Une fois de plus la CAQ nous montre que l’argent est plus important que l’environnement. Et ici Frechette n’a fait que confirmer l’abandon de la protection de notre eau, vu comme une dépense que l’on peut couper, plutôt qu’un investissement essentiel pour la survie de notre biodiversité (déjà très malmené) et le développement durable de notre territoire. J’enrage!
Victime des compressions budgétaires au ministère de l’Environnement, le programme de suivi de la qualité de l’eau dans les rivières du Québec bat de l’aile. Un recul qui préoccupe l’Association des biologistes du Québec.
De quel programme est-il question ?
Depuis 1979, le ministère de l’Environnement coordonne un réseau de suivi de la qualité de l’eau, le Réseau-rivières. Son mandat est d’assurer la surveillance des principales rivières du Québec.
« Les données colligées depuis 1979 permettent notamment d’évaluer l’effet des différents programmes d’assainissement mis en œuvre au cours des dernières années, d’encadrer et d’orienter les efforts additionnels qui devront être déployés dans le futur afin de préserver ou d’améliorer la qualité de l’eau », peut-on lire sur le site internet du Ministère.
Que mesure-t-on exactement ?
Les échantillons d’eau prélevés servent à mesurer notamment les matières en suspension, la quantité de nutriments dans l’eau, dont le phosphore, et plusieurs autres indicateurs physico-chimiques. C’est en quelque sorte le bulletin de santé d’un cours d’eau.
Le programme a-t-il été annulé ?
Il n’a pas été annulé, mais le nombre de suivis a été réduit et de nombreux cours d’eau ne font plus l’objet d’analyses. À la suite de compressions budgétaires, l’automne dernier, le ministère de l’Environnement a mis fin à l’échantillonnage de la qualité de l’eau dans certaines rivières. Le Réseau-rivières comptait alors 224 stations d’échantillonnage dans la province, et 143 stations ne font plus l’objet de suivis.
Une situation qui préoccupe l’Association des biologistes du Québec (ABQ). « Avec quoi allons-nous prendre des décisions [sur nos cours d’eau] si nous n’avons pas les données pour le faire ? », s’interroge Bernice Chabot-Giguère, directrice générale de l’ABQ, en entrevue avec La Presse.
Pour quelles raisons a-t-on mis fin à ces suivis ?
Plus de détails
Il semblerait que les motifs à l’origine de cette décision soient strictement budgétaires. « Cette révision est requise en raison des récentes mesures annoncées par le gouvernement visant notamment à réduire les effectifs, et ce, sans toucher aux services directs à la population », a indiqué le ministère de l’Environnement à Radio-Canada en octobre dernier.
On ne fait plus aucun suivi des rivières ?
Le Ministère continue de suivre certaines rivières, précise Karine Dauphin, directrice générale du Regroupement des organismes de bassins versants du Québec (ROBVQ). « Ils se concentrent sur les rivières les plus contaminées au Québec. […] On a du mal encore à parler de gestion durable de l’eau parce qu’on est dans une logique de coupures [budgétaires], on s’intéresse seulement à l’urgence. »
Une logique qui nous prive collectivement de précieuses données sur l’état de santé de nos rivières, juge Mme Dauphin. Une rupture dans le temps dans la collecte de ces informations n’est pas sans conséquence, ajoute-t-elle. « Les OBV [organismes de bassins versants] se basent sur la science pour pouvoir trouver des consensus entre les différents acteurs. Mais sans la science, c’est compliqué de déterminer les meilleures décisions à prendre et de donner des informations aux décideurs. »
Quels sont les impacts d’un tel recul ?
Bernice Chabot-Giguère craint que le ministère de l’Environnement ne perde encore plus d’expertise. « Ça ressemble à un désengagement complet. On nous dit que c’est temporaire, mais ça ne le sera probablement pas. Il y a de quoi s’inquiéter ! »
S’il y a un problème dans un cours d’eau, ça nous permet de faire les meilleures actions possible, souligne Karine Dauphin. « On va avoir des facteurs aggravants avec les changements climatiques, ça serait important de faire ces suivis pour mesurer leur impact », ajoute-t-elle.
Québec abandonne le suivi des plages
Le ministère de l’Environnement a annoncé récemment qu’il mettait fin au programme Environnement-Plage, qui permettait de suivre la qualité de l’eau de plus de 150 plages au Québec. Une décision prise dans la foulée des compressions budgétaires au sein de l’appareil gouvernemental. Le programme créé dans les années 1970 n’était pas obligatoire, mais bon nombre de plages y participaient pour garantir la qualité de l’eau à leurs baigneurs. Sur son site internet, le Ministère mentionne que « désormais, l’échantillonnage de l’eau des plages publiques est exclusivement de la responsabilité des exploitants de plages ».
Lisez la lettre ouverte de la directrice générale de l’ABQ
Pendant ce temps:
Un pont ne menant nulle part sera construit l’été prochain en Basse-Côte-Nord, sur l’une des dernières rivières à saumon intactes du Québec, avant l’entrée en vigueur de mesures de protection du gouvernement fédéral.
