Changements climatiques

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Changements climatiques en Gaspésie La mer frappe à la porte

La Gaspésie est aux premières loges des changements climatiques. C’est le cas d’une rue de Maria, un petit « paradis » sur le bord de la baie des Chaleurs qui a été secoué au cours de l’hiver par trois tempêtes majeures, du jamais vu.
Publié hier à 5h00

Résumé

« Le pire hiver de notre vie »

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Selon les projections des autorités, la rue des Tournepierres serait submergée dans 50 ans.

(Maria, Gaspésie) Rue des Tournepierres, certains veulent rester. D’autres ont choisi de partir. Tous se demandent ce qui les attend. Pour beaucoup, « c’est vraiment un drame », lâche le maire de Maria.

Publié hier à 5h00

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Texte : Gabriel Béland
Texte : Gabriel Béland La Presse


Photos : François Roy
Photos : François Roy La Presse

Debout sur sa terrasse, Joanne Audet fait un geste vers la baie des Chaleurs privée de glace. « L’été, c’est un paradis ici. »

Le « paradis » en question s’appelle la rue des Tournepierres, à Maria. Imaginez une quarantaine de maisons le long de la baie, l’odeur de la mer, le bruit des vagues.

Joanne et son conjoint, Marcel, se sont installés ici en 2015 avec l’idée de couler leurs vieux jours. Mais tout s’apprête à changer.

Après un hiver durant lequel leur petite maison a bravé trois tempêtes majeures – du jamais vu ici –, ils ont reçu une lettre du gouvernement : leur propriété est menacée par un risque imminent. Sept autres propriétaires de la rue ont reçu la lettre.

Ils sont prêts à partir. Ils ne sont pas les seuls.

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Marcel Breton et sa conjointe Joanne Audet sur leur terrasse face à la mer. Leur petite maison a essuyé trois tempêtes majeures durant l’hiver.

Ç’a été le pire hiver de notre vie. La mer a débordé partout. C’est rentré de partout. C’était la panique.

Joanne Audet, 64 ans, résidante la rue des Tournepierres, à Maria

« La mer éclaboussait la porte-patio », se souvient Marcel Breton, 71 ans. Ils ont dû être évacués par les pompiers. « C’était notre retraite, ici », laisse tomber l’homme, d’un air dépité.

Quand les premiers habitants de la rue des Tournepierres se sont installés ici il y a plus de 40 ans, il y avait encore de la glace sur la baie des Chaleurs en hiver. Il y en avait encore un peu il y a 30 ans quand la municipalité a construit le réseau de distribution d’eau et les égouts de la rue.

Mais la glace sur la baie se fait de plus en plus rare. Et avec le réchauffement du climat et de l’océan, les experts s’attendent à en voir de moins en moins. C’était cette glace qui protégeait la rue des tempêtes hivernales.

Rue des Tournepierres, tous se demandent ce qui les attend. En octobre, lors d’une rencontre organisée par Maria et le ministère de la Sécurité publique (MSP), on a présenté aux citoyens des cartes qui prédisaient que la rue serait submergée dans 50 ans.

« Dans 50 ans, moi, je vais être morte », lâche Danielle Cyr, 76 ans, rencontrée pendant qu’elle faisait sa marche dans l’air salin du petit matin.

Mme Cyr fait partie de ceux qui veulent rester. Certaines maisons de la rue sont moins affectées par les tempêtes… pour l’instant.

On n’est pas les seuls. Tout le tour de la Gaspésie, il y a des gens sur le bord de la mer. Est-ce qu’ils vont exproprier tout le monde autour de la Gaspésie ?

Danielle Cyr, 76 ans, résidante la rue des Tournepierres, à Maria

Des millions pour sécuriser la berge

« En Gaspésie, ils ont perdu la morue, la crevette, le train, l’autobus et maintenant ils vont perdre leur maison ? », se demande, incrédule, l’un des propriétaires de la rue, Henri-Pierre Laridan. Ce néo-Gaspésien d’origine corse a bien l’intention de rester. Sa maison n’a pas connu de dégâts. Et il attend avec impatience une annonce sur des investissements pour protéger la rue.

Maria s’est fait promettre 10 millions de Québec pour aménager des protections côtières en 2022. La ministre de la Sécurité publique d’alors, Geneviève Guilbault, s’était même déplacée sur place pour l’annonce.

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Le secteur commercial de Maria est également jugé à risque.

