Un missile balistique abattu par l’OTAN, un navire iranien coulé par les États-Unis en zone internationale et des forces militaires déployées au Liban. L’offensive américano-israélienne contre l’Iran a encore pris de l’ampleur mercredi. Et le Canada n’exclut pas totalement de participer au conflit.
Le Canada pourrait-il s’impliquer militairement dans ce conflit en croissance ? Mark Carney a refusé d’écarter la possibilité, en conférence de presse.
« On ne peut jamais exclure catégoriquement une participation », a statué le premier ministre, en anglais.
« Les États-Unis et Israël ont décidé de mener des actions offensives sans consultation avec le Canada ou aucun autre allié, et ça, nous ne le soutenons pas. Mais nous défendrons toujours les Canadiens et soutiendrons nos alliés lorsqu’ils feront appel à nous », a-t-il poursuivi.
L’élu s’adressait aux médias en compagnie de son homologue australien, Anthony Albanese, à qui il rendait visite dans le cadre d’une vaste mission commerciale internationale.
Mark Carney souhaite une désescalade des hostilités. Une avenue toutefois impossible, selon lui, tant que l’Iran demeure apte « à développer l’arme nucléaire » et à « exporter le terrorisme ».
Sa position contraste avec celle de l’ex-premier ministre canadien Jean Chrétien face à l’offensive américaine en Irak, en 2003. M. Chrétien avait catégoriquement refusé de se joindre aux États-Unis et à la Grande-Bretagne dans leur offensive contre l’Irak de Saddam Hussein. Il avait soutenu sa décision en invoquant l’absence d’appui des Nations unies.
L’OTAN s’en mêle
La tension ne fait que monter, cinq jours après les premières salves américano-israéliennes. D’habitude préservées du tumulte de la région, des villes comme Dubaï et Riyad se retrouvent également plongées dans le chaos, entre ambassades des États-Unis fermées, touristes bloqués, milliers de vols annulés, raffineries et pétroliers visés.
Affaiblissement progressif
La réponse de Téhéran aux offensives s’affaiblit, s’enthousiasme la Maison-Blanche. Selon ses prévisions, l’armée américaine prévoit avoir le contrôle « total » de l’espace aérien iranien dans les heures à venir.
Les tirs de missiles balistiques iraniens sont en très forte baisse, « de 86 % par rapport au premier jour des combats », a statué mercredi le chef d’état-major américain Dan Caine.
Si la force de frappe iranienne est bel et bien affaiblie, les « possibilités d’escalade régionale seront réduites », estime le professeur en science politique de l’UQAM Justin Massie.
Il est aussi possible que [les forces iraniennes] fourbissent leurs armes pour mener des actions plus importantes, des essaims ou des nuées de drones et de missiles pour avoir une capacité de pénétrer les défenses aériennes des pays qu’ils visent.
Justin Massie, professeur en science politique de l’UQAM
L’armée israélienne prévoit poursuivre ses frappes contre l’Iran pendant « au moins » une ou deux semaines, ont rapporté mercredi plusieurs médias israéliens.
Les forces israéliennes ont pénétré mercredi dans plusieurs localités et villages frontaliers relevant de la juridiction des Casques bleus dans le sud du Liban.
Le Hezbollah a affirmé que ses combattants étaient engagés dans des affrontements « directs » avec des soldats israéliens entrés dans la ville libanaise de Khiam, à six kilomètres de la frontière avec Israël.
« Après avoir traqué » une unité de l’armée israélienne qui « tentait d’avancer » à l’intérieur de la ville, les combattants du Hezbollah « ont fait détoner un engin explosif et se sont engagés dans des affrontements directs » avec les soldats israéliens, selon un communiqué du mouvement.
L’OTAN s’en mêle
Il n’en demeure pas moins que l’Iran continue de se défendre. Un missile balistique y a été tiré vers l’espace aérien turc. Sa course a été freinée par les systèmes de défense de l’OTAN, positionnés en Méditerranée orientale. L’incident n’a fait ni victimes ni blessés.
« L’OTAN se tient fermement aux côtés de tous les alliés, y compris la Turquie, au moment où l’Iran poursuit ses attaques indiscriminées dans toute la région », a commenté la porte-parole de l’organisation Allison Hart.
