Art autochtone, culture, territoires, politique, traités et histoire

Discussion et actualités sur l’art autochtones


L’art autochtone est vaste, ancien et encore trop méconnu, voici un fil pour le mettre en valeur et nous permettre d’en apprécier les beautés et le génie créateur.

Résumé

Les décorations de piquants de porc-épic, une histoire de famille pour Christine Toulouse

Christine Toulouse tient une décoration de piquants de porc-épic.

Photo : Radio-Canada / CBC

Radio-Canada

Publié hier à 21 h 47 HAE

Pour Christine Toulouse, les décorations de piquants de porc-épic sont plus qu’une question d’art.

Elle se souvient qu’elle tenait une tasse de thé lorsque sa mère et sa grand-mère lui ont enseigné pour la première fois comment retirer les piquants d’un porc-épic.

Elles étaient assises sur le porche de la maison de sa mère, dans la Première Nation de Sagamok Anishnawbek, dans le Nord de l’Ontario. Mme Toulouse les observait tandis qu’elles retiraient habilement les piquants sans arracher la peau de l’animal mort.

Ma grand-mère et ma mère, surtout ma mère, étaient très enthousiastes à l’idée de me l’enseigner.

Elle était déjà adulte à ce moment-là. Elle a demandé, de son propre chef, à sa famille d’apprendre comment pratiquer cet art traditionnel autochtone, qui consiste à tisser des piquants de porc-épic à travers de l’écorce de bouleau, au cours de l’été de 2016.

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À l’époque, elle souffrait de maux de dos chroniques.

Puis, elle a appris que sa mère avait reçu un diagnostic de cancer du côlon.

Elle a décidé de quitter Ottawa, où elle habitait alors, afin de retourner dans sa Première Nation natale et prendre soin de sa mère.

Sa grand-mère, elle, a toujours créé des décorations en piquants de porc-épic. Elle les vendait un peu partout en Amérique du Nord.

Christine Toulouse et sa grand-mère Ida, sur la rive du lac Huron.

Photo : offerte par Christine Toulouse

L’idée d’apprendre est donc venue naturellement.

J’ai décidé que c’était ce dont j’avais vraiment besoin dans ma vie. J’ai dû passer beaucoup de temps à l’intérieur pour m’occuper de ma mère. J’avais besoin de quelque chose qui nourrisse mon âme et me relie à la communauté, explique Mme Toulouse.

Christine Toulouse tire un piquant de porc-épic à travers de l’écorce de bouleau, démontrant l’art traditionnel.

Photo : Radio-Canada / Francis Ferland/CBC

L’art de la décoration de piquants de porc-épic se transmet d’une génération à l’autre depuis des centaines d’années, selon Naomi Recollet. L’archiviste de la Fondation culturelle ojibwée a elle-même appris grâce à sa propre grand-mère, à ses tantes et à ses oncles.

Il y a beaucoup d’efforts collectifs de la part de la communauté pour recueillir les matériaux eux-mêmes, et je pense que c’est l’un des aspects que je préfère.

L’écorce de bouleau est récoltée pendant la saison des fraises. Les piquants sont récoltés tout au long de l’année. Les artistes teignent souvent les piquants de différentes couleurs avant de les broder pour créer différents motifs.

Une boîte décorée de piquants de porc epic faite par la grand-mère de Christine, Ida.

Photo : offerte par Christine Toulouse

Après avoir passé l’été à teindre des piquants, à récolter de l’écorce et à vendre ses premières œuvres, Mme Toulouse est retournée à Ottawa pour trouver du travail. Elle n’a pas rouvert sa boîte de matériel de décoration de piquants de porc-épic pendant six ans.

Pendant cette période, sa mère a subi des traitements de chimiothérapie et des interventions chirurgicales dans sa lutte contre le cancer. Elle est décédée à l’automne 2019.

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Alors que Mme Toulouse faisait le deuil de sa mère, elle a ressorti le matériel stocké dans son placard.

Tout ce qu’elle avait touché, je voulais […] en faire quelque chose de beau et de tangible. Et c’est ce que j’ai fait.

Mme Toulouse explique qu’elle a apppris la décoration de piquants de porc-épic dans un contexte où elle espérait voir sa mère guérir. Puis, c’est devenu un outil de deuil. Ensuite, elle a pu en vivre : elle vend ses œuvres lors d’événements.

Aujourd’hui, elle l’enseigne : elle organise des ateliers communautaires, qui se sont développés grâce à une subvention du Conseil des arts de l’Ontario pour enseigner aux jeunes autochtones.

Mme Toulouse reconnaît que c’est sa grand-mère Ida, décédée l’année dernière, qui lui a donné la confiance nécessaire pour enseigner.

J’ai l’impression que [la décoration de piquants de porc-épic] m’a été donnée pour que je la transmette, et j’ai heureusement reçu ces connaissances de ma famille et de ma grand-mère.

Avec les informations de Wafa El-Rayes de CBC

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Depuis des temps immémoriaux, les Ojibwés – et particulièrement les femmes – fabriquent des boîtes en utilisant du foin d’odeur et des épines de porc-épic. Si certains estiment que cet art se perd, d’autres préfèrent dire qu’il se transforme secrètement.

Résumé

L’épreuve du temps pour l’art des boîtes en épines de porc-épic

À l’Ojibwe Cultural Foundation, de nombreuses boîtes sont aussi exposées.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Publié à 4 h 00 HAE

Depuis des temps immémoriaux, les Ojibwés – et particulièrement les femmes – fabriquent des boîtes en utilisant du foin d’odeur et des épines de porc-épic. Si certains estiment que cet art se perd, d’autres préfèrent dire qu’il se transforme secrètement.

