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Les artefacts sont arrivés. Radio-Canada a mis à jour son article

Après un siècle passé, pour certains, au Vatican, une soixantaine d’objets sacrés ou culturels sont de retour au Canada, accompagnés dans l’avion par quatre jeunes des Premières Nations et le directeur général de la Société régionale inuvialuit, Duane Ningaqsiq Smith. Il s’agit d’une journée exceptionnelle dans un voyage qui n’est pas fini, ont souligné les chefs autochtones.

« Quelle journée! » a lancé Natan Obed, le président de l’Inuit Tapiriit Kanatami (ITK), l’organisation qui représente les Inuit du Canada. « C’est un moment incroyable dans le temps », a-t-il poursuivi, à peine une heure après s’être recueilli un instant sur la boîte contenant le kayak inuvialuit plus que centenaire qui avait été récupéré par un évêque au cours des années 1920 dans les Territoires du Nord-Ouest et exposé au Vatican.

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« Pour l’autodétermination, il faut démanteler la Loi sur les Indiens »

La Loi sur les Indiens a été mise en place en 1876. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Adrian Wyld

Delphine Jung](Delphine Jung | Profil | Radio-Canada)

Publié à 4 h 00 HNE

Espaces autochtones

Fin de l’exemption fiscale, participation à l’économie, réorganisation du système politique des communautés… Dans son dernier livre, l’auteur Bob Joseph tente d’expliquer, point par point, pourquoi la Loi sur les Indiens doit être démantelée et comment. Malgré la complexité du sujet, il livre un ouvrage de vulgarisation essentiel, soutenu par de nombreux exemples concrets. Espaces autochtones en a discuté avec lui.

Bob Joseph est membre de la Nation Kwakwaka’wakw, qui se trouve essentiellement sur l’île de Vancouver. Il a récemment hérité d’un siège de chef au sein du clan Gayaxala (Oiseau-Tonnerre). Depuis 1994, il est le président-directeur général d’Indigenous Corporate Training Inc., une entreprise qui offre de la formation sur les relations avec les peuples autochtones.

Son plus récent ouvrage, 21 Things You Need to Know About Indigenous Self-Government : A Conversation About Dismantling the Indian Act (en anglais seulement), est la suite de son premier livre, 21 Things You May Not Know About the Indian Act.

EA : Pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre?

Étant autochtone, je suis impacté par la Loi sur les Indiens. Elle a modifié notre système de gouvernance, a interdit certaines de nos cérémonies traditionnelles, notre langue… Elle nous a privés de nos enfants. J’espère que ce livre aidera les Canadiens à comprendre notre point de vue.

EA : Votre livre parle de la nécessité de démanteler la Loi sur les Indiens, pouvez-vous nous expliquer pourquoi?

C’est nécessaire pour plusieurs raisons. D’abord, cette loi a été conçue dans le but d’assimiler les populations autochtones. Or, elle a produit l’effet inverse. Des études récentes montrent que l’assimilation des populations repose sur l’idée que, pour y arriver, il ne faut surtout pas les soumettre à des lois et des régimes différents des autres citoyens. Pourtant, c’est ce que le gouvernement a fait avec la Loi sur les Indiens.

Bob Joseph connaît la Loi sur les Indiens sur le bout des doigts. Il estime que pour atteindre l’autodétermination, les Autochtones doivent la démanteler.

Photo : Indigenous Corporate Training Inc.

La Loi sur les Indiens a aussi établi que le gouvernement fédéral doit assumer son obligation fiduciaire, c’est-à-dire de veiller sur nous jusqu’à notre assimilation. C’est pourquoi je pense qu’il sera probablement plus facile de démanteler la Loi sur les Indiens que de l’abolir, car il y a cette obligation légale.

De plus, le Canada est signataire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones qui reconnaît notre droit à l’autodétermination. Démanteler la Loi sur les Indiens vise l’autodétermination et l’autonomie gouvernementale, conformément à la déclaration de l’ONU.

EA : Vous expliquez dans votre livre que la Loi sur les Indiens a rendu les peuples autochtones tellement dépendants du gouvernement qu’ils ont oublié comment devenir autonomes. Pouvez-vous développer cette idée?