Résumé
Le ministère des Transports et de la Mobilité durable du Québec (MTMD) maintient la construction d’un pont sur la rivière du Gros Mécatina, même s’il a suspendu indéfiniment la construction de la route sur laquelle il devait déboucher.
« On termine le pont, mais il ne se rendra pas sur une route », a confirmé à La Presse Alexandra Houde, porte-parole du Ministère.

PHOTO FOURNIE PAR JEAN-FRANÇOIS PERRON
La rivière du Gros Mécatina, en 2025
Le pont et la route à construire représentent un petit tronçon d’une trentaine de kilomètres faisant partie du prolongement sur 425 kilomètres de la route 138 entre Kegaska et Vieux-Fort.
Les travaux de construction de ce tronçon devant relier les villages de Tête-à-la-Baleine et La Tabatière ont commencé en 2024.
Un premier segment de 9 km est sur le point d’être terminé, mais l’attribution des contrats pour la portion restante a été suspendue, Québec invoquant des « contraintes budgétaires ».
Le MTMD dit ignorer quand le chantier pourrait être relancé.
« Ça dépendra du budget gouvernemental, a déclaré Mme Houde. À un moment donné, ça va repartir. »
Un chantier de 80 millions
Le coût des travaux en cours s’élève à 80 millions de dollars, indique le MTMD, qui dit ignorer combien il devrait verser en pénalités si la construction du pont devait être suspendue.
« Cette question étant hypothétique, il n’est pas possible d’évaluer le coût », a déclaré Mme Houde.
Les travaux sont réalisés par l’entreprise Construction Deric, qui n’a pas voulu faire de commentaires.
Le contrat pour ce segment a été attribué de gré à gré, en vertu d’une entente entre Québec et la communauté innue de Pakua Shipu visant à favoriser l’emploi de travailleurs locaux – il n’a pas été possible de joindre la communauté, mercredi.
Construire ce pont sans la route est du « gaspillage d’argent public », alors que des infrastructures existantes dans la région manquent d’entretien, s’insurge Nancy Bobbit, propriétaire d’une pourvoirie située sur la rivière du Gros Mécatina.
Mme Bobbit a multiplié en vain les démarches auprès de Québec, avec l’appui d’organisations de protection du saumon, pour tenter de faire changer le tracé de la route, affirmant que celui qui a été retenu est le « pire » possible pour le poisson1.
« La majorité des gens ici pensent que la route ne verra jamais le jour », ajoute-t-elle, rappelant que c’est la seconde fois que le projet est suspendu.
Le braconnage facilité ?
En plus de risquer de causer un « tort irréparable » au saumon en perturbant son habitat2, la construction du pont facilitera le braconnage, déplore la biologiste Valérie Ouellet, vice-présidente recherche et environnement de la Fédération du saumon atlantique.
« Avec les piliers, le pont va permettre d’installer des filets pour intercepter le saumon », explique Valérie Ouellet, soulignant que l’ouvrage sera aménagé dans un corridor de migration névralgique.
La Presse tente depuis 2025 de connaître les mesures antibraconnage prévues par le ministère des Transports, mais ce dernier refuse de les dévoiler, affirmant que le faire nuirait à leur efficacité – La Presse conteste ce refus devant la Commission d’accès à l’information du Québec.
Le ministère des Transports n’a pas donné suite aux différentes propositions de collaboration de la Fédération du saumon atlantique (FSA) et de la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA) visant à trouver des mesures de mitigation, déplorent les deux organisations.
« L’ensemble de l’œuvre me déçoit énormément », dit le président de la FQSA, Normand Fiset.
Pas d’examen du Bureau d’audiences publiques sur l’environnement (BAPE), pas d’étude exhaustive sur le saumon, énumère-t-il, ajoutant que le Ministère s’est basé sur un avis datant de 2011 pour conclure que le projet n’aurait pas d’effet significatif sur ce poisson.
Mesures fédérales
Pendant que Québec s’apprête à construire un pont dans une rivière à saumon, Ottawa vient d’annoncer des mesures de protection de ce poisson totalisant 81,7 millions de dollars sur cinq ans.
L’argent servira à « stabiliser et reconstituer les populations de saumon de l’Atlantique grâce à la restauration [d’habitats] et la surveillance d’environ 50 cours d’eau », indique la Stratégie du Canada pour protéger la nature, dévoilée récemment.
Le ministère des Pêches et Océans dit cependant ignorer pour l’instant quels cours d’eau seront ciblés et n’a pas indiqué quand ces mesures seront mises en œuvre.
Le gouvernement québécois a de son côté reconduit les restrictions à la pêche sportive au saumon qui étaient en vigueur en 2025 dans la plupart des rivières de la province, dont celle du Gros Mécatina.
« Cette décision découle de la faible montaison des grands saumons observée en 2024 et 2025, et de la faible montaison des petits saumons observée en 2023 et 2024 », indiquait le communiqué.
1. Lisez « “L’un des pires tracés” possibles pour le saumon » 2. Lisez « Une action en justice intentée contre Québec »