Économie innovations

Une baignoire (vraiment) facile d’accès

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Grâce à son dispositif breveté à haut débit, la baignoire Assisto se vide en 15 secondes dans une cuve interne, laquelle se vide à son tour à débit normal dans la tuyauterie standard.

Publié le 19 avril 2021 à 8h00

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Marc Tison Marc Tison
La Presse

L’innovation

Au contraire des baignoires avec une portière ouvrant vers l’extérieur ou l’intérieur, la baignoire Assisto comporte une paroi frontale qui s’abaisse sur toute sa largeur. Elle dégage ainsi le fond de la baignoire, surélevée de 19 po par rapport au sol. L’utilisateur peut s’y asseoir comme sur une banquette, avant d’y glisser les jambes et de remonter la paroi coulissante.

Qui

La société Assisto a été fondée en 2019 pour fabriquer et commercialiser la baignoire à accès facile que le fabricant d’appareils de salle de bains Produits Neptune avait mise au point avec l’aide du CNRC et du CRIQ. Président des deux entreprises, Jean Rochette réfléchissait au problème depuis 2014.

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Jean Rochette, président d’Assisto et de Produits Neptune, lance une nouvelle baignoire à paroi escamotable pour faciliter le bain des personnes âgées ou à mobilité réduite, en toute sécurité.

Disons que j’ai mangé pas mal d’heures de sommeil. Je me disais : ce marché n’est pas bien desservi. Je regardais le problème du bain de multiples façons. Comment pourrait-on le sécuriser, donc avoir quelque chose de surélevé, que les gens n’ont pas besoin d’enjamber, qui se remplit et se vide rapidement pour que les gens n’aient pas froid ?

Jean Rochette, président d’Assisto

Accès sans seuil

La baignoire Assisto est le fruit de cinq ans de recherche et de plus de 2 millions de dollars d’investissement.

Plutôt que d’enjamber le seuil d’une baignoire à portière puis de s’y accroupir, le baigneur s’assoit sur le fond de la baignoire Assisto, à hauteur d’une chaise.

Il lui suffit ensuite de pivoter et d’entrer les jambes, puis de remonter la paroi escamotable.

Manœuvre inverse à la sortie : plutôt que de se mettre debout dans une baignoire au fond mouillé et savonneux, au risque de chuter, le baigneur se retourne simplement en position assise, les jambes à l’extérieur et les pieds sur une surface sèche.

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Le tableau de contrôle comporte de gros boutons bien visibles et les robinets sont munis de leviers faciles à manipuler. « On s’est fait aider par des ergothérapeutes pour développer ça », dit Jean Rochette.

L’appareil est muni d’un dossier chauffant, de jets pour la relaxation et de lumières de chromothérapie. Son tableau de contrôle comporte de gros boutons bien visibles et les robinets sont munis de leviers faciles à manipuler. « On s’est fait aider par des ergothérapeutes pour développer ça. »

Vidange rapide

« Quand la personne a fini son bain, décrit Jean Rochette, elle pèse sur un bouton et en 15 secondes, l’eau disparaît. »

Par quelle magie ?

« L’eau s’en va dans une cuve en dessous du bain », au travers d’un dispositif à haut débit.

Cette cuve se vide ensuite à débit normal dans la tuyauterie standard.

Le baigneur n’a donc pas à subir, frissonnant, la longue attente d’une vidange traditionnelle.

La facilité d’accès réduit les interventions des aidants naturels ou des préposés, ce qui préserve la dignité de la personne, fait encore valoir Jean Rochette.

De la taille d’une baignoire traditionnelle de 30 po sur 60 po, elle peut s’installer en une journée dans les alcôves courantes des maisons plus âgées.

Le prix

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Quand la paroi est relevée, la baignoire se remplit en trois minutes.

« Ce bain va coûter entre 14 500 $ et 19 500 $, selon les crédits d’impôt qui vont s’appliquer à la personne, informe Jean Rochette. C’est un produit qui est quand même assez coûteux. »

Il estime que ses bénéfices pour le maintien à domicile justifieraient une aide gouvernementale à l’achat.

« Il y a deux marchés. Le marché du maintien à domicile, et ensuite celui des maisons d’hébergement, les ressources intermédiaires et les CHSLD », indique-t-il.

M. Rochette estime qu’avec une seule baignoire Assisto pour un étage de 24 chambres, les 24 résidants pourraient chacun prendre un bain par jour, à raison d’un bain à la demi-heure – vidange et nettoyage compris.

L’avenir

La baignoire Assisto est fabriquée en sous-traitance dans l’usine de Produits Neptune, à Saint-Hyacinthe. Jean Rochette assure que 82 % de ses fournisseurs sont québécois.

