Relations Canada-USA - Politique et commerce

Capture de Nicolás Maduro | Une menace pour le pétrole canadien ?

Le Canada pourrait être l’un des grands perdants du bras de fer entre Washington et Caracas, selon des experts. Si l’administration Trump n’a pas mâché ses mots à l’endroit de Nicolás Maduro pour justifier sa capture, les spécialistes y voient un prétexte pour s’emparer des réserves de pétrole vénézuéliennes : une intervention inquiétante pour l’avenir des exportations canadiennes.

Le Venezuela est le pays détenant les plus importantes réserves pétrolières au monde, estimées à plus de 300 milliards de barils en 2023, selon la U.S. Energy Information Administration. C’est plus qu’en Arabie saoudite, et bien au-delà des ressources pétrolières du Canada.

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« Je le dis de façon assez catégorique : si le Venezuela n’était pas un pays pétrolier, les Américains n’auraient pas fait ce qu’ils ont fait [samedi], c’est clair », affirme sans détour Yvan Cliche, spécialiste en énergie et fellow au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.

Donald Trump ne s’en cache même pas : à plusieurs reprises lors de sa conférence de presse, samedi, le président a dit que les États-Unis assureraient la gestion du pétrole sur le sol vénézuélien.

Le hic, c’est que le pétrole canadien et le pétrole vénézuélien sont similaires, notamment en raison de leur statut de pétrole lourd. Le Canada a en quelque sorte remplacé le Venezuela auprès des États-Unis comme fournisseur de pétrole, au moment où des tensions sont nées entre ces deux derniers pays, explique Marie-Christine Doran, professeure titulaire de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Autrement dit, si les Américains puisent à l’avenir leurs ressources pétrolières au Venezuela, le Canada pourrait très bien être relégué au second plan dans ce dossier, avertissent les spécialistes.

Un autre point de vue

« C’est une menace assez directe quant à l’avenir du pétrole canadien », réagit M. Cliche, en entrevue téléphonique avec La Presse.

L’analyste du marché pétrolier basé à Toronto Rory Johnston est toutefois en désaccord avec ce point de vue, le qualifiant même d’« extrêmement dépassé » sur les réseaux sociaux. Le spécialiste rappelle que le Canada exporte bien plus de pétrole brut que le Venezuela, sans oublier le chaos politique déclenché par la capture de Maduro.

À l’heure actuelle, les principaux clients pétroliers du Venezuela sont la Chine, avec environ 80 % des exportations, et Cuba.

Chose certaine, les récents évènements survenus à Caracas sont susceptibles de redessiner la carte pétrolière de l’Amérique du Nord, croit le professeur Yvan Cliche.

À son avis, l’Alberta pourrait réclamer davantage de pipelines pour exporter son pétrole à de nouveaux clients, notamment en Asie.

Le premier ministre du Canada, Mark Carney, ne s’est pas exprimé sur la question du pétrole, à la suite de l’opération américaine au Venezuela.

Pas pour tout de suite

Joseph Bouchard, chercheur spécialiste de la sécurité et de la géopolitique de l’Amérique latine et étudiant au doctorat en science politique à l’Université de Virginie, croit aussi que les exportations pétrolières canadiennes pourraient connaître un repli avec l’arrivée d’un concurrent comme le Venezuela.

Mais avant d’en arriver à ce stade, il y a encore beaucoup à faire dans le pays d’Amérique du Sud. « Les infrastructures pétrolières sont en très mauvais état », explique M. Bouchard.

Ça fait depuis environ 2011 que l’État vénézuélien est en faillite économique. Il fait des déficits énormes et ses revenus liés au pétrole baissent de façon exorbitante. Les plus grandes raffineries de pétrole sont vraiment délabrées.

— Joseph Bouchard, doctorant en science politique à l’Université de Virginie

Pendant sa conférence de presse, samedi, Donald Trump a déclaré que ces infrastructures seraient réparées par des entreprises américaines afin de les rendre profitables pour le pays.

Pour l’instant, le Venezuela peine à produire environ un million de barils par jour, soit approximativement 1 % de la production mondiale. Selon la firme Energy Aspects, ajouter un demi-million de barils par jour de production coûterait 10 milliards de dollars et prendrait environ deux ans.

Et même si on arrivait à remettre en état les raffineries, le Venezuela ne jouerait pas dans les plates-bandes du Canada, selon Rory Johnston, qui enseigne aussi à l’Université de Toronto.

Sur son compte X, samedi, il a expliqué que la plus grande partie du pétrole brut canadien est consommée dans le Midwest américain, et non sur la côte américaine du golfe du Mexique… là où le pétrole vénézuélien serait en concurrence avec lui s’il était autorisé à circuler à nouveau.

Avec le New York Times

Le Venezuela a-t-il vraiment « volé » du pétrole aux États-Unis ?

