« Le Port de Montréal ne s’en va nulle part. »
On disait sûrement la même chose du Vieux‑Port — et d’autres grands ports urbains — à une certaine époque. L’histoire montre que les ports évoluent, se déplacent, se transforment, même quand on croyait ces emprises immuables.
Ce que devient possible avec la vision, ce n’est pas de mélanger les usages sur un même quai opérationnel. Il ne s’agit pas d’installer des activités publiques au cœur des terminaux conteneurs ou des zones de transbordement. Il s’agit plutôt de requalifier certains quais sous-utilisés ou obsolètes, comme cela a été fait pour le Vieux‑Port.
Selon les observations sur le terrain depuis une décennie, plusieurs de ces quais ne sont plus utilisés activement, sauf pour du stationnement temporaire de navires ou du stockage à ciel ouvert. Ce sont des emprises portuaires, oui, mais qui ne sont pas en pleine activité logistique.
La proposition ne parle donc pas d’y faire du transbordement, mais simplement d’y accueillir des navires à quai, comme on le fait déjà dans le Vieux‑Port :
- pour l’hivernage,
- pour des visites navales,
- ou pour des événements ponctuels.
Ce type d’usage est compatible avec un accès public encadré, comme on le voit dans plusieurs villes portuaires. Il ne remet pas en cause la sécurité des opérations portuaires, puisqu’il s’agit de zones requalifiées, non de zones actives — les activités portuaires plus sensibles se trouvant un peu plus à l’est.
Petit à petit, le Port s’ouvre à sa ville. La cohabitation prend un nouvel élan. Un projet d’accès encadré est d’ailleurs à l’étude actuellement.
Mais la raison principale de la réorientation est ailleurs : il s’agit de déplacer la zone d’échange ferroviaire plus à l’est, dans le secteur industriel du Port, afin de moderniser les activités et, par le fait même, libérer le triage du plein cœur d’un quartier central.
Cette modernisation permettrait à la fois d’améliorer l’efficacité des opérations portuaires et de réduire l’impact des manœuvres ferroviaires sur les résidents, tout en ouvrant la porte à une meilleure cohabitation entre la ville, le port et le fleuve.
Et ce n’est pas mon analyse : c’est ce que soutenaient Jean Décarie, Jacques Coté et même le CP.