Le déploiement du nouveau système de consigne au Québec s’effectue petit à petit, non sans faire craindre des effets sur les personnes vulnérables.
Ce changement se traduit par la fin d’une ère : les machines, qui permettent de consigner les canettes et les bouteilles dans les épiceries, sont graduellement retirées.
Cela devrait permettre d’alléger la tâche des épiciers et commerçants, alors que les centres de tri Consignaction+ permettent un traitement plus rapide et efficace.
Or, pour certains, le fait de retirer les machines créera un problème d’accessibilité, notamment pour les personnes en situation de précarité ou d’itinérance.
C’est le cas de la Coop Les Valoristes, une organisation montréalaise travaillant avec des personnes non logées qui comptent sur le retour de canettes et de bouteilles pour obtenir un revenu supplémentaire.
Même un kilomètre est beaucoup quand vous venez avec votre sac, a dit la cofondatrice de l’organisme, Marica Vazquez Tagliero.
La Coop Les Valoristes offre un endroit sécuritaire et propre où les gens qui ramassent des contenants consignés peuvent venir les porter. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / L’épicerie
Si vous voulez augmenter la participation, et c’est vraiment ce que nous voulons, nous devons avoir des services accessibles et, évidemment, quand nous fermons les machines davantage, nous entravons cela.
Une citation de Marica Vazquez Tagliero, cofondatrice de la Coop Les Valoristes
Vazquez Tagliero croit que cela peut aussi miner la confiance des gens dans le système.
Si j’ai payé [pour] cinq canettes et que je veux les retourner, je devrais avoir le droit de le faire et cela devrait être facile pour moi, cela ne devrait pas être compliqué, a-t-elle dit, ajoutant qu’une consigne n’est pas une taxe.
Le retour express est une autre option proposée par Consignaction. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Jessica Lesage
Quelque 1200 points de retour sont prévus au Québec, mais il n’y en a que 143 dans la province pour le moment. Les lieux de retour « Consignaction+ » sont dotés d’une technologie qui permet notamment de consigner des contenants « en vrac », plutôt qu’à l’unité.
On peut trouver les centres Consignaction nouveaux et existants en consultant la carte interactive sur le site web (nouvelle fenêtre) ou sur l’application de l’organisme.
À l’heure actuelle, c’est environ 50 % du volume provincial qui est traité dans les centres de l’organisme de gestion désigné par le gouvernement. Consignaction collabore avec RECYC-QUÉBEC, la société d’État qui gère la récupération et le recyclage.
Le virage entrepris par Consignaction devrait lui permettre d’atteindre un taux de récupération de 90 % de tous les contenants de boisson d’ici 2032, soit 5 milliards de contenants annuellement.
Une adaptation
Plus de détails
Le vice-président de la stratégie de Consignaction, Jean-François Lefort, se dit conscient que les citoyens devront adapter leurs habitudes au nouveau modèle.
La modernisation du réseau de récupération de contenants consignés donne des maux de tête à certains citoyens et commerçants. M. Lefort précise que du personnel sera présent dans les centres pour expliquer le nouveau processus.
Tranquillement, des épiciers commencent à retirer leurs machines, au fur et à mesure que les centres ouvrent leurs portes. Toutefois, ce processus ne relève pas du hasard : Consignaction s’assure d’avoir un point de retour à proximité avant toute modification.
À Montréal, c’est donc un peu plus lent en raison de la densité de la population et du volume des emplacements, a précisé M. Lefort.
À l’inverse, dans les plus petites municipalités de zones rurales, l’approche diffère. Le lieu de consigne restera chez les commerçants, auxquels Consignaction fournira l’équipement. Nous avons donc environ 120 sites avec système externe, donc similaire à ce qui existait auparavant, où les machines se trouvaient dans le hall d’entrée; désormais, elles sont placées dans un conteneur ou stationnement, a-t-il ajouté.
Le point de retour Consignaction est situé dans le stationnement du IGA de Lorrainville. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Bianca Sickini-Joly
Il assure que, jusqu’à présent [le nouveau système] fonctionne extrêmement bien.
Les cartons et le verre en 2027
Actuellement, le système peut récupérer environ quatre milliards de contenants annuellement, en hausse par rapport à 2,5 milliards il y a deux ans et demi, quand la première phase de modernisation a été implantée.
C’est massif, a dit M. Lefort, ajoutant que l’expansion du système n’est pas juste à propos du volume, mais du type de contenants qui sont remboursables.
Avant le 1er mars 2025, les bouteilles d’eau en plastique n’étaient pas consignées. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada
Pour l’instant, le nouveau système de consigne n’inclut que les contenants en aluminium et en plastique, tandis que ceux en carton et en verre, comme les bouteilles de vin et les cartons de lait, pourront être retournés dès mars 2027.
Quand vous doublez le volume et vous complexifiez les types de matériaux que vous manipulez, les détaillants ne veulent pas le faire [et] ils n’ont pas la capacité de le faire, a-t-il expliqué en entrevue à CBC News.
D’après un texte d’Annabelle Olivier, de CBC News