Start-ups et financement

Financement en technologie Montréal chauffe Toronto

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

L’écosystème montréalais d’entreprises technologiques a connu une année 2020 étonnante, avec 1,15 milliard en financement, presque à égalité avec Toronto.

Longtemps considéré comme la capitale incontestée des start-up au Canada, Toronto pourrait se faire ravir sa couronne par Montréal, du moins en matière de financement. Selon un récent rapport, les entreprises montréalaises en technologie ont obtenu un financement total de 1,15 milliard en 2020, loin devant d’autres pôles canadiens comme Calgary, Vancouver et la région de Waterloo.

Publié le 12 mai 2021 à 6h00

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Karim Benessaieh Karim Benessaieh
La Presse

Toronto mène toujours à ce chapitre, selon le rapport 2020 Montréal de BDO-Hockeystick, mais son avance sur la métropole québécoise n’a été que de 4 %, ou 46 millions de dollars. « Quoi qu’il en soit, certaines transactions montréalaises récentes, comme la série F de Hopper totalisant 213 millions, pourraient permettre d’égaler voire dépasser l’activité à Toronto en 2021 », précise-t-on.

Les start-up de la grande région de Montréal ont été impliquées dans 110 opérations de financement en 2020, avec 84 investisseurs au total.

Commerce payant

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Martin Picard, cofondateur de la firme Sonder, qui a « levé » 230,4 millions en financement en 2020.

Ce qui a propulsé Montréal en 2020 ? D’abord, deux importantes levées de fonds, celles d’AppDirect (250,7 millions) et de Sonder (230,4 millions). Précisons que ces deux entreprises, fondées à Montréal, ont toutefois déménagé leur siège social à San Francisco. Elles sont tout de même considérées comme faisant partie de l’écosystème montréalais, leur financement provenant notamment de sources québécoises comme Inovia Capital et la Caisse de dépôt et placement du Québec.

En cette période de pandémie, ce sont les jeunes pousses spécialisées en commerce électronique qui ont attiré le plus d’investisseurs, avec 281 millions. Selon un sondage de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), le nombre de PME québécoises vendant en ligne a plus que doublé depuis mars 2020, passant de 20 % à 46 %.

Pour Matt Harrison, responsable national des technologies émergentes chez BDO Canada, il y a une autre donnée très motivante pour Montréal : près de 52 % du financement obtenu en 2020 concernait de très jeunes entreprises, en phase de démarrage ou lors de rondes de série A, généralement inférieures à 5 millions.

« Ça, c’est mon bac à sable, dit M. Harrison. Ce sont des entreprises qui ont eu leur premier coup de pouce des investisseurs, c’est très important. Elles embauchent, elles grossissent, elles représentent le sang neuf. » Si la moitié seulement de ces entreprises réussit à passer à l’étape supérieure, soit une ronde de financement de série B qui se chiffre en dizaines de millions de dollars, « ce serait déjà énorme », estime-t-il.

Récolter ce qu’on sème

Au fonds de capital-risque montréalais Real Ventures, un des premiers et des plus importants investisseurs en technologie, on estime que la belle performance de Montréal en 2020 montre la maturité de son écosystème. « On n’est pas étonnés, mais on est très contents », lance Katy Yam, directrice générale de FounderFuel, un incubateur lié à Real Ventures. « Ça fait presque 15 ans que tout le monde dans le secteur rame. À Montréal, Sherbrooke, Trois-Rivières, Québec, on commence à voir un écosystème bien nourri, avec une deuxième génération après les fondateurs. »

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Chez FounderFuel, un incubateur lié à Real Ventures, on se dit peu surpris des conclusions du rapport BDO-Hockeystick. « Ça fait presque 15 ans que tout le monde dans le secteur rame », rappelle la directrice générale Katy Yam.

Dans la grande région de Montréal, résume-t-elle, « beaucoup d’entreprises commencent à récolter ce qu’elles ont semé ».

