Ailleurs dans le monde - Politique et économie

Les États-Unis se retirent de 66 organisations internationales

(Washington) L’administration Trump va retirer les États-Unis de dizaines d’organisations internationales, notamment l’agence des Nations Unies chargée des questions démographiques et le traité des Nations Unies qui établit les négociations internationales sur le climat, alors que les États-Unis se désengagent davantage en matière de coopération mondiale.

Résumé

Le président Donald Trump a signé mercredi un décret suspendant le soutien des États-Unis à 66 organisations, agences et commissions, à la suite de l’examen par son administration de la participation et du financement de toutes les organisations internationales, y compris celles affiliées aux Nations Unies, selon un communiqué de la Maison-Blanche.

La plupart des cibles sont des agences, commissions et comités consultatifs liés à l’ONU qui se concentrent sur le climat, le travail, les migrations et d’autres questions que l’administration Trump a classées comme favorisant la diversité et les initiatives « woke ».

Parmi les autres organisations non onusiennes figurant sur la liste, on compte le Partenariat pour la coopération atlantique, l’Institut international pour la démocratie et l’assistance électorale et le Forum mondial contre le terrorisme.

« L’administration Trump a jugé que ces institutions étaient redondantes dans leur champ d’action, mal gérées, inutiles, coûteuses, mal administrées, menées par les intérêts d’acteurs poursuivant leurs propres objectifs contraires aux nôtres, ou constituant une menace pour la souveraineté, les libertés et la prospérité générale de notre nation », a déclaré le département d’État dans un communiqué.

Cette décision survient alors que l’administration Trump a lancé des initiatives militaires ou proféré des menaces qui ont inquiété tant ses alliés que ses adversaires, notamment en capturant le dirigeant autocratique vénézuélien Nicolás Maduro et en manifestant son intention de prendre le contrôle du Groenland.

Il s’agit du dernier retrait américain d’organismes internationaux.

PHOTO ZAIN JAAFAR, AGENCE FRANCE-PRESSE

Un travailleur de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA) nettoie une rue dans le camp de réfugiés palestiniens d’Askar, à l’est de Naplouse, en Cisjordanie occupée par Israël, le 31 décembre 2025

L’administration avait précédemment suspendu son soutien à des agences, telles que l’Organisation mondiale de la Santé, l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine (UNRWA), le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies et l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).

Les États-Unis ont adopté une approche plus large et à la carte pour le paiement de leurs cotisations à l’organisation mondiale, en choisissant les opérations et les agences qui, selon eux, correspondent au programme américain.

« Je pense que nous assistons à la cristallisation de l’approche américaine du multilatéralisme, qui consiste à dire “c’est à prendre ou à laisser” », a déclaré Daniel Forti, responsable des affaires onusiennes à l’International Crisis Group. « C’est une vision très claire qui consiste à vouloir une coopération internationale selon les conditions fixées par Washington. »

Cela marque un changement majeur par rapport à la manière dont les administrations précédentes, tant républicaines que démocrates, ont traité avec l’ONU, et cela a contraint l’organisation mondiale, déjà en pleine remise en question interne, à réagir par une série de réductions de personnel et de programmes.

De nombreuses agences non gouvernementales indépendantes, dont certaines travaillent avec les Nations Unies, ont fait état de la fermeture de nombreux projets en raison de la décision prise l’année dernière par l’administration américaine de réduire considérablement l’aide étrangère accordée par l’Agence américaine pour le développement international (USAID).

https://www.lapresse.ca/international/2026-01-07/les-etats-unis-se-retirent-de-66-organisations-internationales.php

Le pétrole vénézuélien sous contrôle américain « indéfiniment » ?

L’administration américaine a déclaré mercredi qu’elle entendait contrôler « indéfiniment » les ventes de pétrole du Venezuela, confirmant son intérêt pour l’exploitation des riches réserves du pays latino-américain.

Résumé

Ce qu’il faut savoir

L’administration américaine a déclaré mercredi qu’elle garderait le contrôle « indéfiniment » de la vente de pétrole vénézuélien après l’attaque ayant mené à la capture du président Nicolás Maduro.

La société pétrolière de l’État vénézuélien parle plutôt de négociations commerciales traditionnelles devant permettre la vente de pétrole aux États-Unis.

Washington a déclaré par ailleurs mercredi que les États-Unis préféraient acheter le Groenland après avoir menacé d’annexer le territoire par la force.

L’annonce, qui survient quelques jours après la capture et le transfert aux États-Unis du président vénézuélien Nicolás Maduro et de sa femme Cilia Flores, a été faite par le secrétaire à l’Énergie, Chris Wright, lors d’une conférence sur l’énergie à Miami.

M. Wright a indiqué que le pétrole serait acheminé à des raffineries américaines et que les profits ainsi générés seraient placés dans des comptes sous contrôle du gouvernement américain.

Il a indiqué que les sommes profiteraient ultimement à la population vénézuélienne, mais qu’elles serviraient aussi de levier pour assurer la collaboration du régime en place, aujourd’hui chapeauté par l’ex-vice-présidente et aujourd’hui présidente par intérim Delcy Rodríguez.

Les sommes remises au gouvernement vénézuélien devront servir uniquement à acheter des produits faits aux États-Unis, a annoncé mercredi le président Donald Trump sur son réseau Truth Social.

Mardi, M. Trump avait déclaré que le pays allait remettre de 30 à 50 millions de barils de pétrole aux États-Unis d’une valeur estimée de 2 milliards de dollars en ajoutant qu’il contrôlerait directement l’argent pour assurer son utilisation « au profit des peuples du Venezuela et des États-Unis ».

PHOTO MARCELO GARCÍA, PALAIS PRÉSIDENTIEL, FOURNIE PAR REUTERS

La présidente par intérim du Venezuela, Delcy Rodríguez (au centre), lundi, à Caracas

La nouvelle dirigeante vénézuélienne, qui souffle le chaud et le froid par rapport aux États-Unis depuis sa nomination, n’a pas confirmé mercredi la teneur de l’annonce.

La société pétrolière publique Petróleos de Venezuela (PDVSA) a annoncé de son côté que des discussions étaient en cours avec les États-Unis pour leur vendre des « volumes de pétrole » dans le cadre d’une « transaction strictement commerciale » éloignée de la formule suggérée par le secrétaire américain.

Un membre du conseil d’administration de PDSVA, Wills Rangel, a déclaré à l’agence Reuters que le pays « ne doit rien aux États-Unis », même si Donald Trump prétend le contraire.

Une mainmise américaine sur les ventes pétrolières vénézuéliennes serait difficile à défendre pour la nouvelle présidente, qui doit manœuvrer entre les menaces de nouvelles frappes militaires de Washington et les pressions de tenants de la ligne dure de son gouvernement peu portés aux compromis.

PHOTO LEONARDO FERNANDEZ VILORIA, REUTERS

Scène de rue à Caracas, au Venezuela, mercredi

John Polga-Hecimovich, un analyste de l’Académie navale des États-Unis, note qu’il n’est pas impossible que les ministres contrôlant les forces de sécurité jugent ultimement les demandes américaines « inacceptables » et en arrivent à vouloir déloger la présidente pour empêcher leur mise en œuvre.

Vanda Felbab-Brown, une analyste de la Brookings Institution, estime que le gouvernement américain cherche à mettre en place une forme de « protectorat » d’inspiration coloniale au Venezuela sans avoir des ressources sur le terrain pour s’assurer que ses demandes seront respectées.

L’embargo maritime imposé par les forces américaines pour contrôler la sortie de pétrole ne sera pas suffisant à cette fin, juge la chercheuse, qui voit mal comment les dirigeants vénézuéliens pourraient se contenter « simplement d’agir comme des pantins des États-Unis ».

Pétrolier russe saisi

Deux pétroliers ayant servi selon les États-Unis à contourner des sanctions ont été saisis mercredi par les autorités américaines, dont une embarcation battant pavillon russe. Moscou a protesté en disant que Washington n’avait pas le droit de procéder à de telles interceptions.

PHOTO HAUT COMMANDEMENT AMÉRICAIN EN EUROPE., FOURNIE PAR L’AGENCE FRANCE-PRESSE

Photo non datée publiée mercredi par le compte X du haut-commandement américain en Europe avec une description indiquant qu’il s’agirait de la saisie du pétrolier M/V Bella 1 dans le nord de l’océan Atlantique.

Arif Lalani, un ancien diplomate canadien rattaché au Centre pour l’innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), à Waterloo, pense qu’il n’est pas impossible que le gouvernement vénézuélien trouve un accord avec les États-Unis permettant de remettre en circulation des réserves de pétrole qui étaient bloquées en raison des sanctions mises en place contre le régime de Nicolás Maduro.

Les ambitions américaines en matière d’exploitation pétrolière risquent cependant de se buter rapidement à un important problème puisque la remise en état des infrastructures requise pour augmenter sensiblement la production du pays va coûter des dizaines de milliards de dollars et prendre des années avant de donner des résultats.

La Maison-Blanche, note M. Lalani, éprouvera des difficultés à convaincre les sociétés pétrolières américaines de procéder à des investissements majeurs sans garantie de stabilité politique. D’autant que certaines sociétés affirment avoir perdu des milliards par le passé lorsque le Venezuela a procédé à la nationalisation du secteur.

Le gouvernement américain a recours à un vieux modus operandi pour l’Amérique latine qui n’a jamais vraiment fonctionné en cherchant à remplacer un dirigeant par un autre jugé plus coopératif.

Arif Lalani, ancien diplomate canadien

L’approche des États-Unis envers le Groenland semble aussi mal avisée, selon l’ancien diplomate, qui dit ne pas comprendre pourquoi l’administration Trump cherche à précipiter une crise sur le sujet susceptible de fragiliser l’OTAN en opposant deux pays membres.

Idées de grandeur au nord

Le président américain maintient que le territoire nordique, chapeauté par le Danemark, doit être intégré aux États-Unis pour des questions de sécurité nationale, mais sur place, son pays a « déjà la capacité légale et les accès requis pour faire pratiquement ce qu’il veut » sur le plan militaire, dit M. Lalani.

Un accord conclu en 1951 après que les États-Unis ont défendu l’île durant la Seconde Guerre mondiale prévoit l’aménagement de « zones de défense » où des troupes américaines peuvent être déployées avec l’accord des autorités danoises et groenlandaises.

PHOTO JIM WATSON, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Base militaire américaine de Pituffik, au Groenland, en mars dernier

Mikkel Runge Olesen, un chercheur rattaché au Danish Institute for International Studies à Copenhague, a indiqué mercredi que les autorités locales se sont toujours montrées ouvertes aux besoins militaires de Washington.

L’évocation de la sécurité nationale paraît peu crédible, dit M. Olesen, pour justifier une éventuelle annexion. L’exploitation des ressources naturelles du territoire ne l’est pas non plus, juge-t-il, puisque la possibilité d’investissements américains dans ce domaine est aussi généralement bien accueillie.

Pourquoi alors vouloir intégrer formellement le territoire ? « Soit les États-Unis ne partagent pas mon analyse, soit ils cherchent un prétexte pour agir […] On parle d’un président qui veut passer à l’histoire comme étant celui qui a permis l’expansion du pays, qui veut “rendre sa grandeur à l’Amérique” », note le chercheur.

Le secrétaire d’État américain, Marco Rubio, qui semblait vouloir calmer la situation mercredi, a déclaré que l’administration Trump n’excluait pas le recours à la force relativement au Groenland, mais qu’elle préférait acheter le territoire nordique.

L’initiative ne serait pas sans précédent, puisque le Danemark a vendu en 1916 un ensemble d’îles des Caraïbes aujourd’hui désignées comme les îles Vierges des États-Unis.

Le gouvernement américain avait reconnu à l’époque la souveraineté de Copenhague sur le Groenland qu’il cherche aujourd’hui à contester, note M. Lalani.

M. Olesen relève que le Danemark n’a pas le pouvoir de vendre le Groenland, toute décision à ce sujet relevant de la population vivant sur ce territoire.

Marco Rubio a indiqué mercredi qu’il rencontrerait la semaine prochaine des dirigeants danois et groenlandais pour discuter de la situation.

« Le Danemark a longtemps été le pays le plus proaméricain d’Europe, mais on ne reverra pas ça de sitôt », relève M. Olesen.

https://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/2026-01-07/le-petrole-venezuelien-sous-controle-americain-indefiniment.php

Guerre en Ukraine « Plus d’un million » de foyers sans chauffage ni eau après des frappes russes

(Kyiv) Plus d’un million de foyers de la région de Dnipropetrovsk, dans le centre de l’Ukraine, sont privés d’eau et d’électricité, par des températures glaciales, après des frappes russes nocturnes sur les infrastructures énergétiques, a annoncé jeudi un ministre ukrainien.

Résumé

Les infrastructures des régions de Dnipropetrovsk et Zaporijjia (Sud) ont été touchées dans la nuit par des frappes massives de drones russes, entraînant des coupures d’électricité, a expliqué le fournisseur d’énergie ukrainien Ukrenergo.

« Les travaux de réparation se poursuivent dans la région de Dnipropetrovsk afin de rétablir l’approvisionnement en chauffage et en eau pour plus d’un million d’abonnés », a indiqué sur les réseaux sociaux Oleksiï Kouleba, vice-premier ministre pour la reconstruction de l’Ukraine.

Dans la région de Zaporijjia, « l’alimentation électrique a été rétablie, l’approvisionnement en chauffage et en eau des foyers se poursuit », a ajouté M. Kouleba.

Le fournisseur d’énergie DTEK a pour sa part annoncé que l’électricité était « rétablie » pour « une partie des infrastructures critiques de la région » de Dnipropetrovsk.

« Nous ferons tout notre possible pour rétablir l’électricité dans les foyers », a poursuivi le fournisseur dans son communiqué.

Dans la nuit, le gouverneur de Dnipropetrovsk, Vladyslav Gaïvanenko, avait annoncé qu’une « infrastructure critique qui alimentait en électricité la majeure partie de la région » avait été « endommagée » par les frappes russes.

Depuis le début de son invasion de l’Ukraine en 2022, la Russie pilonne sans relâche les infrastructures énergétiques ukrainiennes avec drones et missiles.

Les attaques se sont intensifiées ces derniers mois, à l’approche de l’hiver.

https://www.lapresse.ca/international/europe/2026-01-08/guerre-en-ukraine/plus-d-un-million-de-foyers-sans-chauffage-ni-eau-apres-des-frappes-russes.php

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Analyse, Raid américain au Venezuela : quel impact pour les ambitions chinoises à Taïwan?

Le Parti communiste chinois n’a jamais dirigé Taïwan, mais considère l’île démocratique souveraine comme un de ses territoires.

Taïwan est profondément intégrée à la chaîne de production mondiale. L’île produit 90 % des semi-conducteurs les plus avancés de la planète, ceux qui font fonctionner les cellulaires, les voitures, les ordinateurs et tous les produits intelligents. De plus, certains des plus importants ports chinois sont situés près du détroit de Taïwan et environ la moitié du transport de marchandises par conteneur de la planète y transite.

Une étude publiée lundi dernier par le groupe de réflexion German Marshall Fund of the United States (GMF) estime que le choc économique serait catastrophique à la grandeur de la planète, même en cas d’opération militaire rapide de la Chine à Taïwan.

Dans le rapport intitulé Si la Chine attaque Taïwan : les conséquences pour la Chine des scénarios de conflit mineur et de guerre majeure, les estimations de coûts oscillent entre 2000 milliards et près de 10 000 milliards de dollars américains (entre 2800 et 13 900 milliards de dollars canadiens).

Résumé

Si Pékin et Taipei surveillent de près la situation depuis la fin de semaine, de nombreux experts soutiennent que la Chine peut difficilement s’inspirer des actions américaines au Venezuela.

Sur Weibo, l’équivalent du réseau social X, les sujets liés à la capture du président vénézuélien Nicolas Maduro ont généré plus de 650 millions de publications et d’interactions, pour la plupart nationalistes, en moins de 48 heures.

Certains vont même jusqu’à écrire que Washington a fourni la marche à suivre pour une éventuelle intervention de Pékin à Taïwan.

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Le Parti communiste chinois n’a jamais dirigé Taïwan, mais considère l’île démocratique souveraine comme un de ses territoires.

AILLEURS SUR INFO : La « supervision » du Venezuela pourrait durer des années, estime Donald Trump

Le président chinois, Xi Jinping, a d’ailleurs affirmé dans ses vœux du Nouvel An qu’une prise de contrôle de Taïwan est inévitable et qu’elle ne pourra pas être arrêtée.

Selon Hal Brands, professeur à la Johns Hopkins University School of Advanced International Studies, le geste américain établit un précédent dangereux qui pourrait encourager les grandes puissances à agir unilatéralement.

