révision par les pairs.

Emballages écoresponsables

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Québec donnera un coup de pouce de 18 millions aux entreprises de transformation alimentaire pour les aider à utiliser des matières plus durables dans leurs emballages.

Québec donnera un coup de pouce de 18 millions aux entreprises de transformation alimentaire pour les aider à utiliser des matières plus durables dans leurs emballages. Le ministre de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, André Lamontagne, en a fait l’annonce il y a quelques jours. Les nouveaux emballages alimentaires doivent à la fois répondre aux nouvelles exigences du règlement qui encadre la collecte sélective tout en permettant la conservation des aliments de manière salubre. L’aide vise à soutenir les entreprises dans la conception de contenants et d’emballages qui répondent aux critères des centres de tri des conditionneurs et recycleurs québécois.

Engins de pêche à la dérive

PHOTO ROBERT F. BUKATY, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Casier à homard et cordes échoués sur une plage du Maine

Avec l’aide de capitaines locaux, des chercheurs de l’Université Dalhousie ont retiré l’équivalent de 25 000 kilogrammes d’engins de pêche fantômes au large de la Nouvelle-Écosse. Des casiers, des cordes, des filets, des hameçons et des câbles à la dérive ont été récupérés dans un territoire de près de 4000 kilomètres, peut-on lire dans un article publié dans Marine Pollution Bulletin. Près de 1000 sorties ont été effectuées entre 2019 et 2021. Dans 68 % des cas, il s’agissait de casiers à homard perdus, qui avaient entre 1 et 37 ans d’âge. L’expérience a permis de libérer 652 homards et 57 poissons pris dans ces engins.

Ventes records de pesticides au Québec

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

La farine de gluten de maïs, utilisée pour limiter la germination des pissenlits, arrive désormais au deuxième rang des pesticides les plus vendus au Québec.

Les quantités de pesticides vendues au Québec en 2021 ont atteint un sommet inégalé depuis 30 ans. Cette hausse s’explique notamment par un rebond dans les ventes de glyphosate en agriculture et une augmentation marquée des ventes de biopesticides en milieu urbain pour lutter contre… les pissenlits.

Publié à 0h00

Partager


Daphné Cameron
Daphné Cameron La Presse

C’est ce que révèle le plus récent bilan annuel des ventes de pesticides, publié discrètement sur le site web du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.

Les pesticides sont des substances chimiques qui servent à lutter contre les mauvaises herbes (herbicides), les insectes ravageurs (insecticides) ou les champignons (fongicides).

Pour la première fois depuis 1992, les ventes totales de pesticides ont franchi le seuil de 5 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs (kg i.a.) vendus.

Ces ventes, qui totalisent 5,1 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs, se situent au-dessus de la moyenne des cinq dernières années de 4,5 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs, et ce, en dépit des cibles de réduction que le Québec s’est fixées dans le secteur agricole.

« Ça n’a aucun sens. On ne devrait pas, en ce moment, être en progression d’utilisation des pesticides, on devrait être en restriction, et ce n’est pas du tout le profil qu’on voit », déplore Louise Hénault-Ethier, directrice du Centre Eau, Terre, Environnement de l’Institut national de recherche scientifique.

En guerre contre les pissenlits

Fait nouveau, les ventes de biopesticides ont atteint un sommet en 2021 avec près de 1,5 million de kilogrammes d’ingrédients actifs, soit près du double des ventes de 2019. La moitié des biopesticides ont été vendus en milieu urbain. Et c’est la farine de gluten de maïs, utilisée pour limiter la germination des pissenlits, qui arrive désormais au deuxième rang des pesticides les plus vendus au Québec.

Contrairement aux pesticides de synthèse, les biopesticides sont dérivés de sources naturelles. Malgré cela, ils peuvent avoir des impacts néfastes sur la biodiversité, prévient Mme Hénault-Ethier.

C’est une inquiétude parce que d’un point de vue strictement biologique, toutes les plantes comme les pissenlits sont essentielles aux insectes et pollinisateurs qui sont la base de la chaîne alimentaire.

Louise Hénault-Ethier, directrice du Centre Eau, Terre, Environnement

« Les pissenlits, autant que certains puissent les détester, sont les premiers à fleurir au printemps et parmi les derniers à faner à l’automne. Donc ça donne [aux insectes et pollinisateurs] une réserve de garde-manger alors qu’il n’y a pas d’autres fleurs disponibles dans les écosystèmes », ajoute Mme Hénault-Ethier.

Les quantités « d’herbicides pour gazon » vendues sont passées de 419 263 kg i.a. en 2020 à 651 226 kg i.a. en 2021. Un autre record. En 2014, elles étaient de 2609 kg i.a.

« Je ne pense pas qu’on doit lutter contre la biodiversité en milieu urbain en 2023, c’est futile, c’est dangereux », ajoute-t-elle.

Encore loin des cibles en agriculture

Les ventes en milieu agricole représentent, comme chaque année, la majorité des ventes de pesticides dans la province. Or, malgré l’adoption d’une cible pour faire chuter les quantités épandues dans les champs du Québec de 15 % d’ici 2030, les ventes de pesticides en milieu agricole demeurent stables.

« Avec 3,6 millions de kg i.a., les ventes du milieu agricole représentent 72 % des ventes totales. Celles-ci correspondent exactement à la moyenne des cinq dernières années », peut-on lire dans le rapport.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Les ventes en milieu agricole représentent la majorité des ventes de pesticides dans la province.

Adopté en 2020, le Plan d’agriculture durable du Québec vise à réduire de 500 000 kg i.a. le volume de pesticides vendus à l’échelle de la province d’ici 2030, mais à partir d’une valeur de référence annuelle fixée à 3,3 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs.

« On a raté les cibles cinq fois depuis 1992 », souligne Louise Vandelac, directrice du Collectif de recherche écosanté sur les pesticides, les politiques et les alternatives (CREPPA) de l’UQAM. « C’est une véritable saga. C’est non seulement triste, il y a un véritable problème de responsabilité de l’État. »

Le glyphosate toujours numéro 1

Mme Vandelac s’inquiète plus particulièrement de la hausse liée aux ventes de glyphosate. Cet herbicide, souvent utilisé en tandem avec des semences génétiquement modifiées pour lui résister, trône toujours au sommet du palmarès des ventes.

Il s’est vendu près de 1,8 million de kilogrammes d’ingrédients actifs de glyphosate en 2021 au Québec. Le produit est responsable de près des trois quarts de la hausse des ventes de pesticide observée par rapport à 2020, note le rapport.

PHOTO JEAN-FRANÇOIS MONIER, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Il s’est vendu près de 1,8 million de kilogrammes d’ingrédients actifs de glyphosate en 2021 au Québec.

« Il n’y a pas un agriculteur dans le monde qui utilise du glyphosate, ils utilisent des herbicides à base de glyphosate et c’est l’ensemble des autres composés, surtout, qui posent problème. Il faut que l’analyse soit faite et il n’est pas normal que les instances publiques ne l’aient pas faite », souligne Mme Vandelac. Dans la liste des autres ingrédients, elle montre notamment du doigt des produits dérivés du pétrole et des métaux lourds.

Moins d’animaux, moins de foin

Questionné sur la hausse des ventes de pesticides, le président du syndicat de l’Union des producteurs agricoles note que les cheptels bovin, laitier et ovin ont diminué au cours des dernières années. Les superficies de foin et de pâturage, qui ne nécessitent pas ou peu de pesticides, ont été remplacées par des cultures annuelles qui en utilisent généralement.

« Depuis 2006, il y a 200 000 hectares de plus en soya et en petits fruits, c’est 20 000 hectares de plus. Pendant ce temps-là, on a 200 000 hectares de moins dans le foin et 90 000 hectares de moins dans les céréales », souligne Martin Caron.

