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Avec toute cette incohérence et la confusion qui transpire dans l’équipe Trump concernant la guerre d’Iran, on constate une fois de plus le haut niveau d’amateurisme et d’inexpérience du gouvernement Trump et l’équipe qui l’entoure.

Conflit au Moyen-Orient Une guerre qui divise MAGA

(New York) L’effet drapeau n’est pas au rendez-vous. Selon les premiers sondages, la majorité des Américains désapprouvent les frappes américaines contre l’Iran. Ils résistent ainsi au réflexe traditionnel d’appuyer la décision d’un président de partir en guerre. Sur ce plan, la guerre de Donald Trump contre l’Iran est aux antipodes de celles de George W. Bush contre l’Afghanistan et l’Irak, du moins au début.

Mais l’effet drapeau est aussi absent chez plusieurs influenceurs de droite. Et cela inclut certaines têtes d’affiche du mouvement MAGA, de Megyn Kelly à Tucker Carlson en passant par Candace Owens.

Megyn Kelly, animatrice d’un populaire balado, a martelé lundi l’un des arguments les plus souvent entendus depuis le début de l’opération Epic Fury au sein de cette droite qui semble encore croire aux principes de « l’Amérique d’abord » énoncés par Donald Trump lui-même.

« Il existe des divergences considérables quant à ce que nous avons fait [en Iran] », a déclaré l’ancienne star de Fox News. « Mais mon sentiment personnel est que personne ne devrait mourir pour un pays étranger. »

Je ne pense pas que ces [six] militaires soient morts pour les États-Unis. Je pense qu’ils sont morts pour l’Iran et pour Israël.

Megyn Kelly, lundi, dans son balado

Rubio met le feu aux poudres

Le conflit au Moyen-Orient intervient au moment où Israël est critiqué aux États-Unis tant par la gauche que par une partie de la droite. Les critiques visent l’État juif non seulement pour ses actions dans la bande de Gaza, mais également pour son influence sur la politique étrangère américaine. Chez certains tenants du mouvement MAGA, dont l’influenceuse Candace Owens, elles virent à l’antisémitisme.

Mais le secrétaire d’État, Marco Rubio, n’a pas aidé la cause de l’administration Trump lundi en soulignant le rôle d’Israël dans la décision de Donald Trump de donner le feu vert à des frappes américaines contre l’Iran.

Résumé

« Le président a pris une décision très sage : nous savions qu’Israël allait passer à l’action », a déclaré le chef de la diplomatie américaine avant de rencontrer des parlementaires au Capitole. « Nous savions que cela précipiterait une attaque contre les forces américaines, et nous savions que si nous ne les attaquions pas de manière préventive avant qu’ils ne lancent ces attaques, nous subirions des pertes plus importantes. »

Matt Walsh, commentateur et animateur de balado pro-Trump, a réagi avec stupéfaction à la déclaration du secrétaire d’État.

Il nous dit donc clairement que nous sommes en guerre avec l’Iran parce qu’Israël nous y a contraints. C’est en gros la pire chose qu’il pouvait dire.

Matt Walsh, dans une publication sur X

C’était aussi le énième argument présenté par Donald Trump et ses conseillers pour justifier une décision qui contredit la promesse du président de ne pas entraîner les États-Unis dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient.

Objectifs peu clairs

Le commandant en chef a dit tout et son contraire concernant les objectifs et la durée de l’opération. Après avoir évoqué des frappes de « quatre ou cinq jours », il a parlé d’une intervention de « quatre à cinq semaines », sinon plus.

Et après avoir mentionné parmi ses objectifs le renversement de la théocratie iranienne, il a soudainement cessé d’en parler.

Pour certains supporteurs du président, cette incapacité à définir clairement les objectifs de l’intervention militaire est source d’inquiétudes.

Inquiétudes exprimées lundi sur X par Sean Davis, fondateur du site The Federalist, qui a l’habitude d’appuyer aveuglément Donald Trump : « L’absence de message cohérent semble suggérer l’absence d’objectif cohérent. »

Bien sûr, des influenceurs MAGA appuient la guerre de Donald Trump contre l’Iran. Le commentateur Michael Knowles a traduit lundi la confiance totale de certains d’entre eux envers le président.

