Environnement et protection de l'eau

Dans la Presse

Réhabilitation du lac Saint-Pierre | Les agriculteurs du littoral payés pour adopter des pratiques plus vertes

Afin de réhabiliter les écosystèmes du lac Saint-Pierre – reconnu par l’UNESCO comme une réserve mondiale de biosphère –, Québec veut rétribuer les 200 entreprises agricoles qui cultivent sur son littoral si elles adoptent des pratiques durables.

Ce qu’il faut savoir

  • Encouragé par la popularité de son programme de rétribution financière des pratiques agroenvironnementales à la ferme, Québec se tourne vers le lac Saint-Pierre.
  • Près de 200 agriculteurs qui cultivent dans le littoral de cette réserve mondiale de biosphère pourront être récompensés financièrement s’ils adoptent des pratiques durables.
  • Les producteurs agricoles peuvent aller chercher jusqu’à 50 000 $ sur trois ans.
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Rapport de l’ONU/ L’eau est en état de « faillite mondiale »

PHOTO WILLY KURNIAWAN, ARCHIVES REUTERS

Une vue aérienne montre des déchets ménagers flottant sur le cours d’eau du fleuve Citarum à Bandung, en Indonésie, le 15 mars 2021.

(Paris) Après des décennies de surexploitation, pollution et pressions climatiques, le monde entre dans une ère de « faillite mondiale de l’eau » : les rivières, les lacs et les aquifères s’épuisant plus vite que la nature ne peut les reconstituer, estime un rapport des Nations Unies.

Reconnaissons cette dure réalité dès aujourd’hui avant de causer des dommages irréversibles.

Kaveh Madani, scientifique environnemental et auteur du rapport des Nations Unies

Résumé

« Les termes “stress hydrique” et “crise de l’eau” ne suffisent plus à décrire les nouvelles réalités mondiales », indique le rapport de l’Institut de l’Université des Nations Unies pour l’eau, l’environnement et la santé.

Ces termes ont été « formulés comme des alertes concernant un avenir encore évitable », mais depuis le monde est entré dans une « nouvelle phase » et de nombreux systèmes hydriques ont été irrémédiablement dégradés, nécessitant une nouvelle classification, soulignent les chercheurs.

Pour décrire la nouvelle situation, le rapport propose plutôt le terme de « faillite hydrique », une situation dans laquelle la consommation d’eau à long terme excède le renouvellement des ressources et endommage la nature si gravement que les niveaux antérieurs ne peuvent être raisonnablement rétablis.

Ce phénomène se traduit par le rétrécissement des Grands Lacs et par le nombre croissant de grands fleuves qui ne se jettent plus dans la mer pendant certaines périodes de l’année.

Les zones humides ont également disparu à grande échelle : environ 410 millions d’hectares – soit presque la superficie de l’Union européenne – n’existent plus depuis les cinquante dernières années.
Point de non-retour

Autre signe de cette pénurie hydrique : environ 70 % des principales nappes phréatiques utilisées pour l’eau potable et l’irrigation connaissent un déclin à long terme.

Les crises de type « Day Zero », quand la demande en eau dépasse les ressources disponibles obligeant à fermer les robinets domestiques et à rationaliser strictement les usages, ont tendance à se multiplier dans les villes.

Le changement climatique aggrave le problème, entraînant la fonte de plus de 30 % de la masse glaciaire mondiale depuis 1970 et la diminution des eaux de fonte saisonnières dont dépendent des centaines de millions de personnes.

Les conséquences sont visibles sur tous les continents habités, même si tous les pays ne sont pas, individuellement, en situation de pénurie d’eau, a expliqué à l’AFP Kaveh Madani, scientifique environnemental et auteur du rapport.

« Mais cela nous alerte sur le fait que de nombreux systèmes à travers le monde sont en situation de faillite », et une refonte des politiques est nécessaire, affirme le directeur de l’institut, considéré comme le « laboratoire d’idées sur l’eau » des Nations Unies, à l’origine du rapport.

Reconnaissons cette dure réalité dès aujourd’hui avant de causer des dommages irréversibles.