Comme tous les observateurs, elle relève que l’année 2020 s’est déroulée en deux temps : d’abord un ralentissement considérable dû au confinement, suivi d’une reprise spectaculaire, surtout en technologie. « Avec Zoom et Google Meet, on n’a plus besoin de se déplacer à travers le monde. Les entrepreneurs pouvaient avoir six, sept ou huit rencontres par jour. Les rondes de financement qui visaient 500 000 $ récoltaient 1 million. »

Le rapport BDO-Hockeystick dresse par ailleurs un portrait flatteur du système d’éducation, soulignant le nombre élevé de collèges et d’universités à Montréal qui comptent quelque 248 000 étudiants. « Le bassin de talents est l’un des facteurs permettant aux sociétés comme Sonder de prendre de l’expansion », donne-t-on comme exemple. Sur LinkedIn, peut-on lire, plus de 14 000 postes sont affichés dans le secteur des technologies à Montréal.

Première analyse

Selon Matt Harrison, il y a un aspect en particulier sur lequel la métropole québécoise pourrait mieux faire : s’assurer que les entreprises aient accès aux talents. « Il faut trouver des façons pour qu’elles embauchent les talents dont elles ont besoin pour réussir, pas seulement en technologie, en marketing, dans les opérations, dans les finances, partout. Ça ne les aidera pas si elles lèvent 10 millions mais qu’elles ne peuvent trouver les talents pour croître. »

Il s’agit de la première analyse spécifiquement axée sur Montréal rédigée par Hockeystick, une firme torontoise d’analyse spécialisée dans le financement de jeunes entreprises technologiques, qui s’est associée pour l’occasion au cabinet comptable BDO. Les données ne peuvent donc être comparées à celles de l’année précédente. L’autre analyse sur le capital-risque qui fait autorité au Canada, celle de Canadian Venture Capital & Private Equity Association (CVCA), utilise une méthodologie différente. Dans son rapport 2020, Toronto y consolide sa première position au Canada avec 1,3 milliard en capital-risque, devant Montréal, en deuxième position avec 856 millions.
https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2021-05-12/financement-en-technologie/montreal-chauffe-toronto.php

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Le capital de risque québécois va bien

Au premier trimestre, Spark Microsystems a bénéficié de fonds de capital de risque grâce à sa puce qui a le potentiel de remplacer la technologie Bluetooth. Cycle Capital Management, Exportation et développement Canada et Real Ventures ont, entre autres, participé à une levée de fonds de 17,5 millions de dollars.

Photo : Radio-Canada / Mathieu Dion

Mathieu Dion (accéder à la page de l’auteur)Mathieu Dion

Mathieu Dion

2021-05-25 | Mis à jour hier à 18 h 51

Le Québec rattrape son retard en matière de financement de jeunes entreprises à fort potentiel. Deux importantes transactions ont permis d’atteindre un montant record en capital de risque pour un premier trimestre au Québec.

Le Réseau Capital, l’association du capital d’investissement, a comptabilisé 39 transactions pour un total de 468 millions de dollars pendant cette période. Mais ce montant demeure encore inférieur à ceux générés en Ontario et en Colombie-Britannique, respectivement 1,2 milliard et 700 millions d’investissements.

Ce record sur le territoire québécois entre janvier et mars s’explique par l’investissement de 215 millions dans l’application de billets d’avion Hopper et de 53 millions dans les bornes électriques AddÉnergie. Spark Microsystems, qui développe des puces destinées à remplacer la technologie Bluetooth, n’était pas en reste avec une levée de fonds de 18 millions de dollars.

Pour le président et directeur général du Réseau Capital Guillaume Caudron, c’est un signe que la chaîne de financement devient de plus en plus robuste. Avoir toute l’expertise dans tous les domaines pour être capable d’accompagner une start-up, c’est réservé à des écosystèmes très matures et développés, explique-t-il. Nous, on est entrain de se développer.