Lillian Debassige conserve précieusement ses boîtes sous verre, dans son musée qui jouxte sa boutique d’art autochtone, à M’Chigeeg, sur l’île Manitoulin, en Ontario.

Tous ceux qui voudraient en acheter se font répondre : Non, celles-ci ne sont pas à vendre. En entrevue, Lillian Debassige, originaire de la communauté voisine, Wikwemikong, dira qu’elle a du mal à se séparer de ces boîtes [faites en épines de porc-épic], c’est [sa] faiblesse.

Les boîtes présentées dans le musée de Lillian Debassige ne sont pas à vendre.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

En effet, cet art demande patience et doigté.

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Des épines à la boîte, un long processus

D’abord, il faut cueillir le foin d’odeur, puis le faire sécher, ce qui ne se fait qu’à la fin de l’été ou au début de l’automne. Il servira de scellant au couvercle de la boîte. Ensuite, il faut récolter de l’écorce de bouleau.

Il faut aussi trouver des épines de porc-épic. En plus de demander de la patience, ce processus requiert de la chance, car la grande majorité du temps, les artistes autochtones prélèvent les épines sur les porcs-épics retrouvés morts en bord de route, frappés par des véhicules.

Il est long de récolter les épines d’un porc-épic.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Pourquoi ne pas les chasser? Il y en a assez qui sont frappés par des voitures. Ce n’est pas nécessaire, précise Shaelynn Recollet, une artiste ojibwée de 26 ans. Comme ça, ils ne sont pas morts pour rien.

On remercie l’animal, puis on prélève les épines qu’on trie par la suite en fonction de leur taille, explique la jeune femme qui travaille pour l’Ojibwe Cultural Foundation à M’Chigeeg comme conservatrice débutante.

Elle connaît l’art de ces boîtes sur le bout des doigts. Le talent aussi, elle l’a sur le bout des doigts.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

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Il faut d’abord piquer l’écorce de bouleau avant d’y insérer les épines de porc-épic

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Il faut d’abord piquer l’écorce de bouleau avant d’y insérer les épines de porc-épic

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Après avoir récolté tous les matériaux nécessaires, il faut encore faire preuve de patience avant de confectionner la boîte. Il faut ramollir les épines en les laissant tremper dans l’eau.

Elles sont parfois aussi teintées. Avant, on utilisait beaucoup les plantes, les baies ou encore les racines pour teindre les épines. C’était une véritable science, raconte Mme Recollet. Aujourd’hui, les artistes utilisent des colorants artificiels, mais la jeune femme assure que certains tentent de revenir aux sources en utilisant des colorants naturels.

Shaelynn Recollet fabrique des objets avec des épines de porc-épic.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Ce n’est qu’une fois que la couleur a bien pris que l’artiste se munit d’une aiguille, fait un petit trou dans l’écorce et y enfonce, une à une, les épines. Un travail fastidieux.

L’histoire des boîtes en épines de porc-épic

Shaelynn Recollet explique que ces boîtes avaient comme première fonction le stockage d’aliments. En effet, l’écorce de bouleau empêche l’humidité d’entrer et donc la nourriture de moisir. Le foin d’odeur qui fait la jonction entre la boîte et le couvercle permet aussi d’empêcher les insectes d’entrer.

Beaucoup de femmes en fabriquaient, mais aussi des hommes. Lorsque le commerce avec les non-Autochtones battait son plein, ces boîtes étaient échangées contre pas grand-chose, dit Shaelynn. Mais petit à petit, le prix a augmenté, ajoute-t-elle.

Les motifs qui ont par la suite été réalisés sur les boîtes sont plus des ornements. Ils représentent souvent le clan de l’artiste, des fleurs ou encore des motifs géométriques.

Les tailles des boîtes sont très variables. Dans le musée de Lillian Debassige, par exemple, il y en a une énorme qui frappe l’œil.

Elle fait au moins 40 centimètres de long et une bonne vingtaine de haut. Ce sont deux femmes qui l’ont réalisée, et ça leur a pris deux ans, précise-t-elle fièrement. Inutile de lui demander combien ce modèle se vendrait : probablement très cher.

Lillian Debassige tient une boutique et un musée dans la communauté de M’Chigeeg, sur l’île Manitoulin.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Elle en vend de plus petites, mais dans le coin boutique, entre 200 et 250 $ l’unité. Les heures passées à leur fabrication justifient le prix, qui dépend de la complexité du motif en plus de la taille de la boîte.

Un art qui se meurt?

Lillian et Shaelynn ne partagent pas le même avis sur la situation actuelle de cet art.

Pour Lillian, il est en voie de disparition.

Aujourd’hui, les gens ont d’autres emplois, plus payants, dit Mme Debassige. Dans son musée, elle a apposé une photo et une petite biographie de chaque artiste à côté de ses créations. La très grande majorité d’entre eux est décédée.

Certaines boîtes comportent même des éléments en 3D sur le couvercle, eux aussi réalisés avec des épines de porc-épic.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Pour Shaelynn et sa sœur Naomi, qui travaille aussi à l’Ojibwe Cultural Foundation, cet art se fait plutôt dans le secret, est moins exubérant et se diversifie.

Shaelynn, par exemple, confectionne en ce moment une ceinture en écorce de bouleau, parsemée de motifs réalisés en épines de porc-épic.

C’est blessant de dire que cet art est en train de mourir. Certes, il n’y a plus beaucoup de gens qui en font, mais il y a toujours des jeunes qui reprennent cet art traditionnel. Je pense que ce que Lillian mentionnait, c’est que personne ne fait ces motifs extravagants, croit Shaelynn, qui se dit fière de poursuivre cette tradition.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

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Cette boîte abimée est l’un des rares modèles dans le musée de Lillian que les gens peuvent prendre en main.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Plus le motif est complexe, plus la boîte sera longue à réaliser.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Comme tous les arts autochtones, il y a moins d’intérêt, mais je ne dirais pas que c’est un art qui se meurt. Il est vivant, mais plus isolé. On le fait aussi différemment et il n’y a rien de mal à ça, ajoute de son côté Naomi Recollet.

