Résumé
Changements climatiques et agriculture: gérer l’imprévisible
Par Matthieu Max-Gessler, Initiative de journalisme local
24 août 2025 à 04h08
Les producteurs agricoles ont craint de perdre des récoltes en raison de la sécheresse, au début du mois d’août. (Patrick Woodbury/Archives Le Droit)
L’agriculture a toujours été tributaire de la météo. Mais en raison des changements climatiques, l’imprévisibilité de dame Nature devient de plus en plus compliquée à gérer.
En ce mois d’août, c’est la sécheresse qui menaçait les champs. La faute à un printemps froid et pluvieux, qui a retardé le temps des semis, explique Claude Chartier, président des Producteurs de grain de la Mauricie (UPA).
«Les plantes ont poussé, mais elles ont fait de la racine de surface. Elles n’avaient pas besoin de descendre creux, il y avait de l’eau en surface. Mais là, en temps de sécheresse, elles n’étaient pas capables d’aller chercher l’eau qui est plus creuse. Ça commençait à être critique, les feuilles commençaient à sécher.»
«Très complexe à gérer»
Julie Bissonnette, présidente de l’UPA pour le Centre-du-Québec, commençait elle aussi à s’inquiéter.
«Les extrêmes, ça devient très complexe à gérer. Tout ça est relié à l’alimentation des troupeaux et à nos revenus, parce qu’il faut s’assurer de nourrir les animaux pour l’année. Le rendement des champs a un gros impact sur notre vie, c’est très stressant et inquiétant pour les prochaines années», souligne-t-elle.
Les troupeaux sont aussi impactés, si la sècheresse empêche l’herbe de repousser dans les pâturages. (Stéphane Lessard/Archives Le Nouvelliste)
Les producteurs laitiers, comme elle, voient également les pâturages s’assécher, ce qui les obligent à sortir le foin acheté en prévision de l’hiver – d’autre frais qui s’ajoutent à l’ardoise.
«On a la chance d’avoir des programmes d’assurance-récolte, mais il faut les adapter. Les extrêmes, ce n’est pas la même chose qu’avant. Il faut mettre les programmes à jour, s’assurer que ça réponde rapidement et que ce soit simple», plaide Mme Bissonnette.
Aider les plantes à s’adapter
La science a également son rôle à jouer. À travers le Canada, des chercheurs s’activent à rendre l’agriculture plus résiliente face aux changements climatiques.
«On fait de la recherche appliquée, où on est directement en relation avec les fermes, et aussi de la recherche plus fondamentale: on essaie de comprendre comment les plantes fonctionnent et comment les améliorer en lien avec les changements climatiques», explique Christophe Liseron Monfils, chargé de recherche au Conseil national de recherches Canada.
«On peut notamment jouer avec la génétique qui existe déjà dans des plantes qui produisent bien au Canada, mais qui vont moins produire avec les changements climatiques. On essaie alors de trouver d’autres variétés qui ont des gènes qui les aident à mieux résister», ajoute le chercheur.
Le canola est l’exemple par excellence des travaux de recherche pour changer la génétique des plantes, au Canada. (Jeff McIntosh/Archives La Presse Canadienne)
Ce dernier mentionne le canola comme exemple de plante modifiée par l’intervention de chercheurs canadiens.
«On a pris une plante qui ne produisait pas beaucoup et, grâce au Conseil national de recherche scientifique et aux centres de recherche canadiens, on en a fait une plante qui produit de l’huile. On parle de la création d’une nouvelle plante, quasiment», explique M. Liseron Monfils.
Rester «au-devant de la parade»
Notons que l’on ne parle pas ici d’insérer artificiellement de nouveaux gènes dans une plante: le tout se fait de façon relativement naturelle.
Francis Girard est directeur général du Centre de recherche sur les grains (CEROM). (CEROM)
«On utilise la vieille méthode de prendre un papa et une maman plante. On les plante en serre et on va chercher les grains qui ont le caractère que l’on recherche. On n’ajoute rien d’artificiel à la plante, on prend seulement deux plantes qui ne se seraient jamais rencontrées autrement», précise Francis Girard, directeur général du Centre de recherche sur les grains (CEROM).
On peut aussi protéger davantage les plantes contre les maladies, champignons et insectes ravageurs qui, eux aussi, peuvent être des conséquences des changements climatiques.
«Le climat peut devenir moins propice à certains insectes et maladies qui existaient ici, mais il peut aussi amener l’inverse. Une sorte d’insecte qui ne survivait pas à notre hiver peut survivre aujourd’hui.»
— Francis Girard
Le CEROM assure donc une vigie dans plusieurs centaines de champs, afin de guetter l’apparition d’insectes ravageurs ou de maladies au Québec. On tente également de prévenir, en anticipant les menaces futures.
«Ce n’est pas évident, parce que les insectes, les mauvaises herbes et les maladies s’adaptent plus vite que nous quand on doit se revirer de bord. On doit toujours être au-devant de la parade, mais ce n’est pas simple d’obtenir le financement pour ça», explique M. Girard.
Le CEROM doit en effet remplir les mandats qui lui sont confiés par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ), l’un de ses principaux bailleurs de fonds. Ces mandats portent habituellement sur des problèmes déjà existants dans le domaine agricole.
«Il faut chercher un équilibre entre être capable de régler des problèmes, parce qu’on ne peut pas toujours les voir venir, et être capable de prévoir l’avenir à court, moyen et long terme», ajoute M. Girard.