Ces temps-ci, le mot tramway rime davantage avec sacrer qu’avec mobilité. (Frédéric Matte/Le Soleil)
CHRONIQUE / On coupe des arbres, on éventre la chaussée pour déplacer la canalisation, on multiplie les chantiers pour faire place au tramway. À n’en pas douter, la ville de Québec est sens dessus dessous pour réaliser le plus gros projet de transport collectif de son histoire.
On n’est pas les premiers ni les derniers.
D’autres villes sont passées par là. Non seulement elles ont survécu aux travaux de construction, mais elles n’ont pas vécu l’apocalypse annoncée par les oiseaux de malheur, comme le font les opposants au projet de Québec depuis des années. Comme l’a fait Stéphane Lachance en janvier en entrevue au Soleil, où il donnait l’exemple de plein de villes qui sont passées par là.
Allons voir.
Liège, en Belgique. Un titre de FranceInfo en janvier, «les chiffres fous du tram de Liège: il a déjà transporté 8,5 millions de voyageurs en 8 mois!» Ça dit aussi que la ville en a bavé pendant les travaux, mais que la majorité des gens ne retourneraient pas en arrière. Presque 80 % des gens l’apprécient, on trouve que ça circule mieux, plus vite.
Liège compte quelque 198 000 habitants et son agglomération, 650 000 habitants.
Tramway de Liège (Ville de Liège)
Édimbourg, en Écosse. Mis en fonction en mai 2014, avec des années de retard, le tramway circule aujourd’hui sur une vingtaine de kilomètres, à peu près la même longueur que celui projeté à Québec. En avril 2018, RailPassion nous informe que «2017 aura encore été une année record pour le tramway d’Édimbourg avec près de 6,6 millions de voyageurs, une hausse de 19 % par rapport à 2016. Depuis sa réintroduction en 2014, sa fréquentation ne fait que croître avec un taux de satisfaction de 97 %.»
Édimbourg compte un peu plus de 500 000 habitants, 900 000 en ajoutant la région métropolitaine.
Le tramway d’Édimbourg (EdinburghTrams)
Nice, en France. Relancé en novembre 2007, un demi-siècle après l’abandon de ce mode de transport, le tramway de Nice n’a cessé de s’étendre dans la ville au fil des années. Dès les premiers mois de mise en service, le succès est immédiat, on compte entre 60 000 et 70 000 passages par jour, on en comptait plus de 140 000 en 2024. Le réseau compte aujourd’hui quatre lignes de tramway, totalisant 27 kilomètres, et un autre agrandissement est prévu d’ici 2030.
Nice compte 355,000 habitants, environ 550 000 pour la région.
Tramway de Nice (Facebook Ville de Nice)
Bordeaux, en France. Implanté dans cette ville en 2003, le tramway en est aujourd’hui le moyen de transport collectif principal, avec six lignes qui totalisent plus de 70 kilomètres. Le projet a germé en 1995 dans la tête du maire de l’époque, Alain Juppé, qui s’est attiré des volées de bois vert, notamment des commerçants inquiets pendant les trois ans de travaux qui ont mis la ville sens dessus dessous. Dès la première année, presque 20 millions de passages ont été enregistrés, 10 millions de plus l’année suivante, jusqu’à 115 millions en 2024.
Bordeaux compte 246 000 habitants, plus de 700 000 en région métropolitaine.
Tramway de Bordeaux (Anne Pelouas/Anne Pelouas)
Montpellier, en France. Inauguré en 2000, le tramway de Montpellier compte aujourd’hui cinq lignes circulant sur un peu plus de 70 kilomètres de rails. Et là aussi, dès le début, le tracé proposé s’attire des critiques et des propriétaires de cafés s’inquiètent de l’avenir de leur commerce. À Montpellier comme dans les autres villes, le succès est immédiat, la fréquentation dépasse largement les estimations avec quelque 130 000 voyageurs par jour, tant et si bien qu’on a prolongé le réseau dès 2002.
Montpellier compte 320 000 habitats, 500 000 avec la région métropolitaine.
Tramway de Montpellier (Tourisme Montpellier)
Bruxelles, en Belgique. Il n’y a pas à dire, Bruxelles a l’habitude du tramway, qui fonctionne de façon ininterrompue depuis… 1869! Avec ses 19 lignes circulant sur 215 kilomètres, le réseau a dépassé en 2024 le cap des 400 millions de voyageurs en un an. Au fil du développement du réseau, Les Bruxellois ont dû composer avec des chantiers majeurs qui se sont parfois étirés sur des années. Et 2026 s’annonce aussi costaude, des usagers ont fait état à Sud Info qu’ils craignent «une année noire» à partir de lundi, alors que s’amorceront des travaux d’agrandissement prévus Plan Tram de 2023, qui prévoient 13 nouveaux développements d’ici 2035.
Et ça se comprend. Pendant les travaux, à Bruxelles comme à Québec, tramway rime davantage avec «sacrer» qu’avec «mobilité».
La ville de Bruxelles compte quelque 200 000 habitants, mais la population grimpe à 1,25 million en incluant les 19 communes aussi desservies par le réseau.
Tramway de Bruxelles (Société des Transports Intercommunaux de Bruxelles (STIB))
Odense, au Danemark. Quatre ans après la mise en service des premiers tramways, qui circulent sur un trajet d’une quinzaine de kilomètres, la ville a lancé la phase 2, qui vise à ajouter 7,5 kilomètres de rails. Des travaux préparatoires ont eu lieu de 2015 à 2017 avec leurs lots d’entraves, suivis de deux années de chantiers majeurs. Dès que les wagons se sont mis en branle, la popularité de ce moyen de transport a rapidement augmenté, passant de 3,3 millions de voyages en 2022 à 7,4 millions l’an dernier.
La population d’Odense est de 200 000 habitants, elle monte à 500 000 si on englobe la région métropolitaine.
Tramway d’Odense (VisitOdense)
À l’exception de Bruxelles, qui a maintenu son tramway depuis plus de 150 ans, plusieurs des villes s’étaient détournées de ce moyen de transport pour y revenir quelques décennies plus tard. C’est le cas de Nice, d’Édimbourg, de Bordeaux, de Montpellier, de… Québec. Force est de constater que, partout, on est passé par «c’est l’enfer sur terre» avant d’arriver à «on ne s’en passerait plus».
Même si, évidemment, tout ne roule pas toujours sur des roulettes.
Pardon, des rails.