Suspension d’un comité canado-américain/ Le torpilleur d’alliances
La nouvelle est arrivée comme un cheveu sur la chaudrée de palourdes. Une publication sur le réseau X du sous-secrétaire à la Guerre des États-Unis, Elbridge Colby, qui, d’un coup de clavier, suspend un comité canado-américain qui traite de questions de défense depuis la Seconde Guerre mondiale.
Dans sa diatribe numérique qui dégouline de mauvaise foi, M. Colby affirme que cette décision découle de la propension du Canada à privilégier la rhétorique plutôt que d’investir dans le « pouvoir brut », de préférer les mots à l’action et que, conséquemment, les États-Unis prennent un pas de recul et se retirent de la Commission permanente mixte de défense Canada–États-Unis.
Comme s’il ne s’était rien passé à Ottawa en matière de défense depuis l’arrivée de Mark Carney au pouvoir. Comme si le Canada n’avait pas annoncé des investissements de 500 milliards en défense d’ici 2035. Comme si le pays n’était pas en train d’investir lourdement dans son industrie militaire. Comme si le Canada n’avait pas accepté de dépenser 5 % de son produit intérieur brut dans sa défense et des domaines connexes à l’instar des autres membres de l’OTAN tout juste après avoir atteint la cible – maintenant obsolète – de 2 %.
Ce message semble n’avoir aucun sens. Mais pour le comprendre, il faut s’attarder à celui qui l’écrit. Au messager.
Elbridge Colby, qui est le bras droit du secrétaire à la Guerre, Pete Hegseth, a attiré l’attention de beaucoup de monde récemment. Et pas seulement parmi les critiques habituels de l’administration Trump.
Il y a deux semaines, Mitch McConnell, le ténor républicain, sénateur du Kentucky et membre du puissant comité d’appropriation du Sénat, l’a critiqué ouvertement dans une lettre ouverte publiée par le Washington Post.
Le Sénat, rappelle-t-il, a attribué 400 millions pour la guerre en Ukraine, mais M. Colby, expose-t-il, bloque ces fonds et les empêche de se rendre à destination, soit des entreprises américaines qui doivent fabriquer du matériel militaire pour l’Ukraine. Les entreprises en pâtissent. L’Ukraine aussi.
La même chose avait été notée l’an dernier par le magazine The Atlantic, qui a consacré plusieurs articles à M. Colby et à ses idées. Car derrière le blocage ukrainien, il y a toute une vision du monde.
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