Lancée officiellement à la mi-mars, elle avait été testée pendant un an et demi en Arizona, où « on en a vendu pour 1,5 million », dit-il.

« Dans un premier temps, on s’attaque au marché de l’Amérique du Nord. On a 35 agents qui nous représentent et on compte doubler ça au cours de la prochaine année. »

Il tâte déjà le marché européen. « La présidente de l’association de gérontologie en Allemagne – où il y a 15 millions d’aînés – a été impressionnée par le produit et elle souhaite l’avoir », dit M. Rochette.

La baignoire sera d’abord exportée, mais Jean Rochette prévoit aussi la fabriquer sur le continent.

« Ce dont je suis le plus content – les ventes, on verra –, c’est que je crois que ça répond véritablement à un besoin. »
https://www.lapresse.ca/affaires/pme/2021-04-19/une-baignoire-vraiment-facile-d-acces.php

PME Innovation Les livreurs du troisième type

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Raphaël Gaudreault et Dardan Isufi ont lancé la coopérative de transport Eva.

L’économie de partage est souvent loin de livrer équitablement les bénéfices qu’elle génère. Eva est une petite entreprise de transport qui fait le pari de donner une part plus juste à tous ses usagers.

Publié le 26 avril 2021 à 7h00

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Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’idée

C’est avec l’intention de concurrencer les taxis d’Uber, rien de moins, qu’est née l’idée de la coopérative de transport Eva. Raphaël Gaudreault, étudiant en génie logiciel à l’Université Laval, et Dardan Isufi, étudiant en sciences politiques à McGill, en avaient discuté lorsqu’ils s’étaient rencontrés au cours d’un stage en Saskatchewan.

« C’était quand Uber négociait avec le gouvernement et menaçait de quitter le Québec. On se disait qu’il n’était pas normal de ne pas avoir notre propre technologie et de dépendre d’une entreprise étrangère », se souvient Dardan Isufi.

La graine a germé, et les deux fondateurs se sont rencontrés quelques mois plus tard pour la concrétiser. Eva, l’application de transport, a vu le jour en 2019 et, contre toute attente, a pris son envol pendant la pandémie.

Le produit

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Raphaël Gaudreault et Dardan Isufi, fondateurs d’Eva, ont vu que leur technologie pouvait s’appliquer à tous les sites transactionnels. Les magasins et les commerces de toutes sortes, mais aussi les restaurants pouvaient s’en servir sans payer les frais des entreprises de livraison.

Eva est une application de transport unique en son genre. « Nous avons développé un modèle coopératif, et nos activités sont basées sur la technologie de la chaîne de blocs », explique Dardan Isufi, cofondateur et responsable des opérations.

Contrairement à Uber, qui ne laisse qu’une partie de ses profits à ses chauffeurs, les conducteurs d’Eva font partie de l’entreprise et peuvent s’attendre à toucher une part de ses bénéfices sous forme de ristournes. Eva prélève une commission de 15 % sur le prix de la course, ce qui est inférieur à celle d’Uber.

Eva a connu le succès très rapidement. La petite entreprise s’est constitué un réseau de chauffeurs et d’usagers, et s’est notamment fait une place à l’aéroport de Montréal. Puis est arrivée la pandémie. Ç’a été un choc, puis de nouvelles avenues se sont ouvertes.

Les fondateurs ont vu que leur technologie pouvait s’appliquer à tous les sites transactionnels. Les magasins et les commerces de toutes sortes, mais aussi les restaurants pouvaient s’en servir sans payer les frais souvent astronomiques des entreprises de livraison établies.

D’une entreprise de transport de personnes, Eva est devenue avec la pandémie une entreprise de livraison de repas et de ce qui peut être acheté sur l’internet. « On a pris une place qui était inoccupée », résume le cofondateur.

Magasins de vêtements, microbrasseries, boutiques spécialisées et, bien sûr, restaurants peuvent utiliser ses services sans avoir à payer de frais. En plus de concurrencer les taxis d’Uber, Eva est devenue un concurrent d’Uber Eats, de Skip, de DoorDash et d’autres services de livraison de repas. Un concurrent 100 % local.

« Pour les commerçants, notre service est sans commission et sans limites de distance, précise Dardan. Pour le client, la livraison est instantanée, à un coût établi d’avance, et il peut suivre sa progression en temps réel. »

Le prix de la livraison établi d’avance est composé d’un tarif de base de 5 $, plus 0,50 $ par kilomètre parcouru et 0,25 $ par minute de déplacement. Actuellement, les utilisateurs du service paient en moyenne 8 $ en frais de livraison.