Il affirme que les producteurs sont réellement mobilisés. Il note toutefois que le Plan d’agriculture durable prévoyait l’ajout sur le terrain de 75 agronomes et ingénieurs pour épauler les producteurs. « Les agronomes qu’on a sont pris à remplir la paperasse du côté administratif et ne sont pas dans nos champs avec nous autres. Et ça, il faut vraiment qu’il y ait un virage pour qu’il y ait plus d’accompagnement sur le terrain », dit-il.

Ce qu’il faut savoir

  • Pour la première fois depuis 1992, les quantités de pesticides vendues au Québec ont franchi la barre des 5 millions de kilogrammes d’ingrédients actifs. Un record historique.
  • L’herbicide glyphosate est toujours le pesticide le plus vendu dans la province.
  • La quête d’un gazon sans pissenlits a fait bondir les ventes de farine de gluten de maïs, biopesticide qui arrive en deuxième position des ventes.
1 Like

Agora Métropolitaine 2023: objectif développement durable

Photo: Page Facebook Communauté métropolitaine de Montréal - CMM

Guillaume Ledoux

25 mai 2023 à 18h34 - Mis à jour 25 mai 2023 à 18h35 2 minutes de lecture

L’édition 2023 de l’Agora métropolitaine a permis à près de 800 personnes d’échanger et réfléchir à des solutions pour les enjeux actuels du Grand Montréal. Les solutions soulevées par les citoyens, experts et élus visent principalement à relever des défis en matière «d’aménagement du territoire, d’environnement et de mobilité durable, et d’assurer ainsi un développement durable du Grand Montréal», selon un communiqué de la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM).

L’événement, qui en est à sa cinquième édition, est organisé par la CMM. La CMM a d’ailleurs exposé nombre d’enjeux traités lors de l’Agora dans son dernier bilan du Plan métropolitain d’aménagement et de développement (PMAD). Les solutions et «initiatives concrètes» ciblées lors de l’Agora du 25 mai figureront dans le prochain PMAD, lequel sera présenté en consultation publique à l’automne 2024.

La réflexion et les échanges de l’Agora alimenteront la révision du PMAD et serviront de base pour façonner le Grand Montréal de demain.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, ministre responsable du Développement économique régional et ministre responsable de la Métropole et de la région de Montréal

Les échanges et réflexions ont été alimentés par des ateliers thématiques portant sur des enjeux spécifiques. Parmi ceux-ci, «les leviers et les obstacles à la réduction de la dépendance à l’automobile; la préservation des milieux et la valorisation des activités agricoles; ainsi que les leviers d’action pour assurer la protection des milieux naturels et de la biodiversité».

Des solutions se voulant ambitieuses

Certaines des solutions soulevées par les participants ont des cibles «ambitieuses», rapporte la CMM par communiqué. «La hausse des cibles de densification et de protection des milieux naturels; la mise en place d’une offre de transport collectif et actif minimale afin de créer une habitude d’utilisation; la mise sur pied d’un fonds pour encourager l’acquisition de terres agricoles par des municipalités», sont listées par la CMM.

Si ces solutions n’ont pas été nommées pour la première fois, «il ne manque que l’appui financier des paliers de gouvernement pour les mettre en place», ont souligné plusieurs participants.

3 Likes
1 Like

Peut-on éliminer la pollution plastique d’ici 2040 ?

PHOTO ODELYN JOSEPH, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Depuis lundi, les représentants de 175 pays se réunissent à Paris pour mettre la table à un futur accord sur la pollution par le plastique.

On retrouve maintenant des traces de plastique partout sur la planète : des fonds marins au sommet de l’Everest, et même dans l’estomac des dromadaires. Pour contrer ce fléau, 175 pays se réunissent à Paris cette semaine pour préparer un accord qui vise à éliminer la pollution plastique d’ici 2040. Du gros boulot en perspective.

Publié à 0h54 Mis à jour à 5h00

Partager


Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Bientôt plus de plastique que de poissons

Depuis lundi, les représentants de 175 pays se réunissent à Paris pour mettre la table à un futur accord sur la pollution par le plastique. Cette rencontre est la deuxième d’une série de cinq afin de convenir d’une entente qui serait juridiquement contraignante d’ici la fin de l’année 2024. L’objectif est d’éliminer la pollution plastique d’ici 2040. « Si on ne fait rien, en 2060, il y aura plus de plastique que de poissons dans l’océan », a alerté le ministre français de la Transition écologique, Christophe Béchu.

Seulement 10 % du plastique recyclé

PHOTO OLIVIER MORIN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Sur les 9,2 milliards de tonnes de plastique produites depuis 1950, la moitié a été fabriquée à partir de l’an 2000.

Sur les 9,2 milliards de tonnes de plastique produites depuis 1950, la moitié a été fabriquée à partir de l’an 2000. La production annuelle mondiale pointe aujourd’hui à plus de 460 millions de tonnes et pourrait tripler d’ici 2060. Parmi les nombreux usages du plastique, les emballages trônent en tête de liste (36 %), suivis des bâtiments (16 %), des textiles (14 %) et des biens de consommation divers (10 %). Actuellement, 7 % de la production pétrolière mondiale sert à fabriquer du plastique. Moins de 10 % du plastique produit depuis l’après-guerre a été recyclé.

Du plastique partout

PHOTO NICOLAS TUCAT, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

On retrouverait plus de 171 000 milliards de morceaux de plastique flottant à la surface des océans.

Selon une estimation récente réalisée par le 5 Gyres Institute, une organisation non gouvernementale spécialisée dans la recherche sur la pollution par le plastique, on retrouverait plus de 171 000 milliards de morceaux de plastique flottant à la surface des océans. En 2020, des chercheurs australiens ont suggéré dans une étude qu’il pourrait y avoir 30 fois plus de plastique au fond des océans qu’en surface, soit au moins 14 millions de tonnes. Des études ont aussi démontré qu’on retrouvait des traces de plastique au sommet de l’Everest, dans le lait maternel des femmes et même dans l’estomac de dromadaires aux Émirats arabes unis.

Plastique et GES

PHOTO ADREES LATIF, ARCHIVES REUTERS

L’Agence internationale de l’énergie prévoit que les produits pétrochimiques utilisés pour la fabrication des plastiques représenteront près de 50 % de la hausse de la demande en pétrole d’ici à 2050.

En plus de polluer l’environnement, la production de plastique pourrait générer 53,5 milliards de tonnes de CO2 d’ici 2050, selon le Center for International Environmental Law. Le plastique représente en quelque sorte l’angle mort des efforts internationaux pour la décarbonation. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit en effet que les produits pétrochimiques utilisés pour la fabrication des plastiques représenteront près de 50 % de la hausse de la demande en pétrole d’ici à 2050. Selon cette agence, les pays développés consomment 20 fois plus de plastique par habitant que les nations les plus pauvres.

Réduire ou recycler ?

PHOTO AZWAR IPANK, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Plus d’une cinquantaine de pays, dont le Canada, plaident pour une réduction de la production mondiale de plastique.

Plus d’une cinquantaine de pays, dont le Canada, plaident pour une réduction de la production mondiale de plastique. Mais d’autres, comme les États-Unis et l’Arabie saoudite, disent privilégier le recyclage, voulant protéger du même coup l’industrie pétrochimique. « Il ne serait pas réaliste de dire que nous devrions interdire complètement la production de plastique (du moins pas à court ou moyen terme). […] Cela dit, la solution passe évidemment par une réduction substantielle de la dépendance quotidienne à l’égard des plastiques à usage unique », a écrit Charlotte Lloyd, chercheuse en chimie environnementale à l’Université de Bristol, dans une lettre publiée récemment dans le quotidien The Guardian.