Les ingénieurs du ministère de la Sécurité publique (MSP) et la municipalité de Maria sont en train de concevoir des solutions techniques pour protéger la rue, mais aussi le secteur commercial de la municipalité, qui est à risque et où se trouve l’unique épicerie.

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Gilles Savoie a passé un seul hiver rue des Tournepierres en tant que locataire, et ce sera son dernier. Il a dû évacuer la maison deux fois. « C’est une belle place. Les gens qui vont perdre ça vont perdre beaucoup. »

Mais l’océan n’attend pas les analyses. Les trois tempêtes de l’hiver ont décidé le MSP à envoyer d’urgence à huit propriétaires une lettre les informant que leur propriété est menacée par un « risque imminent ». D’autres lettres du genre pourraient suivre dans la rue des Tournepierres, selon nos informations.

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Le ministère de la Sécurité publique a informé huit propriétaires de la rue des Tournepierres que leur résidence court un « risque imminent ».

Selon la valeur des propriétés, certains pourraient recevoir jusqu’à 385 000 $ en dédommagement s’ils choisissent de partir. Les fonds proviendront du Programme général d’assistance financière (PGAF) lors de sinistres du MSP.

Joanne et Marcel ont l’intention d’accepter l’offre du gouvernement et de quitter leur rue adorée. « On a beaucoup de peine, c’est dur, mais on sait qu’il faut partir », lâche Joanne. « On sait qu’on ne peut pas aller contre ça. La mer veut reprendre sa place. »

Ceux qui restent

Maria et le MSP vont organiser une rencontre en mai ou en juin pour présenter aux habitants les solutions techniques qui existent pour protéger les berges. Mais le maire de Maria ne s’attend pas à un miracle. « Si vous êtes assis dans votre cuisine et qu’il y a un mur de pierre en avant et vous ne voyez rien, ce n’est peut-être pas une solution », lâche Jean-Claude Landry.

Il faudra faire des choix. Et le temps presse : la décision de Québec d’offrir à huit propriétaires un dédommagement pour quitter la rue sans attendre cette rencontre en est la preuve.

« On ne voudrait surtout pas qu’il se présente un évènement comme à Baie-Saint-Paul au printemps, prévient le maire. Les pompiers ont dû intervenir. Deux sont morts noyés. »

Le maire indique que la municipalité veut créer un lotissement dans les terres où des habitants de la rue qui le souhaitent pourraient se reloger.

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Jean-Claude Landry, maire de Maria

Il y a des retraités là depuis 25 ans. Ils sont très attachés au milieu, à la baie des Chaleurs. Pour eux, avoir à déménager sera tout un deuil. C’est vraiment un drame.

Jean-Claude Landry, maire de Maria

Ceux qui veulent partir de la rue ne sont pas les seuls à se faire du mauvais sang. Ceux qui restent se demandent ce qui subsistera de leur milieu de vie quand de nombreux voisins seront partis.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

La maison du Dr Philippe Aubin lui sert également de lieu de travail.

« Le pire qui puisse arriver, ce serait que la municipalité abandonne l’aqueduc, arrête d’entretenir la route et les citoyens qui sont là vont s’arranger », lâche le Dr Philippe Aubin.

Ce médecin de famille nous accueille dans sa maison de la rue des Tournepierres, là même où il reçoit ses patients pour des consultations. La maison baignée de lumière est la plus haute de la rue. Le Dr Aubin dit comprendre ceux qui font le choix de partir. Lui ne craint pas la montée des eaux. Il se prépare à rester.

Au cours de l’hiver, sa maison n’a pas subi de dégâts, mais a été entourée d’eau deux fois. Il a été forcé d’annuler une poignée de rendez-vous : les patients ne pouvaient tout simplement pas se rendre chez lui.

Le Dr Aubin dénonce une communication alarmiste de la municipalité. Selon lui, « les émotions ont pris le dessus ».

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Si la maison du Dr Philippe Aubin a été épargnée lors des tempêtes de l’hiver, elle s’est tout de même retrouvée entourée d’eau à deux reprises.

La municipalité laissait croire qu’une catastrophe imminente allait se passer ici, comme un tsunami. Mais ce qui nous arrive ici, ce n’est pas un tsunami.

Le Dr Philippe Aubin, résidant de la rue Tournepierres

« Les gens ici sur la rue ont compris que la municipalité voulait les forcer à s’en aller. »

Plusieurs sont de l’avis du Dr Aubin et ont choisi de rester. D’autres rêvent de partir, mais se sentent coincés. Une dame rencontrée devant sa maison explique, dépitée, qu’elle n’a pas reçu la fameuse lettre du gouvernement. Comment vendre sa maison après les évènements de l’hiver ?