Kaveh Madani, scientifique environnemental et auteur du rapport des Nations Unies

Le rapport, qui s’appuie sur des données et des statistiques existantes et est basé sur une version évaluée par des pairs, « met en lumière une dure réalité : la crise mondiale de l’eau a atteint un point de non-retour », estime Tim Wainwright, directeur général de l’organisation caritative WaterAid.

Certains scientifiques non impliqués dans le rapport se sont félicités de l’attention portée à la question de l’eau, mais ont averti que la situation était très variable d’une région à l’autre et qu’une déclaration mondiale générale pourrait occulter certains progrès réalisés au niveau local.

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Québec veut reloger les poissons du pont de l’Île d’Orléans à Lévis

Québec compte remettre le quai de l’ancienne usine L’Hoir au fleuve pour en faire un habitat pour le bar rayé. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)

Le remplacement du pont de l’Île d’Orléans aura des conséquences jusqu’à Lévis. Québec souhaite acquérir un vieux quai sur la Rive-Sud pour le remettre au fleuve, histoire de compenser l’habitat du bar rayé détruit par la construction du nouveau pont.

Dans les derniers mois, le ministère des Transports et de la mobilité durable (MTMD) a déposé un avis de réserve sur le terrain de l’ancienne usine l’Hoir, sur la rue Saint-Laurent, à Lévis.

Le site, situé juste derrière la Maison natale Louis-Fréchette, entre la marina de Lévis et les installations de Valéro, est vacant depuis une dizaine d’années, après la démolition des ruines de l’usine d’acier inoxydable qui s’y trouvait. L’usine L’Hoir, ouverte en 1939, se spécialisait dans la fabrication des seaux en aluminium pour la collecte de l’eau d’érable, de casseroles et de cuves pour les érablières.

Le MTMD veut désormais acquérir le site par expropriation pour le transformer en habitat pour le bar rayé dans le cadre des travaux du nouveau pont de l’Île d’Orléans.

Résumé

Québec compte y démolir le quai et la jetée pour «reconfigurer le fleuve» en recréant une partie de l’habitat du bar rayé, notamment en «aménagement de plantes aquatiques pour favoriser l’utilisation du secteur par le poisson» et en «reprofilant les berges».

Il s’agira d’un des principaux «projets de compensation environnementale» liés au nouveau pont, explique Nicolas Vigneault, porte-parole du MTMD.

Dans le cadre des travaux du pont de l’Île, Québec et Ottawa se sont entendus pour compenser quelque 85 266 m2 d’habitat marin perdus. La superficie du projet de Lévis est d’environ 26 000 m2.

«Des dizaines de projets potentiels de compensation ont été analysés et présentés au MPO. Le projet de l’usine l’Hoir présentait la plus grande superficie de compensation possible en plus d’être situé dans la région, explique M. Vigneault. C’est pourquoi il a été choisi.»

L’avis de réserve déposé par le MTMD vise à compenser une partie de l’habitat du poisson qui sera empiété par le nouveau pont de l’Île d’Orléans. (Frédéric Matte/Archives Le Soleil)

Le ministère n’a pour l’instant que déposé un avis de réserve au registre foncier sur le site, une manière de signaler son intérêt pour le terrain et d’en empêcher la vente et le développement.

Mais Québec prévoit déjà que les travaux de déconstruction et de réhabilitation des berges devraient se terminer avant la fin de 2028, avec une acquisition rapide qui permettrait le début des travaux en 2027.

Le prix de l’acquisition reste à déterminer, mais l’évaluation municipale de la valeur du terrain se chiffre à 837 500 $. Le projet du nouveau pont de l’île d’Orléans, dont la facture prévue est de 2,7 milliards, prévoit cependant 25 millions pour l’ensemble des travaux de compensation.

Le terrain est une propriété d’une entreprise à numéro associée à Robin Veilleux, un homme d’affaires qui a fait fortune dans le domaine des assurances collectives. Contacté par Le Soleil , celui-ci a préféré ne pas commenter, soulignant «réserver tous ses recours» pour contester la reprise forcée de son lot.

Le ministère des Transports compte démolir la jetée et le quai de l’ancienne usine L’Hoir pour le retourner au fleuve après avoir acquis le terrain. (Jocelyn Riendeau/Le Soleil)

Redonner les berges aux citoyens

Les intentions du ministère de transformer le terrain vacant de l’usine L’Hoir et de le remettre au fleuve sont bien reçues dans le voisinage.

