1, Van Horne - 7 étages

Urbania a publié un texte sur le projet

ENJEUX | L’ENTREPÔT VAN HORNE ET LA MORT DU MILE END

Revitalisation et mémoires imparfaites d’un quartier.

PAR JEAN BOURBEAU
07 SEPTEMBRE 2022
5 MIN

« Selon les plans du promoteur, l’espace devrait laisser place à des commerces au rez-de-chaussée, à des espaces de travail et à un hôtel avec un restaurant. »

C’était prévisible, qu’une question de temps. Mais en lisant hier dans Le Devoir que l’entrepôt Van Horne allait changer de vocation, j’ai été pris d’un soupçon de répulsion.

Je n’ai jamais caché à quiconque que j’habite le Mile End, car au-delà du théâtre de ses clichés, j’aime ce quartier à l’identité confuse, souvent égaré dans ses propres contradictions.

L’adresse du 1, Van Horne incarne l’héritage de cet ancien faubourg à l’enclave post-alternative que l’on connaît aujourd’hui. L’incongruité frappante d’un vestige monumental coincé dans le Montréal de mon grand-père, une saveur désuète et ouvrière qui berce nos emplettes, alors que tout autour bourgeonne dans l’impuissance spéculative. On voit nos rues changer, nos lieux fétiches, secrets, être dévorés par le « potentiel de dynamisation », grand synonyme de croissance économique.

Cette friche industrielle flanquée de voitures poquées est d’ailleurs devenue au fil des années le sujet de plusieurs de mes photographies sans vraiment que je m’en rende compte. Peut-être une volonté inconsciente d’archiver le vulnérable.

Le bâtiment érigé en 1924 et coiffé d’une des dernières tours d’eau de la métropole est utilisé pour entreposer des documents. Un rôle, avouons-le, parfaitement inutile au développement du capital. Situé à l’angle de la Main et de Van Horne, l’entrepôt rayonne davantage comme une vieille statue de briques au charme suranné.

La félicité que l’on reconnaît au dépaysement n’est pas calculable sur Excel.

N’empêche, la transition annoncée entre en continuation avec l’idée d’une époque révolue, souvenir d’un Montréal éclopé qui, bientôt, ne sera plus. L’entrepôt Van Horne est ce qu’il reste du Mile End, comme jadis il y a eu des punks dans le Vieux-Port et la syphilis dans le Quartier des spectacles.

« Ils transforment radicalement le bâtiment en nous donnant quelque chose qui, d’une certaine façon, est plus utile que ce qu’on a actuellement, même si on perd beaucoup en authenticité », précise dans l’article Justin Bur, membre du conseil d’administration de Mémoire du Mile End.

Derrière tous les discours dont on nous rebat les oreilles à propos de la revitalisation des espaces délaissés, telle une chasse à la différence, ce sont nous, citoyens et citoyennes, qui voyons, petit à petit, l’âme d’une ville disparaître.

« Notre objectif, c’est de rendre ça au public, de rendre ça vivant », vante le roi du design montréalais Zébulon Perron. Une proposition louangeant les mérites d’un programme de type Griffintown avec des boutiques pour une classe moyenne aisée, des bureaux probablement épurés pour startup de tech et un hôtel design annexé d’une terrasse sur le toit. Donner les épaves d’aujourd’hui au luxe de demain.

Imaginer des yuppies se partager des petits plats en trinquant au vin nature sur le toit de l’entrepôt annonce bel et bien la fin du quartier. Du moins, son imaginaire contre-culturel. La prophétie des affiches « Mile End is Dead » collées aux vitrines abandonnées aura finalement eu raison.

Évidemment, je concède que ses attributs, autre que visuel et symbolique, ne sont pas accessibles au public. Une grande majorité du quartier n’a jamais vraiment su ce qui se tramait à l’intérieur, mais ce monolithe de briques dévoré par les graffitis apporte un patrimoine romantique qui fait de Montréal une ville plus cool que Brossard, invitant à l’errance, aux dérives et à la découverte de lieux atypiques à l’intérieur d’un réseau d’expériences et de textures différentes.

« Ce bout de l’avenue Van Horne est mort. Le soir, c’est même parfois un peu épeurant. », déclare le designer architectural born and raised dans le quartier. Ce bout de Montréal n’est épeurant que parce que le marché ne s’y est pas encore imposé.

Pourquoi ne pas en faire un lieu à vocation artistique, communautaire, au volet plus coopératif ou muséal, voire des logements sociaux, dont aucun cri ne semble assez fort pour justifier leur nécessité? Mais un hôtel-boutique, vraiment? Est-ce supposé répondre à un besoin du quartier? Les Airbnb hors de prix ne logent-ils pas déjà les line-up des bagels?

L’acceptabilité sociale sera au départ réticente, s’installeront ensuite la résilience puis l’indifférence, en témoin docile d’une autre ruine tombée dans les mains ambitieuses de la promotion. Un gain de plus pour l’investissement et cette grande métamorphose de la métropole en centre d’achat aseptisé.

