Parc éolien Des Neiges Des pales chinoises près du mont Sainte-Anne
(Québec) Les 57 éoliennes qui seront érigées dans les prochains mois au nord du mont Sainte-Anne seront munies de pales fabriquées en Chine et transportées par bateau et par camion sur des milliers de kilomètres.
Publié à 5 h 00
Gabriel Béland La Presse
Les 171 pales de la première phase du plus grand projet éolien en construction au Québec proviennent en effet de Chine, a-t-on appris, même si une usine de pales éoliennes ayant déjà été subventionnée par les gouvernements est en activité en Gaspésie.
Lors d’une visite du port de Saguenay, en octobre dernier, La Presse a aperçu des dizaines de pales chinoises en transit. Elles sont arrivées par bateau dans les derniers mois. Le transport par camion vers la Côte-de-Beaupré, près de Québec, a commencé au mois d’août.
Boralex, qui pilote ce vaste projet avec Hydro-Québec et Énergir, confirme la provenance des pales. Une porte-parole de l’entreprise a expliqué que les composants ont été sélectionnés par Nordex, manufacturier allemand retenu pour la première phase du projet Des Neiges, appelé « secteur sud ».
« Aucun fabricant local n’était en mesure de fournir les pales requises pour ce projet, ce qui explique le choix de Nordex de s’approvisionner à l’international pour cette composante, plus spécifiquement en Asie », fait valoir Katheryne Coulombe, de Boralex. « Nous continuons à prioriser le contenu local dès que cela est possible. »
Hydro-Québec explique que les manufacturiers d’éoliennes Vestas et Nordex, qui sont sous contrat pour les projets éoliens au Québec, « s’appuient sur une chaîne d’approvisionnement internationale ».
Ces fabricants s’approvisionnent en pales partout dans le monde, mais pas au Québec. Les pales de l’usine gaspésienne de LM Wind Power « n’étaient tout simplement pas compatibles avec les éoliennes de Nordex », précise une porte-parole de la société d’État.
À noter que le fournisseur de pales n’a pas encore été déterminé pour les deux prochaines phases du projet Des Neiges, soit les secteurs Charlevoix et ouest. Cette première phase, secteur sud, comptera 57 éoliennes pour une puissance totale de 400 mégawatts.
Inconfort en Gaspésie
Mais à Gaspé, où les quelque 500 employés de LM Wind Power fabriquent des pales, le maire ne cache pas sa déception. Daniel Côté pense que l’achat local doit être une priorité du gouvernement, surtout dans un contexte de guerre commerciale.
« Toutes ces pales chinoises qui nous passent sous les yeux alors qu’on est capables de les fabriquer à Gaspé, c’est presque insultant », a réagi en entrevue le maire de Gaspé.
Les pales ne seront d’ailleurs pas l’unique composant venu de Chine dans le projet éolien Des Neiges. La Presse a récemment révélé que des tours ont été importées d’Asie et fabriquées avec de l’acier chinois 1.
Le fabricant Marmen, qui produit des tours à Matane, a dénoncé cette situation dans nos pages.
Le maire de Matane estime que le gouvernement doit impérativement trouver un moyen de favoriser le contenu local, par exemple en tenant compte de l’empreinte carbone des composants d’éoliennes venus d’outre-mer.
Au lieu de faire le tour du monde, ces pièces-là pourraient juste traverser le fleuve. Tu veux faire de l’économie verte, mais tu vas polluer dans le transport et tu ne vas même pas soutenir ton économie locale ?
Eddy Métivier, maire de Matane
L’usine LM Wind Power de Gaspé aurait-elle pu fournir les pales ?
Une porte-parole de GE Vernova, société mère de LM Wind Power, n’a pas voulu répondre à cette question spécifiquement. « Le Canada est un marché clé pour notre filière éolienne et occupe une place importante dans notre chaîne d’approvisionnement global », a simplement assuré Dalia Rashid.
Le maire de Gaspé indique toutefois qu’à sa connaissance, la production locale est destinée à d’autres marchés.
« L’exportation se fait exclusivement vers les États-Unis, note Daniel Côté. Donc on a une usine de pales éoliennes au Québec qui exporte vers les États-Unis, et pendant ce temps-là, le Québec importe des pales de Chine. »
Une entreprise timide
Des pales québécoises dans les parcs éoliens québécois ? Le préfet de la MRC de Rivière-du-Loup et président de l’Alliance de l’énergie de l’Est dit que ce serait un scénario rêvé.
« Il y aurait une logique de circuit court », note Michel Lagacé.
L’Alliance, dans ses derniers projets éoliens, a d’ailleurs privilégié des tours de Marmen, mais a dû se résoudre à prendre des pales à l’international.
Selon Michel Lagacé, ce sera à GE et LM Wind Power de faire savoir au gouvernement et aux entreprises qu’ils sont prêts à fournir des pales à d’autres fabricants. Or, l’entreprise est plutôt timide sur la place publique.
« On a hâte que GE cogne à la porte du marché québécois en disant qu’il veut rencontrer les spécifications des turbiniers, dit-il. Si eux-mêmes ne souhaitent pas intégrer le marché québécois comme turbinier, ils pourraient le faire comme fabricant de pales. »
LM Wind Power avait misé beaucoup dans les dernières années sur la production de pales géantes de 107 mètres pour des éoliennes en mer (en guise de comparaison, les pales de Des Neiges font 80 m). Mais ces pales ont connu des ratés et l’usine de Gaspé s’est depuis tournée vers la production de pales plus courtes semblables à celles installées dans plusieurs parcs québécois.
1. Lisez « De l’acier chinois plutôt que québécois »
https://www.lapresse.ca/affaires/2025-11-18/parc-eolien-des-neiges/des-pales-chinoises-pres-du-mont-sainte-anne.php