Shaelynn rappelle aussi que d’autres artistes, plus âgées qu’elle, sont encore bel et bien en vie et continuent de transmettre ce savoir.

C’est le cas de Veda Trudeau ou encore de Mina Toulouse, deux aînées autochtones. C’est d’ailleurs Veda qui a appris à Shaelynn tout ce qu’elle sait aujourd’hui de cet art.

Naomi Recollet ne croit pas que cet art est en train de mourir.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Je traversais une période difficile et dans mon processus de guérison cet atelier m’a aidée. Apprendre de Veda voulait dire beaucoup pour moi, j’avais trouvé un but. Quand j’en fais aujourd’hui, ça me rappelle l’amour que Veda m’a donné et que je me suis donné, se souvient la jeune femme.

[Dire que cet art est en train de disparaître] fait mal aux gens qui nous ont transmis leurs savoirs et qui sont encore en vie, ajoute Naomi.

Aujourd’hui, les artistes ne fabriquent pas seulement des boîtes, mais aussi des sous-plats.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Lorsque ses doigts filent sur l’écorce, Shaelynn raconte se connecter avec mère Nature, car tout ce qu’elle utilise pour fabriquer les boîtes ou autres objets vient d’elle. C’est aussi une activité qu’elle trouve très méditative.

Les boîtes en porc-épic résistent encore à l’épreuve du temps, grâce à la mise sous cloche des plus beaux exemplaires chez Lillian et dans d’autres musées, mais aussi grâce au talent d’une plus jeune génération.

Un nouveau défi pointe toutefois le bout de son nez : les changements climatiques sont en train d’affecter les matériaux de base de cet art. La pollution de l’air, par exemple, nuit à la croissance des bouleaux et à la qualité de leur écorce, note Shaelynn Recollet.

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Résumé

La Nation wendat envisage d’abandonner le «huron»

Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local

26 avril 2025 à 04h00

La Nation huronne-wendat, qui se questionne sur l’utilisation du mot «huron» dans ses instances officielles, ne serait pas la première à se réapproprier son nom d’origine. (Caroline Grégoire/Archives Le Soleil)

Des Nations autochtones font le choix de se rebaptiser. En laissant derrière elles des noms qui datent de l’époque coloniale, elles «soufflent sur les braises» de leur identité culturelle.


Le 26 avril, la Nation huronne-wendat entreprend officiellement les consultations citoyennes sur l’utilisation du mot «huron» au sein de ses instances officielles.

Pour Louis-Karl Picard-Sioui, historien et anthropologue de formation, bien impliqué pour la valorisation de la culture wendat, «il est temps de faire un peu de ménage».



«Pour moi, dès l’adolescence, ça ne faisait aucun sens d’utiliser [le mot huron]. Pourquoi utiliser un mot qui est une insulte à la base? Car disons-le, ça réfère à la hure du sanglier», laisse-t-il tomber.

Louis-Karl Picard-Sioui est historien et anthropologue de formation. Ils est également impliqué pour la valorisation de la culture wendat. (Erick Labbé/Archives Le Soleil)

La réappropriation du nom d’origine de la Nation est la suite logique «d’une démarche plus longue de revitalisation culturelle», estime-t-il. «C’est l’intérêt pour la culture, l’histoire et la langue chez notre peuple qui pousse certains politiciens […] dans cette direction.»

«C’est un mouvement normal de l’histoire, de la décolonisation, souffle M. Picard-Sioui. C’est une façon de dire qu’on existe, nous aussi.»

D’autres Nations avant elle

La Nation wendat, située en banlieue de Québec, n’est pas la première à entreprendre une telle démarche. Nombreuses sont les Nations qui, au fil des années, ont choisi d’embrasser une appellation — dans leur langue ― qui les représente davantage.

La Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk en fait partie. En 2019, la Nation autochtone située dans le Bas-Saint-Laurent, alors désignée comme la Première Nation Malécite de Viger, a pris la décision d’adopter officiellement son nom en langue wolastoqey, Wolastoqiyik Wahsipekuk.

«Viger, c’est un territoire qu’on a perdu, raconte le chef à la culture de la Nation, Kevin Morais. Ça ne nous représentait pas vraiment.»

Bien impliqué dans les démarches dès le début, M. Morais dresse un bilan positif de ce changement, près de six ans après les modifications apportées.



Il constate un regain de la curiosité des membres envers la culture wolastoqey et, surtout, un sentiment d’appartenance ravivé. Il juge que l’adoption du nom actuel a également contribué à propulser l’intérêt pour la langue chez les membres de la communauté.

Les membres de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk ont adopté la nouvelle appellation lors d’une assemblée générale en marge du Pow-Wow de 2019. (Facebook de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk)

«Je vois que les gens sont très fiers de porter ce nom-là, c’est plus représentatif que le nom qu’on nous a donné à l’époque du colonialisme», explique-t-il, en entrevue avec Le Soleil.

«On a soufflé sur des braises et le feu reprend tranquillement», image-t-il.

Le cas wendat

Bien au fait du dossier, Louis-Karl Picard-Sioui rappelle «qu’il y a une dizaine d’années encore», le mot «huron» apparaissait, «dans le dictionnaire français courant», aux côtés de mots référant à «un malotru, une personne grossière, quelqu’un de sale».