« Que veut Trump par rapport à l’Iran ? », a-t-il demandé dans son balado. « Éliminer les armes nucléaires ? Libérer le peuple ? Répandre la démocratie ? Pas vraiment. Je pense qu’il veut remodeler l’ordre mondial d’une manière qui profite à l’Amérique. Sa grande stratégie consiste à rendre à l’Amérique sa grandeur. »

Il est évidemment encore trop tôt pour savoir quel effet aura cette guerre sur les élections de mi-mandat. Cependant, on sait déjà que les républicains sont moins enthousiastes que les démocrates à l’idée de se rendre aux urnes en novembre. Il y a un écart important de 14 points de pourcentage entre les deux partis sur cette question.

L’économie explique en partie ce manque d’enthousiasme, de même que les dossiers Epstein, dont la gestion par le département de la Justice a déçu des partisans de Donald Trump. À ces facteurs, il faudra peut-être ajouter une guerre au Moyen-Orient.

Question : « Que cherche à accomplir Donald Trump en ce qui a trait à Cuba ? », demande Diane Bienvenue.

Réponse : Le président américain veut mettre fin au régime communiste à Cuba, objectif poursuivi par la plupart de ses prédécesseurs, à commencer par Dwight Eisenhower en 1960. Le blocus pétrolier auquel il soumet l’île s’inscrit dans cet objectif. Et ses interventions au Venezuela et en Iran, qui ont éliminé deux autocrates, semblent lui faire croire qu’il parviendra aussi à ses fins à Cuba.

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Conflit au Moyen-Orient/ Les leçons oubliées

Après les fiascos qu’ont été les guerres du Viêtnam, d’Irak et d’Afghanistan, les États-Unis ont tiré deux leçons quant à la doctrine sur les conflits armés à l’étranger. D’abord, que toute intervention armée doit avoir des objectifs clairs. Ensuite, qu’il faut un plan de sortie lorsque ces objectifs sont atteints.

Mais l’intervention américaine en Iran s’amorce en ne tenant compte ni de l’une ni de l’autre de ces leçons.

Ainsi, samedi, le président Donald Trump disait vouloir « donner aux Iraniens la chance de se donner le gouvernement qu’ils souhaitent » et de prendre les commandes de leur destin. Comme s’il allait être facile de reconstruire un gouvernement sur un champ de ruines.

Dimanche, il déclarait au New York Times qu’il avait repéré « trois excellents choix » qui pourraient diriger le pays. Puis, lundi, il disait au réseau ABC que les frappes américaines avaient « si bien réussi qu’ils sont tous morts ».

Combien de temps cette intervention américaine pourrait-elle durer ? « Whatever it takes » (le temps qu’il faudra), a dit le président lundi lors d’une cérémonie de remise de médailles. Plus précisément, il a parlé d’au moins quatre ou cinq semaines, « peut-être plus ».

En bref, les objectifs de l’administration Trump sont tout sauf clairs et, bien entendu, le plan de sortie n’existe tout simplement pas à l’heure actuelle.

On est dans le même « whatever it takes » qui a déjà embourbé les forces américaines dans les jungles du Viêtnam et les déserts d’Irak.

Il n’y a pas eu, encore une fois, de débat public au Congrès sur les avantages et inconvénients potentiels d’une intervention américaine dans la poudrière du Moyen-Orient, et ce, même si la Constitution américaine stipule que c’est le Congrès qui a le pouvoir de déclarer la guerre. Ce qui fait que la responsabilité politique, si les choses devaient mal tourner, sera celle de M. Trump et de personne d’autre.

Résumé

Il n’est évidemment pas question de considérer l’Iran comme un acteur pacifique et positif sur la scène internationale. Il s’agit d’un État voyou, l’un de ceux qui soutiennent le plus des groupes terroristes.

Mais on doit poser la question : une fois le régime des mollahs décapité, qu’est-ce qui va empêcher qu’un autre groupe – possiblement encore plus radical – ne s’installe au pouvoir en Iran ?

Ce qui pose aussi la question de l’occupation de l’Iran. L’expression à la mode à Washington ces jours-ci est « no boots on the ground » (pas de soldats américains sur le terrain). Sauf qu’on ne peut pas changer un régime juste en lâchant des bombes, sans une forme ou une autre d’occupation du territoire. Historiquement, en tout cas, cela n’est jamais arrivé.

Donc, combien de temps les militaires américains occuperont-ils l’Iran ? Mystère.

C’est d’ailleurs le principal problème du président. Il est en train de faire exactement le contraire de ce qu’il avait promis pour se faire élire. L’envoi de troupes au sol en Iran risque de diviser son mouvement MAGA comme aucun autre sujet ne saurait le faire. L’un des credo du mouvement est America First, ce qui implique de ne pas envoyer de jeunes Américains mourir dans un autre Viêtnam à de prétendues fins stratégiques.