Si vous vous dirigez vers un monde où les grandes puissances peuvent utiliser la force et le pouvoir sans pitié dans leur voisinage, ce précédent n’est pas entièrement mauvais du point de vue de la Chine, a-t-il déclaré au Washington Post.

Mais peut-on vraiment imaginer Pékin reproduire une telle opération à Taipei? Bon nombre d’analystes ne vont pas jusque-là.

Le scénario vénézuélien ne peut être transposé ailleurs. Ce qui a fonctionné à Caracas – une opération ciblée contre un régime isolé et peu intégré à l’économie mondiale – aurait des conséquences catastrophiques s’il était appliqué au détroit de Taïwan. Les profondes interdépendances économiques suffisent à en mesurer les risques, estime dans le Japan Times Stephen R. Nagy, professeur de politiques et d’études internationales à l’Université chrétienne internationale à Mitaka, au Japon.

Une femme travaille dans un restaurant de nouilles près d’un écran de télévision diffusant un reportage sur les exercices militaires chinois « Justice Mission 2025 » autour de Taïwan, à Taipei, Taïwan, le 29 décembre 2025.

Photo : Reuters / Tsai Hsin-Han

Taïwan est profondément intégrée à la chaîne de production mondiale. L’île produit 90 % des semi-conducteurs les plus avancés de la planète, ceux qui font fonctionner les cellulaires, les voitures, les ordinateurs et tous les produits intelligents.

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De plus, certains des plus importants ports chinois sont situés près du détroit de Taïwan et environ la moitié du transport de marchandises par conteneur de la planète y transite.

Une étude publiée lundi dernier par le groupe de réflexion German Marshall Fund of the United States (GMF) estime que le choc économique serait catastrophique à la grandeur de la planète, même en cas d’opération militaire rapide de la Chine à Taïwan.

Dans le rapport intitulé Si la Chine attaque Taïwan : les conséquences pour la Chine des scénarios de conflit mineur et de guerre majeure, les estimations de coûts oscillent entre 2000 milliards et près de 10 000 milliards de dollars américains (entre 2800 et 13 900 milliards de dollars canadiens).

Si le monde se retourne contre la Chine, ne fait plus de commerce avec la Chine ou n’investit pas en Chine, ce sera catastrophique pour le rêve chinois [de Xi Jinping], avance une des auteures du rapport, Bonnie Glaser.

Comme d’autres analystes, elle affirme que les risques sont importants pour l’économie chinoise, qui tourne encore au ralenti.

Le rapport estime même à 100 000 les pertes de vie du côté chinois en cas de conflit armé avec Taïwan.

Pékin a-t-il les capacités militaires nécessaires?

Les experts, qu’ils soient Américains, Européens ou Taïwanais, ne connaissent pas exactement les moyens ni l’état de préparation de l’Armée de libération populaire chinoise, qui procède à une impressionnante modernisation depuis des années.

Ils semblent cependant s’entendre pour dire qu’elle n’a pas les capacités en ce moment de mener une opération chirurgicale avec une coordination précise entre plusieurs départements militaires, comme l’ont fait les États-Unis.

Pékin n’a pas les capacités militaires de Washington et a une vision à plus long terme pour Taïwan, comme mettre au pouvoir des candidats proches de la Chine au moyen d’élections locales, précise dans le quotidien La Croix Ming-Shih Shen, directeur du programme défense et sécurité au DIME’s Center, un groupe de réflexion taïwanais.

Par contre, là où la capture américaine de Maduro fournit des arguments à Pékin en faveur d’une opération à Taïwan, c’est que l’attention américaine est concentrée en Amérique du Sud et donc que la priorité ne serait pas d’envoyer des troupes ou de l’aide en Asie.

À lire aussi :

Le signal envoyé par la Russie en envahissant l’Ukraine et par les États-Unis au Venezuela, affirment certains, est que le recours aux options militaires pour parvenir à des fins en matière de politique étrangère est un scénario réel qu’on ne peut plus écarter.

La légalité contestée de l’attaque américaine à Caracas vient miner la crédibilité du discours américain sur la défense de Taïwan, craint Steve Tsang, directeur du SOAS China Institute in London, en entrevue avec le Washington Post.

Quelle réaction à Taïwan?

Les actions américaines au Venezuela sont survenues quelques jours après la sixième ronde d’exercices militaires chinois d’encerclement et de blocus de Taïwan depuis 2022.

Si la classe politique taïwanaise, tant pro-souveraineté que pro-Pékin, surveille de près la situation, personne ne semble s’inquiéter outre mesure d’un changement de paradigme dans le détroit de Taïwan.

Le président taïwanais William Lai inspecte la garde lors d’un exercice militaire à Taipei, le 21 mars 2025.

Photo : Getty Images / AFP / I-HWA CHENG

Certains soulignent par ailleurs que ce sont les systèmes de détection radar chinois vendus à Caracas qui ont été brouillés par les Américains lors de leur intervention.

Comment l’armée américaine a-t-elle pu intervenir comme s’il n’y avait aucune résistance? Après les affrontements aériens entre l’Inde et le Pakistan l’an dernier, dit-elle, plusieurs estimaient que les armes chinoises avaient fait leurs preuves. Mais aujourd’hui, la lecture semble différente, affirme dans The Guardian Lin Ying Yu, professeure associée à l’Université Tamkang, à Taipei.

Mais Taïwan serait elle aussi mal préparée en matière de défense et serait aussi vulnérable sur le plan structurel.

Dans une analyse publiée en mai dernier dans le Asian International Studies Review, les politologues Takashi Hosoda et Nuno Morgado soulignent que l’île affiche de graves lacunes en matière d’énergie et de résilience : une autosuffisance énergétique de 2,7 %, des réserves de gaz limitées à 11 jours et une autonomie alimentaire en net recul.

L’Assemblée législative taïwanaise, contrôlée par le parti nationaliste pro-Pékin, Kuomintang (KMT), bloque le budget spécial de 40 milliards de dollars souhaité par le président Lai Ching-te afin de renforcer la défense de l’île.

Les États-Unis, qui viennent d’annoncer une vente d’armes à Taïwan d’une valeur de 11 milliards de dollars américains (plus de 15 milliards de dollars canadiens), ont appuyé publiquement le budget proposé par le président de l’île.

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Opération américaine au Venezuela Des républicains votent pour limiter les pouvoirs militaires de Trump

(Washington) Des sénateurs républicains se sont joints jeudi à leurs collègues démocrates pour faire avancer une résolution visant à limiter les pouvoirs militaires de Donald Trump contre le Venezuela, un camouflet pour le président américain quelques jours après la capture de Nicolás Maduro.

Résumé

La motion de procédure est passée avec 52 voix pour – dont 5 sénateurs républicains – et 47 contre, et le texte lui-même doit désormais être soumis au vote au Sénat la semaine prochaine.

En cas d’adoption, il se dirigera vers la Chambre des représentants, où son sort est plus incertain.

Même en cas d’adoption par les deux chambres du Congrès, Donald Trump pourrait opposer un veto probablement insurmontable au texte, dont la portée reste donc largement symbolique.

La résolution a pour but « d’ordonner le retrait des forces armées des États-Unis des hostilités à l’intérieur du – ou contre le – Venezuela qui n’ont pas été autorisées par le Congrès ».

Donald Trump ne serait ainsi pas autorisé à lancer de nouvelles opérations militaires contre le Venezuela sans un vote préalable des parlementaires.

Lors d’un raid spectaculaire samedi, un commando des forces spéciales américaines a enlevé le président Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores à Caracas et les a transportés à New York pour y répondre d’accusations de trafic de drogue.

Depuis, Donald Trump a déclaré ouvertement que les États-Unis allaient « diriger » le Venezuela et que les entreprises américaines contrôleraient son pétrole.

La Maison-Blanche n’a pas exclu non plus d’envoyer de nouvelles troupes sur le sol vénézuélien à cet effet.

« Au lieu de répondre aux inquiétudes des Américains sur le coût de la vie, le président Trump a entamé une guerre avec le Venezuela », avait déclaré mercredi le sénateur démocrate Tim Kaine, l’un des auteurs de la résolution, dénonçant le flou selon lui dans lequel l’administration Trump a gardé le Congrès avant l’opération de samedi.

Pour le sénateur républicain Rand Paul, autre auteur de la résolution, le respect de la Constitution des États-Unis est remis en cause.

« Le pouvoir constitutionnel d’initier la guerre est placé fermement sur les épaules du Congrès », a-t-il déclaré dans l’hémicycle mercredi.

Plusieurs élus républicains avaient exprimé leur mécontentement après l’opération militaire américaine.

Mais peu avaient appelé à restreindre les pouvoirs de Donald Trump sur le Venezuela, jusqu’à ce revers infligé au président jeudi.

https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2026-01-08/operation-americaine-au-venezuela/des-republicains-votent-pour-limiter-les-pouvoirs-militaires-de-trump.php

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Pure performance médiatique.

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Même si le président à un droit de veto, il n’a pas un pouvoir absolu. La preuve c’est qu’il préfère légiférer par décret au lieu de passer par le vote du Congrès pour éviter toutes formes de débats, tout en privant les USA du principal outil de gestion démocratique prévu dans la Constitution.

En attendant je me réjouis que des Républicains commencent à se réveiller et réagir aux dangereuses décisions unilatérales d’un président hyperactif, irréfléchi et surtout très malveillant.

Voici un autre article qui démontre l’absence totale de compromis et de flexibilité d’un président qui choisit d’isoler les USA, en allant à contre-courant des ententes internationales auxquelles la grande majorité des pays adhèrent pour le mieux-être du monde.


Retrait des États-Unis d’une convention-cadre Un « colossal but contre son camp », regrette le chef de l’ONU Climat

Résumé

Le président américain a lancé une nouvelle charge contre la diplomatie climatique, ordonnant le retrait des États-Unis d’un traité et du comité scientifique de référence sur le climat, organisations parmi des dizaines identifiées par Washington comme ne servant « plus les intérêts américains ».

Le décret signé mercredi par le président américain ordonne au total le retrait des États-Unis de 66 organisations, dont environ une moitié liée à l’ONU, a annoncé la Maison-Blanche, une décision que le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres « regrette ».

Parmi elles, la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC), traité fondateur de tous les autres accords climatiques internationaux, conclu en 1992 lors du sommet de la Terre de Rio. Un retrait effectif un an après la notification officielle, pas encore reçue par l’ONU.

Simon Stiell, secrétaire exécutif de la CCNUCC, a regretté un « colossal but contre son camp qui laissera les États-Unis moins sûrs et moins prospères ». Mais « les portes restent ouvertes », a-t-il souligné.

C’est dans son cadre qu’a notamment été signé l’accord de Paris de 2015, dont Donald Trump a claqué la porte une deuxième fois dès son retour à la Maison-Blanche il y a un an.

Lors de son premier mandat, il avait également quitté l’accord de Paris, mais pas la CCNUCC, permettant aux États-Unis de continuer à participer aux conférences annuelles sur le climat.

Le commissaire européen au Climat, Wopke Hoekstra, a déploré une décision « malheureuse » du deuxième émetteur mondial.

Ce retrait supplémentaire « est un coup majeur pour l’action climatique mondiale, fracturant le consensus durement gagné et posant le plus grand défi aux efforts climatiques depuis l’adoption de l’accord de Paris », a déclaré à l’AFP l’analyste Li Shuo, de l’Asia Society Policy Institute.

Cette annonce pourrait également représenter un défi juridique, alors que la Constitution américaine, qui permet au président de rejoindre un traité après un vote de deux tiers des sénateurs, ne dit rien sur sa sortie.

Jean Su, avocate pour le Centre de la diversité biologique, a jugé auprès de l’AFP qu’il était « illégal pour le président de sortir unilatéralement d’un traité qui requiert un vote de deux tiers du Sénat ».

Le décret ordonne également le retrait des États-Unis du groupe d’experts scientifiques de l’ONU sur le climat (Giec), la référence en matière de science climatique, ainsi que d’autres organisations liées à la protection de la planète, comme l’Agence internationale pour les énergies renouvelables ou l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Le Trésor américain a aussi annoncé la sortie du Fonds vert pour le climat (GCF), qui aide les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre et à s’adapter au changement climatique.
« Idéologie progressiste »

En septembre, depuis la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, Donald Trump avait provoqué de vives réactions en s’en prenant sans détours à la science climatique, qualifiant le réchauffement de « plus grande arnaque de notre histoire » et faisant l’éloge du charbon « propre et magnifique ».

Le climat n’est pas la seule cible de l’administration Trump qui s’en prend à d’autres principes défendus par les Objectifs de développement durable de l’ONU destinés à améliorer l’avenir de l’humanité, comme l’égalité femme-homme. Le décret publié mercredi ordonne par exemple la sortie des États-Unis du Fonds des Nations unies pour la population, spécialisé dans la santé de la mère et de l’enfant, et d’ONU-Femmes.

« Que ce soit sur le climat, la protection des enfants des violences, ou les questions de genre, nous continuons notre travail avec détermination », a réagi jeudi le porte-parole de l’ONU Stéphane Dujarric.

Dans un communiqué, le secrétaire d’État américain Marco Rubio a accusé les organisations visées de promouvoir une « idéologie progressiste », dénonçant notamment « les campagnes pour “l’égalité de genre” et l’orthodoxie climatique ».

Depuis son retour à la Maison-Blanche, Donald Trump a largement coupé l’aide américaine à l’étranger, amputant les budgets de nombreuses agences onusiennes forcées de réduire leurs activités humanitaires sur le terrain.

Il a plus généralement accusé l’ONU d’être « très loin de réaliser son potentiel », et n’a pas payé la contribution américaine au budget ordinaire de l’organisation en 2025.

https://www.lapresse.ca/actualites/environnement/2026-01-08/retrait-des-etats-unis-d-une-convention-cadre/un-colossal-but-contre-son-camp-regrette-le-chef-de-l-onu-climat.php

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Il préfère légiférer par décret parce que c’est immédiat. Un pouvoir/restriction est comme une loi: elle n’est qu’effective que si elle est appliquée.

Il est un roi autoproclamé, et le sera tant qu’on ne l’empêche pas de l’être, et présentement personne (au sein de sa population ou ailleurs) l’empêche de l’être.

On est d’accord la-dessus, cependant cela ne veut pas dire que personne ne travaille dans l’ombre pour préparer une offensive robuste, énergique et audacieuse, qui pourrait miner sérieusement la gouvernance de Trump. Car plus le temps avance plus il se fait d’ennemis (silencieux) dans toutes les couches de la société, en plus des grandes institutions, une bonne partie du monde des Affaires et aussi politique, même dans son propre camp.

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Trump annonce que les États-Unis vont « commencer des frappes au sol » contre les cartels de drogue

PHOTO TYRONE SIU, REUTERS

Un manifestant avec un drapeau du Mexique

(Washington) Donald Trump a annoncé jeudi qu’après des frappes contre des embarcations maritimes dans les Caraïbes et le Pacifique, les États-Unis allaient mener des frappes « au sol » contre les cartels, sans préciser exactement où.

Résumé

« Nous allons commencer des frappes au sol en ce qui concerne les cartels. Les cartels dirigent le Mexique. C’est très, très triste de voir et regarder ce qui est arrivé dans ce pays », a dit le président américain dans une interview sur la chaîne Fox News.

Donald Trump a incité dimanche le Mexique à « se ressaisir », après des mois de pression sur le voisin du sud sur les questions de lutte contre le narcotrafic et de balance commerciale.

Le président américain a affirmé avoir exhorté Claudia Sheinbaum, la présidente mexicaine, à laisser Washington envoyer des forces américaines lutter contre les cartels de la drogue qui opèrent au Mexique, une proposition qu’elle avait déjà rejetée par le passé, a-t-il dit.

Samedi, les forces américaines ont capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro et son épouse, accusés de « narcoterrorisme » et d’importation de « tonnes de cocaïne » par la justice américaine.

« Le continent américain appartient aux peuples de chacun des pays qui le forment », avait réagi Claudia Sheinbaum, suite à l’enlèvement de son homologue vénézuélien.

Les États-Unis ont déployé dès cet été un important dispositif militaire dans les Caraïbes et bombardé des embarcations en provenance du Venezuela au nom de la lutte contre le narcotrafic, des opérations à la légalité mise en doute par des experts, des ONG et des responsables des Nations unies.

Jusqu’à présent, l’administration américaine n’a pas apporté de preuves démontrant que ces embarcations visées transportent effectivement de la drogue.