Samedi, le vice-président J.D. Vance a déclaré sur X que « le pétrole volé doit être restitué aux États-Unis », après avoir félicité les soldats américains ayant participé à l’opération sur le sol vénézuélien. Même s’il n’y a jamais eu de « vol » en soi, explique Marie-Christine Doran, de l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa, le pétrole est un sujet de discorde entre les États-Unis et le Venezuela depuis longtemps. En 2007, Hugo Chávez consolide la nationalisation du pétrole vénézuélien. Les infrastructures et champs pétroliers des géants américains, comme ExxonMobil et ConocoPhillips, sont alors saisis. Des sanctions visaient donc depuis plusieurs années le Venezuela, qui écoulait sa production sur le marché noir – en Chine, en Russie. Seule la société américaine Chevron a bénéficié d’une licence spéciale lui permettant d’exploiter et de transporter du brut vénézuélien « pour se rembourser ». Elle produit plus du quart de la production de pétrole du pays, selon la U.S. Energy Information Administration.

https://www.lapresse.ca/actualites/2026-01-04/capture-de-nicolas-maduro/une-menace-pour-le-petrole-canadien.php


Trump, le Venezuela et nous

L’année 2025 a marqué la fin de l’ordre établi depuis la fin de la guerre froide.

Donald Trump a détraqué le commerce mondial à coups de droits de douane, miné les institutions internationales et les alliances militaires qui assuraient un relatif équilibre planétaire et sapé les contre-pouvoirs américains garants de la démocratie.

Et maintenant ?

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L’année 2026 est à peine commencée que le président américain nous montre la forme que pourrait avoir la nouvelle donne géopolitique. En prenant le contrôle du Venezuela, il prouve qu’il a l’intention de régner en maître sur le continent américain.

Son coup de force a pris la planète par surprise.

Les yeux bandés, les oreilles bouchées, les poings liés. La photo du dictateur Nicolás Maduro a été publiée comme un trophée de guerre par l’administration Trump, mais aussi comme un message à ceux qui n’auraient pas encore pris note de sa nouvelle doctrine « Donroe ».

Le terme fait écho à la doctrine Monroe, du nom du cinquième président des États-Unis, qui estimait que son pays était destiné à contrôler les territoires de l’hémisphère occidental, une philosophie qui a alimenté l’impérialisme américain au XIXe siècle.

Nous y revoici donc.

Le monde est entré dans une ère inquiétante où ce n’est plus le droit international qui prime, mais la puissance économique et la force militaire. Une ère où les grandes puissances font la pluie et le beau temps dans leur propre sphère d’influence, comme on le voit avec la Russie qui envahit l’Ukraine et la Chine qui menace Taïwan.

En décembre dernier, Donald Trump a couché officiellement sur papier sa vision de ce monde dans sa Stratégie de sécurité nationale (SSN), un manifeste empreint de l’idéologie « America First », déconstruisant ainsi les piliers de la défense américaine depuis 1945.

Les institutions internationales y sont décrites comme des instruments animés d’un « anti-américanisme pur et simple ». L’Europe y est dépeinte comme un continent au bord de l’« effacement civilisationnel ».

Que les voisins du continent américain se le tiennent pour dit, les États-Unis veulent « restaurer la prééminence américaine dans l’hémisphère occidental » et protéger leur accès aux « zones géographiques clés dans toute la région ». Pensez au canal de Panamá, au Grand Nord canadien, au Groenland…

Les États-Unis exerceront une ingérence non dissimulée en récompensant « les gouvernements, les partis politiques et les mouvements » qui s’alignent sur leurs principes, expose la SSN.

Autrement dit, Trump pourrait dicter une conduite aux pays voisins, même s’il n’y a jamais obtenu un seul vote. Et tant pis pour leur souveraineté !

Cela place le Canada dans une situation très délicate. Comment diversifier nos partenariats pour développer une saine autonomie sans déclencher des représailles de la part de notre puissant voisin ?

Le président déchu du Venezuela vient de goûter au traitement que Trump réserve à ceux qui ne suivent pas ses principes.

Personne ne s’ennuiera de Nicolás Maduro, un dictateur qui avait volé les dernières élections en empêchant la cheffe de l’opposition de se présenter. María Corina Machado a d’ailleurs reçu le prix Nobel de la paix en 2025 pour ses efforts en faveur d’une transition démocratique au Venezuela.

Mais de démocratie, il n’est nullement question aujourd’hui. Donald Trump a l’intention de diriger le Venezuela « le temps qu’il faudra ».

Quelle légitimité aura désormais le président américain à intervenir si la Chine attaque Taïwan ou pour négocier avec le président russe Vladimir Poutine, alors que lui-même ne laisse pas au peuple vénézuélien la capacité de déterminer son propre avenir politique ?

Mais l’Ukraine ne revêt pas le même intérêt pour Donald Trump qui se pose en arbitre cherchant à négocier une paix rapide avec la Russie, plutôt qu’en acteur qui a choisi son camp. Dans sa mire, il voit peut-être le prix Nobel de la paix.

Au Venezuela, il voit surtout les plus importantes réserves de pétrole au monde. En conférence de presse, Trump a d’ailleurs mis l’accent sur les investissements qui permettront de relever la production et d’enrichir le Venezuela… et les États-Unis.

Dans la nouvelle géopolitique mondiale, il est clair que les enjeux militaires, économiques et énergétiques vont de pair.

La SSN n’en fait pas mystère : les États-Unis veulent rétablir leur « domination » énergétique dans le domaine du pétrole, du gaz, du charbon et du nucléaire. C’est une « priorité absolue ». À la poubelle, les « idéologies désastreuses du changement climatique » qui « menacent les États-Unis et subventionnent [ses] adversaires ».