La Maison natale Louis Fréchette, un espace culturel situé juste derrière le site ciblé, estime que la démarche est une «occasion importante de requalifier les berges et de redonner ce secteur aux citoyens et aux résidents de la rue Saint-Laurent».

«Nous croyons toutefois essentiel que la mémoire de l’ancienne usine L’Hoir ne s’efface pas avec ces travaux, compte tenu de l’attachement que plusieurs portent à ce lieu», précise le président de son conseil d’administration, Marc-Antoine Bélanger. Il invite Lévis «à entreprendre des démarches de commémoration afin de préserver le souvenir de ce site dans notre patrimoine collectif».

La conseillère municipale du secteur, Anne-Marie Tremblay de Prospérité Lévis, a également souligné l’intention de Québec. «Le projet de réfection des berges constitue une réelle opportunité de favoriser l’accès au fleuve pour les citoyens, de renforcer l’attractivité du secteur et de générer des bénéfices environnementaux, tout en bénéficiant d’une bonne acceptabilité sociale», se réjouit-elle.

Évaluation du niveau de la mer/ Un angle mort aux conséquences planétaires

PHOTO ANNIKA HAMMERSCHLAG, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

La plage de Mêlée, au Vanuatu, presque disparue à cause de la montée du niveau de la mer et de l’érosion

La très grande majorité des évaluations scientifiques ont sous-estimé le niveau d’élévation des océans, conclut une étude parue mercredi dans la revue Nature. Conséquence : des millions de gens vivent dans des zones plus à risque qu’ils ne le croient. La montée des eaux provoquée par le réchauffement planétaire pourrait-elle se produire plus rapidement que prévu ?

La hausse du niveau des océans est-elle beaucoup plus élevée que prévu ?

À l’échelle planétaire, le niveau de la mer le long des côtes est en moyenne 37 % plus élevé que les estimations actuelles, ont calculé les chercheurs Katharina Seeger et Philip Minderhoud dans leur étude parue dans la revue Nature.

On parle tout de même d’un écart considérable, non ?

Tout à fait. Le niveau des océans est en moyenne de 20 à 30 centimètres plus élevé que les relevés officiels. Dans des régions comme l’Asie du Sud-Est ou encore dans l’océan Indien, le niveau de l’eau est en réalité de 1 à 1,5 mètre plus élevé que ce que l’on croyait.

Comment les scientifiques expliquent-ils une telle erreur d’évaluation ?

D’entrée de jeu, les auteurs signalent que la vaste majorité des analyses n’étaient pas erronées. Le problème vient plutôt du fait qu’elles utilisaient une méthodologie qui s’est avérée moins précise que prévu pour évaluer la hausse du niveau des océans. En résumé, le point de référence employé pour évaluer la hausse des océans a faussé les données.

La très grande majorité des analyses scientifiques recouraient en effet au modèle du géoïde, c’est-à-dire qu’on estimait la ligne des eaux en se fiant au niveau des terres, grâce à des données obtenues avec des observations par satellite. On utilisait donc ce modèle pour mesurer à quelle altitude se trouvent les terres au niveau de la mer, tout en supposant que ce niveau correspondait également au niveau réel de la mer.

Résumé

La hausse du niveau des océans est-elle beaucoup plus élevée que prévu ?

À l’échelle planétaire, le niveau de la mer le long des côtes est en moyenne 37 % plus élevé que les estimations actuelles, ont calculé les chercheurs Katharina Seeger et Philip Minderhoud dans leur étude parue dans la revue Nature.

On parle tout de même d’un écart considérable, non ?

Tout à fait. Le niveau des océans est en moyenne de 20 à 30 centimètres plus élevé que les relevés officiels. Dans des régions comme l’Asie du Sud-Est ou encore dans l’océan Indien, le niveau de l’eau est en réalité de 1 à 1,5 mètre plus élevé que ce que l’on croyait.

Comment les scientifiques expliquent-ils une telle erreur d’évaluation ?