Avant l’arrivée des colons, nous étions des commerçants très actifs, des négociants internationaux. Nous étions travailleurs, mais aujourd’hui, nous ne pouvons pas participer à l’économie. Par exemple, si je veux acheter un camion, je dois trouver un cosignataire, sauf si je paie comptant. Et ça, c’est à cause de la Loi sur les Indiens, qui rend nos biens insaisissables. J’ai vraiment du mal à obtenir un prêt par moi-même. J’ai dû passer par ma femme, qui n’est pas autochtone, pour que ce soit plus facile.

Le dernier livre de Bob Joseph explique en détail en quoi la Loi sur les Indiens représente un important frein au développement des Autochtones.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

EA : Comment sortir de cette dépendance?

Je prends souvent l’exemple des Seminoles [une nation autochtone implantée en Floride, aux États-Unis, NDLR]. Ils ont commencé par organiser une soirée bingo. Puis il y en a eu deux, puis sept. Ça marchait très bien. Ils ont ensuite décidé d’acheter une salle de bingo, puis une autre, puis un vieux casino qui avait besoin d’un coup de jeune. Ils ont fini par acquérir la chaîne Hard Rock Cafe en 2006. C’était vraiment une décision d’indépendance. Et maintenant, leurs activités vont bien au-delà. On ne peut pas se permettre d’attendre l’aide d’avocats, de chercheurs et, en plus, faire face à un processus gouvernemental interminable. Nous pouvons faire quelque chose de similaire au Canada.

EA : Certaines communautés sont très éloignées, ce genre de projet n’est pas à leur portée…

Oui, une communauté du Nord aurait beaucoup plus de mal à construire un casino, mais ça ne veut pas dire qu’elle ne pourrait pas le faire en ligne. Elle a peut-être d’autres options, comme la construction de parcs éoliens, de projets hydroélectriques…

Les Séminoles de Floride détiennent de nombreux casinos, dont le Seminole Hard Rock Hotel & Casino Hollywood. (Photo d’archives)

Photo : Rob Olivera

En Colombie-Britannique, même les communautés les plus isolées reçoivent une part des droits de coupe pour les arbres abattus sur leur territoire. Ce sont donc des revenus très importants qui leur permettent d’acquérir et de créer des entreprises. C’est la même chose dans le secteur minier. Il faut penser autrement pour éviter d’attendre toujours après le gouvernement.

EA : Vous parlez de projets hydroélectriques ou de mines, mais certaines communautés ne souhaitent pas de tels développements sur leur territoire. Les Autochtones sont-ils condamnés à choisir entre environnement et développement économique?

Je pense que tout le monde peut trouver ses propres solutions. Nous voulons faire partie de l’économie canadienne sans pour autant soutenir le développement à tout prix. C’est d’ailleurs une valeur partagée par beaucoup de Canadiens. Nous devons donc trouver le juste milieu entre ce qui constitue un bon développement et ce qui n’en est pas un. S’opposer au développement nous enferme encore plus dans la Loi sur les Indiens.

La mine de Tata Steel s’étend sur deux provinces: le Québec et le Labrador.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

EA : Vous estimez, dans votre livre, que les ententes sur répercussions et avantages lors de négociation avec des industries minières ou forestières, par exemple, peuvent soutenir le développement des communautés. Mais on sait que les promesses faites dans ces ententes ne sont pas toujours respectées – comme c’est le cas entre Tata Steel et les Innus de Matimekush-Lac John. On promet aussi souvent des emplois, mais ces emplois sont souvent ceux tout en bas de la hiérarchie. Comment être sûr que ces ententes sont véritablement bénéfiques pour les Autochtones?

Ma réponse sera courte et simple : les communautés doivent trouver de meilleurs avocats! Ils pourraient négocier des pénalités si l’entreprise ne respecte pas certains points de l’entente. Par exemple, si l’entreprise propose dix emplois à 70 000 $ par an et qu’elle n’embauche que neuf autochtones, la communauté recevra 70 000 $ pour un fonds d’éducation, afin que les jeunes aient une chance d’accéder à des emplois plus qualifiés et d’intégrer l’entreprise. Il faut obtenir des engagements fermes et mettre en place des pénalités de retard.

La mine Red Chris, en Colombie-Britannique, appartient à l’entreprise Newmont. Cette dernière a signé une entente avec la nation Tahltan.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

EA : En quoi vouloir démanteler la Loi sur les Indiens est différent d’une volonté séparatiste?