Mais couper la tête d’un régime ne garantit pas la stabilité d’un pays.

L’opération au Venezuela pourrait tourner à l’avantage des Américains si l’approvisionnement en pétrole bon marché cesse dans des régimes hostiles aux États-Unis, comme Cuba. Mais la situation pourrait aussi virer au chaos, comme on l’a vu après les interventions américaines en Irak et en Afghanistan.

Mais à quelque chose malheur est bon.

Si la situation s’enlise, Trump pourrait susciter la grogne des électeurs américains qui n’ont pas voté pour de nouvelles guerres coûteuses. Les élections de mi-mandat pourraient alors ramener un contre-pouvoir salutaire aux États-Unis, si elles se déroulent selon les règles de l’art.

https://www.lapresse.ca/actualites/editoriaux/2026-01-04/trump-le-venezuela-et-nous.php

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Ce ne sera pas si facile pour les Canadiennes et Canadiens de vendre leur condo en Floride

Alors que le climat politique s’alourdit sous le second mandat de Donald Trump, de nombreux « snowbirds » canadiens souhaitent quitter la Floride définitivement. Un marché immobilier saturé et l’explosion des coûts d’assurance transforment toutefois ce désir d’exode en casse-tête financier.

L’heure est à la remise en question pour les milliers de Canadiens qui possèdent des propriétés en Floride.

Une étude de la firme immobilière Royal LePage indique que 54 % des Canadiens possédant une propriété aux États-Unis envisagent de vendre au cours de la prochaine année.

Les propriétaires doivent aussi composer avec des primes d’assurance habitation qui ont bondi de 40 % depuis 2022, selon le Bureau de la réglementation des assurances de l’État. Cette explosion des taux est alimentée par une série d’ouragans dévastateurs ayant frappé le sud-ouest de la Floride ces cinq dernières années ainsi que par l’inflation du coût des matériaux et de la main-d’œuvre.

Le nombre d’acheteurs canadiens a considérablement diminué, créant un surplus de stock, observe l’économiste principal chez la plateforme immobilière Realtor.com, Joel Berner.

Dans le quartier de Mme Lockhart, près de 10 % des propriétés sont actuellement sur le marché. Cette saturation laisse présager des chutes de prix importantes en 2026, selon Realtor.com, notamment à Cape Coral (-10,2 %) et à North Port (-8,9 %) — deux destinations traditionnellement prisées par les « snowbirds ».

Si Trump réussit à s’accaparer des ressources pétrolières des pays dans notre hémisphère, s’en sera fini de la lutte aux changements climatiques, un risque que le monde ne peut pas prendre, car le climat pourrait s’emballer dramatiquement vers un point de non retour.


Opération au Venezuela : y a-t-il un risque pour les ressources naturelles au Canada?

Au lendemain de l’invasion des États-Unis en sol vénézuélien et de la capture du président vénézuélien déchu Nicolas Maduro et de sa femme, certaines nations craignent subir le même sort que ce pays d’Amérique latine.

Le président américain, Donald Trump, a par ailleurs annoncé samedi qu’il allait diriger le pays dans sa « transition » en plus de prendre les rênes de l’industrie pétrolière du Venezuela, la plus grande réserve de pétrole au monde.

Or, le Canada est bien connu aussi pour ses réserves de ressources naturelles : pétrole, eau et minéraux critiques (nouvelle fenêtre) pour n’en nommer que quelques-uns.

Le Canada, qui partage la plus longue frontière terrestre au monde avec son voisin au sud, devrait-il s’inquiéter pour la suite des choses? À court terme : non, assure d’emblée l’ancienne ambassadrice et représentante permanente adjointe du Canada à l’ONU de 2017 à 2021, Louise Blais.

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Toutefois, elle prévient qu’à long terme, ça peut vraiment avoir des répercussions sur la valeur de notre pétrole.

Bien que des impacts économiques directs sont possibles, Mme Blais ne croit pas qu’une opération militaire similaire à celle survenue au Venezuela se produise en sol canadien.

Patrice Geoffron, professeur de sciences économiques à l’Université Paris-Dauphine, partage le même avis, car il semble quand même beaucoup plus facile d’exercer une pression sur le Venezuela, qui a des institutions fragiles et qui n’est pas soutenu par sa population, que de le faire vis-à-vis du Canada, qui est une démocratie.

Le même pétrole qu’au Canada

Les réserves pétrolières au Venezuela sont principalement composées de pétrole extra-lourd, similaire à celui de l’Alberta, décortique Louise Blais. Ce type de ressource nécessite un raffinage plus complexe pour être transformé en produit consommable, comme l’essence, le rendant donc moins rentable à production moindre.

Ce que ça veut dire à moyen terme, c’est qu’éventuellement les États-Unis vont avoir accès à un pétrole moins cher, plus facile d’accès, et qui demande un peu moins de transformation que celui qui provient de l’Alberta.

– Louise Blais, ancienne ambassadrice et représentante permanente adjointe du Canada à l’ONU

Elle sonne l’alarme, puisqu’à moyen et long terme, pour l’industrie pétrolière canadienne, c’est vraiment inquiétant.