Bataille en vue au Canada

PHOTO CARLOS OSORIO, ARCHIVES REUTERS

La raffinerie d’Imperial Oil de Sarnia, en Ontario

Au Canada, une coalition d’une trentaine d’entreprises, dont Dow Chemical, Imperial Oil et Nova Chemicals, ainsi que les provinces de la Saskatchewan et de l’Alberta veulent faire annuler une décision d’Ottawa de désigner tous les produits en plastique comme étant toxiques. Depuis 2021, ceux-ci sont considérés comme nocifs pour l’environnement ou pour la diversité biologique. À partir de décembre 2023, six produits de plastique à usage unique seront interdits au pays, ce qui devrait permettre de retirer 1,3 million de tonnes des sites d’enfouissement au cours des 10 prochaines années.

Suivez les travaux de l’ONU sur la pollution plastique (en anglais)

1 Like

J’ai une question par rapport aux ilôts de chaleur en ville. Est-ce que quelqu’un sait si la ville légifère sur la couleur des façades de constructions nouvelles? Je trouve abérrant que plusieurs nouvelles constructions soient en briques noires, ce qui au mieux de mes connaissances, me fait croire à contribution aux ilôts de chaleur. Je cherche mais je ne trouve rien à ce sujet.

Transition énergétique Financement de 350 millions pour des parcs éoliens

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, ARCHIVES LA PRESSE

Quatre projets de parcs éoliens proposés par l’Alliance et ses partenaires ont déjà été retenus dans le cadre des plus récents appels d’offres d’Hydro-Québec, en mars, pour un total de 922 MW.

Un regroupement de plus de 200 municipalités québécoises décroche un financement de 350 millions de dollars pour la construction et l’exploitation de parcs éoliens.

Publié à 1h00 Mis à jour à 7h00

Partager


Richard Dufour
Richard Dufour La Presse

L’Alliance de l’énergie de l’Est représente des communautés et territoires du sud-est du Québec allant de Montmagny jusqu’aux Îles-de-la-Madeleine.

Le financement obtenu auprès du Mouvement Desjardins permettra aux membres de cette alliance de se qualifier pour des appels d’offres d’Hydro-Québec avec des projets d’énergie renouvelable.

Quatre projets de parcs éoliens proposés par l’Alliance et ses partenaires ont déjà été retenus dans le cadre des plus récents appels d’offres d’Hydro-Québec, en mars, pour un total de 922 MW.

La facilité de crédit de 350 millions sera notamment utilisée pour financer la contribution en capital de l’alliance dans les projets. « On parle de projets totalisant entre 2,5 et 3 milliards en coûts de construction », dit Jean-François Thériault, directeur général de l’Alliance de l’énergie de l’Est.

Ce financement est l’aboutissement de près de deux ans de discussions, souligne Mathieu Talbot, vice-président au financement corporatif chez Desjardins.

« C’est une structure de financement qui a demandé de la créativité », précise Jean-François Thériault en parlant d’un produit sculpté sous la forme d’une facilité bancaire du secteur privé s’appliquant à des entités municipales.

Le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier, estime que les projets financés auront des retombées économiques « importantes ».

« Ils stimuleront à court terme l’activité économique (construction, restauration, hébergement, etc.) et des projets d’entreprises dans des communautés autochtones. À moyen et à long terme, on dégage de la capacité additionnelle qui répondra aux besoins en mégawatts pour des entreprises. »

Durable

La présentation de la solution de financement élaborée pour ces projets éoliens arrive alors que le grand patron de la coopérative de Lévis participe mercredi à une conférence dans le cadre du Sommet de la finance durable au centre-ville de Montréal.

Le grand patron du Mouvement Desjardins discutera avec l’ex-gouverneur de la Banque du Canada Mark Carney de l’importance du rôle des institutions financières pour construire un avenir durable.

Mark Carney est l’envoyé spécial des Nations unies en matière d’action climatique et de finance. Il dirige la Glasgow Financial Alliance for Net Zero.

Comme d’autres grandes institutions financières, le Mouvement Desjardins adhère à cette alliance qui guide la transition vers une économie plus verte en encourageant notamment l’augmentation des investissements dans les énergies propres.

Desjardins souhaite devenir carboneutre avec ses activités de financement et d’investissement dans trois secteurs (transport, énergie et immobilier) d’ici 2040.

Le financement de projets de parcs éoliens contribue à l’ajout d’énergie renouvelable additionnelle sur le marché. « Cette énergie fera partie des activités de plusieurs entreprises qu’on finance et ça viendra réduire leur bilan carbone », dit Guy Cormier.

« C’est une question de transition et ça prend des alternatives pour réaliser une transition », ajoute Mathieu Talbot.

La Zone bleue verra bientôt le large

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

La Zone bleue aura le mandat d’articuler une vision commune autour de la valorisation des ressources maritimes du fleuve Saint-Laurent et du Saguenay, qu’il s’agisse de pêche durable, d’aquaculture, d’exploitation des marais salins, de la transformation ou des biotechnologies marines.


Jean-Philippe Décarie
Jean-Philippe Décarie La Presse

Québec a lancé cette semaine la zone d’innovation de la Vallée de la transition énergétique à Shawinigan, Trois-Rivières et Bécancour, et ce devrait être bientôt au tour de Rimouski et de Grande-Rivière de devenir la prochaine zone d’innovation, responsable celle-là d’articuler le déploiement de l’économie bleue.

Mis à jour le 1er juin

Partager

Après les sciences quantiques à Sherbrooke, les technologies numériques à Bromont et la transition énergétique dans la région de Trois-Rivières, La Zone bleue verra bientôt le large dans le Bas-du-Fleuve et en Gaspésie ; il s’agira de la quatrième zone d’innovation désignée par le gouvernement du Québec.

La Zone bleue aura le mandat d’articuler une vision commune autour de la valorisation des ressources maritimes du fleuve Saint-Laurent et du Saguenay, qu’il s’agisse de pêche durable, d’aquaculture, d’exploitation des marais salins, de la transformation ou des biotechnologies marines.

Cette nouvelle zone d’innovation veillera aussi au développement des technologies maritimes, de la navigation et à l’utilisation optimale des infrastructures, telles que les grands ports de mer, les chantiers maritimes avec le développement accéléré de celui de la Davie à Lévis ou celui des Méchins, racheté par le Groupe Océan.

Martin Beaulieu, qui était depuis 2014 le président de la Société de promotion économique de Rimouski, devient officiellement ce jeudi le président de La Zone bleue.

PHOTO IFTEN REDJAH, FOURNIE PAR LA ZONE BLEUE

Martin Beaulieu

« C’est un projet qui se développe de façon informelle depuis quelques années déjà. On travaillait déjà avec la Corporation de développement économique de Grande-Rivière pour favoriser le développement de l’économie bleue autour de nos forces communes dans les secteurs maritimes et de la pêche », explique Martin Beaulieu.

Le ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, également responsable du Développement économique régionale, a lancé le concept des zones d’innovation en février dernier dans le but de regrouper dans un même environnement les acteurs de la recherche, de l’industrie, du milieu de l’enseignement et de l’entrepreneuriat pour développer les avantages concurrentiels et l’innovation des entreprises autour d’un secteur de niche.

Le fleuve Saint-Laurent, le Saguenay, l’accès à la mer, la pêche qu’on y pratique, les nouveaux produits que l’on y expérimente et le fait que près de 90 % des biens de consommation dans le monde sont acheminés par bateau sont à la base de l’économie bleue.

« On parle d’économie bleue, mais c’est une économie que l’on veut verte en trouvant des solutions pour réduire les émissions de GES et des techniques utilisant l’intelligence artificielle pour combattre l’érosion des berges, notamment », explique Martin Beaulieu, titulaire d’un doctorat en sciences de l’alimentation.