Fin décembre, le président américain avait affirmé que les États-Unis avaient détruit une zone de mise à quai utilisée par des bateaux accusés de participer au narcotrafic au Venezuela.

https://www.lapresse.ca/international/2026-01-08/trump-annonce-que-les-etats-unis-vont-commencer-des-frappes-au-sol-contre-les-cartels-de-drogue.php

Après une mort à Minneapolis Deux personnes blessées par des policiers de l’immigration à Portland

Deux jours, trois victimes. Des policiers des frontières ont blessé deux personnes par balle jeudi à Portland, aux États-Unis, après la mort d’une femme sous les tirs d’un agent de la police de l’immigration (ICE) la veille, à Minneapolis, où des manifestations furieuses ont éclaté.

Résumé

La tension continuait d’augmenter à Minneapolis jeudi. En matinée, plusieurs personnes ont été arrêtées après un affrontement entre des policiers et des civils devant un bâtiment fédéral. En soirée, au moins 1000 manifestants étaient rassemblés dans le sud de la ville, scandant des slogans comme « ICE, dehors ».

Selon des documents consultés par le New York Times, l’administration Trump a ordonné l’envoi de 100 agents fédéraux supplémentaires sur place. Le gouverneur du Minnesota, Tim Walz, a quant à lui activé la Garde nationale de l’État de façon préventive, mais les troupes n’ont pas encore été déployées.

Le commandant de la United States Border Patrol, Gregory Bovino, devenu le visage de la répression de l’immigration aux États-Unis, était présent lors d’une manifestation à Minneapolis en matinée, après avoir atterri en ville le jour même.

PHOTO TOM BAKER, ASSOCIATED PRESS

Le commandant de la United States Border Patrol, Gregory Bovino, lors de son passage à Minneapolis, jeudi

Des vidéos de la mort de Renee Nicole Good, abattue par un agent de l’ICE mercredi à Minneapolis, ont été filmées par des témoins de la scène et ont fait le tour des réseaux sociaux, provoquant le jour même des manifestations réunissant des milliers de personnes dans la ville, qui est le théâtre d’une importante opération de répression de l’immigration ordonnée par l’administration Trump depuis mardi.

Dans les images, on aperçoit des agents de l’ICE interpeller la conductrice d’un VUS stationné au milieu d’une rue, et l’un d’eux lui ordonner de sortir du véhicule.

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On voit alors le VUS reculer d’environ un mètre et avancer légèrement. C’est alors qu’un agent, debout devant le véhicule, tire sur la conductrice, sous les cris horrifiés des témoins.

Les autorités fédérales ont affirmé par la suite que le véhicule s’apprêtait à percuter l’agent, qui aurait tiré pour se protéger. Or, une analyse de vidéos de la scène effectuée par le New York Times a conclu que le véhicule tentait de s’éloigner de l’agent, pas de s’en rapprocher.

Selon le Minnesota Star Tribune, l’agent de l’ICE qui aurait abattu Renee Nicole Good serait Jonathan Ross. L’homme de 43 ans travaillerait au sein de la police de l’immigration depuis plus d’une dizaine d’années.

Deux autres victimes

Quant à la fusillade de Portland, les tirs ont éclaté en après-midi, dans le stationnement d’une clinique du sud-est de la ville. L’une des deux victimes, qui formeraient un couple marié, aurait été atteinte à la poitrine, et l’autre à la jambe. On ignorait leur état de santé, jeudi soir.

Selon une déclaration du ministère fédéral de la Sécurité intérieure (DHS), les policiers impliqués auraient tiré sur les deux personnes après qu’elles eurent tenté de « rouler sur les policiers » à bord d’une voiture.

Une description quasi identique à la version contestée des évènements de Minneapolis offerte par les autorités fédérales mercredi.

PHOTO JENNY KANE, ASSOCIATED PRESS

Agents de police intervenant sur les lieux d’une fusillade impliquant des agents de l’ICE qui a fait deux blessés à Portland, jeudi

Le maire de Portland, Keith Wilson, a condamné les coups de feu et appelé les agents fédéraux à quitter la ville jusqu’à la résolution de l’enquête. « Portland n’est pas un “terrain d’entraînement” pour les agents militarisés », a-t-il déclaré.

« Propagande »

La victime de la tragédie de Minneapolis, Renee Nicole Good, était une mère de famille âgée de 37 ans. Elle habitait à Minneapolis et avait un fils de 6 ans. « Elle était aimante, compréhensive et affectueuse. Elle était un être humain exceptionnel », a confié sa mère, Donna Ganger, au Minnesota Star Tribune.

Au lendemain du drame, le vice-président américain, J.D. Vance, a affirmé que les tirs du policier étaient justifiés et a décrit la défunte comme une « victime de l’idéologie d’extrême gauche ».

« Je peux croire que sa mort est une tragédie tout en reconnaissant qu’il s’agit d’une tragédie dont elle est elle-même responsable », a-t-il déclaré, en qualifiant le geste de l’agent de « légitime défense ». Une interprétation qui fait écho à celle précédemment offerte par le président Donald Trump et la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kristi Noem.

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Cette version des faits est toutefois contredite par des vidéos filmées par des témoins de la scène et publiées sur les réseaux sociaux, qui montrent un agent de l’ICE tirer à bout portant sur le véhicule de la victime alors qu’il semble essayer de s’éloigner de la scène

S’appuyant sur ces images, les élus démocrates locaux ont qualifié les propos de l’administration Trump de « propagande » et de « conneries ». Le maire de Minneapolis, Jason Frey, a appelé mercredi l’ICE à « foutre le camp » de la ville.

Une enquête à huis clos

Le FBI assumera l’entière responsabilité de l’enquête sur la mort de Renee Nicole Good à Minneapolis. Des agents du Minnesota devaient y participer, mais l’État s’est finalement retiré du dossier après s’être vu refuser l’accès à des preuves par des fonctionnaires fédéraux.

PHOTO CHARLY TRIBALLEAU, AGENCE FRANCE-PRESSE

En soirée jeudi, au moins 1000 manifestants étaient rassemblés dans le sud de Minneapolis pour dénoncer les agissements de l’ICE.

Une décision qui laisse présager une volonté de l’administration Trump d’« avoir la mainmise » sur cette affaire explosive, selon Julien Tourreille, chercheur en études stratégiques et diplomatiques à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

Il est normal que le FBI soit responsable de l’enquête, puisque l’évènement implique des agents fédéraux. Or, fait anormal, l’administration Trump a refusé la coopération des forces policières locales.

Habituellement, un comité de coopération réunissant les différents corps policiers serait mis en place, d’abord pour assurer « une enquête de bonne intelligence », mais aussi pour « favoriser la confiance du public », explique le chercheur.

Mais Kash Patel, directeur du FBI et fidèle allié de Donald Trump, n’a pas peur de faire entorse aux normes.

« Il n’hésitera pas à politiser une enquête pour essayer de faire mal à ses adversaires. Mais est-ce que sa déférence à Trump a déjà contaminé les échelons du FBI qui sont plus proches du terrain, comme les enquêteurs ? C’est difficile à mesurer pour le moment », ajoute Julien Tourreille.

Une suite d’évènements floue

Très peu d’informations en lien avec la fusillade de Portland étaient disponibles, jeudi soir. Une employée de la clinique médicale à proximité de la scène a rapporté au média local The Oregonian qu’une personne est entrée en trombe dans son bureau en après-midi pour l’avertir qu’une fusillade avait eu lieu dans le stationnement.

PHOTO JENNY KANE, ASSOCIATED PRESS

Une manifestation a eu lieu devant le centre de détention de l’agence américaine de contrôle de l’immigration et des douanes, à Portland, jeudi.

Un homme qui se trouvait dans la clinique a déclaré à The Oregonian avoir vu des agents fédéraux suivre un camion Toyota dans le stationnement de l’immeuble et tenter de le coincer.

Un agent a frappé à la vitre, et le conducteur a alors reculé et avancé au moins deux fois, heurtant une voiture derrière lui, avant de faire demi-tour et de prendre la fuite, a déclaré l’homme qui n’a donné que son prénom. On ne sait pas si la voiture heurtée par le camion appartenait aux agents fédéraux.

Les agents ont tiré environ cinq coups de feu sur le camion alors qu’il s’éloignait, a déclaré le témoin.

La police de Portland a dit avoir reçu deux appels en lien avec l’évènement : un provenant de la clinique médicale et un autre en provenance du nord-est de la ville, où ils ont localisé un homme et une femme avec des blessures par balle. Les victimes ont ensuite été hospitalisées.

Avec The New York Times, Associated Press, ABC News, The Oregonian

https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2026-01-09/apres-une-mort-a-minneapolis/deux-personnes-blessees-par-des-policiers-de-l-immigration-a-portland.php

Guerre en Ukraine La Russie pourrait avoir utilisé un missile capable de porter une charge nucléaire

Un possible lancement de missile balistique à portée intermédiaire d’un site d’essais nucléaires stratégiques russe a été rapporté par l’armée de l’air ukrainienne. Le lancement aurait eu lieu jeudi soir, peu avant minuit, heure locale.

Résumé

Des explosions ont suivi peu après près de la ville de Lviv, dans l’ouest de l’Ukraine, mais le pays n’a pas précisé si un missile capable de porter une charge nucléaire provenant de ce site d’essais en était responsable. Si cela se confirmait, l’utilisation d’une telle arme, même équipée d’ogives conventionnelles ou factices, constituerait une menace inquiétante pour l’Ukraine et ses alliés occidentaux, ainsi qu’une escalade de la part du président russe, Vladimir Poutine.

La menace a été détectée sur le site de Kapoustine Iar, près de la mer Caspienne, a déclaré l’armée de l’air ukrainienne dans un communiqué publié ce vendredi matin (heure locale).

Si un missile capable de porter une charge nucléaire était responsable de la frappe près de Lviv, ce serait seulement la deuxième fois depuis le début de la guerre qu’un missile serait tiré d’un site d’essai des forces nucléaires stratégiques russes, loin des frontières ukrainiennes.

En 2024, la Russie a frappé l’Ukraine avec un nouveau modèle de missile à portée intermédiaire, connu sous le nom d’Orechnik, qui avait également été tiré de ce site.

La menace de missile et les explosions tard jeudi soir sont survenues à un moment de tensions, alors que l’Ukraine a rejeté les demandes russes de céder des territoires lors des pourparlers de paix et que l’administration Trump a évincé un allié de la Russie, le président Nicolás Maduro, au Venezuela.

Après que la Russie eut tiré un missile à portée intermédiaire sur l’Ukraine, en novembre 2024, Vladimir Poutine a identifié le missile et entrepris d’exposer les raisons de son utilisation. Il avait tiré le missile, avait-il déclaré, en représailles à la décision des États-Unis et de la Grande-Bretagne d’autoriser l’Ukraine à frapper profondément en territoire russe avec des armes de fabrication occidentale.

Utilisation symbolique ?

Tôt ce vendredi matin (heure locale), l’armée de l’air ukrainienne a déclaré avoir détecté une menace de tir provenant de Russie vers 23 h 30 jeudi, avant que les explosions ne soient entendues dans la région de Lviv. Le maire de Lviv, Andriy Sadovy, a écrit dans un message publié sur Telegram que les explosions avaient endommagé des infrastructures, sans préciser lesquelles.

Lors du tir d’un missile balistique Orechnik sur l’Ukraine en 2024, la Russie avait frappé une usine aérospatiale dans la ville de Dnipro, dans le centre de l’Ukraine. Mais il n’avait fait que des dégâts minimes, car il transportait des ogives factices, ce qui suggère une utilisation purement symbolique de l’arme.

Cette fois, les explosions qui ont suivi l’avertissement se sont produites beaucoup plus près de la frontière avec la Pologne. La Pologne est membre de l’OTAN et de l’Union européenne, ce qui suggère une intention possible de signifier une menace plus imminente.

Après la frappe de 2024, Vladimir Poutine a vanté le missile utilisé, décrit comme une nouvelle avancée de l’industrie militaire russe et comme une raison pour l’Occident de renoncer à aider l’Ukraine à se défendre contre l’invasion russe lancée en 2022, mais qui s’est largement enlisée dans des combats lents, la Russie ne gagnant que peu de terrain.

Le Pentagone avait déclaré que ce missile était basé sur un missile intercontinental, le RS-26 Roubej, qui a été redessiné avec une portée plus courte. Le missile peut transporter plusieurs ogives qui se séparent en vol et s’abattent sur une cible. L’Ukraine ne dispose d’aucun système de défense aérienne capable de l’abattre.

Cet article a été publié dans le New York Times.

https://www.lapresse.ca/international/europe/2026-01-09/guerre-en-ukraine/la-russie-pourrait-avoir-utilise-un-missile-capable-de-porter-une-charge-nucleaire.php

Guerre en Ukraine Moscou rejette le plan européen de déploiement d’une force multinationale

(Moscou) La Russie a torpillé jeudi le plan européen prévoyant le déploiement d’une force multinationale composée de plusieurs milliers de soldats en Ukraine après la fin de la guerre, avertissant que toute présence militaire occidentale dans ce pays constituerait pour Moscou une « cible légitime ».

Résumé

L’armée russe continue parallèlement de bombarder l’Ukraine, ciblant notamment ses infrastructures énergétiques : plus d’un million d’habitants des zones centrales de son territoire ont été privés jeudi d’eau et de chauffage, par des températures extrêmement basses, après des frappes nocturnes de drones.

Fait peu fréquent, l’ambassade des États-Unis à Kyiv a mis en garde jeudi soir sur une possible attaque russe aérienne « d’importance » en Ukraine ces prochains jours. Une alerte relayée par le président Volodymyr Zelensky.

Évoquant le dispositif militaire proposé par les Européens, la porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a pour sa part averti : « Toutes ces unités et ces installations seront considérées comme des cibles militaires légitimes pour les forces armées de la Russie ».

Mme Zakharova a dénoncé les « déclarations militaristes » des soutiens européens de Kyiv, estimant que ceux-ci constituaient un « axe de la guerre » après le sommet de Paris qui a réuni mardi les pays membres de la Coalition des volontaires, essentiellement européens.

L’Ukraine, qui fait face à une offensive russe de grande ampleur depuis 2022, s’est vu promettre des garanties de sécurité dont la mise en place d’une force multinationale devant dissuader Moscou d’attaquer à nouveau après la conclusion d’une paix qui reste jusqu’à présent hypothétique.

PHOTO MYKHAILO MOSKALENKO, ARCHIVES REUTERS

Des policiers et des habitants inspectent des voitures détruites par une frappe de drone russe à Dnipro, en Ukraine, le 7 janvier 2026.

Le Royaume-Uni et la France ont signé à cette occasion une déclaration d’intention avec l’Ukraine, dans laquelle ils se disent prêts à déployer des soldats britanniques et français en cas de cessez-le-feu.

Garanties américaines

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a admis jeudi que la mise en œuvre des garanties de sécurité promises à l’Ukraine étaient « impossible sans le consentement de la Russie, dont nous sommes probablement encore assez loin ».

Les États-Unis n’ont pour leur part pas été signataires de la déclaration dans la capitale française et les aspects précis de leur engagement militaire restent encore flous.

Volodymyr Zelensky a toutefois annoncé jeudi que le document sur les garanties de sécurité offertes par Washington à son pays était « pratiquement prêt » à être soumis pour approbation à Donald Trump.

La veille, le chef de l’État ukrainien avait regretté n’avoir « pas reçu de réponse claire » de la part de ses alliés européens sur la manière dont ils réagiraient concrètement en cas de nouvelle attaque russe après la fin des hostilités déclenchées en 2022.

M. Zelensky a en outre affirmé que l’Ukraine devait maintenir pour assurer sa sécurité une armée de 800 000 hommes, soit deux fois plus grande que celles de la France et du Royaume-Uni combinées, et « dotée d’armes adéquates ».

Sur le terrain, à la suite de nouvelles frappes russes, plus d’un million de foyers de la région de Dnipropetrovsk, dans le centre de l’Ukraine, se sont retrouvés jeudi sans eau et sans électricité, selon les autorités, qui ont ensuite annoncé le rétablissement d’une partie du réseau.

Trois personnes ont par ailleurs été tuées dans une série de bombardements russes sur la région de Kherson, dans le sud, ont déploré des responsables locaux, tandis qu’au moins 13 personnes ont été blessées dans des tirs de missiles à Kryvyï Rig (centre), a fait savoir la première ministre Ioulia Svyrydenko.

« Briser l’Ukraine »

Depuis le dévoilement fin novembre d’un plan de paix proposé par Washington, les efforts diplomatiques pour mettre fin au conflit le plus meurtrier en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale se sont intensifiés, essentiellement entre Kyiv et les Occidentaux.