Il précise que l’association des mots «huron» et «wendat» dans l’appellation «huron-wendat» devait initialement agir à titre de transition vers l’abandon du terme colonial.

«À l’époque, ils ont choisi de dire huron-wendat, parce que les gens s’étaient approprié le terme “huron” puis, évidemment, tu ne peux pas juste changer le gentilé du jour au lendemain […] Les gens n’étaient pas prêts à ça.»

Mais voilà que le mot «huron» est toujours utilisé, en 2025, pour désigner la Nation et les membres qui la composent. «C’est une transition qui a avorté quelque part», indique-t-il.

D’autant plus, la juxtaposition des termes «huron» et «wendat» porte à confusion, avance Louis-Karl Picard-Sioui.

«Au-delà du fait que c’est un terme colonial et péjoratif, pourquoi un double terme avec un trait d’union alors que […] ça n’amène pas de précisions sur la chose?», questionne l’historien et anthropologue wendat.

Pour illustrer son idée, M. Picard-Sioui prend l’exemple du terme «canadien-français». «Le fait de lier “Canadiens” et “Français” ensemble, ça crée une identité à part qui n’est ni juste canadienne ni française. Huron-wendat, ça ne fait pas ça», précise-t-il.

La juxtaposition des termes «huron» et «wendat» porte à confusion, croit Louis-Karl Picard-Sioui. (Caroline Grégoire/Archives Le Soleil)

L’historien wendat croit que «beaucoup de gens dans la communauté» veulent «en finir avec ce terme», mais se veut toutefois rassurant, conscient que certaines personnes peuvent avoir un attachement particulier au mot «huron».

Louis-Karl Picard-Sioui assure tout de même que le fait de procéder au changement de nom «n’efface pas l’histoire» et ne met ainsi pas en péril le bagage historique et culturel de la Nation.

À l’inverse, comme le souligne Kevin Morais de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk, une telle initiative peut contribuer à remettre la culture au cœur des préoccupations. «Je sens que ça a réanimé la curiosité des membres, se réjouit-il. Les gens sont fiers.»

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Résumé

Fêter les peuples autochtones dans le respect et l’ouverture

Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local

21 juin 2025 à 04h00

Xavier Watso animera, cette année encore, le Grand Spectacle KWE!, à l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones, le 21 juin. (Caroline Grégoire/Archives Le Soleil)

«Au final, si les personnes arrivent dans les festivals et les Pow Wow avec une ouverture, on va être correct. Il n’y a pas de devoir de la part des allochtones, à part celui d’être respectueux.»


Le mois de juin regorge d’occasions de célébrer la richesse des peuples autochtones. Alors que la saison des Pow Wow est déjà bien amorcée aux quatre coins du Québec, au tour du Grand spectacle KWE! d’attirer les foules, à l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones.

Pour le créateur de contenu et animateur abénaki, Xavier Watso, ces rassemblements représentent des opportunités d’échanges, de partages, de rencontres et de découvertes.



«Ce qui est beau, c’est de voir le mélange de toutes les nations, incluant la nation québécoise», souligne celui qui animera le Grand spectacle KWE!, samedi soir, pour une deuxième année consécutive.

Samedi soir, Xavier Watso assurera l’animation du Grand spectacle KWE! pour une deuxième année consécutive. (Caroline Grégoire/Archives Le Soleil)

«C’est extrêmement apprécié de voir l’intérêt grandissant des allochtones par rapport à tout ce qui est autochtone. Quand les allochtones portent des boucles d’oreilles perlées, des mocassins, des jupes à rubans, pour nous, c’est une marque de respect.»

Mais déjà faut-il que les curieux qui prennent part aux festivités le fassent de façon adéquate. «On est plus en 2010 où l’appropriation culturelle était un concept nouveau pour les allochtones», établit-il en entrevue avec Le Soleil.

«Il y a un changement dans les discours et dans l’attitude de la majorité. […] Les gens ne se présentent pas avec des plumes sur la tête ou du maquillage. J’ai déjà vu ça dans des Pow Wow.»

— Xavier Watso

Le temps est venu de passer à «l’étape suivante» et de distinguer l’appropriation culturelle de l’appréciation culturelle, croit M. Watso.

«La différence est assez simple. Au final, il faut penser à [la personne] qui en profite. Si c’est juste toi, en tant qu’allochtone, qui profite de ce que tu es en train de faire, ça devient de l’appropriation culturelle.»

Oser questionner

Les visiteurs allochtones ne doivent «pas avoir peur de poser des questions et de s’en faire poser», soulève Xavier Watso.



Qu’il s’agisse d’interrogations sur les origines familiales ou la provenance de certains accessoires, les Autochtones ont l’habitude de se questionner entre eux, avertit l’animateur.

Le Grand spectacle KWE! se tiendra devant l’Assemblée nationale, le 21 juin, dès 18h. (Caroline Grégoire/Archives Le Soleil)

«Pour nous, ce sont des questions qui sont normales à poser, alors que, des fois, d’un point de vue culturel québécois, ce sont des questions qui entrent dans l’intimité. Il ne faut pas le voir de cette façon-là», explique-t-il.

«C’est juste une façon de s’assurer que [les produits] ont été faits dans le respect, mais aussi par curiosité. Si tu as de belles boucles d’oreilles, je vais peut-être aller m’en acheter aussi.»

Célébrer en grand

Impatient de monter sur la scène du Grand spectacle KWE!, Xavier Watso invite les curieux de toutes les nations à venir profiter de la fête avec lui.



«Il n’y a pas de meilleur endroit pour célébrer présentement au Québec», affirme-t-il.

Cette année, les festivités s’installent devant l’Assemblée nationale, un lieu lourd de sens, estime l’animateur.

