Justement en parlant de Mélenchon, je suis tombé sur ceci tout à l’heure.
À mon avis, il n’y a pas que les pistes cyclables comme sujet dans cette élection. Et comme je disais dans un autre sujet de discussion, la politique internationale n’est pas du ressort des villes, mais du fédéral…
Lettre ouverte : Je suis avocate, Montréalaise et juive, et j’ai peur de voir ma ville sombrer dans le chaos.
parLa Métropole
27 octobre 2025
Ces dernières semaines, un collectif s’affichant sur les réseaux sociaux sous le nom « Collectif Montréal, ville contre l’apartheid et le génocide » a lancé une campagne de pression auprès des candidats à la mairie et aux conseils d’arrondissement pour qu’ils signent un « pacte anti-apartheid ». Ironique, puisque ce « pacte », qui prétend lutter contre « le racisme, le sectarisme, la discrimination et l’oppression » selon le site du collectif, vise en réalité à engager la Ville de Montréal à rompre toute relation institutionnelle avec des entités israéliennes : annuler des contrats municipaux, retirer des fonds de pension investis en Israël et boycotter des artistes, chercheurs et athlètes israéliens.
Selon les publications du collectif, des candidats de plusieurs partis, dont Projet Montréal, ont signé. Certains le revendiquent fièrement sur leurs réseaux sociaux.
Soyons clairs. Ce n’est pas un geste symbolique. C’est un appel à institutionnaliser la rupture et à transformer le ressentiment de certains Montréalais.es en politique municipale. Pour celles et ceux d’entre nous qui portent une étoile de David, ce genre d’initiative ne relève plus seulement du débat. Il touche directement notre sécurité.
Une ville n’a pas de politique étrangère
En droit, c’est clair : une ville ne fait pas de politique étrangère. Les compétences municipales sont strictement encadrées par la Loi sur les cités et villes. Montréal n’a aucun pouvoir d’imposer des sanctions à un État ni de mener une diplomatie parallèle. Ces pouvoirs appartiennent exclusivement au gouvernement fédéral. Même le gouvernement du Québec, qui entretient des relations internationales administratives et économiques (culture, universités, commerce), ne peut pas décider de sanctions ou de boycotts étatiques. S’il peut collaborer, il ne peut pas boycotter. Montréal, créature du gouvernement provincial, est donc encore plus limitée.
Au-delà de l’enjeu juridictionnel, aucune institution publique ne peut adopter de politique fondée sur la nationalité. C’est expressément interdit par la Charte des droits et libertés de la personne du Québec. Refuser un contrat ou une collaboration parce qu’une personne est israélienne s’apparenterait très fortement à une discrimination institutionnelle. Précision évidente mais importante : mon propos ne vise pas les choix individuels de consommation, mais l’adoption de politiques municipales qui ciblent une origine nationale.
Les paroles de nos politiciens ont des conséquences
Depuis le 7 octobre 2023, les incidents antisémites se multiplient à Montréal : graffitis haineux, menaces sur les campus, agressions dans la rue. Porter une kippa ou une étoile de David suffit pour devenir une cible. Dans ce climat, entendre des candidats municipaux parler de « génocide » à Gaza n’est pas anodin.
Rappelons-le : génocide n’est pas un slogan militant. C’est une notion juridique issue du droit international, née après la Shoah, la machine d’extermination de six millions de Juifs, qui désigne la volonté délibérée et une intention spécifique d’exterminer un peuple. On tente de nous convaincre que l’État juif en est coupable depuis le début du conflit, alors même que la Cour internationale de justice ne s’est pas encore prononcée sur le fond du débat. La situation évolue, mais le droit et le discours de nos politiciens exigent de la rigueur. Crier ce slogan dans les rues ne le rend pas vrai. C’est trahir le sens des mots et banaliser la Shoah, l’événement fondateur du terme.
Une ligne à ne pas franchir
Critiquer un gouvernement étranger, c’est légitime.
Engager une ville dans un boycott fondé sur la nationalité, c’est franchir la ligne qui sépare la liberté d’expression de la discrimination.
Montréal doit rester un espace commun, pluraliste et ouvert à toutes et à tous, pas le prolongement d’un conflit importé. Quand nos institutions commencent à décider quels peuples ou nations sont « acceptables », c’est toute notre société qui se fissure.
Je suis avocate, juive, et profondément attachée à cette ville. Je crois à la justice, et je crois à l’État de droit. L’État de droit, c’est notre rempart. Celui qui nous empêche de transformer ressentiment en exclusion, et exclusion en discrimination de nos minorités.
Nos candidats doivent s’en souvenir avant de signer.
Et nous, les citoyens, avant de voter.
Collaboration spéciale : Par Sarah Ettedgui, avocate avec l’appui des signataires ci-dessous
Signataires
Me Sarah Ettedgui, Barreau 2019, Johanna Elhadad, Barreau 1993, Audi Gozlan, Barreau 1994, Joel Banon, Barreau 1996,
Judith Cohen, Barreau 1998, Alyssa Yufe, Barreau 2003, Jennifer Sabbah, Barreau 2004, Frederick Pinto, Barreau 2005, Patrick Bensoussan, Barreau 2005
Dorith Toledano, Barreau 2007, Leon Benmergui, Barreau 2007, Jason Hadid, Barreau 2007, Saguy Barchichat, Barreau 2007, Steven Kravitz, Barreau 2007
Jennifer Ana Chriqui, Barreau 2008, Andrew Kliger, Barreau 2009, Eva Derhy, Barreau 2010, Raphael Amram, Barreau 2010, Jonathan Cohen, Barreau 2011
Barry Cohen-Olivenstein, Barreau 2013, Michael Elfassy, Barreau 2014, Laurent Gryner, Barreau 2017, Benjamin Dahan, Barreau 2018, Dov Charness, Barreau 2019, Julia Nakache, Barreau 2019
Cory Klumak, Barreau 2021,Daniel Prudkov, Barreau 2021, Joseph-Gabriel Cohen, Barreau 2023, Nathan Cohen, Barreau 2025., Frank Schlesinger, Barreau 1970
Ronald H. Levy, Barreau 1978, Nancy Cleman, Barreau 1983, Gary Rosen, Barreau 1988,
Robert Steinman, Barreau 2009, Virginie Illouz, Barreau 2009David Aronoff, Barreau 2022
Note
Les propos tenus dans ce texte n’engagent que ses signataires à titre personnel et ne reflètent pas nécessairement les positions des organisations, cabinets ou institutions auxquels ils ou elles sont liés.