La Russie continue de son côté d’exiger le retrait des forces ukrainiennes de 20 % de la région orientale de Donetsk qu’elles contrôlent encore et un engagement juridiquement contraignant de l’Ukraine de non-adhésion à l’OTAN.

Fin décembre, le président Vladimir Poutine a assuré que la Russie atteindrait ses objectifs, par la voie diplomatique ou par les armes.

À cet égard, les forces russes, plus nombreuses et mieux équipées, continuent leur progression. Jeudi, le ministère russe de la Défense a revendiqué la prise de la localité de Bratské dans le sud de la région de Dnipropetrovsk (est).

Le site internet de cartographie militaire DeepState, proche de l’armée ukrainienne, a également relevé mercredi soir que les soldats russes s’étaient emparés des localités d’Andriïvka dans la région de Soumy (nord-est) et de Novomarkové dans celle de Donetsk.

https://www.lapresse.ca/international/europe/2026-01-08/guerre-en-ukraine/moscou-rejette-le-plan-europeen-de-deploiement-d-une-force-multinationale.php

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Les États-Unis saisissent un nouveau pétrolier parti du Venezuela

(Washington) Les autorités américaines ont annoncé avoir saisi vendredi un nouveau pétrolier parti du Venezuela, la cinquième opération militaire du genre menée par Washington, qui maintient une forte pression sur Caracas en appliquant fermement un blocus sur l’exportation du pétrole vénézuélien.

Résumé

Ce navire, le Olina, a été saisi « tôt ce matin » par les garde-côtes américains dans « les eaux internationales de la mer des Caraïbes » alors qu’il « était parti du Venezuela en cherchant à échapper aux forces américaines », a écrit sur X Kristi Noem, la secrétaire à la Sécurité intérieure.

Selon le site spécialisé Tanker Tracker, cette cinquième prise de contrôle porte le total saisi par Washington en quelques semaines à plus de 6 millions de barils de pétrole, pour une valeur totale de 300 millions de dollars.

« Les flottes fantômes n’échapperont pas à la justice, elles ne se cacheront pas derrière de fausses déclarations de nationalité », a ajouté Kristi Noem.

Le Olina, un grand pétrolier de 250 mètres de long battant pavillon du Timor oriental selon le site MarineTraffic, est visé par des sanctions américaines liées à la Russie.

La saisie d’un autre pétrolier mercredi dans l’Atlantique Nord après des semaines de poursuite par les garde-côtes américains avait provoqué la colère de Moscou, qui assure que le navire battait pavillon russe, ce que n’a pas reconnu Washington.

Moins d’une semaine après avoir capturé le président vénézuélien Nicolás Maduro dans une opération militaire aussi spectaculaire que critiquée, les États-Unis de Donald Trump ont entrepris d’exercer une pression maximale sur la manne financière que représente pour Caracas l’exportation de son pétrole.

Car si le Venezuela est doté des plus importantes réserves prouvées de brut dans le monde, son industrie pétrolière est dans un très mauvais état après des décennies de sous-investissement et ne produit qu’environ 1 million de barils par jour.

Donald Trump réunit vendredi à Washington de grands groupes pétroliers pour les rallier à sa stratégie de mise sous tutelle du Venezuela et compte leur faire investir « au moins 100 milliards de dollars » dans l’exploitation de l’or noir dans ce pays d’Amérique latine.

https://www.lapresse.ca/international/2026-01-09/les-etats-unis-saisissent-un-nouveau-petrolier-parti-du-venezuela.php

Guerre en Ukraine La moitié de Kyiv privée de chauffage après des frappes russes, le maire appelle à évacuer

(Kyiv) Des frappes russes massives ont fait au moins quatre morts et privé de chauffage la moitié des immeubles résidentiels de Kyiv, poussant le maire à appeler vendredi les habitants à évacuer « temporairement » la capitale ukrainienne.

Résumé

Cette nouvelle nuit de bombardements a vu l’utilisation, pour la deuxième fois depuis le début de la guerre, du missile de dernière génération russe Orechnik, dans l’ouest de l’Ukraine. L’UE et Berlin y ont vu une « escalade » de la part de Moscou.

Ces frappes interviennent au lendemain du rejet par Moscou d’un plan européen de déploiement d’une force multinationale en Ukraine après une éventuelle fin de la guerre, dont la perspective s’éloigne.

Des journalistes de l’AFP à Kyiv ont vu des habitants se précipiter dans des abris après le déclenchement d’une alerte antiaérienne et entendu des drones exploser contre des immeubles.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a réclamé une « réaction claire » de la communauté internationale. « L’attaque a eu lieu précisément au moment où une vague de froid importante s’est abattue sur le pays », a-t-il dénoncé.

Pour la première fois depuis le début de l’invasion russe lancée en 2022, le maire de Kyiv, Vitaly Klitschko, a appelé les habitants à quitter « temporairement » la ville, alors que les températures oscillent entre -7 et -12 °C.

« La moitié des immeubles d’habitation à Kyiv – près de 6000 – sont actuellement privés de chauffage », s’est-il alarmé. Dans les gares routières et ferroviaires de la capitale, aucune foule importante ni signe de panique n’était visible, selon des journalistes de l’AFP.

Selon l’opérateur électrique privé DTEK, 417 000 foyers sont privés d’électricité dans la capitale, en raison des frappes russes et de conditions météorologiques difficiles.

Une quarantaine de sites ont été touchés par les frappes russes à Kyiv, dont 20 immeubles résidentiels et l’ambassade du Qatar, selon Volodymyr Zelensky. Le Parquet a fait état de quatre morts et 26 blessés.

Débris

Nina, 70 ans, qui vit dans l’un des immeubles touchés, s’est dite en colère que le monde parle d’un possible accord pour mettre fin au conflit au moment où la Russie bombarde. « Où est l’Europe, où est l’Amérique ? » a-t-elle lancé, interrogée par l’AFP.

Selon l’armée de l’air ukrainienne, la Russie a tiré au cours de la nuit un total de 36 missiles et 242 drones, dont respectivement 18 missiles et 226 drones ont été abattus.

PHOTO ANATOLII STEPANOV, REUTERS

Des habitants se tiennent près de leur immeuble touché par une frappe de drone russe, dans le cadre de l’attaque de la Russie contre l’Ukraine, à Kyiv, en Ukraine, le 9 janvier 2026.

Moscou a indiqué de son côté avoir frappé des « cibles stratégiques » en Ukraine, y compris à l’aide du missile de dernière génération Orechnik, qui peut porter une charge nucléaire, et atteindre une vitesse d’environ 13 000 km/h.

Selon le ministère russe de la Défense, ces frappes ont été menées « en réponse à l’attentat terroriste perpétré par le régime de Kyiv » contre une résidence de Vladimir Poutine fin décembre, dont l’Ukraine et les Occidentaux affirment qu’il s’agit d’un « mensonge ».

Le service ukrainien de sécurité (SBU) a publié des images de débris présentés comme ceux de l’Orechnik utilisé par Moscou pour frapper la région de Lviv (Ouest).

Parmi les débris figurent des éléments de stabilisation et de guidage du missile, ainsi que des pièces de moteur, a affirmé le SBU dans un communiqué, sans préciser quelles cibles avaient été visées ni l’ampleur des dégâts.

« Une telle attaque à proximité de la frontière de l’Union européenne et de l’OTAN représente une menace grave pour la sécurité du continent européen et un test pour l’alliance transatlantique », a estimé le ministre ukrainien des Affaires étrangères Andriï Sybiga.

L’Orechnik, capable de frapper avec des ogives nucléaires – mais qui n’en portait pas lors de ces tirs –, a été utilisé pour la première fois en 2024 contre une usine militaire située dans la ville de Dnipro, dans le centre-est de l’Ukraine.

Il a été déployé mi-décembre en Biélorussie, pays allié de la Russie situé aux portes de l’UE, avait annoncé alors son président Alexandre Loukachenko.

« Cibles légitimes »

Près de quatre ans après le lancement de l’offensive à grande échelle du Kremlin, Moscou continue de bombarder l’Ukraine quasi-quotidiennement, en ciblant notamment les infrastructures énergétiques du pays.

Plus d’un million d’habitants du centre de l’Ukraine ont été privés jeudi d’eau et de chauffage, après des frappes nocturnes de drones.

En réponse, l’Ukraine multiplie également les frappes sur les infrastructures énergétiques russes.

Quelque 556 000 personnes ont ainsi été privées vendredi matin de courant et de chauffage dans la région russe de Belgorod, frontalière de l’Ukraine, selon le gouverneur local, Viatcheslav Gladkov.

Ces nouvelles frappes interviennent alors que les discussions diplomatiques impulsées par le président américain Donald Trump ces derniers mois sur ce conflit semblent dans l’impasse.

La Russie a rejeté une nouvelle fois jeudi tout déploiement de soldats occidentaux en Ukraine, avertissant qu’elle les considérerait comme des « cibles légitimes » pour ses forces armées.

Il s’agissait d’une réponse à un plan présenté par la « Coalition des volontaires », qui réunit des pays qui soutiennent Kyiv essentiellement européens, de déployer des milliers de soldats en Ukraine après la guerre.

https://www.lapresse.ca/international/europe/2026-01-09/guerre-en-ukraine/la-moitie-de-kyiv-privee-de-chauffage-apres-des-frappes-russes-le-maire-appelle-a-evacuer.php

Aucun doute que l’argent sera bien dépensé après cette déclaration du Président états-unien (/s):

This Oil will be sold at its Market Price, and that money will be controlled by me, as President of the United States of America, to ensure it is used to benefit the people of Venezuela and the United States!

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C’est le pire dans tout ça…

Si son but c’était de s’assurer que les vénézuéliens profitent de l’argent du pétrole, il n’avait qu’à ne pas mettre un embargo !
Faut que sa base soit vraiment stupide pour croire tout ça…

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On est carrément dans la grossière caricature, si ce n’était pas si dramatique on se tordrerait de rire. Mais là un président américain en exercise extorque de manière récurrente et à la face du monde des biens valant des centaines de millions à un pays souverain et affirme qu’il gérera personnellement cet argent au nom de la population victime de son geste, est d’un cynisme inouï. Tout cela à l’encontre du droit international et des principes de Justice Internationale reconnus par l’ONU et la grande majorité des États dans le monde. Vraiment avec Trump la piraterie et le gangstérisme ont de beaux jours devant eux.

Même la mafia se garderait une petite gêne.

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Si vous croyez qu’on va tenir tête à Trump…:

Report: France delays G7 for Trump’s 80th birthday UFC cage fight

France will delay this year’s Group of Seven (G7) summit to avoid a conflict with the mixed martial arts event planned at the White House on June 14 to mark President Donald Trump’s 80th birthday, the Politico news magazine reported on Friday.

Politico cited officials with knowledge of G7 planning. It added that French President Emmanuel Macron’s office had said the one-day postponement was the result of “consultations with G7 partners.”

https://www.yahoo.com/news/articles/report-france-delays-g7-trumps-152539579.html

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Ça commence à ressembler de plus en plus à une fin de régime…


Iran De nouvelles manifestations dans les rues de Téhéran

IMAGE TIRÉE DES RÉSEAUX SOCIAUX, FOURNIE PAR REUTERS

Cette capture d’écran d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 9 janvier 2026 montre des manifestants rassemblés alors que des véhicules brûlent à Téhéran, en Iran.

(Paris) De nouvelles manifestations contre le pouvoir ont eu lieu vendredi soir en Iran, notamment à Téhéran où des habitants ont défilé sur plusieurs artères, selon une vidéo vérifiée par l’AFP et des images parues sur les réseaux sociaux en dépit d’une coupure nationale des communications internet.

Résumé

Au treizième jour d’un mouvement de contestation qui prend de l’ampleur malgré la répression, des habitants frappaient sur des casseroles et scandaient des slogans hostiles au pouvoir, dont « mort à Khamenei », en référence au guide suprême iranien.

Dans ce quartier de Sadatabad, dans le nord-ouest de Téhéran, ils étaient soutenus par un concert de klaxons d’automobilistes, selon la vidéo authentifiée.

D’autres images publiées sur les réseaux sociaux montraient des manifestations similaires ailleurs à Téhéran. Et des chaînes de télévision en persan basées à l’étranger ont diffusé des vidéos de nombreux protestataires à Machhad, dans l’est de l’Iran, à Tabriz, dans le nord, et dans la ville sainte de Qom.

IMAGE TÉLÉVISION D’ÉTAT IRANIENNE, FOURNIE PAR ASSOCIATED PRESS

Cette capture d’écran d’une vidéo diffusée le 9 janvier 2026 par la télévision d’État iranienne montre un homme tenant un appareil pour filmer des véhicules en feu lors d’une nuit de manifestations de masse à Zanjan, en Iran.

« Des indices crédibles laissent penser que la République islamique pourrait tenter de transformer cette nuit en un massacre, sous le couvert d’un black-out total des communications », s’est inquiétée la lauréate du prix Nobel de la Paix 2003, l’avocate iranienne en exil Shirin Ebadi.

La connectivité est « réduite à 1 % de son niveau habituel », a précisé l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

La coupure de l’internet « n’est pas un problème technique en Iran, c’est une tactique », a jugé Shirin Ebadi, disant avoir été informée que des centaines de personnes ont été transportées jeudi dans un hôpital de Téhéran avec des « blessures graves aux yeux » causées par des tirs de fusils à plombs.

Au moins 51 manifestants, dont neuf enfants, ont été tués et des centaines d’autres blessés à travers l’Iran depuis le début le 28 décembre de la contestation, a dénombré vendredi l’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège.

Jeudi soir, des images vérifiées par l’AFP avaient déjà montré des foules de personnes à pied à Téhéran.

Et vendredi, la télévision iranienne a montré les dégâts causés, citant le maire de Téhéran parlant de plus de 42 autobus, véhicules publics et ambulances incendiés, ainsi que 10 bâtiments officiels.

Un procureur du district de la ville d’Esfarayen, dans l’est de l’Iran, ainsi que plusieurs membres des forces de sécurité ont été tués jeudi soir lors de manifestations, selon le pouvoir judiciaire.

Messages de fermeté

Le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, a averti vendredi que son pays ne « reculerait pas » face à la vague de contestation qui défie la République islamique, en place depuis 1979.

Devant ses partisans scandant en écho « mort aux États-Unis », Ali Khamenei a adopté un ton offensif, dans un discours diffusé par la télévision d’État.

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« La République islamique ne reculera pas face aux saboteurs », a-t-il lancé, dénonçant la destruction la veille à Téhéran d’un bâtiment par « une bande de vandales ».

Les Gardiens de la révolution, l’armée idéologique de l’Iran, ont jugé la situation « inacceptable », promettant de protéger la Révolution islamique. Et le pouvoir judiciaire a averti vendredi que la punition des « émeutiers » serait « maximale ».

Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi a accusé les États-Unis et Israël d’ingérence dans le mouvement de contestation, tout en écartant la possibilité d’une intervention militaire étrangère.

« Il me semble que le peuple est en train de prendre le contrôle de certaines villes, ce que personne n’aurait cru possible il y a encore quelques semaines », a affirmé vendredi soir le président américain Donald Trump, en estimant que l’Iran avait « de gros problèmes ».

La veille, il avait de nouveau menacé de « frapper très fort » l’Iran si les autorités réagissaient en tuant des manifestants.

« Intimider et punir »

Le fils de l’ancien chah et figure de l’opposition en exil aux États-Unis, Reza Pahlavi, a demandé vendredi à Donald Trump d’intervenir sans tarder en Iran.

PHOTO THOMAS PADILLA, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Reza Pahlavi

Ces manifestations sont les plus importantes en Iran depuis celles survenues après la mort en 2022 de Mahsa Amini, arrêtée pour avoir enfreint le strict code vestimentaire féminin.

Elles éclatent au moment où le pays est affaibli après la guerre avec Israël et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, tandis que l’ONU a rétabli en septembre des sanctions liées au programme nucléaire iranien.

Carabines à plomb, canons à eau, gaz lacrymogène et coups : dans un communiqué commun, Amnistie internationale et Human Rights Watch (HRW) ont dénoncé les méthodes utilisées « pour disperser, intimider et punir des manifestants largement pacifiques ».

Trois dirigeants européens, Emmanuel Macron, Keir Starmer et Friedrich Merz ont condamné « fermement » vendredi « le meurtre de manifestants » et les « violences » commises par les forces de sécurité en Iran, appelant les autorités iraniennes à « faire preuve de retenue ».

https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2026-01-09/iran/de-nouvelles-manifestations-dans-les-rues-de-teheran.php

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Guerre en Ukraine Le Canada condamne l’utilisation d’un missile hypersonique par la Russie

PHOTO DES SERVICES DE SÉCURITÉ UKRAINIENS, FOURNIE PAR ASSOCIATED PRESS

Un fragment qui serait issu d’un missile balistique hypersonique russe à moyenne portée Oreshnik qui a frappé la région de Lviv

(Ottawa) Le premier ministre Mark Carney se joint aux dirigeants européens pour condamner l’utilisation par la Russie d’un puissant missile hypersonique contre l’Ukraine, qu’il qualifie d’escalade.