Des mandats spécifiques

Rimouski a développé une forte expertise dans le domaine maritime qui repose sur une base historique importante. On y retrouve l’Institut maritime du Québec et l’Institut des sciences de la mer, en plus de l’Institut Maurice-Lamontagne à Mont-Joli.

« On a plus de 600 chercheurs dans la région de Rimouski et plus d’une centaine en Gaspésie. On a établi Novarium à Rimouski, un campus d’innovation qui accueille une cinquantaine de jeunes pousses et d’entreprises qui travaillent au développement de l’économie bleue avec des recherches sur les biocarburants ou l’utilisation de l’IA pour détecter les baleines.

« À Grande-Rivière, en Gaspésie, on a un budget de 33 millions pour construire un centre spécialisé dans la capture, la transformation et l’aquaculture et qui assurera des services d’accompagnement d’entreprises. On veut cesser d’exporter toutes nos prises et de consommer des produits de la mer qui sont importés », explique Martin Beaulieu.

L’activité maritime sur le Saint-Laurent et le Saguenay implique un millier d’entreprises et génère des retombées annuelles de 2,5 milliards. L’objectif avoué de La Zone bleue est de faire passer la contribution du secteur maritime de 0,6 % du PIB à 1,6 % d’ici cinq à dix ans.

Les ambitions du gouvernement fédéral sont encore plus grandes puisqu’Ottawa souhaite quintupler la contribution du secteur maritime canadien dans les 25 prochaines années.

Quand Martin Beaulieu espère-t-il obtenir la désignation officielle de zone d’innovation ?

« Je pense qu’on devrait être en mesure de devenir la prochaine zone d’innovation d’ici l’automne prochain », anticipe-t-il. Une prédiction qui risque bien de se réaliser quand on sait que le projet peut compter sur un allié de taille.

Dans le résumé de son livre Cap sur le Saint-Laurent, publié en 2013, l’aspirant premier ministre François Legault disait souhaiter faire de la vallée du Saint-Laurent « un lieu où innovation, éducation de haut niveau et entrepreneuriat se donnent la main pour créer un extraordinaire dynamisme économique ».

Ce qui résume, vous en conviendrez, de façon assez claire le concept de La Zone bleue.

2 Likes

Batteries vertes, « gaz brun »

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Énergir fait des démarches pour agrandir sa capacité gazière dans le parc industriel de Bécancour pour desservir les entreprises de la filière des batteries qui viendront s’y installer.

Le gouvernement Legault veut fabriquer les composants de batteries « les plus verts du monde », mais leur construction consommera du gaz naturel polluant, notamment parce que la « capacité électrique actuelle est limitée ». Une situation dénoncée par Québec solidaire et qui fait réagir un expert en énergie.

Publié à 1h18 Mis à jour à 5h00

Partager


Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

Énergir fait en effet des démarches pour agrandir sa capacité gazière dans le parc industriel de Bécancour pour desservir les entreprises de la filière des batteries qui viendront s’y installer. « Ce projet contribuera […] au développement d’une industrie québécoise des batteries en assurant à d’éventuels clients de se raccorder au réseau d’Énergir », plaide le fournisseur de gaz dans un document remis à la Régie de l’énergie.

Elle demande une autorisation rapide pour pouvoir y livrer du gaz dès l’automne, destiné au chauffage d’une usine en construction. Rappelons que le gouvernement Legault a annoncé lundi dernier que General Motors produira des matériaux de batteries au Québec dès 2025 dans le parc industriel de Bécancour, grâce à une aide publique de 300 millions.

Lisez l’article « Filière québécoise des batteries : Québec et Ottawa offrent 300 millions à General Motors »

Les plus vertes « au monde »

« Pendant qu’on vend notre électricité aux États-Unis, on utilise du gaz naturel. On est très étonné du peu d’intérêt du gouvernement par rapport à nos obligations climatiques », dénonce le député de Québec solidaire Haroun Bouazzi en entrevue avec La Presse.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le député de Québec solidaire Haroun Bouazzi

À ce moment, le ministre de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, ne mentionnait pas l’usage du gaz naturel. « Grâce à ses ressources naturelles, ses talents et son énergie renouvelable, le Québec attire des géants de l’électrification. […] C’est ici qu’on va fabriquer les composants de batterie les plus verts au monde », se vantait-il.

M. Bouazzi dénonce ce qu’il estime être un manque de transparence de la part du ministre. « On ne peut pas en 2023 augmenter notre impact de GES en le cachant à la population », dénonce-t-il.

Énergir estime que les entreprises de la filière des batteries consommeront à terme, dans le parc industriel de Bécancour, 30 millions de mètres cubes de gaz naturel.

Ce n’est pas juste une contribution nulle, c’est une contribution négative avec cette connexion de 50 000 tonnes de CO2, l’équivalent des émissions de la population de Chicoutimi.

Haroun Bouazzi, député de Québec solidaire

Et les émissions pourraient être encore plus importantes, car Énergir « projette un volume total de 53 millions de mètres cubes » à plus long terme.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Le siège social d’Énergir, à Montréal

Le ministère de l’Économie est au courant de l’usage du gaz naturel par la filière des batteries. La sous-ministre adjointe à l’Économie, Dominique Deschênes, est même intervenue en faveur d’Énergir auprès de la Régie de l’énergie. Dans une lettre, elle appuie le projet de prolongement du réseau de gaz à Bécancour. « Puisque la capacité électrique actuelle est limitée, que certains procédés industriels ne peuvent pas techniquement être électrifiés ou nécessitent du gaz naturel comme intrant et que la redondance et la fiabilité sont essentielles à leurs opérations, le prolongement de l’infrastructure de gaz naturel s’avère nécessaire », écrit-elle.

L’attaché de presse de Pierre Fitzgibbon, Mathieu St-Amand, tient le même discours. Il affirme qu’il n’est pas judicieux de chauffer des bâtiments industriels avec de l’hydroélectricité. « Les projets comme celui annoncé lundi seront majoritairement alimentés à l’hydroélectricité », indique Mathieu St-Amand. Il estime que l’on peut « aisément spéculer que de produire des batteries à faible intensité carbone contribue positivement aux efforts de lutte aux GES de façon globale ».

Contradictions

Au contraire, le député Haroun Bouazzi estime que le gouvernement Legault et le ministère de l’Économie agissent en complète contradiction avec les objectifs environnementaux du Québec, qui vise la carboneutralité en 2050, et avec leur propre plan vert.

Le Plan pour une économie verte stipule en effet que les nouveaux projets industriels devraient « établir des installations compétitives et vertes » et que la construction de ces usines doit « intégrer des équipements plus efficaces sur le plan énergétique et qu’elles privilégient un approvisionnement en énergies renouvelables ».

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre François Legault, lors de l’annonce des investissements à Bécancour, le 29 mai dernier. Il est accompagné du président de POSCO Future M, Chi Gyu Cha, et de la présidente de GM Canada, Marissa West.

L’expert en énergie et professeur à HEC Montréal Pierre-Olivier Pineau estime qu’il est « problématique de prolonger un réseau au gaz naturel pour de nouvelles installations ». La seule façon de rendre acceptable cette pratique serait de prendre un « engagement ferme de décroissance de la consommation de gaz fossile » en faisant décroître la consommation de gaz naturel ailleurs. Il estime également que le chauffage des bâtiments « ne devrait se faire ni à l’électricité ni au gaz naturel ».

Les nouveaux bâtiments devraient être des bâtiments passifs, avec des enveloppes thermiques tellement performantes qu’aucun besoin de chauffage n’est nécessaire. Ils existent et sont rentables à long terme, mais ne sont ni imposés par la réglementation ni dans la culture actuelle.

Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie à HEC Montréal

Il critique également que les composants produits par cette usine soient destinés à de grosses voitures électriques, comme le Hummer. « On est peut-être en train de construire et de subventionner des installations complètement superflues et inutiles pour la transition énergétique. Nous devons avant tout investir dans une mobilité durable, pas dans des flottes de gros véhicules électriques », déplore-t-il.

Hummer électrique

Cette critique est aussi faite par Haroun Bouazzi, de Québec solidaire. Il estime que le gouvernement devrait plutôt miser sur l’électrification du transport collectif, et que le coût des aides publiques – près de 300 millions – n’est pas justifié par le nombre d’emplois créés, soit 200, et la production de grosses voitures électriques pesantes et énergivores. « Ce n’est pas brillant », laisse-t-il tomber.

Jean-Pierre Finet, analyste pour le Regroupement des organismes environnementaux en énergie, estime que les installations des fabricants de composants de batteries auraient pu être électrifiées à 100 %. Or, ils ont plutôt choisi de polluer, a-t-il déploré. « Ce sera des batteries vertes produites avec du gaz brun. »

De son côté, Énergir assure que les entreprises auront le choix d’acheter, si elles le désirent, du gaz naturel renouvelable. Or, contrairement aux particuliers et à la classe affaires, les nouveaux clients industriels d’Énergir n’ont aucune obligation d’en acheter.

2 Likes

Incendies de forêt Des images dangereusement belles

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Le lever du soleil était spectaculaire, mardi matin, au-dessus de l’île Sainte-Thérèse, à Pointe-aux-Trembles.


Patrick Lagacé
Patrick Lagacé La Presse

Ce n’est pas la première fois qu’on le remarque : quand les forêts brûlent, les astres sont magnifiques. Le soleil, lundi soir, était d’un orange fluo aux contours flous. Mardi matin, il était encore anormalement magnifié.

Publié à 1h41 Mis à jour à 5h00

Partager

Lundi, au café, c’est comme si on avait appliqué aux fenêtres un filtre de couleur : l’extérieur semblait jauni artificiellement, gracieuseté des particules fines qui nous parviennent des nombreux chemins des incendies.

Ces mêmes particules fines changent la vision qu’on peut avoir du monde jusqu’à New York où, semble-t-il, le smog québécois a coloré le ciel, lundi soir. Encore là, les photos sont magnifiques… Même si l’atmosphère du Nord-Est américain est polluée comme elle ne l’avait pas été depuis 2019.

Certains parlent de ces images dangereusement belles comme celles de la fin du monde. C’est sans doute le signe de la fin d’un monde : chaque été ou presque depuis des années, on bat un record de chaleur établi l’été précédent. Le nouveau monde sera beaucoup moins tempéré. Comme le veut l’adage inventé par je ne sais qui : Ne dites pas que cet été est chaud, dites que c’est le plus frais des années à venir…

Ces incendies de forêt sont-ils un effet indéniable des changements climatiques ? Les scientifiques le disent et le répètent : il est difficile de prendre un évènement et de dire : voilà, c’est lié au réchauffement de la planète… Ce qu’ils disent, c’est que les évènements climatiques extrêmes vont se multiplier, à cause du réchauffement climatique.

Ce qui se passe au Québec est-il « extrême » ? On dirait bien. Il y a deux ans, un record canadien de chaleur a été établi à Lytton, en Colombie-Britannique : 49,6 ˚C, dans un contexte de « dôme de chaleur ». Quelques jours plus tard, le village de Lytton était rasé par un gigantesque incendie de forêt. Bonjour le symbole…

Je sais, je sais : il faut « combattre » les changements climatiques. L’ennui, c’est encore et toujours le manque de volonté politique. Ici et ailleurs. Ça, c’est la version courte.

La version longue, c’est que la volonté politique n’est que la queue du chien. Le chien, c’est nous. Nous, qui votons. Nous, qui donnons de la légitimité à nos gouvernants. Le chien choisit de quel bord sa queue remue, je veux dire que nos priorités imposent celles des partis politiques qui sollicitent nos votes…

L’environnement, le climat ? Loin, ben, ben loin derrière les baisses de taxes et d’impôts, l’accès aux soins de santé, combler les nids-de-poule et tout ce qui constitue l’essentiel du buffet électoral.

L’environnement, le climat ? C’est la priorité… numéro 28.

Si vous en doutez, répondez à cette question : y a-t-il un gouvernement dans ce pays, au provincial ou au fédéral, qui depuis 20 ans a été défait sur la question de l’environnement, du climat ?

Réponse, et je veux bien être contredit : non… Au contraire.

Prenez la CAQ. Le parti de François Legault a fait campagne sur un programme et des promesses électorales dénués de toute ambition en matière de climat. Pas grave, il a remporté une super majorité de 90 députés.

Prenez l’Alberta. La candidate conservatrice a été élue première ministre en promettant de combattre tout ce que le fédéral pourrait être tenté d’imposer comme mesure de réduction des gaz à effet de serre.

Prenez le gouvernement fédéral. Le Parti libéral du Canada se pose en champion climatique. Son ministre fédéral de l’Environnement, Steven Guilbeault, a été pendant une génération le visage de la lutte contre les changements climatiques, celui qui alertait sur les dangers du réchauffement et qui a même escaladé la tour du CN pour y accrocher une bannière : CANADA AND BUSH-CLIMATE KILLERS…

Devenu ministre, Steven Guilbeault a autorisé le projet de forage pétrolier en mer de Bay du Nord – depuis mis sur pause –, au large de Terre-Neuve.

PHOTO SEAN KILPATRICK, LA PRESSE CANADIENNE

Steven Guilbeault, ministre de l’Environnement et du Changement climatique

Devenu ministre, Steven Guilbeault a donné son aval à l’extraction d’un milliard de barils de pétrole du fond marin. Cent mille personnes pourraient abandonner leur char pour un BIXI demain matin, ça ne compensera pas ce milliard de barils de pétrole.

C’est pourtant une équation assez simple : plus on va creuser pour sortir du gaz et du pétrole de terre, moins les énergies propres seront attrayantes pour les investisseurs, plus elles tarderont à s’imposer. M. Guilbeault connaît ce principe, il pourrait parler de cela pendant des heures sans regarder ses notes.

M. Guilbeault aurait pu démissionner plutôt que d’autoriser ce milliard de barils, comme un ministre français de l’Environnement tanné d’avaler des couleuvres l’a fait, il y a quelques années. Mais M. Guilbeault semble être un grand amateur de tartare de couleuvres.

Alors on peut blâmer le politique. Je le fais. On peut blâmer les individus dans les postes de responsabilité. Je le fais.

Mais il faut que nous, citoyens, fassions quand même un examen de conscience : si M. Guilbeault a pu donner le feu vert à un projet qui va ajouter un milliard de barils de pétrole au bilan carbone du Canada, c’est surtout parce qu’il n’y a pas de prix politique à payer pour une telle décision.

L’environnement, le climat, c’est magnifique pour la page couverture du plan de marketing politique. Mais ce n’est pas payant politiquement. Et ça, ce n’est ni la faute de Steven Guilbeault ni celle de tous les ministres de l’Environnement depuis trois décennies ainsi que leurs premiers ministres, non, c’est la faute de ceux qui votent. Notre faute.

Tant qu’il n’y aura pas de prix politique à payer pour les demi-mesures climatiques, on va continuer à affronter la crise climatique avec des demi-mesures politiques.

Les demi-mesures sont « payantes » depuis plus de 30 ans, depuis le Sommet de Rio qui a imposé le climat aux consciences et dans la sphère publique.