« Je ne vais pas commencer de nouvelles guerres, je vais arrêter des guerres », avait-il dit le soir de sa réélection, le 6 novembre 2024.

On peut certainement dire que M. Trump n’est pas l’instigateur de cette guerre. Il est clair qu’il s’est rendu aux arguments du premier ministre israélien, Benyamin Nétanyahou, qui stratégiquement est le grand gagnant de cette opération militaire. Les États-Unis voulaient détruire les armes nucléaires iraniennes, mais l’objectif stratégique d’Israël était plus ambitieux, soit de démanteler le régime politique des mollahs.

Mais toute opération militaire comporte des risques : on sait quand ça commence, mais pas comment cela pourrait finir.

En Iran même, la situation reste incertaine et le régime est encore capable de se défendre, comme en fait foi l’attaque de missiles contre l’ambassade des États-Unis en Arabie saoudite et le consulat des États-Unis à Dubaï.

Sans compter que l’on commence déjà à voir le conflit s’étendre au Liban, dans les États du golfe Persique et dans l’ensemble de la région. Encore une fois, on ne sait pas comment cela pourrait finir.

La situation pourrait donc se retourner contre M. Trump, tant sur le plan militaire et diplomatique que sur le plan de la politique intérieure. La fermeture, dans les faits, du détroit d’Ormuz, par lequel passe 20 % de la production mondiale de pétrole, signifie que les prix de l’essence à la pompe vont augmenter, ce qui fera monter le taux d’inflation. Sans oublier ceux qui ont cru à son America First et qui se sentent aujourd’hui trahis.

Dans une année électorale aux États-Unis, c’est une crise sur plusieurs tableaux que Donald Trump a créée et qu’il ne pourra pas éluder.

Analyse, Guerre en Iran : où est la Russie?

Alliée de longue date de Téhéran, Moscou a critiqué les attaques menées par les États-Unis et Israël, mais ne donne pas l’impression de vouloir s’impliquer davantage dans le conflit.

La Russie perd ses alliés

En décembre 2024, le régime de Bachar Al-Assad s’effondre en Syrie. Celui qui a imposé son règne pendant plus d’une décennie de guerre civile est finalement chassé de Damas après une campagne éclair de forces de l’opposition.

La Russie, notamment présente sur la base navale méditerranéenne de Tartous, a fortement contribué aux succès initiaux de Bachar Al-Assad, qui lui ont permis de demeurer en place pendant autant d’années.

Mais quand le régime est tombé, Moscou, dont les efforts et les ressources étaient concentrés depuis deux ans en Ukraine, ne s’est pas porté à la défense de son protégé, si ce n’est qu’en offrant à Assad de s’exiler dans la capitale russe, où il vit toujours.

Plus récemment, le Kremlin a condamné la capture par les forces américaines du président vénézuélien Nicolas Maduro, sans néanmoins se porter à la défense d’un pays longtemps perçu comme étant le plus fidèle allié russe dans la région.

D’ailleurs, si des représentants du gouvernement russe se sont exprimés depuis samedi, le président russe Vladimir Poutine, lui, n’a pas pris la parole pour dénoncer le conflit au Moyen-Orient, si ce n’est que pour offrir ses condoléances pour la mort de l’ayatollah Khamenei.

Et la Chine?

Les critiques contre les frappes menées par Israël et les États-Unis sont également venues de Pékin.

Depuis des années, la Chine entretient aussi des liens étroits avec Téhéran. L’évacuation de quelque 3000 ressortissants chinois qui se trouvaient toujours dans le pays, après les premières attaques de samedi, en est un rappel.

En 2021, les deux pays ont signé un partenariat stratégique de centaines de milliards de dollars pour les 25 prochaines années, prévoyant entre autres l’inauguration d’un chemin de fer de milliers de kilomètres reliant Xi’an, en Chine, à Téhéran.

Sur le plan énergétique, la Chine importe chaque jour environ 1,4 million de barils de pétrole brut iranien.

Le pétrole iranien exporté se rend majoritairement vers la Chine

Photo : Reuters / Darley Shen

Mais le régime iranien est plus dépendant de la Chine que l’inverse. Le brut iranien destiné au marché chinois ne représente que 13 % à 14 % des importations de Pékin, alors qu’il consiste en 80 % des exportations pétrolières de l’Iran, qui fait face à des sanctions de la part de pays occidentaux.