Qui veut réellement squatter ou militer pour sauver l’entrepôt de son destin? Le Mile End n’est pas Hochelaga et la nouvelle vocation n’est pas sans rappeler la longue et pénible lutte pour l’autogestion du Bâtiment 7 dans Pointe-Saint-Charles.

L’entrepôt Van Horne restera en mémoire comme ce bâtiment qui déployait toute sa grâce dans mon quotidien comme dans celui de mes voisin.e.s par sa fonction, au risque de me répéter, parfaitement inutile et archaïque.

Quoi qu’il en soit, une consultation publique et ce billet d’opinion ne changeront rien au sablier du changement.

Je prendrai des photos ailleurs.

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Autrement dit et en moins de mots, l’auteur serait parfaitement heureux de laisser le bâtiment mourir lentement et éventuellement devenir un terrain vague, juste par souci de préservation futile et égoïste.

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Une personne qui peint le derrrière de son vanne en face du bâtiment. Cet endroit a un atmosphère très atypique, mais je suis content qu’on lui donne une deuxième vie.

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Pour les fenêtres, si la job est bien faite, on pourrait avoir la « vibe » de l’ancien entrepôt frigorifique au 1000 de la Commune Est

Vers 1927

Carte postale (1975?)

Héritage du Vieux-Port (2012)

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We should be so lucky as to get another Héritage in our lifetimes.

Je trouve ton commentaire réducteur. C’est pas parce qu’on oppose le projet qu’on serait heureux de laisser le batiment à l’abandon. Je pense meme que son texte exprime de multiplles façons le contraire. D’abords en exprimant son attachement à l’édifice et ensuite en suggèrant d’autres vocations qui s’intègreraient mieux au milieu. Ses propos concèdent même l’inévitable développement de cet endroit et expriment un deuil envers ce qui a été.

L’expression “if youre not with us youre against us” me vient à la tête. Pas parce qu’on désapprouve du projet qu’on veut que ca se fasse démolir. C’est correct de critiquer quand on n’aime pas. La peur que le developpement ne se fasse pas ne devrait jamais limiter la discussion. De toute façon nos discussions ont, dans le meilleur des cas, un impact minuscule sur notre ville.

Sans projets c’est inéluctable. Une question de temps. Évoquer des “espaces culturels”, “communautaires”, c’est pas proposer des projets, c’est de s’opposer à ce que des promoteurs proposent des visions différentes.

En vertu de quoi l’auteur parle-t-il au nom du quartier, du milieu? Le Mile-End de 2022 ce n’est plus celui de 1982. Quel Mile-End incarne-t-il?

Un hôtel boutique, j’ai aucune idée s’il y a une demande pour ça. Mais s’il s’avère qu’elle existe, que des promoteurs sont prêts à risquer leur fric pour aller de l’avant pourquoi ça serait un échec?

Le Mile-End exclusif, repaire d’initiés dans la marge, est-ce vraiment l’âme du Mile-End? Ça se discute aussi.

Mais le fond du texte proposé par Urbania repose sur le jugement. Non aux yuppies, au marché, au capital, vive les artistes, le communautaire, l’argent public.

Ironique considérant que la revue occupe l’immeuble Rodier, financé par le méchant marché dans un quartier redéveloppé presque entièrement pat le secteur privé saturé de condos et qui abrite même des hôtels.

Bien sûr tout ça est réducteur. On est sur un forum. J’écris sur mon téléphone en buvant rapidement un café.

Ce que je retiens au final c’est que l’auteur est déçu de perdre un sujet à photographier, un lieu mourant sans avenir et coupé de la ville autour.

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Conversely, Bourbeau piece does have that very hint of polarization. It’s giving gatekeeping older alt dude. Conversations like this are important, agreed, but still with taking into account the intent of the author, who admits his prejudice against change of the neighbourhood’s “soul”, and his clear bias against anything he perceive as foreign to it.

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Yes, but it’s always people who don’t have the money to put up who make all the suggestions how things should be done, and in their minds, better.

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Je trouve aussi que le discours comme quoi un quartier est « vivant » et intéressant dans un seul point figé dans le temps contreproductif. Oui, le Mile-End a beaucoup changé. Certains vont le préférer maintenant, d’autres celui d’avant. Mais un quartier est constamment en mouvement. Les hommes passent. C’est inéluctable.

Je connais les nouveaux commerçants du coin. Des gens souvent passionnés qui ont le quartier sur le cœur. Est-ce qu’ils sont moins méritants que la vieille garde? Je ne pense pas, et ça reste en quasi-totalité des adresses montréalaises.

Je me souviens avoir lu l’avis d’un résident de la rue Bernard dans une chronique, où il regrettait d’avoir vu les familles partir du quartier… Après 20 ans. Oui, les enfants grandissent et ne sont plus des enfants, et volent de leurs propres ailes. Sauf que contrairement il y a 20 ans, on ne parle pas de fermer les écoles par manque de clientèle, on est obligé de refuser les enfants de l’extérieur car elles débordent. Il y a souvent une nostalgie qui empêche d’apprécier du nouveau.