Résumé

M. Carney affirme que la deuxième utilisation par la Russie du missile Oreshnik constitue « une escalade flagrante et dangereuse qui visait l’infrastructure énergétique ukrainienne et des habitations d’Ukrainiens innocents ».

Moscou affirme que cette arme peut échapper aux systèmes de défense antimissile et pourrait être utilisée contre les alliés de l’Ukraine s’ils frappaient profondément en Russie.

Selon les observateurs, cette frappe, qui a touché l’ouest de l’Ukraine, était destinée à envoyer un avertissement clair aux alliés de Kyiv au sein de l’alliance militaire de l’OTAN.

Le lancement du missile à capacité nucléaire est intervenu quelques jours après que l’Ukraine et ses alliés se furent mis d’accord sur des garanties de sécurité visant à défendre le pays contre toute nouvelle agression russe après un possible accord de paix.

L’Ukraine cherche à organiser des réunions internationales pour discuter de l’utilisation du missile pour la première fois depuis novembre 2024.

Lundi, la Russie a sanctionné 28 Canadiens d’origine ukrainienne en représailles aux sanctions canadiennes liées à l’invasion russe.

Avec des informations provenant de l’Associated Press.

https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2026-01-09/guerre-en-ukraine/le-canada-condamne-l-utilisation-d-un-missile-hypersonique-par-la-russie.php

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Opération américaine au Venezuela À quoi s’attendre de la Russie et de la Chine ?

La capture du président vénézuélien Nicolás Maduro par les forces américaines et la volonté de mainmise de Washington sur le pays latino-américain et la région dans son ensemble modifient la donne pour la Russie et la Chine.

Résumé

Ce qu’il faut savoir

  • La capture de Nicolás Maduro et la volonté affichée des États-Unis de contrôler le Venezuela et ses richesses naturelles privent la Russie et la Chine d’un allié dans la région.
  • Moscou a réagi avec modération au coup d’État américain, en partie par crainte de s’aliéner l’administration Trump alors que de délicates négociations se poursuivent pour mettre fin à la guerre en Ukraine.
  • Le gouvernement chinois doit évaluer quelle ligne de conduite adopter face à la volonté de mainmise américaine sur une région où Pékin a développé des liens économiques, militaires et diplomatiques avec plusieurs pays.

Les deux pays, qui entretenaient des liens étroits avec le dirigeant autoritaire, ont dénoncé l’intervention américaine tout en s’abstenant de s’engager dans l’escalade.

Le ministère des Affaires étrangères russe a parlé d’un « inacceptable acte d’agression armée », mais le président russe Vladimir Poutine est demeuré largement silencieux.

Brian Taylor, un spécialiste de la Russie rattaché à l’Université de Syracuse, note que la guerre en Ukraine demeure la priorité absolue du régime et pèse sur chaque intervention.

Le silence relatif du Kremlin sur la chute de son allié vénézuélien témoigne notamment de la volonté de ne pas irriter outre mesure le président américain Donald Trump alors que se jouent de délicates négociations pour un cessez-le-feu avec Kyiv.

PHOTO MIKHAIL METZEL, SPUTNIK, FOURNIE PAR REUTERS

Le président russe, Vladimir Poutine, le 29 décembre dernier, lors d’une réunion avec de hauts dirigeants militaires portant sur l’invasion de l’Ukraine

La chute de Nicolás Maduro, note M. Taylor, n’en demeure pas moins embarrassante pour la Russie, qui avait vendu du matériel militaire d’une valeur de plus de 20 milliards de dollars à Caracas de 2000 à 2015, selon un estimé du China Global South Project.

« C’est la quatrième fois en quelques années que la Russie voit un allié mis à mal et doit avaler la couleuvre », note l’analyste qui évoque, en plus du Venezuela, la chute du régime syrien de Bachar al-Assad, la prise de l’enclave du Haut-Karabakh par l’Azerbaïdjan face à l’Arménie ainsi que l’attaque contre les installations nucléaires iraniennes menée par les États-Unis et Israël l’été dernier.

Le renversement du régime islamique iranien, qui est aux prises depuis deux semaines avec une importante vague de manifestations, viendrait renforcer encore ce recul.

L’intervention américaine au Venezuela, décriée comme une violation claire du droit international par les Nations unies, pourrait ultimement servir l’approche russe par rapport à l’Ukraine en soutenant l’idée d’un ordre international dans laquelle la force brute, plutôt que la diplomatie, doit primer.

Une attaque des États-Unis contre le Groenland, si elle se concrétisait, pourrait par ailleurs représenter un véritable « cadeau » pour le président russe puisqu’elle risquerait, note M. Taylor, de précipiter la fin de l’OTAN, bête noire du Kremlin.

Pékin pourrait devenir plus agressif

La chute de Nicolás Maduro soulève aussi des questions stratégiques pour Pékin.

Guy Saint-Jacques, un ex-diplomate canadien en Chine, note que les visées expansionnistes des États-Unis en Amérique latine pourraient encourager le gouvernement du président Xi Jinping à se montrer encore plus agressif dans sa propre région du globe, en particulier par rapport à Taïwan.

PHOTO ADEK BERRY, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Navires de l’armée et de la garde côtière chinoises au large de Pingtan, l’île chinoise la plus proche de Taïwan, le 30 décembre dernier

« On entre dans une ère très dangereuse », prévient l’analyste, qui s’alarme des exercices militaires réalisés récemment par Pékin pour tester l’imposition d’un blocus autour de l’île.

June Teufel Dreyer, une spécialiste de l’Asie rattachée à l’Université de Miami, prévient pour sa part que le gouvernement chinois ne sent aucun besoin d’invoquer le comportement américain « comme une excuse potentielle pour faire ce qu’il veut faire ».

La capture de Nicolás Maduro pourrait être évoquée stratégiquement à des fins de communications, mais elle ne change pas fondamentalement, dit-elle, le calcul de Pékin, qui multiplie les pressions pour ramener Taïwan dans son giron sans aller jusqu’à l’affrontement militaire direct.

Tong Zhao, un analyste du Carnegie Endowment for International Peace, note dans une analyse parue cette semaine que la volonté affichée de Donald Trump d’employer la force est susceptible de convaincre Pékin de la nécessité de renforcer ses capacités militaires.

Des liens seront testés

Le changement de donne politique au Venezuela soulève à plus court terme des interrogations financières pour Pékin puisque le pays avait contracté de lourdes dettes envers la Chine pour développer ses infrastructures et les remboursait en vendant du pétrole au rabais.

Si Washington prend le contrôle des exportations comme il dit vouloir le faire, les milliards à payer risquent d’être perdus, soulevant un autre litige potentiel avec le géant américain.

La Chine perd aussi un partenaire géostratégique important dans le soutien de régimes communistes apparentés, en particulier celui de Cuba.

La nouvelle stratégie de sécurité nationale mise de l’avant par l’administration américaine pose aussi problème à plus large échelle puisque Pékin a développé des liens économiques, militaires et diplomatiques étroits avec plusieurs pays de la région susceptibles d’être remis en cause sous la pression de Washington.

Le géant asiatique, qui représentait une fraction infime des exportations latino-américaines au tournant du millénaire, est aujourd’hui le deuxième partenaire commercial en importance de la région après les États-Unis et l’un de ses plus importants prêteurs.

L’ambition déclarée de Donald Trump d’assurer au pays et à ses entreprises un accès privilégié aux ressources naturelles de la région va placer certains pays échangeant avec Pékin, dont le Brésil, dans une position délicate.

« Ces pays ne sont pas fous. Ils vont jouer [Pékin] et [Washington] l’un contre l’autre » à leur avantage, relève Mme Teufel Dreyer, qui s’attend à ce que la Chine tente de maintenir sa position dans la région.

« Ils ne vont pas se contenter de faire leurs bagages et de partir », dit-elle.

https://www.lapresse.ca/international/2026-01-10/operation-americaine-au-venezuela/a-quoi-s-attendre-de-la-russie-et-de-la-chine.php

Discussions entre Vénézuéliens et Américains pour rétablir les liens diplomatiques

(Caracas) Des diplomates américains sont vendredi au Venezuela, signe d’une volonté de rétablir les relations diplomatiques rompues depuis 2019, moins d’une semaine après la capture par des troupes américaines de Nicolás Maduro à Caracas.

Résumé

Le gouvernement de la présidente par intérim Delcy Rodríguez « a décidé d’entamer un processus exploratoire visant à rétablir les liens diplomatiques entre les deux pays », selon le ministre des Affaires étrangères Yvan Gil.

Des diplomates américains étaient vendredi à Caracas, selon lui, une présence confirmée par un responsable américain peu après que Donald Trump a déclaré avoir « annulé » une nouvelle attaque américaine sur le Venezuela du fait de la « coopération » de Caracas.

La libération de quelques opposants est par ailleurs « un geste très important et intelligent » de Caracas, selon Trump.

« Les États-Unis et le Venezuela travaillent bien ensemble », notamment pour la « reconstruction » de l’industrie pétrolière, a-t-il déclaré.

De son côté, Mme Rodriguez affirme que son pays n’est ni « subordonné ni soumis » à Washington, et évoque sa « loyauté envers le président Nicolás Maduro ».

Et vendredi, le ministère vénézuélien des Affaires étrangères a annoncé sur Telegram avoir reçu l’ambassadeur de Russie, Sergey Mélik-Bagdasarov, et continuer « à travailler sur le programme de coopération » avec Moscou.

PHOTO SERGIO YATE, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Le président colombien Gustavo Petro

À l’issue d’un entretien avec les présidents brésilien Lula, colombien Gustavo Petro et le premier ministre espagnol Petro Sánchez, elle a « réaffirmé » que le Venezuela opposera la « voie diplomatique » à « l’agression criminelle, illégale et illégitime perpétrée » le 3 janvier avec les bombardements américains précédant la capture Maduro.

« Avec nous »

Le gouvernement américain continue cependant de mener d’une main ferme son blocus sur l’exportation du pétrole vénézuélien. Il a annoncé vendredi avoir saisi dans les eaux internationales un nouveau pétrolier qui partait du Venezuela, le cinquième ces dernières semaines.

« Ce pétrolier est actuellement en chemin, de retour vers le Venezuela, et le pétrole sera vendu », a écrit Donald Trump.

Le chef d’État a réuni à la Maison-Blanche les grands groupes pétroliers pour les pousser à se lancer à l’assaut des vastes réserves du Venezuela, sans sembler emporter la conviction de tous les dirigeants autour de la table.

« Vous aurez une sécurité totale » pour opérer, a-t-il vanté, sans préciser quelles formes prendraient cette garantie de sécurité alors qu’il a exclu une présence militaire américaine pour protéger l’activité pétrolière.

« Vous traitez directement avec nous, vous ne traitez pas du tout avec le Venezuela », a-t-il lancé aux dirigeants du secteur.

Parmi eux, le PDG de l’américain ExxonMobil, Darren Woods, a tenu à préciser qu’il n’allait pas se lancer à la hâte dans de nouveaux investissements, estimant qu’il était « impossible d’y investir » en l’état.

9 prisonniers libérés

PHOTO JOHAN ORDONEZ, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

L’opposant Edmundo González Urrutia

Sur le volet politique, l’opposant Edmundo González Urrutia en exil en Espagne, a appelé à la reconnaissance « explicite » de sa victoire face à Maduro lors de la présidentielle de 2004.

La cheffe de l’opposition, María Corina Machado, prix Nobel de la paix 2025 et réfugiée dans la clandestinité, devrait être reçue « la semaine prochaine » à Washington, a annoncé Donald Trump.

Dans l’attente de la libération de « nombreux prisonniers », annoncée par le président du Parlement Jorge Rodriguez, frère de Delcy, des dizaines de proches de dissidents ou militants ont afflué devant des centres pénitentiaires du pays.

« Il ne faut pas perdre espoir », entend-on parmi les familles présentes devant le centre pénitentiaire de Rodéo I, à l’est de Caracas.

Selon Alfredo Romero, avocat de l’ONG Foro Penal sur X, seuls 9 prisonniers ont été libérés et « il reste 811 prisonniers politiques au Venezuela ». « Parmi les 87 prisonniers politiques de nationalité étrangère détenus au Venezuela, deux sont des citoyens américains », écrit-il.

Cinq Espagnols relâchés la veille sont arrivés en début d’après-midi à Madrid, dont la célèbre militante et avocate binationale Rocio San Miguel.

« Agir ensemble »

En parallèle du dossier du pétrole vénézuélien convoité par Washington, Trump dit aussi vouloir s’en prendre au narcotrafic. Après avoir détruit dans les Caraïbes et le Pacifique des embarcations soupçonnées de transporter de la drogue, faisant plus de 100 morts, les États-Unis vont mener « des frappes au sol » contre les cartels, menace-t-il.

Alors que le républicain affirme que « les cartels dirigent le Mexique », la présidente de ce pays, Claudia Sheinbaum, a dit vendredi que son gouvernement œuvrait à « renforcer la coordination » en matière de sécurité avec les États-Unis.

Pour sa part, le chef d’État colombien Gustavo Petro a lui invité vendredi sur X Mme Rodriguez « à agir ensemble » contre le narcotrafic, arguant que ce sujet était devenu « l’excuse parfaite » pour justifier une « agression » contre les pays d’Amérique latine.

De puissantes guérillas financées par le trafic de cocaïne opèrent le long de la poreuse frontière de plus de 2200 kilomètres entre la Colombie et le Venezuela.

Le ministre colombien de la Défense, Pedro Sánchez, a annoncé vendredi une rencontre virtuelle avec le Département de la Défense des États-Unis afin que les principales guérillas du pays « soient déclarées comme des objectifs communs ».

https://www.lapresse.ca/international/2026-01-09/discussions-entre-venezueliens-et-americains-pour-retablir-les-liens-diplomatiques.php

Un nouveau shah à la place des mollahs ?

• Nom : Reza Pahlavi
• Âge : 65 ans
• Fonction : prince héritier d’Iran en exil
• Mots clés : révolution, transition, succession, contestation

PHOTO JOEL SAGET, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Reza Pahlavi

Résumé

Pourquoi on en parle

Des manifestations d’envergure se sont poursuivies vendredi en Iran. Le régime a donné un nouveau tour de vis aux protestataires en coupant l’internet, son guide suprême, l’ayatollah Ali Khamenei, assurant qu’il ne « reculerait pas » face aux saboteurs.

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Entamée fin décembre pour des raisons économiques, la mobilisation a pris un tour plus politique, les manifestants réclamant désormais ouvertement la fin de la République islamique. Dans ce contexte, certains appellent carrément au retour à la barre d’un certain Reza Pahlavi, fils de l’ancien shah d’Iran, en exil aux États-Unis depuis 47 ans.

Porteur d’espoir

« Si la tendance se maintient, il faut s’attendre à ce que le nom de Pahlavi revienne de plus en plus », confirme Houchang Hassan-Yari, professeur émérite de science politique au Collège militaire royal du Canada. L’expert souligne que des slogans pro-Pahlavi (« Longue vie au shah d’Iran ! » ou « C’est la dernière bataille, Pahlavi reviendra ») sont maintenant scandés aux quatre coins du pays, preuve assez nette que le prince héritier de la dynastie est devenu le « porteur d’espoir » du mouvement de contestation, qui aurait fait une cinquantaine de morts jusqu’ici. Figure connue de l’opposition dans la diaspora, le principal intéressé prend ce rôle au sérieux : il a exhorté vendredi à une nouvelle démonstration de force dans les rues et demandé à Donald Trump d’intervenir sans tarder « pour aider le peuple iranien ».

Un choix « évident »

Pour certains Iraniens, Reza Pahlavi incarne la nostalgie d’une époque plus libre et économiquement fertile, lorsque son père régnait en roi et maître sur le pays (1941-1979). D’autres le voient comme un « choix évident », faute de figures d’opposition plus populaires.

« Il est hautement instruit, il connaît bien la démocratie, ce n’est pas une figure princière controversée. Il n’y a rien eu de mauvais dans sa vie privée », résume Kamran Talattof, directeur du département d’études perses de l’Université de l’Arizona. On ne sait pas si ses soutiens souhaitent la restauration du trône, une monarchie parlementaire ou un autre type de république. Mais Reza Pahlavi, lui, assure ne pas souhaiter le pouvoir, se disant plutôt prêt à « assurer la transition démocratique » si le régime venait à tomber. « Mon seul but est que les Iraniens décident de leur propre avenir. »

Figure clivante

Mais Pahlavi ne fait pas l’unanimité. Pour un certain nombre d’Iraniens, le régime de son père évoque la dictature, la police secrète et la répression politique. En outre, le retour d’un Pahlavi au pouvoir n’est pas vu d’un bon œil par la gauche iranienne, antimonarchiste.