L’avenir

Le réseau d’Eva se compose de 2000 membres conducteurs et de 50 000 personnes qui ont téléchargé l’application à Montréal, à Québec et à Saguenay. L’entreprise ambitionne de reproduire son modèle dans d’autres villes du Canada et des États-Unis. « Des alliances sont possibles avec des entreprises de taxi et des centres commerciaux. Le potentiel de croissance est énorme », assure Dardan Isufi.

À court terme, Eva teste différentes formules qui lui permettraient de fidéliser encore davantage ses conducteurs, comme un salaire minimum garanti et un nombre d’heures minimal.

L’entreprise peut compter sur des partenaires solides, comme Desjardins, pour financer son développement. Elle vise la rentabilité en 2021.

> Consultez le site d’Eva

Transport maritime Quatre innovations vertes

IMAGE FOURNIE PAR ROBERT ALLAN

Le cabinet d’architectes et d’ingénieurs navals Robert Allan, de Vancouver, a récemment travaillé à la conception d’une pilotine (pour le transport des pilotes) électrique, à la demande de nombreux ports dans le monde.

Des bateaux électriques, des navires utilisant des voiles ou des « nageoires de baleine » artificielles, des remorqueurs portuaires consommant moins de carburant. Survol d’innovations vertes issues du transport maritime.

Publié le 12 mai 2021 à 12h30

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Stéphane Champagne Stéphane Champagne
Collaboration spéciale

Des bateaux 100 % électriques

Le cabinet d’architectes et d’ingénieurs navals Robert Allan, de Vancouver, a récemment travaillé à la conception de trois types de bateaux de travail (work boats) 100 % électriques. Trois remorqueurs portuaires seront ainsi bientôt utilisés au terminal de gaz naturel liquide (GNL) de Kitimat, en Colombie-Britannique. Il s’agirait d’une première nord-américaine, selon Robert Allan. L’entreprise canadienne a également dessiné une pilotine (pour le transport des pilotes), à la demande de nombreux ports dans le monde. La construction d’un tel bateau serait imminente. Idem pour des bateaux pousseurs destinés à l’Amérique du Sud, notamment pour les barges naviguant sur l’Amazone, l’un des plus longs fleuves du monde.

La marine marchande met les voiles

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Neoline travaille à la mise en service d’un voilier cargo transatlantique qui relierait notamment l’Europe et l’Amérique du Nord.

Des porte-conteneurs et des pétroliers utilisant des voiles rigides ou souples pour économiser du carburant ? L’idée fait de plus en plus son chemin chez les armateurs et les constructeurs navals de par le monde. Ce moyen de propulsion plus écologique, dont des voiles photovoltaïques, fait l’objet de tests, particulièrement en France, où deux entreprises s’activent en ce sens. Neoline travaille à la mise en service d’un voilier cargo transatlantique qui relierait notamment l’Europe et l’Amérique du Nord. Le constructeur Alizés, le cabinet d’architectes VPLP et d’autres partenaires planchent quant à eux sur le cargo à propulsion hybride Canopée. La marine marchande serait responsable de 3 % des émissions de gaz à effet de serre à l’échelle planétaire (contre 2 % pour le secteur de l’aviation).

Des « nageoires de baleine » pour les navires

Une entreprise française, Bluefins, et l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (IFREMER) ont conçu un outil de navigation s’inspirant de la nageoire caudale des baleines. Objectif : réduire la consommation de carburant des navires de la marine marchande. Placé à l’arrière des navires, cet immense dispositif, pouvant atteindre 25 m de long sur 10 m de large, est actionné par les vagues grâce à des bras articulés. Plus la houle est importante, plus elle génère l’énergie nécessaire à l’activation de la nageoire artificielle. Après avoir été testée sur des maquettes, puis des navires de plus petite taille, cette innovation pourrait être commercialisée d’ici 2023, indique Bluefins.

Des remorqueurs moins polluants

La PME OpDAQ, de Rimouski, a mis au point OpFleet, un système de monitorage de la consommation de carburant en temps réel. Destiné aux remorqueurs portuaires, OpFleet permet d’économiser annuellement jusqu’à 40 000 L de diesel par remorqueur. En plus d’avoir développé un algorithme maison, l’entreprise vient de créer son propre torsiomètre afin de mesurer le couple mécanique. « Notre torsiomètre est tellement novateur que notre ancien fournisseur américain va devenir notre distributeur », dit Charles Massicotte, président et fondateur d’OpDAQ. L’OpFleet, déjà utilisé au Québec, fait actuellement son entrée sur le marché américain, où près de 1000 remorqueurs sont actifs dans les Grands Lacs et le golfe du Mexique, de même que sur les côtes Est et Ouest.
https://www.lapresse.ca/affaires/portfolio/2021-05-12/transport-maritime/quatre-innovations-vertes.php

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