Alexandre Gajevic Sayegh, professeur adjoint en science politique et spécialiste des politiques climatiques à l’Université Laval, tempère cependant les inquiétudes du côté canadien. Même si le Venezuela est la plus grande réserve de pétrole sur le globe, sa production actuelle demeure peu élevée avec environ 1,1 million de barils par jour.

C’est que les infrastructures vénézuéliennes de production pétrolière sont en piètre état, notamment depuis la nationalisation de ce secteur économique par le prédécesseur de Maduro, Hugo Chávez en 2007. Cet épisode a chassé les grands joueurs, tels qu’ExxonMobil et ConocoPhillips, et a contraint Chevron, la seule entreprise américaine qui opère toujours au Venezuela, à réduire ses activités.

En bref, ça prendrait énormément d’argent [et] énormément de temps pour exploiter cette ressource au Venezuela, résume le journaliste et étudiant au doctorat en science politique à l’Université de Virginie, Joseph Bouchard.

Il faudrait que les Américains investissent encore une fois des milliards de dollars pour une rénovation des centres de raffinage de pétrole ou qu’ils transportent le pétrole vers les États-Unis […] pour le raffiner et ensuite l’exporter et le vendre, précise-t-il.

Et pour l’eau et les minéraux critiques?

Au Canada, il y a les sables bitumineux, mais il y a aussi l’eau, une ressource vitale de plus en plus rare, et les minéraux critiques, qui vont être utiles dans la transition énergétique, rappelle Alexandre Gajevic Sayegh.

Qu’on le veuille ou pas, il y a quand même une certaine transition énergétique qui va s’opérer vers les énergies renouvelables. Alors, Trump, il ne pourra pas arrêter ça entièrement, croit-il.

Si la menace que représentent désormais les États-Unis est bien réelle, une action concrète d’attaque contre son voisin au nord est peu probable, selon le professeur au département de géographie à l’Université Laval, Frédéric Lasserre. Ça m’étonnerait beaucoup qu’il y ait des projets d’invasion du Canada pour mettre la main sur les ressources en eau, pense M. Lasserre.

Le résident de la Maison-Blanche ne s’est d’ailleurs pas caché de son ambition de s’approprier des ressources à l’extérieur de ses frontières, car selon lui, la politique étrangère américaine devrait se focaliser sur les ressources naturelles, explique Joseph Bouchard.

L’invasion américaine au Venezuela lance un signal au reste du monde, d’après Louise Blais, que les Américains voient vraiment leur hémisphère comme leur terrain de jeu, et pensent qu’ils peuvent s’approprier assez facilement des ressources naturelles.

C’est ce qu’appelle M. Gajevic Sayegh l’hégémonie énergétique, où le Canada est perçu comme un réservoir de matières premières pour servir les Américains.

Bien qu’un détournement ou un accaparement des ressources soit improbable, cette force pourrait être utilisée à la table des négociations, dont l’ACEUM, comme un levier de pression.

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Je ne crois pas que cela prendrai autant de temps que cela pour augmenter la production de petrole au venezuela. Ca se trouve sur la terre ferme. Contrairement a la Guyanne voisine qui produit 900000 baril de petrole par jour en grande partie off shore.

Le Canada doit-il s’inquiéter de l’appétit américain pour le pétrole?

Les menaces de Donald Trump contre le Groenland et son projet de prendre le contrôle de l’industrie pétrolière vénézuélienne suscitent des inquiétudes au Canada.

Le président américain a laissé entendre à plusieurs reprises que les États-Unis pourraient convoiter certaines ressources naturelles canadiennes comme l’eau ou les minéraux critiques.

Le Canada doit-il s’en inquiéter ? Andréane Williams s’est penchée sur la question.

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Une excellente chronique qui doit sérieusement nous faire réfléchir sur notre propre avenir en tant que pays souverain. Je décoche en même temps une flèche assassine sur Poilievre, qui démontre par ses déclarations inqualifiables la même absence de jugement raisonable et la même méconnaissance que Trump en politique étrangère. Preuve que le Poilievre n’a vraiment pas l’étoffe ni la compétence d’un vrai chef d’État.


Aujourd’hui le Venezuela, demain le Groenland, après…


PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE
Donald Trump a répété dimanche avoir des vues sur le Groenland, dont on voit ci-dessus la capitale, Nuuk.

Yves Boisvert
La Presse

L’arrestation de Nicolás Maduro venait à peine d’être annoncée que le chef conservateur, Pierre Poilievre, se réjouissait sur X : « Fini le socialisme. Vive la liberté. »

Publié à 5 h 00

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Il n’est pas le seul à appliquer une grille d’analyse d’il y a 50 ans sur une situation profondément différente. Les États-Unis, ou du moins un gouvernement des États-Unis, sont profondément différents. Il faudrait en prendre acte.

Ce qui se joue en ce moment n’est pas du même ordre que l’invasion américaine du Panamá, en 1989, suivie de l’arrestation de son président corrompu, Manuel Noriega. Même s’il y a des rimes, même si le canal de Panamá était en toile de fond. Ce n’est pas non plus l’invasion désastreuse de l’Irak et le renversement de Saddam Hussein, qui a impliqué d’autres pays, d’autres prétextes.