Au bilan, il faut néanmoins compter la vente à l’étranger de quatre entreprises qui ont bénéficié de capital de risque, dont la vente de la firme d’intelligence artificielle Element AI à l’américaine ServiceNow.

Des jeunes pousses innovantes en quête de de gros sous

L’entreprise montréalaise en démarrage Mantle développe présentement des solutions de sécurité avec la technologie de la chaîne de blocs pour les entreprises. Il va sans dire que sa technologie est ultraspécialisée.

Son dirigeant, Pascal Leblanc, soutient que les fonds de capital de risque investissent dans les choses qu’ils connaissent. Ici, dit-il, les fonds sont opérés par des entrepreneurs experts dans les produits B2C [business to consumer], c’est-à-dire à la clientèle, que les gens peuvent télécharger ou des produits de consommation. Sa technologie serait encore trop nichée pour les fonds québécois.

Ses investisseurs sont de l’Ontario et des États-Unis, pas du Québec. Le jeune entrepreneur compte parmi eux le fonds d’investissement torontois Globalive, du fondateur de l’ancien fournisseur de télécommunications sans fil Wind Mobile, Anthony Lecavera.

Mais une transformation s’opère depuis quelques mois. Le nouveau fonds de capital de risque Boréal Ventures a été lancé en février pour répondre aux besoins dans le domaine des sciences appliquées. Investissement Québec a également mis sur pied en avril le programme Impulsion PME destiné à aider les jeunes entreprises innovantes en investissant jusqu’à 1 million de dollars.

Le Québec y gagnera au change, selon Pascal Leblanc, en évitant d’éventuelles fuites de profits en cas de vente et en assurant un plus grand sentiment d’appartenance pour les entrepreneurs.

Si je vends Mantle pour un milliard de dollars, ça va tout en Ontario, ce milliard. Après, je serai plus enclin à créer un fonds de deep tech *[*technologies basées sur des innovations en ingénierie ou en science] en Ontario ou dans la Silicon Valley.

**Une citation de :**Pascal Leblanc, cofondateur et pdg, Mantle

1,1 milliard de dollars en capital de développement

Au premier trimestre, le capital de développement destiné aux entreprises plus matures s’est établi à 1,1 milliard de dollars au Québec, seulement 100 millions de moins que chez son voisin ontarien. L’écosystème des fonds d’investissement dans ce créneau se révèle beaucoup mieux structuré.

Solotech de Montréal a été aux premières loges dans l’obtention de ce type de financement dans la dernière année. L’entreprise connue dans plusieurs pays pour son expertise en sonorisation, éclairage et vidéo d’événements – de Céline Dion à Elton John – a dû revoir son modèle d’affaires avec la pandémie, et investir dans le commerce électronique, la production virtuelle et la diffusion en ligne.

La semaine dernière, elle annonçait l’acquisition de CBCI Telecom, un service canadien de solutions de visioconférences, de quoi ajouter 40 millions de dollars à son chiffre d’affaires.

Ce n’est pas uniquement de lever des fonds, souligne son président et directeur général Martin Tremblay. Tu as besoin de démontrer quel est le plan. [Pour] nous, la transformation technologique a mené nos actionnaires et investisseurs à nous soutenir.

Solotech aura été en mesure de réaliser cinq acquisitions pendant la période pandémique grâce à ses actionnaires québécois (Desjardins Capital, Investissement Québec et Claridge) et ses banquiers canadiens. On a dû lever des montants importants pour que ça se concrétise, indique M. Tremblay.

Ses revenus ont chuté de 450 à 250 millions de dollars de 2019 à 2020. Depuis, le fleuron québécois a su saisir certaines occasions d’affaires et il s’attend maintenant à des ventes records de 600 millions en 2022.
https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1796003/capital-risque-jeunes-pousses-record-quebec