Et je doute que l’odeur des forêts qui brûlent change quoi que ce soit à cette réalité, pas plus que les images dangereusement belles qui en découlent.

1 Like

Rejet d’une demande d’appel en Cour suprême Une autre victoire pour la rainette faux-grillon

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

La décision du plus haut tribunal au pays met fin à une autre saga juridique entourant la rainette faux-grillon.

Mine de rien, la plus petite des grenouilles au Québec vient de remporter en quelque sorte une deuxième victoire en trois ans devant la Cour suprême du Canada.

Mis à jour hier à 16h52

Partager


Éric-Pierre Champagne
Éric-Pierre Champagne La Presse

Le plus haut tribunal au pays a en effet rejeté jeudi une autre demande d’un promoteur immobilier qui contestait le décret d’urgence pris par Ottawa en 2016 pour protéger la rainette faux-grillon, une espèce menacée. Des groupes environnementaux se réjouissent de la décision qui confirme ainsi que la décision du gouvernement fédéral ne constituait pas une expropriation déguisée.

La décision de la Cour suprême met fin à une autre saga juridique entourant la rainette faux-grillon de l’Ouest, une minuscule grenouille mesurant moins de 3 cm, menacée d’extinction. Rappelons qu’Ottawa avait adopté un décret d’urgence en 2016 afin de protéger l’espèce à La Prairie, menacée par un important projet de lotissement.

Un promoteur, Groupe Maison Candiac, avait d’abord contesté jusqu’en Cour suprême la validité du décret fédéral. En décembre 2020, la Cour suprême avait refusé la demande de l’entreprise qui contestait une décision de la Cour d’appel du Québec rejetant tous les arguments du promoteur.

De leur côté, les promoteurs du projet de lotissement Symbiocité à La Prairie ont choisi une autre voie pour contester le décret fédéral. D’emblée, les entreprises 9255-2504 Québec inc., 142 550 Canada inc. et Grand Boisé de La Prairie inc. ont décidé de ne pas contester la validité du décret, mais ont plutôt soutenu qu’Ottawa était dans l’obligation de leur verser une compensation puisque son entrée en vigueur les a empêchés de réaliser les dernières phases de leur projet immobilier.

Leurs arguments ont d’abord été rejetés par la Cour fédérale dans une décision rendue en janvier 2020. En mars 2022, la Cour d’appel fédérale a confirmé la décision rendue en première instance. Comme elle a l’habitude, la Cour suprême n’a pas justifié jeudi son refus d’entendre l’appel des promoteurs dans ce dossier.

La décision a réjoui la Société pour la nature et les parcs (SNAP) et le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE). Elle confirme selon ces deux organisations que « la protection des habitats [des espèces en péril] ne peut être assimilée à une expropriation déguisée ».

« C’est une bonne nouvelle pour les espèces en péril, lance Alain Branchaud, directeur général de la SNAP Québec. Ce jugement consolide la légitimité d’agir du gouvernement fédéral. » Une bonne nouvelle qui cache cependant une ombre au tableau, estime M. Branchaud.

Selon lui, les décisions de la Cour fédérale et de la Cour d’appel fédérale mettent en lumière des lacunes importantes dans la mise en œuvre de l’article 64 de la Loi sur les espèces en péril. Cet articule stipule en effet que le ministre responsable peut verser une indemnité après l’adoption d’un décret d’urgence, mais que le gouvernement doit avoir un règlement pour encadrer le versement d’une éventuelle indemnité. Or, un tel règlement n’existe pas à l’heure actuelle.

Dans sa décision rendue en janvier 2020, le juge René LeBlanc, de la Cour fédérale, écrivait que « la défenderesse, d’ailleurs, aurait tort d’interpréter le présent jugement comme si l’affaire était entendue, en ce sens qu’elle est réglée et ne requiert plus aucune action ; elle devra, plus tôt que tard, si elle ne veut pas s’exposer à d’autres recours, trouver une façon d’aller au bout de ce que le Parlement souhaitait pour la protection des espèces en péril au Canada ».

Selon Alain Branchaud, ce passage est une invitation claire pour Ottawa de se doter d’un tel règlement, ce qui ne l’obligerait pas de verser une compensation, estime-t-il, mais qui permettrait de remplir les obligations prévues à la Loi sur les espèces en péril.

La Presse a tenté sans succès de joindre les entreprises concernées par la décision de la Cour suprême.

2 Likes
3 Likes

Actualités

Incendies de forêt A-t-on perdu la maîtrise du feu ?

PHOTO TYLER HICKS, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Incendie de forêt survenu en mai 2016 à Fort McMurray, en Alberta

Le feu est assurément une des grandes découvertes de l’histoire de l’humanité. Mais en a-t-on perdu la maîtrise ? C’est la question qu’on se pose à la lecture de Fire Weather, ouvrage de John Vaillant, selon qui les incendies de forêt sont de plus en plus incontrôlables, en plus de rejeter quantité de CO2 dans l’air. Entrevue.

Publié à 0h48 Mis à jour à 5h00

Partager


André Duchesne
André Duchesne La Presse

Pour l’auteur et journaliste américano-canadien John Vaillant, les incendies de forêt suivent les mêmes schémas de croissance que les grandes entreprises de ce monde comme Standard Oil, Walmart et Amazon. « Lorsqu’ils ont atteint une certaine taille, ces incendies sont en mesure de dicter leurs propres conditions à travers le monde, dit-il. Même si cela détruit l’écosystème qui leur a permis de devenir si puissants. »

Percutante, la métaphore renvoie au concept général de son essai Fire Weather, selon lequel la surconsommation des énergies fossiles se retourne contre les humains, notamment par l’entremise des changements climatiques et d’un assèchement accéléré des forêts.

Il n’y a donc pas d’ironie ni de coïncidence dans le fait que l’ouvrage de M. Vaillant arrive en librairie alors que le Québec, la Nouvelle-Écosse et d’autres régions du Canada sont aux prises avec d’importants brasiers forestiers. « Nous sommes dans une tendance, dit-il en entrevue téléphonique avec La Presse depuis Portland, en Oregon. Ce qui se passe actuellement s’inscrit dans la continuité. C’est commencé depuis le début des années 2000. »

Le très grave incendie survenu en mai 2016 à Fort McMurray, en Alberta, est au cœur de la démonstration extrêmement détaillée, tant d’un point de vue scientifique qu’historique, de l’ouvrage. Mais il n’y a pas que celui-là. John Vaillant nous renvoie à l’incendie dévastateur de Slave Lake, en Alberta (2001), à celui de Lytton, en Colombie-Britannique (2021) ou à ceux d’Australie et de Californie survenus dans les dernières années.

« Les mauvais effets du brûlage massif du pétrole nous rattrapent, estime M. Vaillant. On a surchargé l’atmosphère et les mers de CO2. Notre maîtrise du feu nous a permis d’atteindre la prospérité et un bien-être enviables et jamais vécus auparavant par un aussi grand nombre de gens. C’est bien. Mais ce qui ne l’est pas est que chaque fois que l’on brûle quelque chose, on produit des émissions polluantes. »

Et le Québec aussi…

Or, au fil des ans, les scientifiques ont noté un assèchement progressif des forêts, poursuit M. Vaillant. Celles-ci deviennent chaque jour plus susceptibles de s’embraser, ne serait-ce qu’au passage d’un train dont le frottement des roues sur les rails crée des étincelles.

PHOTO FOURNIE PAR L’AUTEUR

John Vaillant

L’Alberta est devenue une véritable poudrière, dit-il à cet effet. Et c’est aussi le cas au Québec, où l’on trouve un système forestier très semblable et qui s’assèche. Si vous parlez à n’importe quel hydrologiste forestier, il vous dira que cette tendance à l’assèchement est en cours depuis des décennies.