La Chine dispose non seulement d’autres partenaires, mais aussi d’autres priorités. Pékin se prépare à la fin du mois à la visite très attendue du président américain, Donald Trump, celui-là même qui a autorisé les frappes contre l’Iran.

Plutôt qu’adopter une attitude conflictuelle sur le dossier iranien, le président chinois, Xi Jinping, préférera peut-être interpeller son homologue sur des dossiers chers à son pays, comme celui des tarifs douaniers.

Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wag Yi, le vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergey Ryabkov, et le vice-ministre des Affaires étrangères iranien, Kazeem Gharibabadi.

Photo : Getty Images

Révélatrice des dynamiques au Moyen-Orient, cette guerre donne des indications sur certaines dynamiques qui vont bien au-delà de la région. Du pragmatisme de Pékin… à l’influence de plus en plus limitée d’une Russie aux prises avec un conflit coûteux humainement et militairement en Ukraine.

Selon Chatham House, un groupe de pression britannique, le seul avantage que peut éventuellement tirer Moscou du conflit qui secoue actuellement le Moyen-Orient serait de profiter au maximum de la distraction américaine dans l’espoir de priver Kiev de tout oxygène médiatique et faire oublier la guerre en Ukraine.

Ironiquement, les difficultés que rencontre son allié iranien pourraient même bénéficier à Moscou. La guerre a un impact à la hausse sur les cours mondiaux du pétrole, dont dépend la Russie pour financer ses efforts de guerre en Ukraine.

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La caricature de Côté

Par André-Philippe Côté, Le Soleil

4 mars 2026 à 04h00

(André-Philippe Côté/Le Soleil)

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Conflit au Moyen-Orient/ Carney n’exclut pas d’impliquer le Canada

Un missile balistique abattu par l’OTAN, un navire iranien coulé par les États-Unis en zone internationale et des forces militaires déployées au Liban. L’offensive américano-israélienne contre l’Iran a encore pris de l’ampleur mercredi. Et le Canada n’exclut pas totalement de participer au conflit.

Le Canada pourrait-il s’impliquer militairement dans ce conflit en croissance ? Mark Carney a refusé d’écarter la possibilité, en conférence de presse.

« On ne peut jamais exclure catégoriquement une participation », a statué le premier ministre, en anglais.

« Les États-Unis et Israël ont décidé de mener des actions offensives sans consultation avec le Canada ou aucun autre allié, et ça, nous ne le soutenons pas. Mais nous défendrons toujours les Canadiens et soutiendrons nos alliés lorsqu’ils feront appel à nous », a-t-il poursuivi.

L’élu s’adressait aux médias en compagnie de son homologue australien, Anthony Albanese, à qui il rendait visite dans le cadre d’une vaste mission commerciale internationale.

Mark Carney souhaite une désescalade des hostilités. Une avenue toutefois impossible, selon lui, tant que l’Iran demeure apte « à développer l’arme nucléaire » et à « exporter le terrorisme ».

Sa position contraste avec celle de l’ex-premier ministre canadien Jean Chrétien face à l’offensive américaine en Irak, en 2003. M. Chrétien avait catégoriquement refusé de se joindre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne dans leur offensive contre l’Irak de Saddam Hussein. Il avait soutenu sa décision en invoquant l’absence d’appui des Nations unies.

L’OTAN s’en mêle

La tension ne fait que monter, cinq jours après les premières salves américano-israéliennes. D’habitude préservées du tumulte de la région, des villes comme Dubaï et Riyad se retrouvent également plongées dans le chaos, entre ambassades des États-Unis fermées, touristes bloqués, milliers de vols annulés, raffineries et pétroliers visés.

Affaiblissement progressif

La réponse de Téhéran aux offensives s’affaiblit, s’enthousiasme la Maison-Blanche. Selon ses prévisions, l’armée américaine prévoit avoir le contrôle « total » de l’espace aérien iranien dans les heures à venir.

Les tirs de missiles balistiques iraniens sont en très forte baisse, « de 86 % par rapport au premier jour des combats », a statué mercredi le chef d’état-major américain Dan Caine.

Si la force de frappe iranienne est bel et bien affaiblie, les « possibilités d’escalade régionale seront réduites », estime le professeur en science politique de l’UQAM Justin Massie.