Cette fois, il n’y a pas prétention, même de façade, à rétablir la démocratie. Il est immédiatement question de prendre possession des réserves de pétrole exceptionnelles du pays, qui a exproprié plusieurs compagnies pétrolières américaines il y a une vingtaine d’années.

Ce n’est pas l’opposition légitimement élue que Donald Trump veut installer au pouvoir, contrairement à ce que dit M. Poilievre, ou ce que souhaite le premier ministre Mark Carney, qui en appelle timidement au respect du droit international « par toutes les parties ». Pas du tout.

Le président américain a déclaré vouloir « gérer » le pays, d’une manière inconnue jusqu’ici. Ou bien la remplaçante de Maduro, Delcy Rodríguez, obéit aux ordres, ou bien il lui arrivera « pire » qu’à lui, a promis Trump.

« Elle est d’accord essentiellement pour faire ce qu’on pense qui est nécessaire pour rendre sa grandeur au Venezuela », a déclaré Donald Trump. Elle proteste officiellement, dénonce les États-Unis, mais on verra dans ses actions jusqu’où elle accepte d’être aux ordres de la Maison-Blanche, pour ne pas dire un agent américain…

En quoi ce coup est-il différent, donc ? Ce n’est quand même pas la première fois que les États-Unis dégomment un dirigeant ou un régime, directement ou indirectement.

C’est différent parce que cela s’inscrit dans une politique étrangère américaine radicalement réorientée. C’est dit en toutes lettres dans un document de la Maison-Blanche.

Cette administration ne croit pas aux institutions internationales. Et ne voit plus les alliances classiques avec les démocraties constitutionnelles comme un ancrage.

Ce qui veut dire que, pour accroître leur « zone d’influence », les États-Unis utiliseront – ou menaceront d’utiliser – leur puissance militaire formidable sans égard pour les souverainetés nationales. Y compris celle de leurs alliés traditionnels de régimes démocratiques. Membres d’alliances militaires communes.

Comme le Danemark, par exemple.

Dimanche matin, dans une entrevue avec The Atlantic, le président Trump répétait que les États-Unis ont « besoin absolument » du Groenland, territoire contrôlé par le pays scandinave.

Le territoire nordique est « entouré de navires chinois et russes », de dire Trump, et « on en a besoin pour notre défense ».


IMAGE TIRÉE DU COMPTE X DE KATIE MILLER
Katie Miller, partisane de Trump et épouse d’un de ses proches conseillers, a publié samedi cette carte montrant le Groenland aux couleurs du drapeau américain avec la légende « Bientôt ».

Cette menace de prise de possession territoriale – car c’en est une – est en soi une violation des traités internationaux. Elle n’est pas nouvelle. Mais répétée le lendemain d’une intervention militaire, elle prend une tout autre dimension.

Résumer ce qui vient de se passer à l’écrasement d’un régime socialiste corrompu dangereux, pour un chef de parti aspirant à gouverner le Canada, c’est ne pas comprendre que les temps ont changé.

Le Canada est sur la liste de souhaits de Trump, l’a-t-on oublié ?

Évidemment, le départ du dictateur qui a achevé de mettre à genoux le Venezuela est sans aucun doute un motif de célébration. Sa mise en accusation pour trafic de drogue et soutien au groupe révolutionnaire colombien des FARC devant une cour criminelle aussi. Ces accusations ne sont pas nouvelles ni illégitimes. Elles ont été rendues publiques en mars 2020.

Depuis plus de 10 ans, plusieurs hauts placés du régime Maduro ont été condamnés dans divers États américains pour corruption, trafic de cocaïne, trafic d’armes, etc. C’était bien avant la prise de contrôle politique du département de la Justice par Donald Trump, et ces dossiers ont été montés sous plusieurs administrations, démocrates et républicaines.

Maduro et sa femme seront jugés par une cour régulière, indépendante, à New York, pas envoyés à Guantánamo. Ils auront droit à une défense. Le problème, c’est ce que cette opération militaire annonce pour ce pays. Et pour la sécurité internationale.

Pour Donald Trump, il faut le répéter, le pouvoir se résume en un mot : « peur ». Ce qui vient d’arriver est un message envoyé au monde entier.

Une semaine avant l’inauguration de la présidence Trump, l’an dernier, Bob Rae me disait en entrevue que nous devions « prendre conscience du changement fondamental dans la position d’un allié sur lequel nous avons toujours pu compter. Avec qui nous avions un sentiment de cohérence ».

Les réflexes anciens sont tenaces, de toute évidence.

M. Rae, qui vient de terminer son mandat d’ambassadeur du Canada à l’ONU, ajoutait que, sans être Vladimir Poutine, Trump partage le même regard impérialiste sur le monde qui l’entoure. Comme l’Ukraine n’est pas un « vrai pays » pour le président russe, le Canada n’est pas un pays authentiquement souverain. Ou digne de l’être.

Cette vision néocolonialiste se confirme depuis un an. Et plus que jamais depuis samedi.

https://www.lapresse.ca/international/chroniques/2026-01-05/aujourd-hui-le-venezuela-demain-le-groenland-apres.php

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La Régie des alcools de l’Ontario (LCBO) retirera les bouteilles de whisky Crown Royal de ses tablettes en février, si le brasseur ferme son usine d’embouteillage ontarienne comme prévu, tonne le premier ministre Doug Ford.