« J’ai 76 ans, penses-tu que je veux vivre le reste de ma vie à regarder la mer monter au mois de novembre ? J’ai d’autres choses à faire », lâche celle qui a demandé de ne pas être nommée.

La dame a appelé au MSP. Elle a demandé si elle allait aussi recevoir une compensation pour partir. Elle n’a pas eu de réponse satisfaisante. En attendant, elle dit se sentir « prise » dans une « espèce d’anxiété ». Si le gouvernement lui faisait une offre « raisonnable », elle partirait demain matin.

« Ça fait 18 ans que je suis là, 18 ans de belle vie. C’est beau ici, c’est magnifique, ça me crève le cœur de partir. »

« Désastre », « catastrophe », les partis d’oppositions réclament que le gouvernement Legault dépose un plan d’adaptation et d’aide pour les riverains qui feront face aux changements climatiques avec sa nouvelle carte des zones inondables.

Publié à 15h40


Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Des gens pourraient perdre énormément d’argent sur la valeur de leur maison. Leur terrain ne vaudra plus rien. Des villages entiers pourraient se dévitaliser. C’est catastrophique », affirme la députée libérale Virginie Dufour.

Résumé

Nouvelles zones inondables Les partis d’opposition craignent une « catastrophe »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Les nouvelles cartes des zones inondables doivent être rendues publiques prochainement par le ministère de l’Environnement.

« Désastre », « catastrophe », les partis d’oppositions réclament que le gouvernement Legault dépose un plan d’adaptation et d’aide pour les riverains qui feront face aux changements climatiques avec sa nouvelle carte des zones inondables.

Publié à 15h40

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Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« Des gens pourraient perdre énormément d’argent sur la valeur de leur maison. Leur terrain ne vaudra plus rien. Des villages entiers pourraient se dévitaliser. C’est catastrophique », affirme la députée libérale Virginie Dufour.

Le député de Québec solidaire Etienne Grandmont est du même avis : « Ce n’est pas aux gens qui se sont installés en toute légalité dans ces endroits de payer seuls le coût de notre inaction collective [face aux changements climatiques]. C’est au gouvernement du Québec de prendre acte », laisse-t-il tomber.

Les deux élus demandent au gouvernement du Québec de rassurer les dizaines de milliers, voir centaines de milliers de personnes qui résident dans les zones qui seront étiquetées comme inondables avec la refonte des règles qui sera annoncée prochainement par le ministre de l’Environnement Benoit Charette.

La Presse rapportait au matin l’histoire de Suzanne Leblanc, une femme en perte d’autonomie, contrainte d’utiliser une toilette sèche et de se laver à la débarbouillette, car elle ne peut adapter sa maison en raison des règles de zone inondable. Malgré le soutien de sa municipalité, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) ne permet aucune exception.

Lisez notre dossier « Prisonniers des zones inondables »

Multiplier par quatre la superficie des zones inondables

Restrictions réglementaires, perte de valeur, difficulté à vendre sa résidence et à s’assurer. De nombreux propriétaires pourraient se retrouver pris avec leur maison en raison des nouvelles cartes de zones inondables en préparation, selon des élus municipaux et des experts.

Le nouveau règlement en préparation au ministère de l’Environnement ajoutera une troisième zone, celle de « 100-350 ans », selon un document obtenu par La Presse. Il y aura également un « relèvement généralisé des cotes de crues » pour prendre en compte la fréquence des crues des dernières années et les impacts des changements climatiques, notamment les risques de défaillance des efforts de retenue d’eau par Hydro-Québec dans le Nord.

« Ça va être énorme », laisse tomber la libérale Virginie Dufour, qui connaît bien le dossier. Cette ancienne élue municipale à Laval a travaillé sur ce dossier en 2020, lorsque l’État québécois a donné un coup de barre après les inondations de 2017 et 2019.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Virginie Dufour

Avec le 0-350 an, elle estime qu’on va « élargir de trois à quatre fois les zones couvertes par le 0-100 an ». Elle craint que les assureurs et les prêteurs hypothécaires se servent de cette information pour quitter ces marchés, comme Desjardins l’a fait dans le 0-20 an. « Ça fait peur. Toutes ces propriétés seront à risque de ne plus être hypothéquées. C’est inquiétant. Ces gens vont-ils perdre leur maison ? Je n’entends pas le gouvernement sur cet enjeu. Est-il prêt à prendre la relève ? », laisse-t-elle tomber.