John Vaillant

Joint par La Presse, Christian Messier, ingénieur forestier et professeur d’écologie forestière à l’Université du Québec à Montréal et à l’Université du Québec en Outaouais, explique que cette situation est attribuable aux printemps hâtifs, où les arbres feuillus n’ont pas le temps de jouer un de leurs rôles. « Plus il y a de feuillus dans une forêt et plus la susceptibilité au feu diminue. Car leurs feuilles ne brûlent pas bien, contrairement aux aiguilles de conifères pleines de résine », dit ce dernier, qui a récemment publié une lettre ouverte sur nos plateformes pour une intervention plus forte des gouvernements sur la gestion de la forêt.

Lisez la lettre ouverte de Christian Messier

Il précise toutefois que certaines régions du Québec et du Canada seront plus enclines que d’autres à être vulnérables au feu, et ce, en raison de la variabilité des conditions météo qu’entraînent les changements climatiques. « Les risques vont être plus élevés dans l’ouest que dans l’est du Canada et dans l’ouest du Québec [là où on trouve des incendies aujourd’hui] que dans l’est », estime M. Messier.

Lorsqu’on signale ses qualités de vulgarisateur à John Vaillant, ce dernier indique avoir voulu se mettre dans la peau de monsieur et madame Tout-le-Monde. « Les scientifiques intéressés par le climat, qui s’inquiètent profondément des changements dans le monde, du sort de la planète, ne sont pas nécessairement de bons conteurs », dit-il sans un gramme de méchanceté. « Alors, j’ai essayé de les comprendre, comme une personne normale, et de synthétiser leur science pour des personnes comme vous et moi. »

Une collision frontale

Né aux États-Unis, vivant à Vancouver et ayant la double nationalité canado-américaine, John Vaillant en est à son quatrième ouvrage avec Fire Weather. Lauréat d’un prix du Gouverneur général du Canada pour son livre The Golden Spruce, il voit un lien entre chacun de ses ouvrages.

« Comme tous les autres, mon nouveau livre s’intéresse à la collision entre l’ambition humaine et la nature, dit-il. Mais il a été fait dans une urgence que les autres n’avaient pas. Il est le seul à s’intéresser à des évènements actuels et qui se déroulent à une vitesse folle. Cette collision entre nature sauvage et civilisation risque de libérer une immense énergie, comme si deux plaques tectoniques se broyaient l’une l’autre. »

Fire Weather

John Vaillant

432 pages

En savoir plus

  • Imprévisible feu
    Les volcans peuvent être dévastateurs, mais ils sont fixés dans l’espace géographique et donnent généralement l’alerte ; les armes nucléaires sont également dévastatrices, mais elles sont régies par des traités internationaux et déclenchées intentionnellement par des êtres humains. Le feu est différent : il a son propre programme qui se manifeste comme quelque chose qui s’apparente à la volonté, et il est aidé, souvent involontairement, par les êtres humains. L’incendie de Chisholm a été déclenché par une étincelle provenant du passage d’un train de marchandises.

extrait de fire weather (traduction libre)

À ses débuts…
Les conséquences de la combustion de millions d’années d’énergie fossile accumulée en l’espace de quelques décennies seront permanentes et dramatiques. Les effets influenceront tout ce qui compte de plus de manières que nous ne pouvons l’imaginer dans un avenir prévisible et probablement bien plus longtemps. À la lumière de ce qui précède, il est presque insupportable de considérer que notre bilan en matière de CO2 industriel n’en est qu’à ses débuts et que les générations futures porteront ce fardeau bien plus lourdement que nous ne le faisons aujourd’hui.

extrait de fire weather (traduction libre)

1 Like

Rio Tinto plante son drapeau à la Baie-James

PHOTO RONNY HARTMANN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le lithium sert d’intrant dans la fabrication de cathode, le pôle positif de la batterie lithium-ion d’une voiture électrique. La cathode représente environ 40 % du coût d’une cellule.

La ruée vers le lithium que connaît la Baie-James vient d’attirer un acteur majeur. Rio Tinto, deuxième société minière en importance dans le monde derrière BHP, investira 65 millions dans une dizaine de propriétés lithium du Nord-du-Québec. Pour la multinationale, le Québec vient s’ajouter à ses projets de lithium aux côtés de pays comme la Serbie et l’Argentine.

Publié à 1h30 Mis à jour à 7h00

Partager


André Dubuc
André Dubuc La Presse

Le géant minier fait de l’exploration à la recherche de lithium à différents endroits dans le monde. Il a des projets en Argentine et en Serbie. Ce dernier est toutefois bloqué par la population locale depuis janvier 2022.

« La convention d’option conclue entre Rio Tinto et Midland permettra à la société d’accéder à de nouvelles cibles d’exploration de lithium dans la région de la Baie-James », a déclaré un porte-parole de Rio Tinto dans un courriel.

Il s’agit, selon nos informations, d’une première entente commerciale pour un projet d’exploration de lithium au Canada pour Rio Tinto.

« Rio Tinto est fier du travail qu’il accomplit au Canada – que nous considérons comme l’une des meilleures juridictions minières au monde – et nous pensons que le Québec offre de bonnes occasions de continuer à développer nos activités. »

Mercredi, Exploration Midland a annoncé son entente avec Rio Tinto Exploration Canada. L’accord porte sur 10 propriétés totalisant 2009 claims et couvrant une superficie de plus de 1000 kilomètres carrés. Ces propriétés incluent Mythril-Corvette, Mythril-Est, Mythril-Chisaayuu, Galinée, Moria, Shire, Komo, Warp, Sulu et Picard.

Rio Tinto peut acquérir 50 % des propriétés d’ici 5 ans à la condition notamment d’y dépenser 14,5 millions en exploration.

Après avoir acquis une participation initiale de 50 % dans les propriétés, Rio Tinto aura la possibilité d’augmenter sa participation à 70 % dans les 5 ans suivant l’exercice de la première option, à la condition d’y dépenser 50 millions en exploration. En tenant compte des paiements en espèces versés à Midland, l’investissement totalise 65,5 millions.

Il a été impossible de parler à Gino Roger, président de Midland.

Une reconnaissance pour les compagnies locales

Les propriétés sont actuellement détenues à 100 % par Midland et sont situées près d’importants gîtes de lithium telle sa propriété Mythril-Corvette qui se trouve dans le voisinage de Corvette appartenant à Patriot Battery Metals. Ses autres propriétés sont localisées près de Moblan (Sayona-Soquem), Adina (Winsome Resources), Whabouchi (Nemaska Lithium) et James Bay Lithium (Allkem), tous situés dans la région d’Eeyou Istchee Baie-James au Québec.

La nouvelle n’est pas passée inaperçue à la Baie-James. « C’est super intéressant, s’exclame Jean-Marc Lulin, président et chef de la direction d’Exploration Azimut, qui détient notamment des baux miniers avec SOQUEM sur la propriété Galinée qui jouxte Adina où une importante découverte de lithium a été effectuée par la société australienne Winsome Resources.

« Ça fait 30 ans que je travaille à la Baie-James, poursuit le géologue. C’est une dynamique qui est en train de se mettre en place qui est absolument enthousiasmante. »

C’est extraordinaire de voir la Baie-James qui est en train d’émerger et qui attire le regard de majeures à l’échelle mondiale pour une substance qui est très en demande et qui va pouvoir alimenter au Québec la filière énergétique qui se met en place.

Jean-Marc Lulin, président et chef de la direction d’Exploration Azimut, très active dans le Nord-du-Québec

Le lithium sert d’intrant dans la fabrication de cathode, le pôle positif de la batterie lithium-ion d’une voiture électrique. La cathode représente environ 40 % du coût d’une cellule.

