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La plage de Mêlée, au Vanuatu, presque disparue à cause de la montée du niveau de la mer et de l’érosion
La très grande majorité des évaluations scientifiques ont sous-estimé le niveau d’élévation des océans, conclut une étude parue mercredi dans la revue Nature. Conséquence : des millions de gens vivent dans des zones plus à risque qu’ils ne le croient. La montée des eaux provoquée par le réchauffement planétaire pourrait-elle se produire plus rapidement que prévu ?
La hausse du niveau des océans est-elle beaucoup plus élevée que prévu ?
À l’échelle planétaire, le niveau de la mer le long des côtes est en moyenne 37 % plus élevé que les estimations actuelles, ont calculé les chercheurs Katharina Seeger et Philip Minderhoud dans leur étude parue dans la revue Nature.
On parle tout de même d’un écart considérable, non ?
Tout à fait. Le niveau des océans est en moyenne de 20 à 30 centimètres plus élevé que les relevés officiels. Dans des régions comme l’Asie du Sud-Est ou encore dans l’océan Indien, le niveau de l’eau est en réalité de 1 à 1,5 mètre plus élevé que ce que l’on croyait.
Comment les scientifiques expliquent-ils une telle erreur d’évaluation ?
D’entrée de jeu, les auteurs signalent que la vaste majorité des analyses n’étaient pas erronées. Le problème vient plutôt du fait qu’elles utilisaient une méthodologie qui s’est avérée moins précise que prévu pour évaluer la hausse du niveau des océans. En résumé, le point de référence employé pour évaluer la hausse des océans a faussé les données.
La très grande majorité des analyses scientifiques recouraient en effet au modèle du géoïde, c’est-à-dire qu’on estimait la ligne des eaux en se fiant au niveau des terres, grâce à des données obtenues avec des observations par satellite. On utilisait donc ce modèle pour mesurer à quelle altitude se trouvent les terres au niveau de la mer, tout en supposant que ce niveau correspondait également au niveau réel de la mer.
Résumé
La hausse du niveau des océans est-elle beaucoup plus élevée que prévu ?
À l’échelle planétaire, le niveau de la mer le long des côtes est en moyenne 37 % plus élevé que les estimations actuelles, ont calculé les chercheurs Katharina Seeger et Philip Minderhoud dans leur étude parue dans la revue Nature.
On parle tout de même d’un écart considérable, non ?
Tout à fait. Le niveau des océans est en moyenne de 20 à 30 centimètres plus élevé que les relevés officiels. Dans des régions comme l’Asie du Sud-Est ou encore dans l’océan Indien, le niveau de l’eau est en réalité de 1 à 1,5 mètre plus élevé que ce que l’on croyait.
Comment les scientifiques expliquent-ils une telle erreur d’évaluation ?
D’entrée de jeu, les auteurs signalent que la vaste majorité des analyses n’étaient pas erronées. Le problème vient plutôt du fait qu’elles utilisaient une méthodologie qui s’est avérée moins précise que prévu pour évaluer la hausse du niveau des océans. En résumé, le point de référence employé pour évaluer la hausse des océans a faussé les données.
La très grande majorité des analyses scientifiques recouraient en effet au modèle du géoïde, c’est-à-dire qu’on estimait la ligne des eaux en se fiant au niveau des terres, grâce à des données obtenues avec des observations par satellite. On utilisait donc ce modèle pour mesurer à quelle altitude se trouvent les terres au niveau de la mer, tout en supposant que ce niveau correspondait également au niveau réel de la mer.
« L’hypothèse la plus courante est que le géoïde, qui est un modèle global de la gravité terrestre, représente le niveau réel de la mer. L’altitude des terres est alors souvent établie à partir de ce modèle. Mais le problème, c’est que l’océan n’est jamais vraiment au repos », a expliqué Katharina Seeger, au moment du dévoilement de l’étude. L’explication principale tient au fait que la surface des océans n’est pas un miroir plat. On a donc cru, à tort, que l’altitude « zéro » sur terre correspondait au niveau des océans.
En analysant près de 400 études sur le niveau des océans, les scientifiques ont d’ailleurs conclu que plus de 90 % des analyses utilisaient ce modèle de mesure d’élévation du terrain (land elevation measurements).
Est-ce qu’on sait pourquoi les scientifiques se fiaient à ce modèle pour estimer la hausse du niveau des océans ?
Oui. D’abord, il semble que l’abondance de données satellite pour mesurer le point de référence du géoïde permettait aux scientifiques de bâtir assez facilement des modèles pour évaluer la hausse du niveau des océans. Philip Minderhoud, coauteur de l’étude parue dans Nature, parle également d’un « angle mort », qui a été sous-estimé.
« Nous semblons être face à un angle mort interdisciplinaire entre la science du niveau de la mer d’un côté et la science des impacts des risques côtiers de l’autre », a-t-il souligné.
Quelles seront les conséquences concrètes de cette nouvelle évaluation de la hausse du niveau des océans ?
Concrètement, cela signifie que des millions des gens vivent dans des zones beaucoup plus vulnérables qu’ils le croyaient. Dans l’éventualité d’une élévation future du niveau des océans de 1 mètre, les auteurs de l’étude ont calculé que 132 millions de personnes supplémentaires devraient être déplacées. Ce sont principalement les populations les plus pauvres de la planète qui seraient affectées : notamment en Asie du Sud-Est, en Inde et Afrique de l’Est.

PHOTO BRYAN DENTON, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Un homme traversant une rue inondée à Bombay (Mumbai), en Inde
« Nous pensions avoir une marge de sécurité [buffer], une certaine quantité de temps et d’espace vertical pour adapter nos infrastructures. Mais parce que le point de départ, le niveau réel de la mer, est plus haut que les modèles que nous utilisons, cette marge est beaucoup plus petite que ce que nous avions prévu, ou à certains endroits, elle a déjà disparu », a déclaré Philip Minderhoud en conférence de presse.
La montée des océans provoquée par le réchauffement planétaire pourrait donc se produire plus vite que prévu ?
Les auteurs se défendent d’avoir réalisé une étude sur l’élévation du niveau de la mer. Ils précisent que leurs conclusions ne modifient en rien les prévisions sur les hausses futures du niveau des océans ou la rapidité à laquelle ce phénomène se produira. Mais si la tendance se maintient, la hausse du niveau des océans se produira plus rapidement du simple fait que le niveau de la mer est déjà au moins de 20 à 30 centimètres plus élevé qu’on le croyait.
« Nous sommes fondamentalement en train de perdre du temps. Si le niveau de la mer est déjà 30 centimètres plus haut aujourd’hui que ce qui figure dans votre modèle de planification, vous atteignez les niveaux de danger de 2050 bien plus tôt que prévu », soutient Philip Minderhoud.
Consultez l’étude parue dans Nature (en anglais)
Voyez une animation qui vulgarise les conclusions de l’étude (en anglais)