Historiquement, une grande partie de nos relations repose sur des alliances militaires et économiques. Lors de la guerre de 1812 [entre les États-Unis d’un côté et le Haut et le Bas-Canada de l’autre, NDLR], nous avons fait appel à nos anciennes alliances. Et une fois encore, les Premières Nations ont combattu aux côtés du gouvernement colonial du Canada, même si elles savaient qu’elles allaient perdre leur statut en devant s’absenter pendant plus de 30 jours d’affilée. Si vous leur demandiez pourquoi ils avaient agi ainsi, ils répondraient : Nous avons un accord avec ce pays et avec personne d’autre.

Je plaisante souvent avec les gens en disant qu’une relation fondée sur un traité, c’est comme un mariage où le divorce est impossible. L’énorme majorité des Autochtones ne sont pas intéressés par la séparation avec le Canada.

La Loi sur les Indiens empêche les Autochtones de prendre en main leur destin, selon Bob Joseph. (Photo d’archives)

Photo : Fabiola Melendez Carletti/CBC

EA : Vous expliquez dans votre livre que les conseils de bande sont responsables devant le gouvernement et non devant les membres de la communauté et que ça pose un problème. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi?

Le chef de bande et le conseil sont élus par leur peuple, mais ils sont responsables devant Services aux Autochtones qui finance les soins de santé, le logement, l’éducation et d’autres programmes dans la communauté. Si les conseils de bande commencent à remettre en question le pouvoir du gouvernement fédéral, ils s’exposent à une réduction de leurs fonds, comme ça a été le cas à l’Assemblée des Premières Nations, lorsque le chef était Matthew Coon Come. Il avait fait sa campagne en disant : Si vous m’élisez chef national, je vais affronter le Canada et nous allons gagner. Et ça a plutôt bien marché. Il a remporté le siège de l’Assemblée des Premières Nations, mais, en quelques années, son budget a été réduit.

EA : Démanteler la Loi sur les Indiens aurait des conséquences sur l’exemption dont bénéficient les Autochtones vivant dans leur communauté concernant les taxes et impôts. Comment les convaincre que ça pourrait être dans leur intérêt d’en payer?

Si vous insistez pour obtenir une exemption fiscale, vous n’aurez pas accès aux marchés financiers. Il sera difficile pour vous de vous enrichir, si tel est votre objectif, ou même d’acheter une maison.

Les propos de cette entrevue ont été adaptés à des fins de concision et de clarté.

Projet de gazoduc : des chefs héréditaires mettent en garde les banques

Plusieurs panneaux de ce genre bordent les routes des différentes communautés gitxan du nord de la Colombie-Britannique. (Photo d’archives)

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Publié hier à 12 h 14 HNE

Espaces autochtones

Alors que les projets de gazoduc Prince Rupert Gas Transmission (PRGT) et de terminal d’exportation Ksi Lisims, en Colombie-Britannique, doivent faire l’objet d’un examen en vue d’obtenir rapidement les permis et les autorisations nécessaires, les chefs héréditaires gitanyow continuent d’afficher leur opposition. Ils exhortent les grandes banques à ne pas soutenir ces projets, au moyen d’une lettre approuvée par plus de 125 organisations de la société civile.

La lettre a été envoyée au début du mois de décembre à 43 banques et fonds de pension pour leur demander de respecter les droits des Gitanyow et les exhorter à ne pas financer le projet de gaz naturel liquéfié Ksi Lisims ou ses promoteurs.

Parmi les banques et fonds de pension visés, on trouve la Bank of America, BMO, BNP Paribas, la Deutsche Bank, Goldman Sachs, ou encore la Caisse de dépôt et placement du Québec.

La nation Nisga’a est partenaire de ce projet. Ses voisins, les Gitanyow, un peuple gitxan installé dans le nord de la Colombie-Britannique et dont une partie du territoire devrait être traversé par le gazoduc, s’y opposent depuis le début.

Des militants gitanyow ont brûlé l’accord concernant le projet de gazoduc pour marquer leur opposition au projet il y a quelques mois. (Photo d’archives)

Photo : Instagram Gitanyow chief

Depuis plusieurs mois, les chefs héréditaires, comme les plus jeunes, tentent d’informer la population concernant leurs préoccupations. Les Simigigyet’m Gitanyow (chefs héréditaires Gitanyow) forment un gouvernement autochtone traditionnel chargé de protéger les terres, les ressources et les lois de la nation gitanyow.

