AURA et le défi de la «cohabitation» entre visiteurs et itinérants
Par Émilie Pelletier, Le Soleil et Léa Harvey, Le Soleil
14 novembre 2025 à 04h00|
Mis à jour le14 novembre 2025 à 07h10
Une vue aérienne de l’église Saint-Roch (Jocelyn Riendeau/Archives Le Soleil)
La paroisse de l’église Saint-Roch craint que le «statu quo» sur le parvis ne nuise à l’image et au succès du spectacle AURA. La Ville de Québec et ses partenaires se font rassurants sur la «cohabitation» projetée entre visiteurs et itinérants.
À raison de quelque 340 représentations chaque année pendant au moins cinq ans, l’église Saint-Roch grouillera bientôt au rythme du spectacle de son et lumière AURA, création de la firme montréalaise Moment Factory.
Mais le parvis de l’église, lui, est déjà bien vivant. Chaque jour, plusieurs personnes en situation d’itinérance s’agglutinent dans les escaliers ou sur les bancs au pourtour.
«C’est clair que le statu quo ne fonctionne pas. Ce n’est pas adéquat, c’est certain, autant pour les usagers que les touristes et les travailleurs. Il y a du travail à faire», prévient en entrevue au Soleil Nicolas Marcil, directeur général de la paroisse Sainte-Marie-de-l’Incarnation.
Chaque jour, plusieurs personnes en situation d’itinérance s’agglutinent dans les escaliers ou sur les bancs au pourtour. (Jocelyn Riendeau/Archives Le Soleil)
Alors que s’amorce ce vendredi la vente de billets pour cette imposante production de calibre international qui doit prendre place dans le bâtiment patrimonial où des dizaines de milliers de visiteurs sont attendus chaque année, ce dernier s’inquiète pour l’éventuelle cohabitation entre les différentes clientèles qui fréquenteront le lieu au cours des prochaines années.
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Selon les informations du Soleil, des négociations serrées avec la Ville ont eu lieu, la paroisse étant préoccupée que l’état actuel du parvis de l’église ne ternisse «l’image touristique» de Québec. Elle aurait plaidé pour un réaménagement des lieux, afin de garantir un accueil digne de ce nom aux spectateurs.
«Moi je vois un risque potentiel pour l’expérience et le succès du spectacle, partage M. Marcil. On ne se le cachera pas: le parvis n’est pas assez éclairé, c’est sombre et ça ne donne pas un sentiment de sécurité approprié pour un espace public de cette notoriété-là».
Le frigo-partage du parvis de l’église Saint-Roch doit être relocalisé le temps de l’événement AURA. (Erick Labbé/Archives Le Soleil)
Après des discussions qui se sont étirées, un bail de location a finalement été conclu entre les partenaires mardi, toujours selon les informations du Soleil.
«Peut-être que ça a paru comme de l’obstruction de la part de la paroisse, mais ce n’était pas le cas», assure le directeur général, insistant sur sa volonté de voir l’événement pour lequel il s’implique depuis 2018 être un succès.
«Si les bottines suivent les babines, je suis confiant. La Ville nous a promis des actions concrètes, alors on va espérer qu’ils vont bien le faire pour que ce soit une réussite pour tout le monde», rapporte-t-il.
Une «bougie d’allumage»
De façon unanime, les différents partenaires mobilisés dans la concrétisation du spectacle AURA, dont les premières représentations sont attendues en décembre, disent travailler à garantir «la meilleure expérience» qui soit, pour tous.
Notamment, le promoteur verra à installer des cordons de foule temporaires pour la file d’attente vers la rue Saint-Joseph et des «agents d’accueil» formés auprès des organismes seront présents à l’extérieur les soirs de spectacle.
Des cordons de foule temporaires seront installés le long de l’église Saint-Roch, sur la rue Saint-Joseph. (Patrice Laroche/Archives Le Soleil)
La Ville de Québec ajoute pour sa part que comme pour les autres événements d’importance, ses équipes de nettoyage et de sécurité, aux côtés des organismes communautaires, «se concertent pour assurer le meilleur accueil possible aux visiteurs».
Les partenaires planchent aussi sur l’idée de faire des personnes en situation d’itinérance des «ambassadeurs» de l’événement, en leur permettant d’y assister en avant-première.
Dans un quartier Saint-Roch mis à mal par le télétravail et les réalités commerciales changeantes, la venue de l’expérience immersive de Moment Factory est accueillie comme un souffle nouveau.
Tous espèrent qu’elle deviendra un «fer de lance», en contribuant à prolonger les séjours à Québec, en soutenant les commerces environnants et en renforçant la vitalité du quartier.
Pour ce faire, il faudra que Saint-Roch soit «beau», plaide à son tour Marc-Antoine Beauchesne, président de la société de développement commercial (SDC) centre-ville.
