Ancienne Gare de triage Hocghelaga
Argumentaire pour la réorientation de la courbe du CP vers l’Est
La reconfiguration de la courbe ferroviaire du CP à la hauteur de la Gare Hochelaga, vers l’Est en direction du Port, constitue une intervention stratégique dont la pertinence dépasse largement le cadre d’un projet local. Elle s’inscrit dans une logique d’aménagement métropolitain visant la résilience, la requalification des franges industrielles et la reconquête des rives. Les travaux réalisés en 2022 par des étudiants en urbanisme de l’Université McGill, tout comme les propositions antérieures de Jean Décarie et de Jacques Coté, confirment la robustesse technique et la faisabilité de cette option.
1. Une intervention structurante pour la trame urbaine et l’accès au fleuve
Le secteur situé à l’est du pont Jacques‑Cartier demeure l’un des derniers segments du front fluvial montréalais où l’accès public est entravé par des infrastructures lourdes. La réorientation de la courbe ferroviaire permettrait :
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la continuité du système riverain métropolitain, en prolongeant l’expérience du Vieux‑Port vers l’Est, conformément aux objectifs de la Politique de protection et de mise en valeur des rives ;
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la réduction des barrières physiques qui fragmentent les Faubourgs, Hochelaga et le secteur Molson, améliorant la perméabilité urbaine et les parcours actifs ;
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la création d’un linéaire riverain multifonctionnel, capable d’accueillir espaces publics, corridors écologiques et infrastructures de mobilité durable.
Cette intervention corrige une configuration datant des années 1880, pensée pour un port charbonnier et un réseau ferroviaire de desserte locale, et désormais incompatible avec les besoins contemporains d’une métropole orientée vers la mobilité durable et la résilience climatique.
2. Un levier majeur de valorisation foncière et de cohérence urbaine
La libération des emprises ferroviaires devant le Quartier Molson représente un gain foncier stratégique. Elle permettrait :
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d’augmenter significativement la valeur et la densité constructive du secteur, en éliminant une source majeure de nuisances (bruit, vibrations, risques, coupures visuelles) ;
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d’assurer une cohérence d’ensemble entre les projets des Faubourgs, du secteur Molson et des abords du Port, aujourd’hui traités comme des entités disjointes ;
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de soutenir la mixité fonctionnelle, en rendant possible l’intégration d’équipements collectifs, de logements familiaux et d’espaces verts continus.
Les retombées économiques d’une telle requalification sont comparables à celles observées lors de la transformation du Vieux‑Port, dont l’impact sur l’attractivité résidentielle, culturelle et touristique est largement documenté.
3. Une opération techniquement faisable et historiquement évaluée
L’étude de faisabilité commandée par le CP en 1998 estimait le coût de la reconfiguration à environ 60 M$. Même indexé, ce montant demeure modeste au regard :
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des investissements publics déjà engagés dans les Faubourgs et le secteur Molson ;
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de la valeur foncière générée par la libération des terrains ;
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des bénéfices collectifs en matière de mobilité, de qualité de vie et de réduction des nuisances.
Sur le plan ferroviaire, la réorientation vers l’Est n’entraîne pas de perte de capacité. Au contraire, elle permet une géométrie plus performante, réduit les conflits d’usage et améliore la fluidité des opérations portuaires.
4. Un financement justifié par les bénéfices publics
Ni le CP ni le Port n’ont intérêt à assumer seuls les coûts d’une intervention dont les bénéfices sont largement publics. Il est donc raisonnable d’envisager :
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une contribution fédérale, compte tenu du rôle stratégique du Port et du caractère interprovincial du réseau ferroviaire ;
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un appui provincial, en cohérence avec les objectifs de densification, de mobilité durable et de requalification des friches ;
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une participation municipale, liée à la valorisation foncière et à la cohérence des projets urbains.
5. Une fenêtre d’opportunité unique
Les discussions actuelles entre la Ville et le CP constituent probablement la dernière occasion de corriger une configuration ferroviaire obsolète. Ne pas saisir cette opportunité reviendrait à figer pour plusieurs décennies une barrière urbaine incompatible avec les ambitions de Montréal en matière :
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d’accès au fleuve ;
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de mobilité active et collective ;
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de résilience climatique ;
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de qualité du cadre bâti.