Les investisseurs qui envisagent de financer le projet Ksi Lisims LNG doivent savoir que ce projet est extrêmement risqué pour de nombreuses raisons et qu’il continue de faire face à une opposition croissante. Le message des Gitanyow est clair : nous continuerons à nous battre pour notre mode de vie et à nous opposer à des projets comme celui-ci qui menacent notre Lax’yip [territoire], indique la cheffe héréditaire Deborah Good, dans un communiqué de presse.

Deborah Good, la cheffe héréditaire de la Première Nation Gitanyow, est contre le projet de GNL Ksi Lisims, car elle craint l’impact qu’il aura sur la santé des résidents et des saumons de la région. (Photo d’archives)

Photo : La Presse canadienne / Ethan Cairns

Dans la lettre, dont Espaces autochtones a obtenu copie, les chefs héréditaires expliquent vouloir alerter ces institutions des impacts négatifs et des risques importants que le projet de gaz naturel liquéfié [GNL] Ksi Lisims fait peser sur [leurs] peuples et les ressources naturelles dont [ils dépendent].

Ils soulignent ainsi les risques financiers du projet.

Gitanyow a suivi la viabilité financière du projet et conclut qu’il n’est économiquement viable ni pour notre pays, ni pour les autres nations, ni pour aucun financier ou investisseur.

Une citation de Extrait de la lettre envoyée par les chefs héréditaires gitanyow

La viabilité financière du projet est sérieusement menacée par la hausse des coûts, le manque d’acheteurs engagés et les difficultés du marché du GNL. Une surabondance de GNL, largement anticipée, risque d’éroder les revenus du projet, notamment en raison du manque d’accords d’achat à long terme, ce qui accroît considérablement le risque de crédit et de défaut de paiement pour les financiers et les investisseurs en actions du projet, peut-on lire dans la lettre.

Le projet comprendrait un pipeline pour acheminer le gaz depuis le bassin sédimentaire de l’Ouest canadien vers une usine de liquéfaction flottante sur la côte pacifique.

Photo : Gracieuseté : Ksi Lisims LNG

Les auteurs remettent aussi en question les projections qui ont été faites à l’époque, le projet étant envisagé depuis plusieurs années.

Selon eux, elles ont été calculées sur la base d’une étude obsolète réalisée dans un contexte économique très différent.

Une bataille juridique perdue

En février 2025, la Première Nation Gitanyow a saisi la Cour suprême de la Colombie-Britannique en raison des menaces que le projet fait peser sur les populations de saumons du bassin hydrographique de la Nass, de ses impacts climatiques, du caractère insuffisant des consultations et de l’absence de consentement des Autochtones.

Dans sa requête, elle demandait l’annulation de la décision du Bureau d’évaluation environnementale de la Colombie-Britannique de ne pas consulter la Première Nation Gitanyow au sujet du projet.

Gitanyow n’a pas obtenu gain de cause.

Le 15 septembre, le gouvernement de la Colombie-Britannique a donné son certificat d’évaluation environnementale au projet.

Ils soulignent également l’absence de leur consentement concernant ce projet, en rappelant les principes dictés par la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, adoptés par le Canada.

La lettre détaille les craintes des Gitanyow concernant la population de saumons dans le secteur visé. Ils estiment que ce terminal détruirait ou modifierait plus de 100 000 mètres cubes d’habitat du saumon.

Un soutien important

Les chefs héréditaires de Gitanyow ne sont pas les seuls à s’opposer au projet de gazoduc et de terminal. La communauté de Lax Kw’alaams et la Première Nation Metlakatla, situées toutes deux dans le nord-ouest de la Colombie-Britannique, ont déposé des recours judiciaires distincts devant la Cour fédérale en octobre.

Elles allèguent que le ministre de l’Environnement et du Changement climatique de la Colombie-Britannique a ignoré leurs préoccupations concernant les impacts négatifs du projet.

La communauté de Gitwinksihlkw est une communauté nisga’a.

Photo : Radio-Canada / Delphine Jung

Le Conseil de la nation Haïda, dont les membres sont installés sur la côte pacifique, a aussi déclaré son opposition à l’augmentation du trafic de méthaniers dans ses eaux côtières, et donc, son opposition au projet.

Les chefs héréditaires ont d’ailleurs eu le soutien de différents organismes, comme Amnistie internationale (section Canada), Climate action network Canada, la Fondation David Suzuki, ou encore Greenpeace.

Ils demandaient une réponse à leur lettre dans un délai de deux semaines. À la publication de ce texte, les chefs héréditaires n’avaient pas répondu à nos questions concernant un éventuel retour de la part des institutions destinataires.

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