Le REM en zone inondable ?

Elle croit même que « des quartiers entiers se construisent en ce moment » dans des zones qui seront jugées à risque. « Le REM de l’ouest à Laval, il passe dans des zones comme ça. On est en train d’ouvrir, peut-être, une boîte de Pandore. Mais je ne vois pas où on pousse vers la résilience », dit-elle. Elle estime que l’État devrait promouvoir la construction de digues et de murets pour « protéger physiquement » les quartiers.

Quant au carcan réglementaire qui a empêché Mme Leblanc de s’aménager une salle de bain, « elle est loin d’être la seule dans sa situation », affirme Mme Dufour. « Des citoyens m’ont déjà contacté à ce sujet. Des gens se sont retrouvés prisonniers, à ne pas pouvoir faire ce qu’ils pensaient pouvoir faire avec leur terrain », dit-elle.

Quelqu’un qui voudrait construire une maison sur pilotis ou une maison résiliente, il ne peut pas plus le faire. Certains secteurs sont complètement paralysés, alors qu’il y a des solutions. On n’est pas le seul endroit dans le monde à vivre des inondations.

Virginie Dufour

« Elle est où notre adaptation ? Je ne la vois pas. Ça fait cinq ans que le gouvernement planche là-dessus. C’est trop long », laisse-t-elle tomber.

Mme Dufour doute également des cartes du ministère de l’Environnement. La prévision des crues est une « science complexe ». Pour contester les cotes du ministère, la ville de Laval avait dû payer une étude au coût de 1,5 million de dollars « pour une seule rivière ».

Elle craint que les cartes soient faites avec un « trait très grossier ». « C’est important de connaître notre territoire, mais je suis loin d’être convaincue que les cotes qui vont sortir de cet exercice vont refléter la réalité », affirme-t-elle.

Aide financière

De son côté, le solidaire Etienne Grandmont demande que l’État québécois dénombre les résidences qui seront en zone inondable avec son nouvel exercice de cartographie. Pour l’instant, les ministères de la Sécurité publique et de l’Environnement l’ignorent.

« La donne a changé [avec les changements climatiques]. Ce n’est pas les personnes qui sont fautives. On demande de mettre en place un inventaire des résidences touchées par la nouvelle cartographie, pour mesurer l’ampleur du phénomène, et établir les fonds qu’on doit rendre disponibles », affirme-t-il.

Il estime que l’État québécois doit être là pour aider financièrement les propriétaires touchés. Sans quoi il craint que ces derniers se retrouvent « prisonniers » de leur demeure. « Ils ne pourront jamais la revendre. […] Il faut que le gouvernement soit la pour rassurer tout le monde », dit-il.

Dans une déclaration écrite, le député du Parti québécois Joël Arseneau demande lui aussi de l’aide pour les citoyens. « Il est clair que le dépôt d’un nouveau cadre, d’une nouvelle cartographie des zones inondables exigera des mesures d’adaptation et de soutien aux communautés et aux propriétaires de résidences touchés. On ne peut faire porter sur leurs seules épaules cette conséquence des changements climatiques », a-t-il expliqué.

Il souligne également que son parti avait proposé lors de la dernière campagne électorale « un Fonds de transition juste pour aider les citoyens à faire face aux impacts des changements climatiques pour qu’ils ne soient pas les seuls à porter ce fardeau ».

Réchauffement des océans Les scientifiques sonnent l’alarme

PHOTO ROMEO GACAD, ARCHIVE AGENCE FRANCE-PRESSE

La température des océans, qui recouvrent 70 % de la Terre et jouent un rôle clé dans la régulation du climat mondial, a atteint un nouveau record absolu en mars, avec 21,07 °C de moyenne mesurés en surface, hors zones proches des pôles, selon l’observatoire européen Copernicus.

(Barcelone) L’augmentation vertigineuse de la température des océans alarme les scientifiques, qui appellent à renforcer la recherche sur les changements à l’œuvre et craignent des effets dévastateurs sur le climat dans son ensemble.

Publié à 7h01

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Réchauffement des océans Les scientifiques sonnent l’alarme

PHOTO ROMEO GACAD, ARCHIVE AGENCE FRANCE-PRESSE

La température des océans, qui recouvrent 70 % de la Terre et jouent un rôle clé dans la régulation du climat mondial, a atteint un nouveau record absolu en mars, avec 21,07 °C de moyenne mesurés en surface, hors zones proches des pôles, selon l’observatoire européen Copernicus.