Il est aussi possible que [les forces iraniennes] fourbissent leurs armes pour mener des actions plus importantes, des essaims ou des nuées de drones et de missiles pour avoir une capacité de pénétrer les défenses aériennes des pays qu’ils visent.

Justin Massie, professeur en science politique de l’UQAM

L’armée israélienne prévoit poursuivre ses frappes contre l’Iran pendant « au moins » une ou deux semaines, ont rapporté mercredi plusieurs médias israéliens.

Les forces israéliennes ont pénétré mercredi dans plusieurs localités et villages frontaliers relevant de la juridiction des Casques bleus dans le sud du Liban.

Le Hezbollah a affirmé que ses combattants étaient engagés dans des affrontements « directs » avec des soldats israéliens entrés dans la ville libanaise de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël.

« Après avoir traqué » une unité de l’armée israélienne qui « tentait d’avancer » à l’intérieur de la ville, les combattants du Hezbollah « ont fait détoner un engin explosif et se sont engagés dans des affrontements directs » avec les soldats israéliens, selon un communiqué du mouvement.

L’OTAN s’en mêle

Il n’en demeure pas moins que l’Iran continue de se défendre. Un missile balistique y a été tiré vers l’espace aérien turc. Sa course a été freinée par les systèmes de défense de l’OTAN, positionnés en Méditerranée orientale. L’incident n’a fait ni victimes ni blessés.

« L’OTAN se tient fermement aux côtés de tous les alliés, y compris la Turquie, au moment où l’Iran poursuit ses attaques indiscriminées dans toute la région », a commenté la porte-parole de l’organisation Allison Hart.

Le missile ne visait pas la Turquie, mais plutôt une base militaire à Chypre, a confirmé un responsable turc sous le couvert de l’anonymat à l’AFP.

Lorsqu’un de ses membres est attaqué, l’OTAN peut invoquer l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. Celui-ci prévoit qu’une attaque contre l’un d’eux est considérée comme une attaque contre tous, et engage les alliés à appuyer la partie attaquée.

Dans ce cas-ci, il serait surprenant que cet article soit invoqué, puisque la Turquie n’a pas été directement ciblée, croit M. Massie. « S’il y avait eu une salve de dizaines de missiles iraniens s’attaquant directement à la Turquie, oui, ça aurait été considéré », explique le spécialiste en conflits armés.

Il est plus probable, à son avis, que l’OTAN ait recours à l’article 4, qui permet d’entamer des discussions d’urgence pour évaluer une situation, sans déclencher automatiquement d’action militaire.

« Illégal », encore

Pendant ce temps, les États-Unis se sont félicités d’avoir coulé un bateau de guerre iranien dans l’océan Indien, causant la mort de 87 marins. Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage de la frégate iranienne Dena au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d’équipage ont décrit comme une explosion.

« Un sous-marin américain a coulé un navire de guerre iranien qui pensait être en sécurité dans les eaux internationales. Au lieu de quoi il a été coulé par une torpille », a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. Selon lui, il s’agissait d’une première attaque du genre depuis la Seconde Guerre mondiale.

L’assaut soulève son lot de questions, puisqu’il a été effectué dans des eaux internationales, à l’encontre de principes de droits internationaux importants.

Reste que l’attaque demeure un élément d’illégalité parmi tant d’autres depuis le lancement du conflit, rappelle Justin Massie.

« Et ce n’est pas le pire. Dans la hiérarchie de l’illégalité, tuer un leader d’un pays et mener un changement de régime par voie d’armements me paraît pire », relativise-t-il.

Même s’il est difficile de statuer si l’attaque était un « crime de guerre », il est illégal aux yeux de la Charte des Nations unies et du droit international humanitaire, corrobore la spécialiste en droit international rattachée à l’Université Notre Dame Mary Ellen O’Connell.

« De plus, il est clair que les États-Unis ne sont pas restés sur place pour secourir les survivants. Cela constitue une violation des normes maritimes et du principe d’humanité qui s’applique en toutes circonstances en temps de guerre », souligne-t-elle.

Les sénateurs républicains derrière Trump

Du côté des États-Unis, une résolution visant à limiter les pouvoirs de Donald Trump dans la guerre a été rejetée mercredi au Sénat américain. La majorité républicaine soutient massivement l’opération du président au Moyen-Orient.

Avant même le déclenchement du conflit, le sénateur démocrate Tim Kaine avait présenté une résolution pour « ordonner le retrait des forces armées américaines des hostilités contre la République islamique d’Iran qui n’ont pas été autorisées par le Congrès ».