«J’espère que le message va traverser les murs de l’Assemblée et finira par rejoindre nos élus.»

— Xavier Watso

«L’intérêt pour tout ce qui est Premières Nations est grandissant et c’est le fun d’en faire partie», ajoute-t-il.

Au programme

Samedi soir, la violoniste wendat de renommée internationale Geneviève Gros-Louis lancera le bal, avant de laisser place à des artistes issus des 11 nations autochtones. Ils interpréteront une version inédite d’Un musicien parmi tant d’autres, chanson rendue célèbre par Serge Fiori.

Le groupe folk-rock alternatif Maten se chargera ensuite de terminer la soirée avec un spectacle hommage à l’auteur-compositeur-interprète innu Florent Vollant. Zachary Richard, Dumas, Ivan Boivin-Flamand, Hauterive, Scott-Pien Picard et Vincent Vallières se joindront à eux pour l’occasion.

«On me demande souvent qui sont les artistes autochtones à suivre. Ils seront tous sur scène», plaisante l’animateur.

Les spectateurs sont invités à prendre part aux festivités, dès 18 h, sur les terrains de l’Assemblée nationale.

Résumé

Actualités

«L’un des derniers avertissements», prévient le chef de Lac-Simon

Par Gabrielle Cantin, Initiative de journalisme local

19 juillet 2025 à 04h02

Le chef de l’APNQL, Francis Verreault-Paul, le chef de la Nation anishnabe de Lac-Simon, Lucien Wabanonik, se sont rendus à Genève pour rappeler l’importance de la reconnaissance et de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations inies sur les droits des Peuples autochtones. (Page Facebook de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador)

Conclue vendredi, la plus récente mission de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador à l’ONU doit servir «d’avertissement» pour le gouvernement du Québec, avertit Lucien Wabanonik.


Alors que la réforme du régime forestier et le projet de loi C-5 continuent de faire réagir les communautés autochtones à travers le pays, une délégation de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) conclut sa mission à Genève, où les représentants présents ont réitérer leurs préoccupations.

Le chef de l’APNQL, Francis Verreault-Paul, le chef de la Première Nation anishnabe de Lac-Simon, Lucien Wabanonik, et la conseillère de la communauté de Uashat mak Mani-utenam, Mélodie Jourdain-Michel, ont pris part aux discussions dans le cadre de la 18e session du Mécanisme d’experts des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, du 13 au 18 juillet.



«On peut dire mission accomplie», lance d’emblée Lucien Wabanonik, en entrevue avec Le Soleil.

Le chef de l’APNQL, Francis Verreault-Paul, a notamment pris la parole dans le cadre du Mécanisme d’experts des Nations unies sur les droits des peuples autochtones. (Page Facebook de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador)

De retour au Québec, le chef de Lac-Simon, impliqué dans les revendications entourant la réforme du régime forestier, se dit «heureux et satisfait des échanges, mais aussi des discussions avec les instances de haut-niveau».

Pour lui, le contexte politique actuel entre les Premiers Peuples et les gouvernements provincial et fédéral impose de solliciter les instances onusiennes.


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«On ne nous donne pas le choix d’intervenir à tous les niveaux. On doit le faire. C’est notre responsabilité.»

— Lucien Wabanonik, chef de la Première Nation anishnabe de Lac-Simon

«Quand vos droits identitaires et culturels sont à risque et mis en danger par une législation, peu importe laquelle, c’est important de faire savoir aux gouvernements qu’ils ne peuvent pas faire tout ce qu’ils veulent sans que nous soyons, à tout moins, consultés», explique-t-il.

«Il y aura des conséquences»

La délégation s’est ainsi chargée d’investir le Mécanisme d’experts des Nations unies sur les droits des peuples autochtones pour rappeler l’importance de la reconnaissance et de la mise en œuvre de la Déclaration des Nations unies sur les droits des Peuples autochtones (DNUDPA).

La reconnaissance et la mise en œuvre de la DNUDPA étaient au cœur des revendications de l’APNQL, à Genève. (Page Facebook de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador)

Adoptée par l’Assemblée générale de l’ONU en 2007, la DNUDPA prévoit une série de droits, des «normes minimales à la survie, à la dignité et au bien-être des peuples autochtones du monde», et dicte aux États et aux gouvernements leurs devoirs en la matière.



Alors que le gouvernement fédéral a adopté un projet de loi à cet effet en 2021, puis un plan d’action, le gouvernement du Québec s’est, quant à lui, satisfait de l’adoption d’une motion, en 2019.

«Le Québec est en retard, déplore Lucien Wabanonik. Si le Québec continue à faire fi de ça, il y aura des conséquences.»

«S’il continue à s’entêter à ne pas nous respecter, on ne sait pas ce qui peut arriver, prévient-il, en rappelant la Crise d’Oka. Ce n’est pas ce qu’on veut, mais il y a un risque que ça arrive.»

Après s’être rendu au siège social de l’ONU, à New York, au mois d’avril, Lucien Wabanonik envisage les prises de paroles faites par la délégation de l’APNQL, à Genève, comme «l’un des derniers avertissements» dirigés vers la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina.

«On laisse la porte ouverte à une collaboration. C’est encore souhaité, mais il faut que le Québec reconnaisse nos droits», précise-t-il.

«On veut être partenaires dans le développement de toute modification législative qui peut avoir un impact direct sur nos droits.»

Quelle histoire!

Jamais inculpés mais loin d’être effacés du tableau : des documents judiciaires jettent un nouvel éclairage sur l’implication potentielle des enfants de Norval Morrisseau dans une des plus grosses affaires de fraude artistique au Canada.