D’entrée de jeu, les auteurs signalent que la vaste majorité des analyses n’étaient pas erronées. Le problème vient plutôt du fait qu’elles utilisaient une méthodologie qui s’est avérée moins précise que prévu pour évaluer la hausse du niveau des océans. En résumé, le point de référence employé pour évaluer la hausse des océans a faussé les données.

La très grande majorité des analyses scientifiques recouraient en effet au modèle du géoïde, c’est-à-dire qu’on estimait la ligne des eaux en se fiant au niveau des terres, grâce à des données obtenues avec des observations par satellite. On utilisait donc ce modèle pour mesurer à quelle altitude se trouvent les terres au niveau de la mer, tout en supposant que ce niveau correspondait également au niveau réel de la mer.

« L’hypothèse la plus courante est que le géoïde, qui est un modèle global de la gravité terrestre, représente le niveau réel de la mer. L’altitude des terres est alors souvent établie à partir de ce modèle. Mais le problème, c’est que l’océan n’est jamais vraiment au repos », a expliqué Katharina Seeger, au moment du dévoilement de l’étude. L’explication principale tient au fait que la surface des océans n’est pas un miroir plat. On a donc cru, à tort, que l’altitude « zéro » sur terre correspondait au niveau des océans.

En analysant près de 400 études sur le niveau des océans, les scientifiques ont d’ailleurs conclu que plus de 90 % des analyses utilisaient ce modèle de mesure d’élévation du terrain (land elevation measurements).

Est-ce qu’on sait pourquoi les scientifiques se fiaient à ce modèle pour estimer la hausse du niveau des océans ?

Oui. D’abord, il semble que l’abondance de données satellite pour mesurer le point de référence du géoïde permettait aux scientifiques de bâtir assez facilement des modèles pour évaluer la hausse du niveau des océans. Philip Minderhoud, coauteur de l’étude parue dans Nature, parle également d’un « angle mort », qui a été sous-estimé.

« Nous semblons être face à un angle mort interdisciplinaire entre la science du niveau de la mer d’un côté et la science des impacts des risques côtiers de l’autre », a-t-il souligné.

Quelles seront les conséquences concrètes de cette nouvelle évaluation de la hausse du niveau des océans ?

Concrètement, cela signifie que des millions des gens vivent dans des zones beaucoup plus vulnérables qu’ils le croyaient. Dans l’éventualité d’une élévation future du niveau des océans de 1 mètre, les auteurs de l’étude ont calculé que 132 millions de personnes supplémentaires devraient être déplacées. Ce sont principalement les populations les plus pauvres de la planète qui seraient affectées : notamment en Asie du Sud-Est, en Inde et Afrique de l’Est.

PHOTO BRYAN DENTON, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES

Un homme traversant une rue inondée à Bombay (Mumbai), en Inde

« Nous pensions avoir une marge de sécurité [buffer], une certaine quantité de temps et d’espace vertical pour adapter nos infrastructures. Mais parce que le point de départ, le niveau réel de la mer, est plus haut que les modèles que nous utilisons, cette marge est beaucoup plus petite que ce que nous avions prévu, ou à certains endroits, elle a déjà disparu », a déclaré Philip Minderhoud en conférence de presse.

La montée des océans provoquée par le réchauffement planétaire pourrait donc se produire plus vite que prévu ?

Les auteurs se défendent d’avoir réalisé une étude sur l’élévation du niveau de la mer. Ils précisent que leurs conclusions ne modifient en rien les prévisions sur les hausses futures du niveau des océans ou la rapidité à laquelle ce phénomène se produira. Mais si la tendance se maintient, la hausse du niveau des océans se produira plus rapidement du simple fait que le niveau de la mer est déjà au moins de 20 à 30 centimètres plus élevé qu’on le croyait.

« Nous sommes fondamentalement en train de perdre du temps. Si le niveau de la mer est déjà 30 centimètres plus haut aujourd’hui que ce qui figure dans votre modèle de planification, vous atteignez les niveaux de danger de 2050 bien plus tôt que prévu », soutient Philip Minderhoud.

Consultez l’étude parue dans Nature (en anglais)
Voyez une animation qui vulgarise les conclusions de l’étude (en anglais)

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