Par ailleurs, l’armée américaine a tué le chef d’une unité iranienne qui a tenté d’assassiner Donald Trump, a affirmé Pete Hegseth mercredi. « L’Iran a essayé d’assassiner le président Trump, et le président Trump a eu le dernier mot », a-t-il martelé, sans toutefois offrir plus de détails.

Avec la collaboration d’Anouchka Debionne, La Presse, et l’Agence France-Presse

Firme d’intelligence artificielle Anthropic/ Le robot répudié par Trump est pourtant utile aux militaires

Quelques heures après avoir ordonné à toutes les agences gouvernementales de cesser « immédiatement » d’utiliser les technologies de la firme d’intelligence artificielle Anthropic, les États-Unis ont lancé une vaste opération militaire contre l’Iran… avec l’aide du robot conversationnel Claude, créé par Anthropic.

Résumé

Comment l’intelligence artificielle a-t-elle été utilisée pour mener les frappes contre l’Iran ?

Pour pouvoir attaquer 1000 cibles en 24 heures, les militaires américains ont eu recours à un système informatique qui a analysé des tonnes de données extraites de satellites, d’activités de surveillance sur le terrain, de cartes géographiques. Ce système informatique, baptisé Maven Smart System, a été mis au point par Palantir, un développeur spécialiste de l’analyse de données. Le robot conversationnel d’intelligence artificielle Claude, créé par la firme Anthropic, est intégré au système Maven et permet, par exemple, de suggérer les meilleures cibles à attaquer à partir des données compilées par ce dernier.

Anthropic savait-elle que son robot Claude était utilisé par l’armée américaine ?

Oui, puisque Claude a commencé à être intégré au système Maven en 2024 et qu’un contrat a été signé en 2025. Mais en janvier dernier, Anthropic a demandé des précisions sur l’utilisation de sa technologie par les militaires américains. Des informations ont révélé que le robot Claude avait été utilisé dans l’opération menée au Venezuela pour capturer le président Nicolás Maduro. La semaine dernière, Anthropic a exigé que sa technologie ne soit pas utilisée pour la surveillance de masse des Américains ou le déploiement d’armes entièrement autonomes.

Cette intervention d’Anthropic a ulcéré la Maison-Blanche. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a dit vouloir que les forces armées puissent utiliser les systèmes d’intelligence artificielle comme Claude sans restriction. Le 27 février, en réponse à Anthropic qui a refusé d’accepter ces conditions, le président Donald Trump a annoncé sa décision de « cesser immédiatement » de faire affaire avec la firme, tout en accordant une période de transition de six mois. « Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas et nous ne travaillerons plus avec eux », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.

Quelques heures plus tard, les premières salves américaines et israéliennes frappaient l’Iran.

L’utilisation du robot Claude dans le système informatique employé pour mener les frappes en Iran est-elle contraire à l’accord initial conclu entre Anthropic et le département de la Défense ?

Difficile de dire où se trouve précisément la ligne que la firme d’intelligence artificielle refuse de franchir. La semaine dernière, le responsable de la technologie au Pentagone, Emil Michael, déclarait au réseau CBS que les militaires utilisaient déjà ces systèmes en accord avec la loi américaine qui l’empêche d’exercer une surveillance de masse des citoyens américains. « Rendu à un certain niveau, vous devez faire confiance à votre armée pour qu’elle fasse la bonne chose », avait déclaré Emil Michael. « Mais nous devons nous préparer pour l’avenir », avait-il ajouté pour justifier le refus des autorités de s’engager par écrit à ne pas faire de la surveillance de masse ou pour opérer des armes entièrement autonomes.

Pour Sarah Kreps, spécialiste des nouvelles technologies à l’Université Cornell, « les entreprises qui choisissent de travailler avec des entrepreneurs de la défense et le département de la Défense doivent s’attendre à ce que leurs technologies soient utilisées dans des systèmes militaires opérationnels. C’est l’objectif de bon nombre de ces programmes. Lorsqu’un logiciel est intégré à une plateforme de défense, en particulier une plateforme conçue pour le ciblage ou l’analyse du champ de bataille, il devient inévitablement partie intégrante des décisions liées à la guerre ».

Mais les développeurs d’IA ont aussi une certaine responsabilité quant à l’utilisation de leurs systèmes, dit-elle. Ces clarifications doivent faire l’objet de négociations avant que leurs modèles ne soient intégrés dans des plateformes militaires. Mais comme l’intégration de l’IA dans les infrastructures militaires se fait très rapidement, l’influence des développeurs s’en trouve diminuée.