M. Ford avait vidé une bouteille de Crown Royal devant les caméras durant un point de presse en septembre, en guise de protestation contre la décision du brasseur Diageo de fermer son usine d’embouteillage à Amherstburg.

L’usine située dans la petite communauté du Sud-Ouest de l’Ontario doit fermer en février, touchant 180 emplois.

Diageo déménagera une partie de sa production aux États-Unis, mais a assuré l’an dernier que le Crown Royal vendu au Canada continuerait à être distillé et embouteillé au pays. La multinationale a des installations au Québec et au Manitoba.

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Je sens que le PLC serait défait si Ford se présente comme prochain leader du PCC…

Il a le charisme bagarreur que Carney a peine à manifester et a rapidement perdu.

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Mais pas le jugement, ni l’intelligence, ni la diplomatie, ni la sagesse. l’Histoire est pleine à raz-bord de ce genres de conflits. Par ailleurs on voit bien ce que sa petite crise vis à vis de Trump a donné. Deux égos surdimensionnés ne peuvent que s’entredéchirer et ce sera toujours le plus fort qui l’emportera et la population perdante qui en souffrira.

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Je ne parle pas de compétence, simplement de charisme politique, qui est une toute autre qualité.

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Déjà difficiles, les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis ne feront que se compliquer cette année, compte tenu de la révision de l’accord de libre-échange qu’ils ont en commun. Même si l’échéance prévue arrive vite, le plus petit des deux pourrait gagner à ne pas trop se presser.

Le rendez-vous avait été fixé avant même le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. Entré en vigueur le 1er juillet 2020, l’Accord Canada–États-Unis–Mexique (ACEUM) comprenait une disposition prévoyant que les trois pays se retrouveraient exactement six ans plus tard pour faire le point sur l’entente commerciale. On ne se doutait pas du climat explosif dans lequel ce réexamen allait tomber.

Comment protéger son téléphone des douaniers américains

En mars dernier, lorsque la douane américaine a refoulé un scientifique français après avoir fouillé son téléphone, les autorités françaises ont crié au scandale : des commentaires critiquant les politiques de Donald Trump, lus dans son téléphone, avaient motivé cette décision, a dénoncé Paris. Des responsables américains ont nié cette interprétation, mais depuis, bien des voyageurs se demandent si ces fouilles sont légales.

Résumé

La réponse courte ? Oui. Les agents frontaliers américains ont de vastes pouvoirs pour fouiller téléphones, ordinateurs et autres appareils électroniques. La protection constitutionnelle contre les fouilles sans mandat ne s’applique pas aux voyageurs passant la douane.

Il y a eu 55 318 fouilles d’appareils électroniques aux points d’entrée en 2025, selon les chiffres officiels. C’est plus qu’en 2023 et en 2024, mais ce nombre représente à peine 0,01 % des quelque 420 millions d’arrivées et de départs par voie aérienne, terrestre ou maritime en 2025, selon la douane américaine.

« Ces fouilles visent les contenus numériques illicites, les contenus liés au terrorisme et toute information pertinente à l’admissibilité des visiteurs », selon la porte-parole Jessica Turner, qui décrit ces critères comme « essentiels à la sécurité nationale »

C’est peut-être vrai, mais il n’empêche que bien des voyageurs déclarent avoir été interrogés sur des propos tenus en ligne et protégés par la loi lorsqu’ils ont franchi la frontière.

Plusieurs facteurs, notamment la citoyenneté et le point d’entrée au pays, déterminent vos droits en matière de confidentialité numérique aux postes-frontières américains. La majorité des appareils fouillés depuis trois ans appartenaient à des étrangers. Cela étant, la part des appareils fouillés appartenant à des Américains est passée de 21 % à 25 % durant cette période.

Voici ce que les douaniers américains peuvent et ne peuvent pas faire avec vos appareils, et les mesures que vous pouvez prendre pour protéger vos données privées.

Dois-je déverrouiller mon appareil ?

Les agents peuvent exiger l’accès aux appareils électroniques de tout voyageur à un point d’entrée, peu importe la raison. Si vous êtes citoyen américain ou résident permanent titulaire d’une carte verte, ils sont tenus de vous laisser entrer dans le pays même si vous refusez. Mais ils peuvent alors saisir votre appareil et le conserver pendant cinq jours, voire plus longtemps si leur supérieur le décide, explique Kabbas Azhar, chercheur à l’Electronic Privacy Information Center, un OSBL de défense des droits.

Déverrouiller ou non votre appareil est un choix « très personnel » qui dépend des informations qui s’y trouvent, explique Nate Wessler, directeur adjoint du Speech, Privacy, and Technology Project de l’American Civil Liberties Union. Si vous êtes médecin et que votre téléphone contient des informations privées sur vos patients, par exemple, ou si vous êtes journaliste et que vous avez des sources confidentielles, vous serez moins disposé à communiquer votre code d’accès à un agent des douanes.

« Il faut soupeser les implications pratiques, dit M. Wessler. Préférez-vous protéger votre vie privée, mais vous passer de téléphone pendant des semaines, voire des mois ? Ou donner le mot de passe et faciliter les recherches du gouvernement ? »

Lors d’une fouille sommaire, un agent examine de visu l’appareil. Mais dans de rares cas, il peut ordonner une fouille approfondie en copiant son contenu sur un ordinateur du gouvernement pour une analyse détaillée. Les logiciels utilisés peuvent retrouver des fichiers supprimés, prévient M. Wessler.