Le Mile-End reste à l’avant-garde de la protection des ateliers d’artistes et de peaufiner la façon de le faire. L’espace public continue d’être occupé de manière anarchique par des artistes. La population est impliquée dans le quartier, et des tonnes d’icônes du quartier prospèrent, s’agrandissent grâce à la vitalité du tourisme, des emplois. J’ai vu la création d’un parc naturalisé novateur, d’un skatepark achalandé, d’une place publique lauréate d’un prix, à 5 minutes de marche de chez nous.

La difficulté du changement, c’est de conserver une mixité sociale, d’usage, et d’occupation. Ce sont tous des points sur lesquels il faut une vigilance constante. C’est important de le rappeler, et il faut des gens militants pour s’assurer de cela. Cependant, ça ne doit pas se faire en tentant d’arrêter le temps.

Il n’y aura pas un usage résidentiel sur ce site, si l’arrondissement s’y oppose. Un usage communautaire? L’endroit est extrêmement vaste, et une fortune à acquérir/rénover/occuper. Cependant, pour l’acceptabilité sociale, ces usages ouvrent des pistes de solution. Pourquoi ne pas intégrer un espace de diffusion culturel au projet d’hôtel? Des locaux à usage collaboratif pour les artistes? Quelque chose du genre? Le projet n’en serait que bonifié, avec une connexion au quartier.

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@vincemtl
Entièrement d"accord avec ton propos.

Montréal a déjà suffisamment d’immeubles emblématiques à l’état de friche, je pense à tous les silos près du port et du canal Lachine, à d’anciens édifices industriels qui peinent à revivre et à s’intégrer à la vie urbaine et aux immeubles conventuels et religieux qui se cherchent désespérément une utilité. Qu’il ne faut pas refuser une deuxième vie à un bâtiment pour de simples raisons sentimentales.

Il y a plein de projets réussis qui ont justement fait l’objet de rénovation-transformation tout en respectant le caractère authentique de l’immeuble concerné. Justement l’entrepôt frigorifique en est un bon exemple.

La ville ne doit pas devenir un musée statique où on garde dans le formol des édifices que l’on veut protéger de la démolition. Bien au contraire, la meilleure façon de protéger est toujours d’assurer une deuxième vie aux constructions anciennes qui ont perdu leur vocation originale.

Surtout qu’ici on est en plein coeur de la ville, près d’une station de métro et dans un secteur déjà en pleine transformation. Alors prenons exemple des multiples projets réalisés notamment le long du canal Lachine, qui ont grandement contribué à la revitalisation des quartiers GFT et PSC, en plus de favoriser la croissance démographie du secteur centre-sud de la ville.

On peut certainement faire le même exercise de consultation parmi les forces vives du Mile-End, afin de sauver ce trésor du passé, tout en lui accordant un rôle dynamique qui répondra aux attentes et aux besoins contemporains du quartier. En l’occurrence je verrais bien un projet mixte hôtel-logements-bureaux-ateliers-commerces en proportions variables qui contribueront en même temps au présent et à l’avenir du secteur.

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Question tangentielle: est-ce qu’il y a des nouvelles sur le remplacement du viaduc Van Horne?

Pas avant 10 ou 15 ans. Le viaduc vient d’avoir des travaux pour prolonger sa vie utile.

En attendant, les abords de la voie ferrée vont continuer d’évoluer au moins, pour améliorer le secteur:

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BINGO again.

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This project is a must for this area and the whole notion of “Mile End dying” if this project goes through is pure bull. I never understood why MTLers would rather let a building stay abandoned just because of “character” and sentimental reasons. Neighbourhoods evolve, they never stay static. This area is a dead zone in an active area and needs something like this.

I know a hotel may be a bit weird for this area, but if it also comes with commercial spaces + restaurants, art spaces and so on, it’s a massive win for the area.

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You know what else along the tracks would benefit Mile-End, Mile-Ex, Petite-Italie, Laurier, Angus, etc? Train stations and all-day, two-way, local service with short DMU (and eventually EMU) trains. Imagine being able to hop on one of the frequent trains at the reborn Mile-End Station, and with one transfer getting to the airport or Brossard in 30 minutes…

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As Vince points out above, the area directly adjacent to this proposed project has been evolving and reinvigorating the neighbourhood and surrounding areas. It’s a massive property. Any redevelopment would be a net benefit to the area.

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I mean…

[La Brasserie Frontenac en arrière-plan :heart_eyes::heart_eyes:]

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Je ne connaissais pas la brasserie Frontenac!

Si je comprends bien, elle se trouvait sur ce terrain:

EDIT: correction de SameGuy, approximativement ce terrain:

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L’autre bord des tracks, où on est en train de bâtir le Centre Bellechasse de la STM.

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