« C’est une figure clivante », explique Arash Azizi, chargé de cours à l’Université Yale et auteur du livre What Iranians Want : Women, Life, Freedom. « [Pahlavi] dirige un mouvement de droite qui souhaite se venger de tous ceux qui se sont opposés au régime du shah. Ils haïssent donc non seulement le régime et les religieux, mais aussi la gauche, les féministes, les partis ethniques, etc. »

En entrevue cette semaine avec le média DW News, l’analyste Shahin Modarres résumait assez bien les contradictions du personnage : « Je ne peux nier qu’il a un certain nombre de soutiens dans la sphère politique iranienne. Le gros problème, c’est qu’il tente d’assumer deux responsabilités en même temps : être ou prétendre être le leader de la transition démocratique, tout en étant le leader des monarchistes, ce qui est un conflit d’intérêts. »

Des chiffres discutables

Alors, populaire ou pas ? Faute de sondages fiables, difficile de mesurer le niveau de soutien à Pahlavi dans son pays. Selon une enquête (contestée) de Gamaan, bureau de sondage dont le siège est aux Pays-Bas, Pahlavi serait la figure politique la plus populaire en Iran (31 %), loin devant l’ayatollah Ali Khamenei (9 %). D’autres enquêtes, plus douteuses, lui prêtent de 80 à 85 % de soutien, chiffres possiblement magnifiés par la diaspora, qui bénéficie d’un puissant lobby antirégime. « Même en retenant une estimation très modérée de 50 à 51 %, un tel chiffre demeure impressionnant et suffit à le poser comme le leader du mouvement visant à mettre fin au régime islamique », tranche Kamran Talattof.

Pas évident, pas impossible

Reza Pahlavi fait campagne à distance contre le régime depuis plusieurs années. Son militantisme de longue date ne signifie pas pour autant qu’on lui déroulera le tapis rouge en cas de renversement du régime. Sa proximité avec Israël, lors de la courte guerre de 12 jours à l’été 2025, lui a valu de sérieuses critiques. D’autres doutent de sa capacité à mobiliser, en raison de son absence de réseaux organisés.

« L’essentiel de son pouvoir est projeté par les médias, ajoute Arash Azizi. Et il est encore difficile de voir comment les forces de sécurité iraniennes vont lui prêter allégeance. » Ce qui fait dire au chercheur que ses chances de s’imposer sont « relativement faibles, mais pas nulles ». À suivre.

https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2026-01-10/radioscopie/un-nouveau-shah-a-la-place-des-mollahs.php

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Donald Trump en entrevue au New York Times « La seule limite, c’est ma moralité »

Jamais probablement Donald Trump n’était allé aussi loin. Il en a tant dit, tant fait qu’on ne s’arrête même plus à réfléchir au sens de ses paroles. C’est une erreur.

Dans une longue entrevue avec quatre journalistes du New York Times, mercredi, le président des États-Unis a dit que la seule limite à son pouvoir est sa « propre moralité ».

On n’est pas infiniment surpris si l’on a suivi ses activités au fil des ans. Ce qui est renversant, c’est qu’il le dise tout haut.

Ni la Constitution, ni les conventions internationales, ni les lois, ni les traités ne posent de limites. Donald Trump fixe lui-même les limites de la légalité de ses actions.

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Mais cette administration, sous prétexte de restaurer le pouvoir du président, trop diminué à ses yeux depuis le scandale du Watergate, est en train de construire un super-président que rien ni personne ne peut contrôler.

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Comme il s’agit probablement aussi de l’homme le plus amoral à avoir occupé la Maison-Blanche, ça n’annonce rien de très réjouissant ni de très prévisible pour la suite.

Résumé

Les journalistes revenaient sur l’attaque militaire et l’enlèvement du président du Venezuela.

Qu’est-ce qui vous empêche d’envahir d’autres pays ou de capturer un autre dirigeant étranger, monsieur le président ? Y a-t-il une limite à votre pouvoir ?

« Oui, il y a une chose. Ma propre morale. Mon esprit. C’est la seule chose qui peut m’arrêter. »

Oui, mais monsieur le président, le droit international…

« Je n’ai pas besoin du droit international. Je ne veux de mal à personne. »

Ni la Constitution, ni les conventions internationales, ni les lois, ni les traités ne posent de limites. Donald Trump fixe lui-même les limites de la légalité de ses actions.

C’est, en quelques mots, la définition même de l’autocrate : un dirigeant qui gouverne sans limite extérieure. Il détient le pouvoir de sa propre personne.

Nul doute qu’il faut entretenir une vision un peu grandiose de soi-même pour devenir l’« homme le plus puissant du monde ». Ou si on ne l’a pas en entrant à la Maison-Blanche, ça peut déteindre sur vous…

PHOTO DOUG MILLS, NEW YORK TIMES

Donald Trump montrant un document fourni par TikTok qui détaille sa popularité sur la plateforme

Nul doute aussi que des présidents américains ont abusé de leur pouvoir de toutes sortes de manières, dans leur pays ou à l’étranger. Mais aucun jusqu’ici n’avait prétendu avoir un pouvoir sans limite. Ou limité uniquement par sa propre moralité.

À quelques mois des célébrations des 250 ans de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, la proposition est d’autant plus, disons, révolutionnaire. Ce serait une révolution américaine à l’envers.

L’idée même de ce pays repose sur la limitation des pouvoirs pour empêcher l’installation d’un tyran. Les tendances humaines naturelles conduisent à abuser du pouvoir, car tout pouvoir corrompt et le pouvoir absolu corrompt absolument, comme disait un historien britannique.

Le génie de la Constitution américaine, la première au monde, consiste à remettre entre les mains des citoyens le pouvoir, pour qu’ils le délèguent temporairement à des individus. Individus dont aucun, même le président, n’a l’entièreté du pouvoir, vu qu’il est réparti entre le Congrès, la magistrature et la présidence.

Mais cette administration, sous prétexte de restaurer le pouvoir du président, trop diminué à ses yeux depuis le scandale du Watergate, est en train de construire un super-président que rien ni personne ne peut contrôler.

Donald Trump dit aussi que les États-Unis vont se conformer au droit international… « mais ça dépend de votre définition du droit international ». À la fin, il ne revient qu’à lui de dire ce qui est permis ou pas.

Là encore, on a vu des présidents, pas seulement américains, étirer ou violer carrément les règles du droit international, un droit toujours un peu évanescent, soumis aux rapports de force.

PHOTO DOUG MILLS, NEW YORK TIMES

Donald Trump montrant la note qu’une assistante vient de lui remettre. Le président de la Colombie, Gustavo Petro, l’a appelé durant l’entrevue accordée au New York Times.

Mais jusqu’ici, les présidents se faisaient un devoir d’élaborer une théorie pour justifier une exception. Pour montrer que leur action s’inscrivait dans un cadre juridique objectif. Quand George W. Bush a décidé d’envahir l’Irak, malgré l’objection du Conseil de sécurité de l’ONU, il a invoqué (faussement) la présence d’armes de « destruction massive », et convaincu quelques alliés.

Il n’a jamais prétendu qu’il était lui-même l’unique juge des limites de ses actions. Les deux chambres du Congrès (y compris Hillary Clinton, alors sénatrice) avaient d’ailleurs voté pour cette invasion. Et même s’il avait échoué, il avait plaidé sa cause devant les Nations unies.

Les Américains, depuis un siècle, mais en particulier depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, ont été de fervents défenseurs d’une forme de droit international et de divers traités de sécurité. Il y aurait un ordre mondial pour pacifier les États et assurer la prospérité — dont les États-Unis, mais le reste du monde aussi, devaient en bénéficier.

C’était aussi une manière d’affirmer la supériorité morale du système démocratique américain face aux systèmes communistes. Les États-Unis sont gouvernés par des lois, pas par des hommes, disait John Adams, deuxième président du pays.

Autrement dit : on a tourné le dos à l’arbitraire du régime monarchique, où tout peut être décidé selon le bon vouloir d’une personne. Ces mêmes principes devraient guider les relations internationales, même si c’est beaucoup plus compliqué.

Un quart de millénaire plus tard, un président vient dire qu’il est limité dans ses actions uniquement par sa propre moralité. Il est remarquable d’ailleurs que dans l’affaire du Venezuela, les motifs d’invasion vont de la drogue au pétrole, en passant par le terrorisme… sans qu’il soit le moindrement question de rétablir la démocratie dans ce pays où les élections ont été massivement truquées.

Ainsi procède la morale de Donald Trump.

Comme il s’agit probablement aussi de l’homme le plus amoral à avoir occupé la Maison-Blanche, ça n’annonce rien de très réjouissant ni de très prévisible pour la suite.

https://www.lapresse.ca/international/chroniques/2026-01-10/donald-trump-en-entrevue-au-new-york-times/la-seule-limite-c-est-ma-moralite.php

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Nouveau guide alimentaire américain : « On fait un pas 25 ans en arrière »

Dans le nouveau guide de recommandations, on retrouve une pyramide inversée dans laquelle des aliments comme une côte de bœuf, un fromage et un poulet se situent en haut complètement.

Résumé

« Guide spectacle », « aberrant », « à l’encontre du consensus scientifique » : des experts ne mâchent pas leurs mots après la publication, cette semaine, des nouvelles recommandations alimentaires américaines. Si certains y voient quelques avancées, bon nombre d’entre eux s’entendent pour dire qu’il s’agit avant tout d’un grand pas en arrière.

C’est mercredi que le secrétaire à la Santé des États-Unis, Robert F. Kennedy Jr., a jeté un pavé dans la mare. Mangez de vrais aliments, a-t-il scandé en présentant ses directives qui influenceront pour les cinq prochaines années le choix d’aliments servis dans les écoles, les hôpitaux, les programmes d’aide fédéraux et les prisons du pays, en plus de devoir guider la population.

Dès la première page du document, une image marque un contraste clair par rapport aux recommandations précédentes et à celles du Canada. On y voit une pyramide inversée.

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Dans le haut complètement trônent des dessins de côte de bœuf, de fromage, de poulet, de carton de lait. Et les grains entiers, dans tout cela? Seulement au bas de la pyramide.

AILLEURS SUR INFO : Un « cordon sanitaire médiatique » pour faire barrage à l’extrême droite

Spectaculaire. C’est le premier mot qui vient à l’esprit de la nutritionniste Stéphanie Côté pour décrire ce guide. Spectaculaire, oui, mais pas dans le bon sens du terme.

Quand j’ai vu réapparaître la pyramide alimentaire, je me suis dit qu’on faisait un pas 25 ans en arrière aux États-Unis, parce que, visuellement, on a bien compris avec le temps que ce n’est pas la forme de recommandation qui aide les gens à manger et, concrètement, qui les aide à savoir quoi mettre dans leur assiette, fait-elle valoir.

Le document, de son avis, est vraiment un guide spectacle, plus idéologique que scientifique.

En fouillant les recommandations de M. Trump et son équipe, on se rend bien compte que la science n’a pas suivi. On dirait que ça met de l’avant des idéologies personnelles plus que les années et les décennies d’évidences scientifiques qu’on a accumulées.

Une citation de Stéphanie Côté, nutritionniste

Le grand retour de la viande rouge

L’un des points de rupture majeurs comparativement aux directives précédentes concerne les viandes rouges. Après des années de recommandations incitant à limiter la consommation de ces aliments, les Américains sont dorénavant encouragés à en manger.

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Le document suggère même, pour cuisiner ou ajouter des matières grasses aux repas, des options comme le beurre ou le suif de bœuf, malgré l’absence de preuves scientifiques à l’appui de ces conseils.

Comme la plupart des autres experts, j’ai trouvé ça complètement aberrant de revenir à la viande rouge comme élément important dans la diète. On sait depuis plus d’une quinzaine d’années que c’est préférable de limiter notre consommation de viande rouge, déplore Martin Juneau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Un apport élevé en viandes rouges est associé à une hausse significative du risque de maladies cardiovasculaires, qui représentent la principale cause de décès à l’échelle mondiale, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Les recommandations mettent en avant la consommation de « vrais aliments », notamment la viande rouge.

Photo : Getty Images / Anna Moneymaker

Les protéines animales contiennent des acides aminés […] qui sont pro-inflammatoires et qui favorisent le développement de l’athérosclérose. Et à cause de l’inflammation, différentes maladies chroniques apparaissent, incluant des cancers et le vieillissement cellulaire, explique M. Juneau.

Sans compter les effets néfastes environnementaux. L’élevage est responsable d’environ 14,5 % des émissions de gaz à effet de serre liées aux activités humaines, selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture.

Si on regarde les données du GIEC, le groupe d’experts sur le climat, on est à l’opposé [des recommandations américaines], fait valoir la nutritionniste Catherine Lefebvre, en entrevue samedi à l’émission Les faits d’abord.

Dans plusieurs guides alimentaires dans le monde, qu’on soit en Occident, en Asie ou en Afrique, […] on n’exclut pas la viande, mais [là], on est complètement ailleurs, renchérit-elle.

Des protéines, mais quelles protéines?

Le nouveau guide alimentaire s’inscrit dans la mouvance Make America Healthy Again (Rendre l’Amérique à nouveau en santé), promue par Robert F. Kennedy Jr. L’idée est notamment de valoriser la consommation de protéines.

Depuis son arrivée en poste, Robert F. Kennedy Jr martèle le message « Make America Healthy Again », ou « MAHA » («Rendre l’Amérique à nouveau en santé »). (Photo d’archives)

Photo : Reuters / Nathan Howard

Le document recommande de consommer entre 1,2 et 1,6 gramme de protéines par kilogramme de poids corporel par jour, une hausse significative comparativement aux directives antérieures.

Le gouvernement américain s’attaque ainsi à un problème qui n’existe pas, de l’avis du cardiologue Martin Juneau.

La plupart des Nord-Américains, Canadiens inclus, consomment – vous allez être surpris peut-être – trop de protéines. Vingt-cinq pourcent des Canadiens consomment le double de ce qui est recommandé d’un point de vue de grammes par kilo.

Une citation de Martin Juneau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal

D’autant plus que les recommandations américaines n’établissent pas de distinction entre les protéines animales et celles végétales.

On devrait faire une place plus importante aux protéines végétales dans notre alimentation, ça, c’est super bien démontré, fait remarquer de son côté la nutritionniste Stéphanie Côté.

Les protéines en général sont très importantes, mais c’est une combinaison d’animales et de végétales qui apporte le plus grand bienfait et la plus grande variété de nutriments, parce que les protéines végétales viennent avec des fibres alimentaires, notamment, et ça, ça manque cruellement dans l’assiette des Nord-Américains, poursuit-elle.

Assaut contre les aliments ultratransformés

L’administration américaine n’a cependant pas tout faux avec ses nouvelles directives, selon des spécialistes du milieu.

Parmi les passages les plus positivement accueillis, on trouve ceux qui concernent les aliments ultratransformés, que Robert F. Kennedy Jr. promet depuis des mois de combattre.

Le document recommande d’éviter les aliments hautement transformés, emballés, préparés, prêts à consommer, salés ou sucrés, tels que les chips, les biscuits et les bonbons.

Le jus, les boissons gazeuses et les plats préparés font notamment partie des aliments ultratransformés. (Photo d’archives)

Photo : iStock

L’Association médicale américaine a de ce fait salué, par voie de communiqué, des directives qui affirment que l’alimentation est un remède et fournissent des indications claires que les patients et les médecins peuvent suivre pour améliorer la santé.

Ce n’est pas juste qu’il y a trop de sucre, trop de sel, trop de gras dans les aliments ultratransformés, mais il y a aussi des additifs qui sont néfastes pour la santé. Il y a des émulsifiants, il y a des édulcorants qui ne sont pas très bons pour la santé, pour le microbiome, notamment, précise Martin Juneau.

Aux États-Unis, les aliments ultratransformés représentaient 53 % des calories consommées par les adultes d’août 2021 à 2023, selon les données des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies. Au Canada, ils représentaient 46 % de l’apport énergétique quotidien, selon les données de 2015.

S’il est important de promouvoir des aliments moins riches en sucre, en sel et auxquels sont incorporés divers additifs, Catherine Lefebvre constate néanmoins une certaine déconnexion entre le discours américain et la réalité de la population.