Le missile ne visait pas la Turquie, mais plutôt une base militaire à Chypre, a confirmé un responsable turc sous le couvert de l’anonymat à l’AFP.
Lorsqu’un de ses membres est attaqué, l’OTAN peut invoquer l’article 5 du Traité de l’Atlantique Nord. Celui-ci prévoit qu’une attaque contre l’un d’eux est considérée comme une attaque contre tous, et engage les alliés à appuyer la partie attaquée.
Dans ce cas-ci, il serait surprenant que cet article soit invoqué, puisque la Turquie n’a pas été directement ciblée, croit M. Massie. « S’il y avait eu une salve de dizaines de missiles iraniens s’attaquant directement à la Turquie, oui, ça aurait été considéré », explique le spécialiste en conflits armés.
Il est plus probable, à son avis, que l’OTAN ait recours à l’article 4, qui permet d’entamer des discussions d’urgence pour évaluer une situation, sans déclencher automatiquement d’action militaire.
« Illégal », encore
Pendant ce temps, les États-Unis se sont félicités d’avoir coulé un bateau de guerre iranien dans l’océan Indien, causant la mort de 87 marins. Près de 150 personnes sont portées disparues et plusieurs corps ont été repêchés après le naufrage de la frégate iranienne Dena au large du Sri Lanka, à la suite de ce que des membres d’équipage ont décrit comme une explosion.
« Un sous-marin américain a coulé un navire de guerre iranien qui pensait être en sécurité dans les eaux internationales. Au lieu de quoi il a été coulé par une torpille », a déclaré le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth. Selon lui, il s’agissait d’une première attaque du genre depuis la Seconde Guerre mondiale.
L’assaut soulève son lot de questions, puisqu’il a été effectué dans des eaux internationales, à l’encontre de principes de droits internationaux importants.
Reste que l’attaque demeure un élément d’illégalité parmi tant d’autres depuis le lancement du conflit, rappelle Justin Massie.
« Et ce n’est pas le pire. Dans la hiérarchie de l’illégalité, tuer un leader d’un pays et mener un changement de régime par voie d’armements me paraît pire », relativise-t-il.
Même s’il est difficile de statuer si l’attaque était un « crime de guerre », il est illégal aux yeux de la Charte des Nations unies et du droit international humanitaire, corrobore la spécialiste en droit international rattachée à l’Université Notre Dame Mary Ellen O’Connell.
« De plus, il est clair que les États-Unis ne sont pas restés sur place pour secourir les survivants. Cela constitue une violation des normes maritimes et du principe d’humanité qui s’applique en toutes circonstances en temps de guerre », souligne-t-elle.
Les sénateurs républicains derrière Trump
Du côté des États-Unis, une résolution visant à limiter les pouvoirs de Donald Trump dans la guerre a été rejetée mercredi au Sénat américain. La majorité républicaine soutient massivement l’opération du président au Moyen-Orient.
Avant même le déclenchement du conflit, le sénateur démocrate Tim Kaine avait présenté une résolution pour « ordonner le retrait des forces armées américaines des hostilités contre la République islamique d’Iran qui n’ont pas été autorisées par le Congrès ».
Par ailleurs, l’armée américaine a tué le chef d’une unité iranienne qui a tenté d’assassiner Donald Trump, a affirmé Pete Hegseth mercredi. « L’Iran a essayé d’assassiner le président Trump, et le président Trump a eu le dernier mot », a-t-il martelé, sans toutefois offrir plus de détails.
Avec la collaboration d’Anouchka Debionne, La Presse, et l’Agence France-Presse
Quelques heures après avoir ordonné à toutes les agences gouvernementales de cesser « immédiatement » d’utiliser les technologies de la firme d’intelligence artificielle Anthropic, les États-Unis ont lancé une vaste opération militaire contre l’Iran… avec l’aide du robot conversationnel Claude, créé par Anthropic.
Résumé
Comment l’intelligence artificielle a-t-elle été utilisée pour mener les frappes contre l’Iran ?
Pour pouvoir attaquer 1000 cibles en 24 heures, les militaires américains ont eu recours à un système informatique qui a analysé des tonnes de données extraites de satellites, d’activités de surveillance sur le terrain, de cartes géographiques. Ce système informatique, baptisé Maven Smart System, a été mis au point par Palantir, un développeur spécialiste de l’analyse de données. Le robot conversationnel d’intelligence artificielle Claude, créé par la firme Anthropic, est intégré au système Maven et permet, par exemple, de suggérer les meilleures cibles à attaquer à partir des données compilées par ce dernier.