Pour les touristes étrangers et autres personnes sans statut permanent aux États-Unis, la décision de fournir ou pas son mot de passe est différente : ils ne jouissent d’aucun droit d’entrer au pays.

« Dans ce cas, il vaut mieux simplement dire oui, autrement, vous serez refoulé sur-le-champ », dit M. Azhar.

La dernière refonte des règles sur les fouilles d’appareils électroniques à la frontière remonte à 2018 durant le premier mandat de Donald Trump.

Les appareils électroniques peuvent être fouillés aussi bien à l’arrivée qu’au départ, mais la grande majorité des fouilles ont lieu à l’arrivée, explique Jake Laperruque, directeur adjoint du projet Sécurité et surveillance du Center for Democracy and Technology, un OSBL qui milite pour la liberté d’expression numérique.

Lors d’une fouille numérique, l’agent frontalier recherche des signes d’activité criminelle, notamment des images ou des messages liés à la drogue ou à la pornographie infantile, dit M. Laperruque. Mais il peut aussi trouver des contenus portant sur des activités légales, comme la participation à une manifestation politique, ou relevant d’une zone grise, comme la communication avec un médecin qui fournit des services interdits dans certains États.

Si vous voyagez à l’intérieur du pays, vos appareils ne sont pas soumis au même contrôle. L’Administration de la sécurité des transports ne peut pas examiner le contenu numérique d’un appareil.

Comment protéger mes données ?

– Créez des codes d’accès forts, comme une chaîne complexe de chiffres, lettres et caractères spéciaux. Si vous préférez un code numérique, mettez un gros chiffre.

– Mettez à jour vos logiciels. L’utilisation du dernier système d’exploitation réduit les chances que les douaniers accèdent à votre appareil si vous refusez de le déverrouiller.

– Achetez un deuxième téléphone et laissez vos courriels, photos et autres informations personnelles sur vos appareils à la maison.

– Éteignez votre appareil avant de passer la douane. Selon des experts, l’éteindre permet de mieux crypter les données et désactive la reconnaissance faciale ou d’empreintes digitales lorsque l’appareil est rallumé. Désactivez la biométrie dans les paramètres de votre appareil.

– Laissez votre appareil en mode avion. La douane américaine indique qu’elle ne recherchera que « les informations présentes sur l’appareil au moment où il est présenté à l’inspection ». Les agents ne peuvent pas rechercher les informations qui sont uniquement stockées dans le nuage.

– Sauvegardez votre appareil dans le nuage et effacez-le avant de passer la douane. Vous pourrez télécharger à nouveau vos données après.

Par contre, n’oubliez pas que si vous éteignez votre appareil ou le déconnectez de l’internet, vous n’aurez plus accès à vos cartes d’embarquement numériques ou à vos itinéraires de voyage. Alors, faites-vous des copies papier de tous les documents que vous pourriez avoir à présenter pour inspection.

Si un agent saisit votre appareil, exigez un reçu. La douane américaine indique qu’elle fournit aux voyageurs dont les appareils ont été saisis un document détaillant le nom de la personne à contacter au sein de l’agence et la manière de la joindre.

Une fois que vous aurez récupéré votre appareil, par mesure de sécurité, modifiez votre code d’accès.

Cet article a été publié dans le New York Times.

Lisez cet article dans sa version originale (en anglais ; abonnement requis)

https://www.lapresse.ca/affaires/techno/2026-01-07/vie-numerique/comment-proteger-son-telephone-des-douaniers-americains.php

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Rapport publié par le groupe Eurasia L’effet Trump pour le Canada n’est pas près de se dissiper

(Ottawa) Un nouveau rapport publié par le groupe Eurasia prévient qu’aucun autre pays ne sera aussi « profondément affecté » par les troubles politiques aux États-Unis que le Canada en 2026.

Il souligne aussi le risque d’« attaques hybrides » russes contre les Forces canadiennes afin de punir le Canada pour son soutien indéfectible à l’Ukraine.

Le rapport avertit aussi que toute tentative du Canada de réglementer l’intelligence artificielle pourrait se heurter à une opposition des États-Unis et des entreprises américaines qui sont largement à la pointe du développement de ces produits.

« Si le Canada parvient à résister à la pression des États-Unis et à maintenir le financement nécessaire pour développer et retenir les talents en IA, la croissance future du secteur canadien n’aura aucune limite », fait-on valoir.

Avec des informations fournies par David Baxter et Dylan Robertson.

Résumé

La société de gestion des risques affirme que la relation de longue date entre les deux pays « appartient désormais au passé » et que l’incertitude commerciale actuelle aura des répercussions sur l’économie canadienne.

« Les efforts systématiques déployés par [le président américain Donald] Trump pour démanteler les freins à son pouvoir et utiliser les rouages du gouvernement comme une arme contre ses ennemis politiques vont inévitablement remodeler non seulement les relations entre le Canada et les États-Unis, mais aussi l’économie canadienne et les relations des Canadiens avec le reste du monde », indique le rapport.