(Barcelone) L’augmentation vertigineuse de la température des océans alarme les scientifiques, qui appellent à renforcer la recherche sur les changements à l’œuvre et craignent des effets dévastateurs sur le climat dans son ensemble.

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Rosa SULLEIRO Agence France-Presse

« Les changements se produisent si rapidement que nous ne sommes pas en mesure d’en suivre l’impact », reconnaît Vidar Helgesen, secrétaire exécutif de la Commission océanographique intergouvernementale de l’UNESCO, pour qui « s’attaquer au réchauffement des océans est urgent ».

« Un effort beaucoup plus important d’observation et de recherche en temps réel est nécessaire », a-t-il dit à l’AFP lors de la conférence de la Décennie des Océans qui s’achève vendredi à Barcelone et a réuni 1500 scientifiques, représentants d’États ou d’organisations.

La température des océans, qui recouvrent 70 % de la Terre et jouent un rôle clé dans la régulation du climat mondial, a atteint un nouveau record absolu en mars, avec 21,07 °C de moyenne mesurés en surface, hors zones proches des pôles, selon l’observatoire européen Copernicus.

Cette surchauffe, qui ne cesse mois après mois de s’aggraver depuis un an, menace la vie marine et entraîne une humidité plus importante dans l’atmosphère, synonyme de conditions météorologiques plus instables, comme des vents violents et des pluies torrentielles.

Capacité pas « infinie »

Selon les spécialistes, les océans ont absorbé depuis le début de l’ère industrielle 90 % de l’excès de chaleur provoqué par l’activité humaine. Les milieux marins, qui produisent près de la moitié de l’oxygène que nous respirons, ont ainsi permis à la surface de la Terre de rester habitable.

« L’océan a une capacité thermique beaucoup plus grande que l’atmosphère, il absorbe beaucoup plus de chaleur, mais il ne peut pas l’absorber à l’infini », avertit Cristina González Haro, chercheuse à l’Institut des sciences de la mer de Barcelone.

Selon une étude de référence publiée en janvier, les océans ont encore absorbé en 2023 une quantité d’énergie colossale, pouvant faire bouillir des « milliards de piscines olympiques ».

L’un des objectifs majeurs de la Décennie de l’océan (2021-2030) est de tenter d’élargir les connaissances sur le réchauffement et de décrypter ses multiples implications, pour tenter de les limiter.

« Nous ignorons encore beaucoup de choses sur les océans. Nous n’avons cartographié qu’environ 25 % des fonds marins de la planète et, dans le même temps, nous devons cartographier et surveiller en direct les changements qui se produisent en raison du changement climatique », souligne M. Helgesen.

Selon l’Organisation météorologique mondiale (OMM), une agence de l’ONU, plus de 90 % des océans de la planète ont connu à un moment de l’année 2023 des vagues de chaleur, avec un impact direct sur le climat et les écosystèmes sur l’ensemble de la planète… quelle que soit la distance qui les sépare de la mer.

« On est sur une trajectoire qui interroge beaucoup les scientifiques et on se demande si on n’a pas sous-estimé le réchauffement climatique à venir », a mis en garde à Barcelone Jean-Pierre Gattuso, spécialiste au Centre national de la recherche scientifique (CNRS) français.

Tout compte

Les difficultés de mise en œuvre des grands accords internationaux sur l’environnement, comme l’Accord de Paris conclu en 2015 pour tenter de limiter le réchauffement climatique, n’invitent cependant pas à l’optimisme, selon les scientifiques.

« Nous sommes nombreux à être quelque peu frustrés de voir que, malgré les démonstrations scientifiques du changement climatique et de ses conséquences, la mise en œuvre de l’accord de Paris soit aussi lente, aussi difficile, aussi douloureuse. Ça n’augure rien de bon » pour le futur, a déploré M. Gattuso.

Les chercheurs font toutefois état de quelques signaux positifs, comme l’adoption en 2023 par les États membres de l’ONU – après quinze ans de discussions – d’un traité historique de protection de la haute mer.

« Si je pouvais adresser un message aux décideurs, présidents, premiers ministres ou chefs d’entreprise, je pense que ce serait : “prenez un moment dans votre agenda chargé et regardez dans les yeux vos enfants et petits-enfants” », a exhorté M. Helgesen.

Un appel relayé par Jean-Pierre Gattuso : « chaque dixième de degré compte, chaque année de gagnée compte et il n’est jamais trop tard. Il ne faut absolument pas se démobiliser ».