Le façadisme, même au sein des sphères des experts en patrimoine, n’a pas de définition claire, et le geste en soi n’est pas non plus rejeté sans équivoque. Il y amplement matière à débat. Premièrement, qu’est-ce que du façadisme? Seulement conserver la façade et remplacer l’intérieur? C’est déjà trop simpliste. Que remplace-t-on, au juste, à l’intérieur? À quel niveau, dans quelle proportion? Est-ce que les planchers demeurent aux mêmes hauteurs? Est-ce qu’on dénature les éléments de la façade, en condamnant l’entrée par exemple, et en la transformant en un simple geste esthétique? Que fait-on dans les cas de (dizaines, voire centaines) de plex où on a strippé les murs, refait les divisions, pour s’adapter d’un propriétaire à l’autre? Personne ne crie au façadisme dans ces exemples là, pourtant, qui sont légion. Que fait-on des cas où on exige de conserver une porte de logement au deuxième étage, et son escalier, plutôt que de la condamner, même si le duplex a été converti en unifamiliale? Pourtant, c’est même là une recommandation sur le plan patrimonial - il s’agit néanmoins d’une forme de façadisme.
Dire simplement “façadisme”, comme si c’était une hérésie automatique, fait aussi abstraction du fait qu’on ne retrouvera jamais de grandes fabriques de fourrure au centre-ville, mais qu’on souhaite néanmoins conserver les bâtiments, en les requalifiant - souvent en profondeur. On ne veut plus d’industrie au centre-ville, mais on souhaite conserver les bâtiments industriels? Comment, autrement qu’en ayant recours au façadisme? Il me semble là que le façadisme est un réflexe tout à fait acceptable. Le façadisme qu’on décrie surtout, c’est le cas du 770 Sherbrooke O., où on n’a aucune notion de rappel intérieur, en effaçant toutes les entrées, en effaçant toute domesticité propre aux espaces intérieurs clos des anciennes maisons. Mais, le façadisme, lorsqu’on conserve des fonctions similaires, les mêmes hauteurs de plancher, le recours aux mêmes entrées, comme dans le nouveau pavillon de l’UQAM aménagé par EVOQ, une firme pourtant reconnue pour sa sensibilité au patrimoine? On critique? On célèbre? On fait quoi?
Les cas de façadismes sont quelquefois à souligner comme étant de bonnes idées, et des bonnes solutions. Il n’y a rien de déplorable à y recourir quand manifestement, il est difficile, pour plein de raisons, de ne pas venir affecter substantiellement le contenu de l’édifice, de ses divisions à sa structure. Au-delà de l’authenticité du bâti matériel, Le paysage urbain a aussi une valeur immense, dans la perception évolutive de notre environnement, et la préservation des façades peut faire la différence entre une ville qu’on ne reconnaît plus, et une ville qu’on voit se transformer, qui va nécessairement se transformer, mais de façon à en préserver des jalons, une mémoire, même si elle est incomplète. Mais c’est normal, à un certain point.
Finalement, je préfère définitivement toute forme de façadisme à la démolition et au remplacement par une façade sans envergure, sans intérêt, sans qualité, et moins intéressante que celle qu’on vient d’effacer.



