Anthropic savait-elle que son robot Claude était utilisé par l’armée américaine ?
Oui, puisque Claude a commencé à être intégré au système Maven en 2024 et qu’un contrat a été signé en 2025. Mais en janvier dernier, Anthropic a demandé des précisions sur l’utilisation de sa technologie par les militaires américains. Des informations ont révélé que le robot Claude avait été utilisé dans l’opération menée au Venezuela pour capturer le président Nicolás Maduro. La semaine dernière, Anthropic a exigé que sa technologie ne soit pas utilisée pour la surveillance de masse des Américains ou le déploiement d’armes entièrement autonomes.
Cette intervention d’Anthropic a ulcéré la Maison-Blanche. Le secrétaire américain à la Défense, Pete Hegseth, a dit vouloir que les forces armées puissent utiliser les systèmes d’intelligence artificielle comme Claude sans restriction. Le 27 février, en réponse à Anthropic qui a refusé d’accepter ces conditions, le président Donald Trump a annoncé sa décision de « cesser immédiatement » de faire affaire avec la firme, tout en accordant une période de transition de six mois. « Nous n’en avons pas besoin, nous n’en voulons pas et nous ne travaillerons plus avec eux », a-t-il écrit sur sa plateforme Truth Social.
Quelques heures plus tard, les premières salves américaines et israéliennes frappaient l’Iran.
L’utilisation du robot Claude dans le système informatique employé pour mener les frappes en Iran est-elle contraire à l’accord initial conclu entre Anthropic et le département de la Défense ?
Difficile de dire où se trouve précisément la ligne que la firme d’intelligence artificielle refuse de franchir. La semaine dernière, le responsable de la technologie au Pentagone, Emil Michael, déclarait au réseau CBS que les militaires utilisaient déjà ces systèmes en accord avec la loi américaine qui l’empêche d’exercer une surveillance de masse des citoyens américains. « Rendu à un certain niveau, vous devez faire confiance à votre armée pour qu’elle fasse la bonne chose », avait déclaré Emil Michael. « Mais nous devons nous préparer pour l’avenir », avait-il ajouté pour justifier le refus des autorités de s’engager par écrit à ne pas faire de la surveillance de masse ou pour opérer des armes entièrement autonomes.
Pour Sarah Kreps, spécialiste des nouvelles technologies à l’Université Cornell, « les entreprises qui choisissent de travailler avec des entrepreneurs de la défense et le département de la Défense doivent s’attendre à ce que leurs technologies soient utilisées dans des systèmes militaires opérationnels. C’est l’objectif de bon nombre de ces programmes. Lorsqu’un logiciel est intégré à une plateforme de défense, en particulier une plateforme conçue pour le ciblage ou l’analyse du champ de bataille, il devient inévitablement partie intégrante des décisions liées à la guerre ».
Mais les développeurs d’IA ont aussi une certaine responsabilité quant à l’utilisation de leurs systèmes, dit-elle. Ces clarifications doivent faire l’objet de négociations avant que leurs modèles ne soient intégrés dans des plateformes militaires. Mais comme l’intégration de l’IA dans les infrastructures militaires se fait très rapidement, l’influence des développeurs s’en trouve diminuée.
Est-ce que ce conflit avec le gouvernement américain nuira à Anthropic ?
D’autres développeurs d’IA ont profité de ce conflit pour se rapprocher du gouvernement américain. C’est le cas du compétiteur d’Anthropic, OpenAI, qui a conclu un accord avec le département de la Défense au moment même où Donald Trump répudiait publiquement Anthropic. Lors d’une rencontre avec ses employés, mardi, le PDG Sam Altman a indiqué que l’agence fédérale ne souhaitait pas qu’OpenAI exprime son opinion sur le bien-fondé de certaines actions militaires, selon ce qu’une source a confié au Washington Post.
Mais les citoyens américains, eux, semblent plutôt appuyer Anthropic. Dans la dernière semaine, le robot Claude a, pour la première fois, dépassé son rival ChatGPT (d’OpenAI) pour le nombre de téléchargements de leurs applications mobiles aux États-Unis.
Avec The Washington Post et Associated Press