Terre des Hommes - Expo 67

Un legs de l’Expo 67 à la croisée des chemins

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

L’ancien Musée d’art d’Expo 67, situé non loin d’Habitat 67 sur l’avenue Pierre-Dupuy

Les défenseurs du patrimoine s’inquiètent pour l’un « des derniers immeubles datant de l’Expo 67 encore en bon état », dont Loto-Québec veut se débarrasser.

Publié le 4 octobre

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Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

L’ancien Musée d’art de l’Exposition universelle, situé non loin d’Habitat 67 sur l’avenue Pierre-Dupuy, a été affiché sur le site du courtier immobilier CBRE. La fiche vantait le potentiel de lotissement du terrain, sans jamais mentionner le bâtiment lui-même.

Celui-ci a pourtant une riche histoire : il a accueilli des œuvres des grands noms de l’avant-garde artistique en 1967, avant d’abriter le Musée d’art contemporain de Montréal pendant près de 25 ans.

La fiche immobilière a finalement été retirée mi-septembre « à la demande du vendeur, et pour des raisons hors de notre contrôle », a indiqué CBRE. « Le processus de vente du 2190, avenue Pierre-Dupuy est temporairement suspendu jusqu’au 30 novembre 2023. »

Loto-Québec a décidé de mettre en vente son édifice de l’avenue Pierre-Dupuy parce qu’il ne répond plus à ses besoins et engendre des coûts d’entretien élevés.

Renaud Dugas, porte-parole de Loto-Québec

« Depuis plus d’un an, nous avons communiqué avec divers organismes gouvernementaux et parties prenantes afin de mesurer leur intérêt pour cet immeuble, a-t-il continué. Un partenaire s’est récemment manifesté, alors nous avons mis la vente sur la glace le temps de poursuivre les discussions. » M. Dugas n’a pas voulu dévoiler l’identité du partenaire en question.

Intégré au parc Jean-Drapeau ?

En entrevue avec Radio-Canada, la directrice générale de la Société du parc Jean-Drapeau a confirmé que c’est à sa demande que la vente avait été stoppée. Elle réfléchit à la possibilité de faire de ce bâtiment un pavillon d’accueil pour le parc, situé non loin.

« On le voit comme [faisant] partie intégrante du parc, considérant que ça fait partie de ce qui était à l’époque l’espace occupé par Expo 67 », a dit Véronique Doucet. « On peut penser à toutes sortes de choses, comme la navette autonome, le petit autobus électrique ou encore la micromobilité qui permettrait aux gens d’entrer dans le parc avec une expérience. »

PHOTO MARTIN TREMBLAY, LA PRESSE

La Société du parc Jean-Drapeau pourrait faire de l’ancien Musée d’art de l’Exposition universelle un pavillon d’accueil pour le parc.

Lucette Lupien, une résidante d’Habitat 67 qui représente parfois les résidants de son immeuble dans des consultations publiques sur le secteur, craint fort que si l’ancien Musée d’art d’Expo 67 est vendu à un promoteur privé, il ne doive céder sa place à la construction résidentielle en hauteur.

Ce sont des architectes québécois qui ont conçu cet édifice-là […]. Sur le plan de l’architecture et de l’espace, c’était extrêmement novateur.

Lucette Lupien, résidante d’Habitat 67

« Si on ne le protège pas, vos petits-enfants n’auront rien du patrimoine des années 1950 à 1970. Ici, on a eu la chance d’avoir avec Expo 67 un évènement qui nous a fait entrer dans la modernité au Québec. »

« Un problème majeur »

D’autres défenseurs du patrimoine s’inquiètent aussi pour l’avenir de l’ancien Musée d’art d’Expo 67.

Roger La Roche, expert de la mémoire d’Expo 67, juge que la mise en vente du bâtiment à des intérêts privés serait une « très, très mauvaise nouvelle ».

« L’édifice est vacant. L’édifice a des problèmes de pyrite. L’édifice mérite, si on veut le conserver, un investissement important », a-t-il dit en entrevue téléphonique. « Je peux comprendre la volonté de Loto-Québec de s’en débarrasser, mais c’est vraiment un problème majeur. » Le terrain est zoné résidentiel avec des hauteurs permises appréciables, ce qui pourrait allécher des promoteurs immobiliers.

Dinu Bumbaru, d’Héritage Montréal, s’inquiète aussi.

« D’une part, il y a l’intérêt du bâtiment comme ancien Musée d’art d’Expo 67 (une demande de classement a été adressée au ministre de la Culture en 2019) », a-t-il souligné. « D’autre part, il y a le risque de griffintownisation avec des hauteurs permises de quelque 20 étages. Certains citoyens nous ont interpellés à ce sujet. »

Le retrait de la fiche immobilière constitue une « bonne nouvelle », a-t-il ajouté.

Un autre legs d’Expo 67 en veilleuse

Le Musée d’art n’est pas le seul legs d’Expo 67 dont l’avenir suscite l’inquiétude ces jours-ci. Après la Pitoune, le Minirail et le Galopant, un quatrième manège datant de cette époque a été écarté par La Ronde.

La Spirale, une tour d’observation de 73 mètres dotée d’une nacelle circulaire, n’a jamais rouvert après la pandémie. Elle ne figure plus sur la liste officielle des manèges du parc d’attractions.

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

La Spirale (au centre) n’a pas rouvert après la pandémie.

« Quant à son avenir, il n’y a pas de décision qui a été prise », a indiqué Marie-Pier Haineault, responsable des communications du parc d’attractions. « Aucune décision ne sera prise avant la fin de la saison. » Selon Mme Hainault, « toutes les possibilités sont à l’étude » sauf la destruction du manège.

« C’est le dernier des manèges-symboles de La Ronde qui est mis de côté », a déploré Roger La Roche, expert d’Expo 67.

« Encore une fois, c’est un manège qui n’a pas été entretenu au fil des ans. Forcément, quand on n’entretient pas les biens, ils se dégradent. Et on se ramasse toujours devant la situation peu surprenante : ils ne sont plus en état de marche », a critiqué Julie Bélanger, à la tête d’un groupe qui se consacre à la mémoire de l’Exposition universelle. « C’est déplorable, parce que c’est une situation prévisible. C’est toujours le même scénario qui se répète. »

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