Est-ce que ce conflit avec le gouvernement américain nuira à Anthropic ?

D’autres développeurs d’IA ont profité de ce conflit pour se rapprocher du gouvernement américain. C’est le cas du compétiteur d’Anthropic, OpenAI, qui a conclu un accord avec le département de la Défense au moment même où Donald Trump répudiait publiquement Anthropic. Lors d’une rencontre avec ses employés, mardi, le PDG Sam Altman a indiqué que l’agence fédérale ne souhaitait pas qu’OpenAI exprime son opinion sur le bien-fondé de certaines actions militaires, selon ce qu’une source a confié au Washington Post.

Mais les citoyens américains, eux, semblent plutôt appuyer Anthropic. Dans la dernière semaine, le robot Claude a, pour la première fois, dépassé son rival ChatGPT (d’OpenAI) pour le nombre de téléchargements de leurs applications mobiles aux États-Unis.

Avec The Washington Post et Associated Press

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Carney est passé bien rapidement de la position “l’ordre mondial basé sur le droit était un leurre mais on, le Canada, va essayer de le rétablir" a la position “si les USA ne respectent pas le droit international dans des guerres impérialistes on va les soutenir”…

C’est pas comme si certains d’entre nous l’avait pas dit que le discours de Davos n’était juste que du spectacle…

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Carney est un peu coincé dans sa position. L’Iran a tiré un missile sur la Turkie, et ce pays est membre de l’OTAN.

Soit que l’OTAN est crédible (possible réponse obligatoire à une attaque sur la Turkie), soit qu’elle ne l’est pas (ce que Trump déclare).

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Nouvelle analyse de Stephan Bureau aujourd’hui sur le conflit en cours en Iran:

L’alternative c’est quoi? Refuser catégoriquement et risquer que Trump nous impose un embargo? L’Espagne le fait parce qu’elle est protégée par l’Union Européenne, mais malheureusement nous n’avons pas ce luxe.

Carney peut aussi dire qu’il appuiera les États-Unis et au final faire le minimum possible sans envoyer de soldats là-bas, ce serait une stratégie plus intelligente que se mettre Donald Trump à dos.

L’autre point important, c’est l’importance de nos relations avec Israel et les pays du Golfe, la Turquie, Chypre. Dans cette optique ça a plus de sens de s’impliquer, ne serait-ce que pour protéger nos alliés.

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Comme rien n’est normal avec Trump, mieux vaut justement demeurer prudent dans nos choix et garder le profil bas, en attendant de régler nos contentieux avec les USA. Personnellement je crois que respecter les lois internationales sont la première priorité, car il faut toujours avoir un regard sur le long terme. Ensuite respecter nos engagements avec nos partenaires, dont l’OTAN, sont essentiels car ils nous servent de parapluie pour contrer les humeurs changeantes du président américain, sans pour autant faire de l’aplatventrisme.

Autre point également: les négociations de l’ACEUM sont en cours, donc ce n’est vraiment pas le bon moment de se mettre à dos les États-Unis.

Et de plus, l’Iran, depuis 5-10 ans était devenu en quelque sorte la cour arrière du parti communiste chinois en exportant son pétrole en Chine (qui est devenue son principal client) et l’alliée de la Russie dans la guerre en Ukraine en fournissant activement notamment munitions, missiles et drones aux troupes russes. Et pendant ce temps le Canada donne des milliards pour supporter l’Ukraine.

Donc si le Canada venait à dire qu’elle s’oppose au renversement du régime des Mollahs, simplement pour vouloir fourrer son doigt dans l’oeil de Trump (puisque la haine de Trump semble avoir pris le dessus sur le pragmatisme au Canada et au Québec), ça viendrait à être une contradiction profonde avec ses positions passées, surtout que le Canada considère les Gardiens de la Révolution (IRGC), les groupes comme le Hezbollah et le Hamas (soutenus par le régime des Mollah) comme organisations terroristes. Et de plus, nous devrions rappeler également que ce régime des Mollahs a tenu, ou tient encore, des citoyens canadiens comme otages et prisonniers en Iran.

