Trump se sert directement de son poste de président pour faire des affaires, éliminant la frontière entre ses avoirs et ceux de l’État, ouvrant la porte à toutes les corruptions
La marque Trump dans un « gigaprojet » saoudien ?
La Trump Organization mène des pourparlers qui pourraient aboutir à l’implantation d’un établissement portant la marque Trump dans l’un des plus grands complexes immobiliers publics d’Arabie saoudite, selon le PDG de la société saoudienne chargée du projet.
Publié à 0 h 18
Vivian Nereim et Rebecca R. Ruiz New York Times
Ces négociations sont le dernier exemple en date de la manière dont le président Donald Trump mêle gouvernance et affaires familiales, en particulier dans les pays du Golfe. Depuis son retour au pouvoir, la famille et les entreprises du président ont annoncé de nouveaux projets à l’étranger se chiffrant en milliards de dollars, ont gagné des centaines de millions grâce aux cryptomonnaies et ont vendu des billets pour un dîner privé organisé par M. Trump.
Le président s’apprête à accueillir le prince héritier Mohammed ben Salmane, dirigeant de facto de l’Arabie saoudite, à Washington cette semaine.
Le prince héritier supervise un projet de 63 milliards de dollars visant à transformer la ville historique saoudienne de Dariya en une destination de luxe avec des hôtels, des magasins et des bureaux. La Trump Organization a déjà prêté son nom à des projets à usage mixte vantant leur « luxe emblématique ».
« Rien n’a encore été annoncé, mais cela ne saurait tarder », avance Jerry Inzerillo, PDG du projet de développement de Dariya et ami de longue date de Donald Trump, lors d’une entrevue. Il a ajouté que ce n’était « qu’une question de temps » avant que la Trump Organization ne conclue un accord.
Les responsables saoudiens ont visité le projet immobilier de Dariya avec M. Trump lors de la visite officielle du président en mai, dans le but de susciter son intérêt pour le projet, souligne M. Inzerillo.
« Cela s’est avéré un heureux hasard, et ç’a été sans doute assez malin de notre part de dire : “OK, faisons appel à lui comme promoteur immobilier.” Il a adoré », dit M. Inzerillo.
Le prince héritier en visite
Cette semaine, le prince héritier Mohammed ben Salmane devrait effectuer sa première visite aux États-Unis depuis sept ans. Il espère signer un accord de défense mutuelle avec Washington et éventuellement faire avancer un accord visant à opérer un transfert de la technologie nucléaire américaine à l’Arabie saoudite.
Cela crée un scénario dans lequel le chef de la Maison-Blanche discute de questions de sécurité nationale avec un dirigeant étranger qui est également une figure clé dans un accord commercial potentiel avec la famille du président.
Les transactions commerciales et la diplomatie sont de plus en plus étroitement liées pour M. Trump et les membres de sa famille. Certains se sont engagés dans des négociations commerciales à travers le monde, mêlant projets lucratifs et relations politiques.
Dariya est l’un des nombreux projets saoudiens en cours qui sont si importants que les responsables les qualifient de « gigaprojets ».
La Trump Organization n’a pas répondu aux questions concernant cet accord potentiel, pas plus qu’Eric Trump, l’un des deux fils du président américain qui supervisent l’entreprise familiale. Il peut être difficile de distinguer le battage médiatique de la réalité dans les discussions immobilières internationales. Les spéculations ne débouchent pas toujours sur des négociations, et les négociations ne se soldent pas toujours par la signature de contrats.
Mais les commentaires de Jerry Inzerillo font écho à des remarques similaires de Dar Global, le plus important partenaire commercial étranger de la Trump Organization et un intermédiaire clé auprès des gouvernements arabes et d’entreprises du golfe Persique.
Le PDG de Dar Global, Ziad El Chaar, a déclaré le mois dernier que de nouveaux projets Trump étaient en préparation en Arabie saoudite.