Des commerçants de la rue Saint-Joseph voient d’un œil positif l’arrivée de AURA à l’église Saint-Roch. (Frédéric Matte/Archives Le Soleil)
«C’est important, quand on amène des touristes, qu’on les mette dans les meilleures conditions possibles», défend-il.
Et leur expérience débutera dès qu’ils mettront le pied dans le quartier.
«Personne n’est assez fou pour penser qu’on va mettre un spectacle dans une église et que tout va être réglé. On le sait qu’il faut qu’on soit beaux. Ça fait partie du plan de match.»
— Marc-Antoine Beauchesne, président de la SDC centre-ville
Plus largement que le parvis de l’église, il rappelle que les commerçants qu’il représente réclament eux aussi plus d’éclairage, de sécurité et de soutien aux personnes toxicomanes ou en situation d’itinérance bien visibles dans le quartier.
«On a tout à gagner et tout à perdre. Une église illuminée, on voit ça comme un pas en avant. Et je suis convaincu que ça va avoir un impact plus grand que les gens pensent», anticipe M. Beauchesne, enthousiaste.
«Cohabitation possible»
Comme partenaire du projet, Cynthia Hovington, présidente de Kamaï, assure que les partenaires sont à pied d’œuvre pour garantir une saine «cohabitation» dans le secteur.
«Il va y avoir une nouvelle clientèle importante qui va circuler dans le secteur, il va y avoir une mixité, c’est certain», admet-elle.
L’expérience AURA promet d’attirer des milliers de visiteurs chaque année à l’église Saint-Roch. (Erick Labbé/Archives Le Soleil)
Mais comme dans tous les centres-villes du monde où l’itinérance visible est présente, «les gens sont les bienvenus et la cohabitation est possible», insiste celle qui est également vice-présidente de la Corporation Renaissance urbaine, qui pilote le projet avec comme mission de dynamiser le centre-ville.
Une chose est certaine, pas question de chasser les personnes itinérantes.
De façon personnelle, Patricia Ruel, directrice de création chez Moment Factory, ne voit d’ailleurs pas la question de l’itinérance dans le secteur comme un enjeu problématique, elle qui tient à rassurer les spectateurs qui pourraient être craintifs du lieu où se tiendra AURA.
Pour elle, malgré les défis, le choix de l’église Saint-Roch s’est imposé. En raison de sa situation géographique, mais aussi grâce à l’impact que le spectacle pourrait avoir sur la revitalisation du quartier.
«Saint-Roch a des enjeux d’itinérance, mais par l’arrivée d’AURA, on crée de nouveaux canaux de communication. On a là quelque chose qui peut donner confiance que les choses se déroulent bien», souligne sa collègue de Kamaï, parlant d’un comité de partenaires qui se réunissent toutes les deux semaines.
«On a toutes les clés entre les mains pour faire en sorte que l’accueil soit à la hauteur de l’expérience.»
— Cynthia Hovington, présidente de Kamaï
«Ça ne veut pas dire qu’on ne fera pas de faux pas et que tout va être parfait. Mais [on veut] mettre en place ce qui est nécessaire pour le bien du projet et le bien du secteur», insiste Cynthia Hovington.
UN AVENIR GARANTI POUR L’ÉGLISE SAINT-ROCH?
Avec la Ville de Québec comme locataire du sous-sol et les promoteurs d’un spectacle à grand déploiement dans la nef pour au moins cinq ans, la fabrique de la paroisse Sainte-Marie-de-l’Incarnation se réjouit de constater que l’avenir de l’église Saint-Roch semble «pas mal assuré pour un bon bout de temps».
«L’église Saint-Roch va être sur la map.»
— Nicolas Marcil, directeur général de la paroisse Sainte-Marie-de-l’Incarnation
Parce que la plus grosse église de la Ville de Québec vient aussi avec «les plus gros frais» des églises sur le territoire, affirme Nicolas Marcil, directeur général de la paroisse Sainte-Marie-de-l’Incarnation.
Depuis quelques années, il estime que les dépenses se font au rythme d’environ 1 million de dollars par année en travaux. S’ajoute à cela la facture des frais fixes, qu’il chiffre entre 150 000 $ et 175 000 $ par année «quand ça va bien».
Une photo de l’intérieur de l’église Saint-Roch (Patrice Laroche/Archives Le Soleil)
«En patrimoine, chaque fois qu’on lève un clou, on découvre toujours des surprises. Ce n’est jamais simple et pas cher», illustre-t-il.
L’église Saint-Roch a d’ailleurs été aux prises avec un dégât d’eau récemment, dans la tour. «La section touchée n’affecte pas l’espace principal où se déroulera le spectacle», assure M. Marcil.
Aux paroissiens inquiets devant la tenue d’activités à grand déploiement, le directeur général indique par ailleurs que la vocation première de l’église demeure le culte et qu’il entrevoit «peu de conflits d’horaire potentiels» à l’horizon.