Malheureusement, les lois internationales sont devenues désuètes depuis bien longtemps. On ne cesse d’évoquer “le droit international”, mais qu’est-ce que réellement le droit international s’il ne fait rien contre des régimes totalitaires et mafieux, comme le régime des Mollah en Iran qui ne cesse d’opprimer et massacrer sa propre population et qui a une vision apocalyptique du monde avec son fanatisme religieux? On parle de 30 000 citoyens iraniens massacrés par la “police des moeurs” et les gardiens de la révolution en janvier et février dernier, simplement parce-que les hommes et les femmes iraniennes demandaient plus de liberté…

Et dire cela n’est pas une caution de ce que font Trump et les États-Unis, puisqu’ils viennent de mettre leurs doigts dans un baril de poudre qui est prêt à exploser en tout temps. Mais le Moyen-Orient a malheureusement toujours été ainsi, et je peux l’affirmer, ayant vécu là-bas et voyant comment les sociétés fonctionnent là-bas…

Je pointe tout simplement du doigt que le discours de Davos était du pur spectacle sans aucun fond de réalité, ce que nous étions déjà de nombreux à réaliser à l’époque.

Protéger nos “alliés” d’avoir attaqué un pays souverain, en dehors de tout droit international ? Est-ce que ce genre de raisonnements s’applique aux alliés de la Chine et de la Russie aussi ?

Au moins, je dois reconnaitre à la période tragique que nous vivons, la fin de l’hypocrisie occidentale prétendument basée sur la défense des “droits et libertés fondamentales” contre les autocraties. On peut tous constater qu’il n’a jamais été question de “démocratie” ou de “libertés” dans les interventions occidentales, mais bien de défenses d’intérêts économiques.

Je crois qu’il y a une grosse nuance à apporter quand même… On peut très bien critiquer l’attaque initiale (et c’est ce que Carney a fait au début), mais le résultat est là. On est embarqué la dedans parce que maintenant les Émirats Arabes Unis, l’Arabie Saoudite, le Qatar, Bahreïn, la Jordanie, le Kowaït, Chypre, sont attaqués par l’Iran…

Je crois qu’on est dans une bien mauvaise posture malheureusement, parce qu’on est obligé de contribuer à une guerre illégale.

Je ne vois pas l’intérêt économique d’attaquer l’Iran… Les vrais gagnants ici ce sont les Israéliens. Trump a probablement été forcé de participer pour éviter un plus gros conflit, et il s’est dit que ça ferait une bonne diversion face au scandale Epstein.

Par contre à votre point… Il vous faut plus de recul. C’est clairement documenté depuis longtemps que les actions posées par les USA ont toujours eues un volet économique… J’ai lu sur l’histoire d’Hawaii récemment, c’est tellement flagrant!

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Affaiblir un des plus gros producteurs de pétrole plus proche des intérêts Chinois. Après le Venezuela, (un autre gros producteur de pétrole fournisseur de la Chine) la stratégie semble claire et s’inscrit plus profondément dans une guerre de proxy entre les USA et la Chine.

Merci, mais je n’ai pas découvert hier que les guerres impérialistes menés par les différents blocs (incluant le bloc occidental) avaient pour objectif principal la défense des intérêts économiques de ces pays. Que ça soit la France avec ses fournisseurs d’uranium au Sahel, les USA avec leurs guerres pour l’accès au pétroles au moyen orient, etc.
Et pas seulement Hawai, l’histoire des USA est marqué par ces guerres impérialistes pour défendre les entreprises américaines, on pourrait parler de l’Irak, du Chili, du Panama (un pays fondé par l’intervention américaine), du Congo, du Honduras, de la Colombie, du Guatemala, de Cuba, etc… La liste est longue…

Je constate juste que l’on a arrêté d’utiliser le vernis habituel de la propagande qui consistait à présenter ces guerres comme des guerres pour la démocratie ou la liberté.

Quant à la situation actuelle, c’est en retournant à la table de négociation que l’on sortira de la crise, pas en envoyant l’armée (d’ailleurs, c’est Trump lui même qui était sorti de l’accord sur le nucléaire iranien …).

C’est sûr que c’est difficile d’avoir de la stabilité étant donné que les diverses puissances arrêtent pas de bombarder et de changer les régimes en place. J’aimerais rappeler que Mossadegh avait élu démocratiquement dans un pays qui connaissait un grand mouvement d’émancipation populaire. Qui a décidé de le remplacer pour s’assurer que le pétrole ne soit pas nationalisé ? Qui a décidé d’instaurer une monarchie autoritaire qui a ensuite mené à la révolution islamique ? Ça serait bien d’éviter les discours essentialistes infondés.