« Vous nous verrez annoncer d’autres collaborations avec les mégaprojets », a-t-il affirmé au site d’information Al-Monitor, spécialisé dans les enjeux du Moyen-Orient.
Dar Global n’a pas précisé si ces remarques faisaient référence à Dariya ou à un autre accord qui n’a pas encore été annoncé. Tous les « gigaprojets » appartiennent au fonds souverain saoudien.
Dar Global n’a pas donné suite à nos demandes de commentaires.
Les projets se multiplient
Couplées aux commentaires de Jerry Inzerillo, PDG du projet de développement de Dariya, les remarques de Ziad El Chaar soulignent la vague de transactions conclues dans le golfe Persique impliquant la famille Trump depuis l’année dernière.
En Arabie saoudite, une tour Trump est prévue à Djeddah et deux projets ont été annoncés à Riyad. Un hôtel et une tour Trump ont vu le jour à Dubaï, la plus grande ville des Émirats arabes unis. Et un accord concernant un terrain de golf au Qatar a permis à la famille Trump de s’associer à une société immobilière publique de ce pays.
Ziad El Chaar et Dar Global ont supervisé toutes ces transactions. « Nous avons démarré grâce à un partenariat avec la prestigieuse Trump Organization, qui a immédiatement donné une dimension internationale au projet », a déclaré M. El Chaar l’année dernière à Oman, en parlant d’un terrain de golf et d’un hôtel Trump en cours de construction dans le cadre d’un projet soutenu par le gouvernement omanais.
Chaque entreprise génère des droits de licence pour l’utilisation du nom Trump. Dar Global a versé 21,9 millions de dollars américains (environ 30,7 millions CAN) à la Trump Organization en droits de licence l’année dernière, selon ses déclarations financières. Une partie de cet argent revient au président.
Les accords de licence peuvent être lucratifs, en particulier si un projet se déroule bien. Souvent, une entreprise est rémunérée pour l’utilisation de son nom sans être tenue d’investir de l’argent dans le projet lui-même. Les accords de licence de la Trump Organization ne sont pas publics, de sorte qu’il est impossible d’en connaître les termes.
Des « gratte-ciel majestueux »
Dar Global, une filiale de la grande société de développement saoudienne Dar Al Arkan, entretient des liens étroits avec le gouvernement saoudien. Les bureaux de vente de la société à Londres et à Riyad présentent des maquettes architecturales de gratte-ciel de la marque Trump qui n’ont pas encore été construits. Le matériel promotionnel contient des photos des membres de la famille Trump.
La Trump Organization avait renoncé à conclure de nouveaux contrats à l’étranger après l’élection de Donald Trump en 2016, mais cet engagement a pris fin avec son premier mandat. Le mélange récent entremêlant affaires et politique marque une rupture brutale avec les normes américaines, mais c’est chose courante dans les pays du Golfe, où les familles régnantes héréditaires détiennent un pouvoir quasi absolu et où l’expression « conflit d’intérêts » n’a que peu de poids.
En Arabie saoudite, les responsables du développement ont vu dans la visite officielle de Donald Trump en mai une occasion de susciter son intérêt pour Dariya, explique M. Inzerillo. Lors de sa première nuit à Riyad, avant le dîner officiel, le président américain et le prince héritier Mohammed ben Salmane ont visité le centre historique rénové de Dariya. Les maquettes de ce projet gigantesque ont même été présentées lors de ce dîner officiel.
Le lendemain, lors d’un forum sur l’investissement à Riyad, M. Trump a annoncé ce qu’il a qualifié de « période exaltante » pour la péninsule Arabique.
« Au cours des huit dernières années, l’Arabie saoudite a prouvé que les critiques avaient totalement tort », a-t-il déclaré. Il a fait l’éloge des « gratte-ciel majestueux » qu’il avait vus et de « certaines des pièces exposées » que le prince héritier Mohammed lui avait montrées, y voyant le signe d’un « génie extraordinaire ».
Cet article a été publié dans le New York Times.
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