C’est bien beau, mais ce n’est pas accessible à tous, constate-t-elle. Puis on voit les données d’insécurité alimentaire, on voit les données socio-économiques, et en ce moment, ça ne va pas bien.

Il faut avoir le temps de cuisiner, il faut avoir les outils nécessaires dans sa cuisine pour pouvoir cuisiner davantage. Si on a deux emplois à temps plein pour peut-être arriver à ses fins, il ne reste plus beaucoup de temps, ajoute-t-elle.

2:04

Le Téléjournal week-end

Le guide alimentaire américain contredit les recommandations canadiennes

Le reportage de Charles-Antoine Boulanger

Des effets au Canada?

Au fil du temps, des recommandations en matière d’alimentation chez nos voisins du Sud ont eu tendance à influencer celles au Canada. Devons-nous prévoir, dans le cas présent, des effets sur les politiques alimentaires canadiennes?

Je n’ai pas l’impression, estime Stéphanie Côté. Parce que le guide alimentaire canadien, dans sa dernière version, en 2019, a complètement écarté le lobby des recommandations. Il est fondé sur les plus récentes découvertes scientifiques.

Martin Juneau est du même avis. Les effets qu’il entrevoit de notre côté de la frontière risquent plutôt de se manifester par l’entremise des réseaux sociaux.

Il y a tout un mouvement, lié au masculinisme, [qui encourage à] manger beaucoup de protéines pour avoir des muscles, ce qui est une aberration. Si vous faites de la musculation, vous pouvez être végan et gagner des concours, martèle-t-il.

Dans les réseaux sociaux, surtout les jeunes hommes, ça va les conforter dans leurs croyances qu’il faut manger de la viande pour avoir des muscles et pour être un vrai homme. Mais à part cette frange-là de la population, je ne pense pas qu’il va y avoir beaucoup d’impact [au Canada], conclut le cardiologue.

Avec les informations de Charles-Antoine Boulanger

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La dette coloniale imposée à Haïti revient hanter le débat en France

Deux cents ans après l’imposition par Paris d’une dette colossale à la jeune république haïtienne, le sujet, longtemps ignoré, fait de plus en plus parler en France.

Les preuves historiques de l’imposition de la dette à Haïti sont nombreuses.

Photo : Gracieuseté Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne

Résumé

Un samedi après-midi, les drapeaux bleu et rouge d’Haïti flottent près du parc Monceau à Paris.

Quelques dizaines de membres de la diaspora haïtienne en France se sont donné rendez-vous pour cette manifestation, l’occasion de faire part de leurs inquiétudes quant à la sécurité de leurs proches qui se trouvent toujours dans un pays en partie contrôlé par les gangs criminels.

Le matin, dès qu’on se réveille, la première chose à faire, c’était de regarder si on n’a pas un message annonçant que quelqu’un a été tué par balle, lance une manifestante.

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Mais les gangs ne sont qu’une partie de l’explication de l’état du pays. Un autre manifestant interpellé rappelle la responsabilité de la classe politique haïtienne, mais aussi celle de l’ancienne puissance coloniale, la France.

AILLEURS SUR INFO : Nouveau guide alimentaire américain : « On fait un pas 25 ans en arrière »

C’est un acte qui a de longues conséquences sur la situation financière du pays, dit-il, rappelant la dette colossale imposée par Paris à Port-au-Prince, 200 ans auparavant.

En 1825, sous les ordres du roi Charles X, douze navires français jettent l’ancre près de Port-au-Prince. Leur but : faire pression sur la jeune république haïtienne, devenue indépendante de la France en 1804. On souhaite qu’elle dédommage l’ancienne puissance coloniale et les anciens propriétaires d’esclaves, chassés par la révolte.

Paris exige de Port-au-Prince un montant de 150 millions de francs-or (l’équivalent de plusieurs milliards d’euros aujourd’hui). La somme réclamée sera réduite à 90 millions de francs-or quelques dizaines d’années plus tard. Néanmois, elle demeure gigantesque pour la jeune république.

Pour rembourser sa dette, qu’elle paiera jusqu’en 1947, Haïti doit emprunter à des banques françaises, d’où l’utilisation du terme double dette. L’argent collecté contribuera indirectement à certains grands projets en France, comme le chantier de l’iconique tour Eiffel.

L’ancien premier ministre français Jean-Marc Ayrault est président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Mais il n’y a pas qu’en Haïti que cela choque les esprits.

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C’est une histoire qui est quand même très peu glorieuse, souligne l’ancien premier ministre français Jean-Marc Ayrault. Humilier un peuple, lui faire payer une dette, lui sacrifier en quelque sorte ses capacités à se développer par lui-même.

L’ex-politicien socialiste constate cependant que cette histoire a été très peu discutée au sein de la classe politique française.

C’était tellement infâme qu’on a enfoui ça dans l’histoire et on n’en a pratiquement pas parlé.

Une citation de Jean-Marc Ayrault, ancien premier ministre français

En juin 2025, la Société pour la mémoire de l’esclavage, que préside Jean-Marc Ayrault, a organisé un concours d’éloquence sur le thème de la double dette. Les participants devaient répondre à la question : La France doit-elle quelque chose à Haïti?

Il y a un devoir de justice de rendre ce qui est à l’histoire et de ne pas ignorer un morceau de ce livre qu’est l’histoire de la France, raconte l’un de ces participants, Salem, qui n’avait jamais entendu parler de cet épisode historique sur les bancs d’école.

Une participante du concours d’éloquence organisé par la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, à Paris, en juin 2025.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Ruth Pierre, entrepreneure française d’origine haïtienne, déplore aussi ce manque d’enseignement dans le cursus scolaire français. C’est par l’entremise d’autres membres de la diaspora et d’un voyage en Haïti en 2019 qu’elle a appris en détail l’épisode de la double dette.

Comment on a pu accepter de payer ça? Pourquoi la France n’en parle pas? On se remémore nos années de scolarité, en se disant qu’on ne parle pas d’Haïti dans les manuels scolaires, lance-t-elle.

Un épisode bien documenté

Pourtant, les preuves historiques ne manquent pas.

C’est dans des rapports publiés en France et qui sont disponibles, explique Frantz Voltaire, président du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (CIDIHCA).

Devant nous, dans les locaux du centre dans le Vieux-Montréal, le contenu numérisé d’un de ces documents expose des demandes de dédommagement formulées par des anciens propriétaires d’esclaves français.

Les preuves historiques de l’imposition de la dette à Haïti sont nombreuses.

Photo : Gracieuseté Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne

Avec son équipe du CIDIHCA, Frantz Voltaire a contribué au conseil et à la recherche de grands projets journalistiques qui ont permis de faire la lumière sur l’histoire de la dette, dont un long article du New York Times en 2022 et un documentaire français diffusé par la suite. Des publications qui se sont ajoutées au travail d’historiens consacré à la question.

Il fallait bien que cette question soit publicisée, parce que l’opinion publique française n’est absolument pas au courant de cette question et, jusqu’à présent, je ne suis pas certain que cela soit la tasse de thé du grand public.

Une citation de Frantz Voltaire, président du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne

Quand l’Assemblée nationale française se prononce

Ces efforts ont porté leurs fruits. Le 5 juin 2025, les députés de l’Assemblée nationale française ont adopté une résolution demandant au gouvernement de reconnaître officiellement et solennellement l’injustice infligée à Haïti par l’ordonnance du 17 avril 1825.

J’en ai pleuré, se souvient l’entrepreneure Ruth Pierre, qui était dans l’enceinte de l’Assemblée ce jour-là.

Au-delà de la reconnaissance de l’événement, la résolution appelle aussi à prendre en considération les demandes de remboursement et à étudier le processus de restitution de la double dette imposée à Haïti.

La question du remboursement n’est pas nouvelle. En 2003, le président haïtien de l’époque, Jean-Bertrand Aristide, l’avait réclamé à Paris.

Or, cet enjeu est loin de faire l’unanimité au sein de la classe politique française.

Cette revendication soulève des risques de précédents dangereux, d’autres nations pourraient exiger réparation pour des faits historiques similaires, menaçant l’équilibre économique et diplomatique mondial, déclarait ainsi le député du Rassemblement national Emeric Salmon, dont le parti s’est opposé à l’adoption de la résolution.

Dans la situation actuelle du pays, c’est inconsidéré de dire qu’il faut faire un chèque en blanc, nuance l’entrepreneure Ruth Pierre, qui croit que d’autres avenues s’offrent à la France pour réparer les impacts de l’imposition de cette dette.

Il y a des acteurs associatifs qui existent et qui travaillent, qui fonctionnent, qui sont reconnus dans différents territoires d’Haïti et qui peuvent contribuer à amorcer un certain nombre de projets qui vont pouvoir rétablir les infrastructures sanitaires, rétablir les infrastructures d’éducation, explique-t-elle.

À lire et à écouter :

Le 17 avril 2025, pour marquer le 200e anniversaire de l’imposition de la dette, le président Emmanuel Macron a annoncé la mise sur pied d’une commission mixte franco-haïtienne. Les experts devront formuler des recommandations pour mieux transmettre cette histoire et bâtir une relation renouvelée entre la France et Haïti.

Chose certaine, selon le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Jean-Marc Ayrault, les décisions qui émaneront de cette démarche seront observées avec attention au-delà des frontières française ou haïtienne.

Pour les peuples opprimés, Haïti, c’est un symbole. Donc, le message qui vient de France est écouté. Et il n’est pas écouté seulement par les Haïtiens. Il est écouté en Afrique, il est écouté en Amérique et partout dans le monde où les hommes et les femmes qui sont opprimés se battent pour leur liberté, affirme l’ancien premier ministre.

Un « cordon sanitaire médiatique » pour faire barrage à l’extrême droite

Avec la dédiabolisation de certains thèmes délicats chers à l’extrême droite, des médias se polarisent sur la question de donner la parole ou pas à ceux qui tiennent des propos controversés. En Belgique francophone, cette question ne se pose plus depuis la création du cordon sanitaire médiatique, il y a une trentaine d’années.

Le Vlaamse Belang, un parti flamand d’extrême droite qui n’a pas à se soucier d’un cordon sanitaire médiatique comme c’est le cas en Belgique francophone, est deuxième en importance. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / AFP / SIMON WOHLFAHRT

Résumé

Un soir d’octobre 2024, Jim Nejman, un journaliste de LN24, une chaîne d’information privée basée à Bruxelles, s’est retrouvé sur le plateau de ce réseau en face de Géraldine Maillet, une actrice française également chroniqueuse à Touche pas à mon poste, une émission de télévision présentée en France par l’animateur Cyril Hanouna.

Cet animateur proche de l’extrême droite, a ouvertement fait la promotion de personnalités comme Éric Zemmour et Marine Le Pen lors de la campagne présidentielle de 2022. Il a souvent laissé libre cours à des propos controversés. Après plusieurs mises en garde, mises en demeure et sanctions, l’Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique (ARCOM) n’a pas renouvelé la licence de la chaîne C8, sur laquelle il sévissait.

Officiant depuis sur une autre chaîne câblée, Cyril Hanouna continue de laisser le champ libre à des propos discriminatoires qui ne passeraient pas en Belgique francophone, selon Jim Nejman.

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Ce dernier l’a fait savoir à Géraldine Maillet, ce soir d’octobre, ce qui a conduit les deux protagonistes à une joute verbale.

AILLEURS SUR INFO : Nouveau guide alimentaire américain : « On fait un pas 25 ans en arrière »

Mais en fait, il faut donner la parole à tout le monde, a clamé la chroniqueuse française.

Chez nous, pas, par exemple, a rétorqué M. Nejman. On a ce qu’on appelle un cordon sanitaire, donc on ne donne pas la parole à l’extrême droite en Belgique francophone.

Et dans les urnes, ça donne quoi? a relancé Maillet, visiblement éberluée.

Justement, en Belgique francophone, on n’a pas d’extrême droite, a tranché le journaliste de LN24.

Pour Jim Nejman, un journaliste belge, les médias ne peuvent pas donner la parole à l’extrême droite en direct.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Pas de diffusion en direct avec des membres de l’extrême droite en Belgique francophone : c’est un règlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Celui-ci stipule qu’on ne tend pas un micro en direct à un représentant d’un parti non démocratique.

Mais on peut le faire en différé, et il faut cadrer le propos, expliquer pourquoi on l’a mis en différé, explique François Debras, professeur associé à l’Université de Liège.

Comment définir un parti non démocratique? La législation renvoie à trois éléments : c’est un parti qui contrevient à la loi contre le racisme, contre les discriminations et contre le négationnisme.

Une citation de François Debras, professeur associé à l’Université de Liège


Bannière Tout terrain.

Frédéric Arnould traitera aussi de ce sujet à l’émission Tout terrain diffusée dimanche à 10 h sur ICI Première.

Naissance d’une mesure rarissime

Pour comprendre ce qu’on appelle, en Belgique francophone, le cordon sanitaire médiatique, il faut remonter une trentaine d’années en arrière, lorsqu’un parti d’extrême droite a fait des gains en Belgique néerlandophone, en Flandre.

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Le modèle est né en 1991, à l’époque du fameux Dimanche noir, quand le Vlaams Blok, à l’époque, a augmenté son résultat électoral de façon significative, ce qui a créé une peur de la part de tout un ensemble d’acteurs politiques, juridiques mais aussi médiatiques, dont la RTBF, le diffuseur public de la Belgique francophone, explique M. Debras.

En effet, dans le Nord, en fonction des résultats électoraux, on peut siéger au sein du conseil d’administration de la télévision publique, se rappelle ce professeur de l’Université de Liège. Et donc la RTBF avait peur qu’un jour, un représentant politique d’extrême droite siège au sein du conseil d’administration.

D’où la justification de la RTBF qu’on ne pouvait pas siéger au sein du conseil si on ne respectait pas le pacte culturel et si on ne respectait pas un ensemble de droits de la personne, la Déclaration universelle et la Convention européenne des droits de l’homme.

François Debras, professeur associé à l’Université de Liège, étudie les mouvements d’extrême droite en Belgique.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Jean-Pierre Jacqmin, actuel directeur de l’information et des sports au sein de cette institution, estime qu’il n’y a pas de tabou en information mais que le diffuseur a une responsabilité sociale et démocratique de ne pas diffuser des propos qui pourraient être punissables par la loi.

Ainsi, des propos tenus par la famille Le Pen ou par Éric Zemmour en France, ça ne passe pas en direct en Belgique.

Si on dit que tous les migrants sont des criminels, ça pose un problème, c’est un délit. Le racisme est un délit en Belgique. Il est sanctionné, il est punissable au niveau pénal.

Une citation de Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information et des sports à la RTBF

Ainsi, celui qui tient de tels propos peut être puni. De plus, celui qui les retransmet sans les mettre en perspective, sans imposer une certaine distance, peut également être poursuivi.

Ils se gardent d’appeler cela de la censure, comme le prétendent les ténors de l’extrême droite belge, ajoute M. Jacqmin. La censure serait de dire qu’elle n’existe pas. La censure serait de dire qu’ils ne tiennent pas ces propos-là.

Jean-Pierre Jacqmin, directeur de l’information et des sports à la RTBF, était aux premières loges lorsque le cordon sanitaire médiatique a été créé en Belgique francophone.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Jim Nejman abonde dans ce sens. Pour moi, la question de la censure n’existe pas, dit-il, surtout aujourd’hui, au vu de ce qui se passe sur les réseaux sociaux, qui parfois ont une plus grosse audience que des médias comme nous, par exemple comme un média national.

Dans les faits, ce cordon sanitaire médiatique ne s’applique pas qu’à l’extrême droite : il concerne tous les partis dits extrémistes qui tiennent des propos racistes.

On a eu un cas avec le Parti ISLAM qui, notamment sur les femmes, tenait des propos totalement illégaux, souligne M. Nejman. Et donc, ce parti-là aussi est tombé sous le coup du cordon sanitaire.

Contraste politique prononcé

Un des impacts de ce cordon, c’est qu’à l’inverse du côté flamand, où le parti Vlaams Belang est très puissant, l’extrême droite de la Belgique francophone n’enregistre que de très faibles résultats électoraux.

Le professeur François Debras y ajoute aussi la spécificité du sud du pays : la richesse d’un tissu associatif très fort, très dense, et l’importance de certains acteurs, notamment les syndicats, les mutuelles et tout un ensemble d’acteurs qui utilisent ou qui forment à l’éducation permanente, à l’éducation populaire. On observe aussi qu’un tissu associatif très fort, très dense, permet de lutter contre la montée de l’extrême droite.