Une vaste escroquerie entache aujourd’hui l’héritage de Norval Morrisseau, figure majeure de l’art autochtone au Canada. Toutefois, de nouveaux éléments issus de procédures civiles et criminelles mettent au jour une contradiction potentielle : ceux qui se présentent depuis des années comme les principales victimes de cette fraude – des membres de la famille Morrisseau et le gestionnaire de sa succession – auraient en réalité pris part à ce système.

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Installation dans le Quartier des Spectacles - Weci - Koninut

Information provenant d’Instagram (Marellecommunications)

Giant dreamcatchers arrive in Montreal’s Quartier des spectacles :crescent_moon:

From September 16 to October 22, 2025, discover Weci | Koninut – a free immersive Indigenous artwork by Atikamekw artists Julie-Christina Picher and Dave Jenniss.

Six monumental dreamcatchers invite you to explore the six Atikamekw seasons in a unique sensory journey of light, memory, and territory. :fallen_leaf::snowflake::seedling::sunny:

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Les capteurs de rêves pour l’exploration des six saisons Atikamekw sont installés sur le Parterre en bordure la rue Saint-Urbain, en face de la Maison Symphonique. Il y a un éclairage intéressant le soir.

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On apprend beaucoup dans cet article:

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Cet accord en Australie ne peut qu’encourager les autres mouvements de reconnaissance autochtone ailleurs dans le monde y compris ici au Canada.
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Australie : un accord inédit marque une reconnaissance des peuples autochtones

Un drapeau des Aborigènes d’Australie hissé près de la place de la Réconciliation, dans la capitale, Canberra.

Photo : Radio-Canada / Maryanne Dupuis

Agence France-Presse

Publié hier à 12 h 05 HAE

Espaces autochtones

L’État australien de Victoria a adopté jeudi soir un accord avec des peuples autochtones, une première dans le pays océanien marquant une reconnaissance longtemps refusée à ses premiers habitants, qui vont pouvoir être représentés au niveau de l’État.

Cet accord prévoit notamment la création d’une assemblée consultative d’élus autochtones dans l’État de Victoria et la formation d’un organe consultatif chargé d’éliminer les inégalités en matière de santé. Il soutient également un processus destiné à traiter les questions liées au douloureux passé de ces peuples.

Cette mesure fait l’histoire, a salué la dirigeante autochtone Jill Gallagher, qui a travaillé plusieurs années à son élaboration.

Des acclamations et des applaudissements ont retenti dans le parlement de Victoria lorsque l’accord a été adopté, tard dans la nuit de jeudi à vendredi. De nombreux spectateurs ont fondu en larmes.

Des générations d’Australiens autochtones ont tenté, sans succès, de conclure des accords similaires avec le gouvernement fédéral du pays. En 2023, les Australiens avaient massivement voté non lors d’un référendum national visant à mieux reconnaître les peuples autochtones dans la Constitution.

Cet accord inédit marque une reconnaissance de la souveraineté des peuples autochtones australiens sur le territoire avant l’arrivée des colons européens en 1788.

À l’époque, environ un million de personnes autochtones peuplaient le territoire. Elles ne représentent plus aujourd’hui que 3,8 % des 26 millions d’Australiens.

Ils vivent en moyenne huit ans de moins que les autres Australiens et sont surreprésentés parmi les personnes emprisonnées et celles qui meurent en détention.

La première ministre de Victoria, Jacinta Allan, a affirmé que le nouvel accord redéfinirait les relations entre les Australiens autochtones et le gouvernement de l’État.

L’accord donne aux communautés autochtones le pouvoir de façonner les politiques et les services qui affectent leurs vies, a-t-elle déclaré.

L’arrivée de 11 navires britanniques pour établir une colonie pénitentiaire à Sydney Cove en 1788 a marqué le début d’une longue oppression des peuples autochtones, établis sur le territoire depuis plus de 60 000 ans.

Une enquête gouvernementale menée à Victoria a conclu cette année que les colons avaient commis un génocide contre les premiers habitants du territoire.

Les massacres, les maladies, les violences sexuelles, les enlèvements d’enfants et les politiques d’assimilation ont conduit à la destruction quasi complète des peuples autochtones dans cet État, selon l’enquête.

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À la rentrée 2026-2027, une nouvelle version du programme de français entrera en vigueur dans les écoles du Québec. Outre des changements à la liste orthographique et au contenu grammatical, les élèves devront obligatoirement étudier, pour la première fois, des œuvres d’auteurs autochtones.

Tant au primaire qu’au secondaire, les programmes actualisés prévoient chaque année la lecture (ou l’écoute) de deux discours ou textes autochtones sur un total de dix textes. Un extrait de recueil, un poème, une chanson ou une pièce de théâtre sont considérés comme des textes. Les titres sont au choix des enseignants.

Olivier Dezutter, professeur-chercheur à la Faculté d’éducation de l’Université de Sherbrooke, plaide depuis des années pour l’enseignement de la littérature autochtone à l’école. À ses yeux, cette réforme constitue une avancée considérable.

C’est un moment historique dans l’enseignement du français au Québec, s’enthousiasme-t-il, soulignant que les textes d’auteurs autochtones représenteront dorénavant 20 % des textes lus ou entendus en classe.

Jusqu’à maintenant, l’étude d’œuvres littéraires autochtones n’était nullement obligatoire, même si un nombre croissant d’enseignants les intégraient au programme, constate Laura Lemay, enseignante de français en 1re année de secondaire à l’école Monseigneur-Richard, à Verdun.

Une littérature foisonnante

Quelle meilleure façon d’apprendre des Autochtones que de les écouter et de les lire?

Une citation de Olivier Dezutter, professeur à l’Université de Sherbrooke

Enseigner ces littératures, ça nous aide à mieux former des citoyens et des citoyennes de demain.