« C’est une marque de reconnaissance envers les compagnies juniors qui font les travaux d’exploration au quotidien sur le territoire québécois, se réjouit pour sa part Guy Bourgeois, directeur général de l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ). [Rio Tinto] reconnaît cette expertise via les Québécois qui le font depuis de nombreuses années et qui ont eu du succès dans le passé. »

Pour lui, l’annonce se démarque par l’importance des sommes en jeu et par l’engagement à long terme (possiblement 10 ans) de la multinationale.

La région de la Baie-James connaît une ruée vers le lithium alimentée par des découvertes majeures sur des propriétés comme Adina de Winsome Resources et Corvette de la part de Patriot Battery Metals.

Stratégie lithium de Rio Tinto

Les signes de l’intérêt que porte le géant minier à l’égard du lithium québécois se multiplient depuis 18 mois.

Lundi dernier, le ministre fédéral François-Philippe Champagne annonçait la signature d’une entente de collaboration avec Rio Tinto visant à soutenir les objectifs de la Stratégie canadienne sur les minéraux critiques, dont le lithium.

La Stratégie, qui a été lancée en décembre 2022, dispose d’une enveloppe de 3,8 milliards de dollars. Le financement proposé couvre la totalité de la chaîne d’approvisionnement en minéraux critiques.

En octobre 2022, Ottawa a annoncé l’attribution d’un financement pouvant atteindre 222 millions de dollars, dans le cadre du Fonds stratégique pour l’innovation, à Rio Tinto Fer et Titane, pour l’aider à accroître sa production de minéraux critiques, notamment le lithium.

En avril 2022, un article de La Presse faisait état de la volonté de Rio Tinto Fer et Titane de se doter d’une usine de recherche et de développement de lithium.

Lisez l’article « La stratégie lithium de Rio Tinto au Québec »

Dans ce reportage, Michel Jébrak, professeur du département des sciences de la Terre et de l’atmosphère à l’UQAM et auteur d’un livre sur les défis de la transformation du lithium, soutenait que Rio Tinto tentait de retomber sur ses pattes après l’échec de son gigantesque projet de mine de lithium en Serbie.

Sous la pression populaire, le gouvernement serbe a décidé de tirer un trait sur ce qui s’annonçait comme le plus grand gisement européen de lithium.

Ce projet dans les Balkans devait permettre à la minière d’extraire suffisamment de lithium pour permettre la construction de 1 million de véhicules électriques par année. Il devait coûter 2,4 milliards.

« Rio Tinto a une stratégie lithium et veut se retourner rapidement après son échec en Serbie », disait M. Jébrak, en ajoutant que la société venait de conclure l’acquisition d’un projet de lithium en Argentine pour 825 millions.

L’énergie solaire veut se porter à la rescousse d’Hydro-Québec

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le plan soumis au gouvernement suggère qu’il est réaliste d’aller chercher 2000 mégawatts d’énergie solaire avec des appels d’offres réservés à ce type d’énergie et 2000 mégawatts supplémentaires en encourageant l’installation de panneaux solaires sur les toits des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels qui peuvent en accueillir.

Le Québec ne peut pas se priver du grand potentiel des toits des immeubles disponibles qui, une fois équipés de panneaux solaires, pourraient fournir jusqu’à 25 % des besoins futurs en électricité d’Hydro-Québec, selon un regroupement d’entreprises appuyé par des experts en énergie.

Publié à 1h28 Mis à jour à 7h00

Partager


Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

Dans un mémoire soumis dans le cadre de la consultation sur l’avenir énergétique du Québec, le regroupement propose des mesures pour augmenter le potentiel solaire de la province actuellement très sous-utilisé, expliquent Mike Perreault et Marco Deblois, respectivement président et directeur général de Rematek Énergie.

Les dirigeants de l’entreprise qui se spécialise dans les installations solaires ne sont pas désintéressés, mais ils disent croire que c’est le Québec avant tout qui gagnerait à exploiter la filière solaire.

« On ne dit pas qu’il faut du solaire plutôt que de l’éolien, précisent-ils. On dit qu’on a besoin des deux. »

« On compte sur toit »

Le plan soumis au gouvernement suggère qu’il est réaliste d’aller chercher 2000 mégawatts d’énergie solaire avec des appels d’offres réservés à ce type d’énergie et 2000 mégawatts supplémentaires en encourageant l’installation de panneaux solaires sur les toits des bâtiments résidentiels, commerciaux et institutionnels qui peuvent en accueillir. La version prudente de ce plan baptisé « On compte sur toit » pourrait combler 12 % des besoins identifiés par Hydro-Québec à l’horizon 2032, une part qui pourrait atteindre 25 % dans un scénario plus musclé.

Des crédits d’impôt

En ajoutant un crédit d’impôt de 20 % à celui offert par le gouvernement fédéral dans son dernier budget, le Québec pourrait encourager les propriétaires d’immeubles à investir dans les panneaux solaires et des installations de stockage. Avec le crédit d’impôt fédéral de 30 %, le propriétaire d’un immeuble commercial peut espérer un rendement de son investissement en 12,2 années. Un crédit d’impôt provincial permettrait de réduire cette période à moins de 10 ans et encouragerait les propriétaires d’immeubles à investir dans l’énergie solaire, estiment les dirigeants de Rematek Énergie, qui a réalisé le toit solaire de la Maison Simons, à Québec, et celui de la firme d’architectes Lemay à Montréal.

De 13 à 16 cents le kilowattheure

Une autre façon d’encourager les Québécois à investir dans l’énergie solaire serait d’acheter cette énergie à un tarif intéressant, estimé à 16 cents le kilowattheure pour une résidence et à 13 cents le kilowattheure pour un immeuble commercial. Ce tarif, au moins deux fois plus élevé que le coût que paie actuellement Hydro-Québec aux producteurs privés d’énergie éolienne (6 cents le kilowattheure), peut paraître trop élevé, reconnaît Mike Perreault. « Il a besoin d’être expliqué : une résidence ou un commerce équipé de panneaux solaires fournit de l’énergie là où on la consomme et ne nécessite pas d’investissements coûteux dans un réseau de transport et de distribution. C’est parce qu’on ne considère pas ces coûts que l’énergie éolienne semble moins chère. »

Des panneaux solaires couplés à du stockage peuvent aussi contribuer à réduire la pression sur le réseau d’Hydro-Québec en période de pointe, ajoute-t-il.

Des embûches et peu d’encouragement

Hydro-Québec limite à 50 kilowatts le volume d’électricité qui peut être injecté dans son réseau par les autoproducteurs d’énergie. C’est un frein majeur pour les propriétaires d’immeubles qui voudraient investir dans des installations solaires de grande capacité parce qu’ils ne peuvent pas revendre leurs surplus à Hydro-Québec.

Le gouvernement du Québec, de son côté, pourrait faire plus pour accélérer le développement de la filière solaire en exigeant par exemple que les futures usines de batteries qui s’installeront au Québec se dotent de toits solaires.

Un appel d’offres consacré

Un appel d’offres d’Hydro-Québec consacré à l’énergie solaire serait un autre moyen d’encourager le développement de la filière, suggèrent les intervenants du secteur. Le ministre de l’Économie et de l’Énergie, Pierre Fitzgibbon, s’est montré ouvert à cette possibilité qui permettrait de mettre en lumière les avantages du solaire : sa rapidité de mise en production, une meilleure acceptabilité sociale et une contribution à la demande de pointe.

Lors du récent appel d’offres d’Hydro-Québec pour de l’énergie renouvelable, une seule soumission pour un parc solaire de 32,4 mégawatts à Matane a été reçue, et n’a pas été retenue.

Consultez l’étude

1 Like