Jim Nejman constate l’impact de ce cordon. Vous regardez du côté flamand : eux, puisqu’ils ne sont pas soumis au cordon sanitaire, ils ont le droit d’inviter justement le Vlaams Belang dans leurs débats, et vous voyez que leurs idées, au Vlaams Belang, souvent vont plaire aux gens, parce qu’on va jouer sur certains marqueurs idéologiques liés à l’immigration, liés à la sécurité.

Salvatore Nicotra, qui vient de fonder le parti TRUMP, « Tous réunis pour l’union des mouvements populistes », parle de censure de l’extrême droite.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Arnould

Qu’en pensent les sympathisants de l’extrême droite francophone?

Salvatore Nicotra, ancien élu et ex-président du Front national belge, y voit de la censure pure et simple. Il a récemment mis sur pied un nouveau parti d’extrême droite dont l’acronyme reprend le nom du président américain Donald Trump : Tous réunis pour l’union des mouvements populistes (TRUMP).

On est considérés comme un parti démocratique, déjà pour la simple et bonne raison qu’on approuve la Charte des droits de l’homme à 100 % et on suit le processus démocratique, affirme-t-il. Nous ne sommes pas des terroristes.

Il n’est donc pas prêt à changer sa rhétorique ni son discours anti-immigration.

On ne va quand même pas changer notre programme pour pouvoir passer sur les antennes. Moi, je n’en vois pas l’intérêt. Ce serait d’ailleurs trahir nos électeurs.

Une citation de Salvatore Nicotra, fondateur du parti TRUMP

M. Nicotra mise plutôt sur les réseaux sociaux et sur la politique de terrain pour faire connaître les idées de TRUMP.

Donald Trump a d’ailleurs lui-même subi l’application du cordon sanitaire médiatique de la Belgique francophone. Le 20 janvier 2025, la RTBF a diffusé l’intégralité de son discours d’investiture, mais avec près de trois minutes de différé.

Le directeur de l’information de la RTBF, Jean-Pierre Jacqmin, défend cette décision. On pourrait se dire : “C’est le président des USA, ne faisons rien, c’est normal, on diffuse et puis on n’aura pas d’ennuis.” Mais on se rappelle quand même que le Conseil d’État nous a dit : “Vous devez appliquer la règle, la même pour tout le monde.”

Donald Trump a lui-même été la cible du cordon sanitaire médiatique belge. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / AFP / MANDEL NGAN

Avec un écosystème médiatique qui a beaucoup changé ces dernières années, avec l’éclosion de chaînes comme CNews en France, campée très à droite sur l’échiquier politique, et des réseaux sociaux qui véhiculent, normalisent ou même banalisent des propos extrémistes, le modèle belge de cordon sanitaire médiatique est-il exportable?

Pascal Delwit, professeur de sciences politiques à l’Université libre de Bruxelles, en doute fortement.

Je pense que le débat ne se posera pas ailleurs qu’en Belgique francophone, dit-il, et d’autant moins que, par ailleurs, le paysage médiatique a considérablement évolué, c’est-à-dire qu’il est maintenant vraiment racrapoté sur quelques grands groupes d’entreprises et parfois avec des aspirations politiques clairement affirmées.

Ainsi, il n’est pas rare de voir des personnalités de l’extrême droite belge être invitées sur des réseaux français pour dire ce qu’elles pensent en direct.

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Le cordon tiendra-t-il longtemps?

La solidité de ce cordon sanitaire médiatique est donc mise à rude épreuve et sa remise en question vient aussi de certains partis politiques.

Jim Nejman prend l’exemple du Mouvement réformateur (MR), qui est le premier parti francophone et qui est aujourd’hui accusé de tenir des propos qui peuvent parfois flirter avec l’extrême droite.

La plupart des professeurs de sciences politiques sont unanimes [et disent que] ce n’est pas un parti d’extrême droite, [qu’il] reste un parti démocratique, insiste ce journaliste. Par contre, l’idée, c’est de se demander ce qu’on fait avec des partis qui vont surfer sur ce genre d’idées.

Certains partis de droite, comme le Mouvement réformateur, que préside Georges-Louis Bouchez, surfent sur la vague du populisme d’extrême droite. (Photo d’archives)

Photo : Getty Images / AFP / Belga Mag / BRUNO FAHY

Pascal Delwit note aussi des fissures dans ce rempart médiatique. On voit bien que, du côté francophone, il y a à la fois une réflexion et la volonté d’ouvrir le débat.

Doit-on élargir le cordon sanitaire, notamment aux gauches radicales? C’est ce qu’ont beaucoup porté les partis conservateurs et libéraux ces dernières années, signale M. Delwit.

Salvatore Nicotra se réjouit des brèches potentielles. Le cordon sanitaire finira par éclater, ne fût-ce que par le populisme, qui monte partout, prédit-il. Et nous aussi, on aura notre place dans les médias.

La place que les médias alternatifs et les réseaux sociaux ont prise dans la circulation d’informations tous azimuts a beaucoup changé la donne, mais le journaliste Jim Nejman demeure confiant.

Quand on veut vraiment avoir une information fiable et de qualité sans pour autant faire 10 heures de recherche pour s’assurer que ce soit vrai, la télévision de papa reste quand même aujourd’hui ce qu’il y a de mieux, puisque vous avez des journalistes professionnels qui, eux, ont une responsabilité parfois juridique dans les paroles qu’ils vont tenir, dans les invités qu’ils vont faire venir, fait-il valoir.

À la RTBF, Jean-Pierre Jacqmin croit encore que les idées extrémistes peuvent reculer.

Malheureusement, de temps en temps, même la meute de loups, qui est parfois terriblement bien organisée, se massacre entre elle avant de se dire : “Houla! on est en train de s’autodétruire, il faudrait peut-être qu’on reparte un peu ensemble vers quelque chose d’un peu plus positif.”

Le cordon sanitaire médiatique, une curiosité à la belge, tient bon. Mais pour combien de temps?

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Cuba rejette l’appel de Trump à accepter un accord


Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel, portant un drapeau du Venezuela et un drapeau cubain

(Washington) Donald Trump a exhorté dimanche Cuba à « accepter un accord, avant qu’il ne soit trop tard » et que le pays ne se retrouve sans pétrole ni argent vénézuéliens, des propos rapidement dénoncés par La Havane.

Peu de temps auparavant, Donald Trump avait republié un message suggérant que le secrétaire d’État américain Marco Rubio pourrait devenir président de Cuba, l’accompagnant de ce commentaire : « Ça me semble bien ! »

Résumé

Agence France-Presse

« IL N’Y AURA PLUS DE PÉTROLE OU D’ARGENT À DESTINATION DE CUBA - ZÉRO ! », a écrit le président américain sur son réseau social Truth Social. « Je suggère fortement qu’ils acceptent un accord, AVANT QU’IL NE SOIT TROP TARD ».

CAPTURE D’ÉCRAN DU COMPTE TRUTH SOCIAL DE DONALD TRUMP

Le président de Cuba, Miguel Diaz-Canel a affirmé que « personne ne dicte quoi faire » à son pays, en réponse aux menaces de Donald Trump.

Cuba est « une nation libre, indépendante », écrit-il dans un message publié sur X.

Cuba n’agresse pas, elle est agressée par les États-Unis depuis 66 ans, et elle ne menace pas, elle se prépare, prête à défendre la Patrie jusqu’à la dernière goutte de sang.

Miguel Diaz-Canel, président de Cuba

Ces propos interviennent une semaine après la capture par les forces américaines du président vénézuélien Nicolás Maduro. L’opération, menée de nuit à Caracas, a coûté la vie à des dizaines de membres des forces de sécurité vénézuéliennes et cubaines.

Peu de temps auparavant, Donald Trump avait republié un message suggérant que le secrétaire d’État américain Marco Rubio pourrait devenir président de Cuba, l’accompagnant de ce commentaire : « Ça me semble bien ! »

« La plupart de ces Cubains sont morts lors de l’attaque américaine de la semaine dernière, et le Venezuela n’a plus besoin d’être protégé contre les voyous et les extorqueurs qui les ont tenus en otage pendant tant d’années », a poursuivi M. Trump dans son message.

« Cuba a vécu pendant de nombreuses années grâce aux importantes quantités de pétrole et d’argent provenant du Venezuela. En échange, Cuba a fourni des “services de sécurité” aux deux derniers dictateurs vénézuéliens, mais c’est fini ! », a-t-il ajouté.

https://www.lapresse.ca/international/caraibes/2026-01-11/cuba-rejette-l-appel-de-trump-a-accepter-un-accord.php

Manifestations à Minneapolis Kristi Noem accuse les démocrates d’« encourager les violences »

PHOTO DAVID DEE DELGADO, ARCHIVES REUTERS

La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure, Kristi Noem

(New York) La secrétaire américaine à la Sécurité intérieure Kristi Noem a accusé dimanche sur CNN les démocrates « d’encourager » les « violences » à l’encontre des policiers de l’immigration, après la mort d’une femme tuée lors d’une opération à Minneapolis.

Résumé

Au moment où partout dans le pays des rassemblements sont organisés pour déplorer le drame qui a coûté la vie à Renee Nicole Good, 37 ans, la secrétaire a également réitéré la thèse officielle de légitime défense, évoquant un acte de « terrorisme intérieur ».

Alors que plusieurs élus démocrates, en premier lieu le gouverneur du Minnesota Tim Walz et le maire de Minneapolis Jacob Frey, contestent cette explication, vidéos à l’appui, Kristi Noem les accuse d’avoir « excessivement politisé la situation », parlant « de manière inappropriée » de ce qui se passe sur le terrain.

Ils ont attisé l’opinion publique. Ils ont encouragé le type de destructions et de violences que nous avons observées à Minneapolis ces derniers jours.

Kristi Noem, secrétaire à la Sécurité intérieure

Depuis les faits mercredi, des milliers de personnes ont manifesté dans plusieurs villes du pays, dans le calme, pour réclamer notamment que toute la lumière soit faite sur les circonstances de ce tir mortel.

Les élus démocrates déplorent notamment que les enquêteurs locaux aient été écartés des investigations, menées par le FBI.

L’enquête doit être « neutre, impartiale, fondée sur l’établissement des faits », a répété dimanche Jacob Frey, également interrogé sur CNN.

Il a en outre jugé légitimes les actions militantes organisées pour tenter de gêner les opérations de la police de l’immigration — du type de celle à laquelle participait la victime.

« Bien sûr, il faut faire appliquer les lois, évidemment. Mais il y a aussi l’obligation de les appliquer et de mener les opérations de maintien de l’ordre d’une manière conforme à la Constitution », a-t-il dit, évoquant « des femmes enceintes traînées dans la rue » ou « des lycéens » arrêtés sans raison.

https://www.lapresse.ca/international/etats-unis/2026-01-11/manifestations-a-minneapolis/kristi-noem-accuse-les-democrates-d-encourager-les-violences.php

Iran Près de 200 morts dans les manifestations, selon une ONG

(Paris) Le bilan du nombre de manifestants tués en Iran s’est nettement alourdi dimanche, une ONG faisant état d’au moins 192 morts dans cette contestation inédite depuis trois ans.

Résumé

Agence France-Presse

Le mouvement, initialement déclenché à Téhéran le 28 décembre par des commerçants devant la cherté de la vie et la dépréciation de la monnaie, a gagné de nombreuses autres villes et pris de l’ampleur ces derniers jours.

Alors que la République islamique fait face à l’un de ses plus grands défis depuis sa proclamation en 1979, le président américain Donald Trump a répété samedi que Washington se tenait « prêt à aider » les manifestants « aspirant à la liberté ».

En cas de frappes américaines, l’Iran ripostera en ciblant des sites militaires et le transport maritime des États-Unis, a averti dimanche le président du Parlement Mohammad Bagher Ghalibaf.

Si les autorités disent comprendre les revendications économiques des manifestants, elles fustigent désormais de plus en plus des « émeutiers » instrumentalisés selon elles par l’étranger, les États-Unis et Israël en tête.

Ils ne devraient pas être autorisés à semer le trouble dans la société, a averti dans une entrevue diffusée par la télévision d’État Irib, le président Massoud Pezeshkian. Il a dans le même temps appelé la jeunesse à ne pas se laisser « tromper » par des « terroristes ».

IMAGE IRIB, FOURNIE PAR REUTERS

Le président iranien Massoud Pezeshkian s’exprime lors d’une entrevue à la télévision d’État sur cette capture d’écran extraite d’une vidéo diffusée le 11 janvier 2026.

Le chef de la police avait annoncé plus tôt « d’importantes arrestations contre les principaux éléments impliqués dans les émeutes ».

Hôpitaux « débordés »

Sur le terrain, la mobilisation ne faiblit pas.

Des vidéos publiées sur les réseaux sociaux ont montré de grandes foules défilant dans la nuit de samedi à dimanche dans plusieurs villes iraniennes, notamment la capitale Téhéran et Machhad, dans l’est du pays.

IMAGE TIRÉE DES RÉSEAUX SOCIAUX, FOURNIE PAR REUTERS

Sur cette capture d’écran d’une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux le 10 janvier 2026, on aperçoit des manifestants se rassemblant à Téhéran, en Iran.

Ces images sont probablement diffusées par des moyens satellitaires, alors que la coupure de l’internet, depuis maintenant plus de 60 heures, rend quasi impossible toute communication avec le monde extérieur.

« Cette mesure de censure constitue une menace directe pour la sécurité et le bien-être des Iraniens », a souligné sur son compte X l’ONG de surveillance de la cybersécurité Netblocks.

Dans d’autres vidéos, qui n’ont pas pu être authentifiées par l’AFP à ce stade, on voit des familles qui semblent identifier dans une morgue de Téhéran les corps de proches tués dans les manifestations.

L’ONG Iran Human Rights, baséee en Norvège, a dit avoir confirmé, depuis le début des manifestations, « la mort d’au moins 192 manifestants », soit plus du double de chiffre de 51 morts donné vendredi. Elle a averti que le bilan pourrait être bien plus élevé vu le peu d’informations filtrant de la situation dans le pays.

Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, a dit avoir reçu des « témoignages directs et des rapports crédibles » sur la mort de centaines de manifestants ces derniers jours.

« Un massacre est en cours en Iran. Le monde doit agir maintenant pour empêcher de nouvelles pertes humaines », avertit l’organisation.

Elle ajoute que les hôpitaux sont « débordés », et que les réserves de sang diminuent.

Lignes téléphoniques coupées

À Téhéran, un journaliste de l’AFP décrit une quasi-paralysie de la vie quotidienne. Le prix de la viande a presque doublé depuis le début de la contestation et beaucoup de boutiques ont baissé le rideau.

Les écoles sont fermées et l’enseignement se fait désormais à distance mais sans l’internet, il est impossible de se connecter. De même, si de nombreux Iraniens se rendent encore au bureau, l’absence de réseau rend toute activité difficile.

Samedi soir, les lignes de téléphonie mobile ont également été coupées. Selon des habitants de Téhéran, lors de la dernière grande vague de manifestations en 2022-2023, elles continuaient de fonctionner et le niveau de perturbation de la vie quotidienne n’avait rien à voir avec la situation actuelle.

Très présent sur les réseaux sociaux, Reza Pahlavi, fils en exil du shah renversé en 1979, a appelé à de nouvelles actions plus tard dimanche.

IMAGE TIRÉE D’UNE VIDÉO DE REZA PAHLAVI, FOURNIE PAR AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette capture d’écran réalisée le 11 janvier 2026 à partir d’un message vidéo non daté publié par Reza Pahlavi sur les réseaux sociaux montre le fils du shah déchu d’Iran, basé aux États-Unis, s’exprimant en farsi et disant aux manifestants de ne pas « abandonner les rues » et qu’il sera « bientôt à [leur] côté ».

« N’abandonnez pas les rues. Mon cœur est avec vous. Je sais que je serai bientôt à vos côtés », a-t-il lancé.

Cette mobilisation survient dans un pays affaibli par une guerre avec Israël en juin et les coups portés à plusieurs de ses alliés régionaux, ainsi que par les sanctions liées à son programme nucléaire rétablies en septembre par l’ONU.

Israël a affiché dimanche son soutien à « la lutte du peuple iranien pour la liberté » et appelé l’UE à qualifier les Gardiens de la Révolution, armée idéologique de la République islamique, d’« organisation terroriste ».

Son premier ministre Benyamin Nétanyahou a dit espérer que l’Iran « serait bientôt délivré du joug de la tyrannie », tandis qu’un haut responsable militaire affirmait que l’armée serait « en mesure de répondre avec force si nécessaire ».

Le pape Léon XIV a lui lancé un appel au dialogue et à la paix en Iran, disant prier pour « le bien commun de la société tout entière ».

https://www.lapresse.ca/international/moyen-orient/2026-01-11/iran/pres-de-200-morts-dans-les-manifestations-selon-une-ong.php

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