Une citation de Marie-Ève Bradette, professeure à l’Université Laval

Outiller les enseignants

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Chronique, Convention de la Baie-James et du Nord québécois : quelles leçons en tirer?

Robert Bourassa, Billy Diamond ainsi deux autres représentants du gouvernement des nations crie et inuit ayant signé la Convention de la Baie-James.

Photo : Radio-Canada / Presse Canadienne

Nadir André

Publié à 10 h 43 HNE

Espaces autochtones

La Convention de la Baie-James et du Nord québécois (CBJNQ), signée le 11 novembre 1975, marque un tournant dans l’histoire canadienne en matière de droits autochtones. Premier « traité moderne » au pays, elle résulte d’un compromis entre le Québec, le Canada, Hydro-Québec, les Cris et les Inuit, dans le contexte d’un projet hydroélectrique majeur initié par Robert Bourassa au début des années 1970.

Face à l’opposition des nations autochtones du Québec, des négociations historiques ont eu lieu, résultant dans la ratification de ce règlement historique. Cinquante ans plus tard, cette chronique propose une analyse de l’héritage de la CBJNQ du point de vue autochtone, entre avancées significatives et zones d’ombre persistantes.

Nadir André est un avocat spécialisé en droit autochtone. Habitué des négociations autour des revendications territoriales globales et particulières, il participe à certaines d’entre elles au Québec, en Ontario et au Manitoba. Me André s’intéresse aussi aux dossiers liés aux projets d’exploitation des ressources naturelles dans lesquels sont impliquées des communautés et des entreprises autochtones.

Une entente fondatrice, mais imposée par l’urgence

La CBJNQ est née dans un contexte de pression intense. Le gouvernement du Québec souhaitait lancer rapidement le projet hydroélectrique de la Baie James, considéré comme vital pour l’économie provinciale. Par le fait même, le gouvernement du Québec et Hydro-Québec avaient emprunté des sommes considérables auprès des banques américaines et européennes pour financer ce projet titanesque.

Les nations autochtones du Québec, dont les territoires ancestraux étaient directement menacés, se sont mobilisées et ont intenté des recours judiciaires visant à contester la légalité des travaux initiés sans leur consentement et sans les consulter.

Les Autochtones obtiennent d’abord une injonction en 1973 de la Cour supérieure du Québec par laquelle le juge Malouf ordonne l’arrêt des travaux déjà très avancés. La Cour d’appel infirme la décision quelques semaines plus tard et permet la reprise du projet de construction des barrages. La cause se rend ultimement à la Cour Suprême du Canada.

Les parties décident de négocier plutôt que risquer une décision judiciaire finale et incertaine. Cette situation a forcé des négociations rapides : 14 mois de négociations menant à la signature de la CBJNQ, alors qu’il faut en moyenne plus de 30 ans pour négocier un traité moderne.

À la même époque, la Cour Suprême du Canada reconnaissait l’existence d’un titre ancestral autochtone (cause Calder) obligeant le gouvernement fédéral à adopter une politique portant sur les revendications territoriales autochtones. C’est dans ce contexte particulier que la CBJNQ a pu être négociée.

Du point de vue autochtone, il s’agissait d’un compromis imposé par l’urgence, afin de sauver ce qui pouvait l’être, comme l’a exprimé Philip Awashish, leader cri de l’époque. Cette perception demeure centrale dans la mémoire collective : la CBJNQ n’était pas un choix libre, mais une réponse à une situation critique.

Des Cris et des étudiants de l’Université Trent, en Ontario, manifestant devant le parlement à Ottawa contre le projet de développement énergétique de la Baie-James, en 1972.

Photo : La Presse canadienne / Archives

Les acquis : autonomie et reconnaissance

Malgré ce contexte difficile, la CBJNQ a apporté des acquis majeurs. Les Cris et les Inuit ont obtenu des droits exclusifs de chasse, de pêche et de piégeage sur leur territoire ancestral. La convention a permis la création d’institutions cries et inuit, telles qu’une commission scolaire, des services de santé et services sociaux, des services de police et de justice renforçant leur gouvernance.

Les compensations financières versées aux Cris et aux Inuit ont offert un cadre financier permettant aux deux nations de créer plusieurs entreprises qui existent encore aujourd’hui et d’investir pour les générations futures. Ces avancées ont également favorisé l’émergence d’une élite politique et administrative crie et inuit, contribuant à l’affirmation identitaire et à une meilleure autonomie dans la gestion de leurs affaires.

Les zones d’ombre : iniquités et bouleversements

Cependant, ces acquis s’accompagnent de zones d’ombre. Les nations autochtones ont dû renoncer à leur titre ancestral sur près de 1 million de kilomètres carrés en échange des compensations. La sédentarisation forcée a affecté des modes de vie nomades et des tensions culturelles. Certaines communautés ont profité des retombées économiques, tandis que d’autres sont restées marginalisées.

Les défis environnementaux se sont multipliés : exploitation minière et forestière, impacts cumulatifs sur la biodiversité et sur les territoires traditionnels. Ces réalités rappellent que la CBJNQ, malgré ses avancées, n’a pas éliminé les inégalités structurelles et systémiques, loin de là.

De plus, à la demande formelle du gouvernement du Québec, le gouvernement fédéral a adopté une loi mettant en œuvre la CBJNQ et éteignant du même coup les titres territoriaux de plusieurs communautés innue, atikamekw et anicinabe sans que ces dernières ne soient reconnues par la CBJNQ et sans qu’aucune compensation ne leur soit versée.

La plupart d’entre elles ont d’ailleurs intenté des recours judiciaires pour contester la validité de cette loi fédérale. Le gouvernement du Québec s’était pourtant engagé à négocier avec ces nations (article 2.14 de la CBJNQ), mais, même après 50 ans, aucune entente n’a été conclue avec celles-ci.

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50 ans plus tard : bilan et perspectives

Aujourd’hui, la CBJNQ est considérée comme une pierre angulaire de la modernité crie et inuit, mais elle demeure un traité incomplet et en constante évolution. Des ententes complémentaires, comme la Paix des braves en 2002, ont été nécessaires pour ajuster les engagements initiaux. La gouvernance autochtone s’est renforcée, mais les enjeux de souveraineté et de consentement préalable persistent. Les Cris et les Inuit réfléchissent à la manière de concilier développement durable, autonomie et préservation culturelle, dans un contexte marqué par les pressions économiques et climatiques.

La CBJNQ a ouvert la voie à un dialogue de nation à nation, mais le chemin vers une véritable autodétermination reste long. Cinquante ans après, les Cris et les Inuit continuent de défendre leurs droits face aux défis contemporains.

Quant aux autres nations autochtones au Québec, il faut rappeler que la nation naskapie s’est entendue avec le Canada et le Québec en 1978 en ratifiant la Convention du Nord-Est (un modèle similaire à la CBJNQ). À part cette exception, il n’y a pas eu de traités modernes conclus depuis au Québec.

Quelques nations autochtones ont déposé leurs revendications territoriales et ont entamé des négociations avec le Canada et le Québec, certaines sont d’ailleurs assez avancées. Mais pour la plupart des autres nations autochtones au Québec, les conditions imposées par la politique des revendications territoriales du gouvernement fédéral et l’attitude inflexible du gouvernement du Québec face à la reconnaissance de leurs droits ne semblent pas répondre à leurs aspirations.

Lorsqu’on observe le tableau actuel avec les volontés affichées des gouvernements fédéral et du Québec d’accélérer la réalisation de plusieurs projets de développement de ressources naturelles et d’infrastructures, on peut se demander si le modèle de la CBJNQ pourra être reproduit à nouveau, tout en reconnaissant réellement les droits autochtones et en conservant le mode de vie des peuples concernés. À suivre.

Nadir André

On se souvient du choc ressenti depuis quelques années par les délégations autochtones à la vue de ces objets au Vatican.

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Ceci me rappelle une anecdote lors d’un de mes nombreux voyages au Mexique, puisque je suis un grand amateur d’histoire et d’archéologie. En visitant le musée sur l’histoire des Mayas à Mérida, les fameux codex que j’ai vus étaient exclusivement des copies, une note disait que les originaux étaient au Vatican. Quelle insulte pour un peuple…

J’étais littéralement outré et peinais à le croire. Quelques années plus tard j’ai visité Rome et bien sûr le Musée du Vatican. Quelle ne fut pas ma surprise de me retrouver par hasard (sans même les chercher) en face des authentiques codex. Une appropriation abusive que l’Église se permettait, sous prétexte de protéger ces oeuvres de la perdition.

Il est donc plus que temps que Rome remette dorénavant les objets culturels confisqués pour enrichir ses propres collections à travers les siècles et qu’elle remette à César ce qui a toujours appartenu à César.

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Vatican agrees to return Indigenous artifacts

The Vatican is returning 62 artifacts to Indigenous communities in Canada. Pope Leo is giving the items to the Canadian Conference of Catholic Bishops on Dec. 6. CBC’s Megan Williams joins from Vatican City with more.

A century-old Inuvialuit kayak once used for beluga and whale hunts, and 61 other cultural objects from First Nations, Métis and Inuit communities have long been held in Vatican Museums vaults.

But the cultural items will be returned to Canada on Dec. 6 after Pope Leo XIV gifted them to the Canadian Conference of Catholic Bishops (CCCB) on Saturday, said a joint statement by the Vatican and the conference.

The announcement was made following a meeting at the Holy See between the Pope and a CCCB delegation, including its president, Bishop Pierre Goudreault, Rev. Richard Smith, archbishop of Vancouver, and Rev. Jean Vézina, general secretary.

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Les chefs des Premières Nations, des Inuit et des Métis se rassembleront samedi à l’aéroport de Montréal pour accueillir des dizaines d’artefacts autochtones provenant des collections du Vatican.

Marc Miller, ministre canadien de l’Identité et de la Culture, sera également présent à l’aéroport à l’arrivée des 61 objets. Il a confié à La Presse canadienne être « ravi » de participer à ce retour.

M. Miller a auparavant occupé le poste de ministre des Relations Couronne-Autochtones et a contribué aux efforts de rapatriement.

Over five dozen items belonging to First Nations, Inuit, and Métis are one step closer to returning home.

Following three years of negotiations, 62 cultural items previously held in Vatican museums and vaults for a century are on their final leg to return to Canada.

“It is a positive step toward reconciliation,” said Cindy Woodhouse Nepinak, national chief of the Assembly of First Nations (AFN).

“It wasn’t easy but I’m glad that they’re coming home. Our residential school survivors, our elders, our chiefs have been calling for that for a long, long time.”

The majority of the items are still unknown but 14 items are of Inuit provenance, including an Inuvialuit kayak used to chase beluga whales, one is Métis, and the remaining belong to First Nations across Canada.

Last week, the AFN sent a delegation of elders, knowledge keepers and residential school survivors to Rome to hold ceremonies while the items were being packed for transport. They left Vatican City by truck for Frankfurt, Germany, earlier this week and will arrive by plane in Montreal Saturday afternoon.

A delegation from the Inuvialuit Regional Corporation and four First Nations youth are accompanying the items on the flight.

https://www.cbc.ca/news/indigenous/indigenous-cultural-belongings-return-to-canada-from-vatican-9.7005284

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