« Le défi pour Ottawa – et plus largement pour les entreprises canadiennes – sera de jouer à la fois la défense et l’attaque : gérer des États-Unis imprévisibles et peu fiables tout en se forgeant de nouveaux rôles dans un monde “G-Zero” de plus en plus instable », poursuit-il.

Le groupe Eurasia ajoute que les efforts du Canada pour diversifier son commerce et ses relations seront confrontés à de « puissants vents contraires » cette année, et que le pays devra gérer ses relations avec les États-Unis tout en en établissant de nouvelles avec d’autres pays.

Les relations entre le Canada et les États-Unis se sont détériorées en 2024 à la suite de l’élection du président Donald Trump et de ses menaces de faire du Canada un 51e État américain.

Au cours des mois qui ont suivi, M. Trump a imposé de multiples droits de douane au Canada, notamment des droits dévastateurs sur les secteurs de l’acier, de l’aluminium, de l’automobile et du bois d’œuvre.

Évoquant la récente opération militaire américaine au Venezuela visant à capturer le président Nicolás Maduro, le rapport indique que la volonté de Donald Trump de dominer l’hémisphère occidental « maintiendra le Canada sur la défensive ». Il précise que le gouvernement de Mark Carney devra défendre la souveraineté canadienne tout en reconnaissant le degré de dépendance du Canada vis-à-vis des États-Unis.

Le rapport du groupe Eurasia indique également que le Canada était « à l’aise » avec ses liens étroits avec les États-Unis depuis des décennies, mais que ces relations ont changé et que les mesures prises par Washington pourraient faire des entreprises et des investisseurs canadiens des « dommages collatéraux ».

Diana Fox Carney, épouse du premier ministre Mark Carney, est affiliée au groupe Eurasia, et le ministre de l’Intelligence artificielle, Evan Solomon, a travaillé avec ce groupe avant d’entrer en politique. Gerald Butts, vice-président d’Eurasia, a été conseiller officieux de M. Carney.

Un accord « ni tout à fait mort ni tout à fait vivant »

Le rapport indique que les actions de Donald Trump aux États-Unis pourraient conduire à une révolution politique nationale, ce qui remettrait en question les relations commerciales et de défense avec le Canada.

Il met en garde contre un « ACEUM zombie », en référence à l’accord de libre-échange entre le Canada, les États-Unis et le Mexique, qui doit être révisé cette année. Le rapport prédit que l’accord ne sera pas officiellement renégocié, prolongé ou résilié, mais qu’il deviendra plutôt un « zombie, ni tout à fait mort ni tout à fait vivant ».

M. Carney a fait campagne pour un nouvel accord commercial avec les États-Unis, mais a depuis déclaré qu’il ne le signerait pas s’il n’était pas avantageux pour les Canadiens.

Washington a cessé les négociations commerciales avec le Canada après que le gouvernement du premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, eut diffusé une publicité aux États-Unis citant l’ancien président Ronald Reagan qui critiquait les droits de douane.

« La bonne nouvelle, c’est que les exemptions tarifaires pour les marchandises conformes à l’ACEUM maintiendront le libre-échange en vie, laissant le Canada (et le Mexique) avec des taux tarifaires américains effectifs moyens inférieurs à ceux de la plupart des autres pays », indique le rapport.

« La mauvaise nouvelle, c’est que Trump utilisera les droits de douane sectoriels sur des produits tels que les automobiles, l’acier et l’aluminium – des secteurs qu’il est déterminé à rapatrier aux États-Unis – comme moyen de pression dans des négociations interminables, où Washington cherchera à diviser pour mieux régner sur Ottawa et Mexico », ajoute-t-il.

Déstabilisation aussi en Europe

Alors que le Canada cherche à diversifier ses relations commerciales, Eurasia met en garde contre le fait que les pays européens sont divisés et confrontés à un environnement politique en mutation. Selon le groupe, le Royaume-Uni, la France et l’Allemagne « sont confrontés au mieux à une paralysie et au pire à une déstabilisation ».

Il souligne aussi le risque d’« attaques hybrides » russes contre les Forces canadiennes afin de punir le Canada pour son soutien indéfectible à l’Ukraine.

« Si le réarmement de l’Europe offrira au Canada et aux entreprises canadiennes des occasions d’approfondir leurs liens stratégiques et commerciaux avec le continent, les pressions exercées sur les États membres de l’OTAN pour qu’ils réagissent aux provocations du président russe Vladimir Poutine risquent d’entraîner le Canada dans une crise entre l’OTAN et la Russie cette année », affirme-t-il.

Le rapport indique également que l’économie affaiblie de la Chine génère des produits bon marché qui, s’ils étaient accessibles au Canada, pourraient ruiner le secteur automobile et risquer d’aggraver les tensions avec les États-Unis.

Le rapport avertit aussi que toute tentative du Canada de réglementer l’intelligence artificielle pourrait se heurter à une opposition des États-Unis et des entreprises américaines qui sont largement à la pointe du développement de ces produits.

« Pourtant, une grande partie du potentiel de l’IA proviendra de modèles plus petits, plus légers et spécialement conçus, soit exactement le créneau dans lequel l’écosystème canadien de l’IA est en mesure de prospérer », indique le rapport.

« Si le Canada parvient à résister à la pression des États-Unis et à maintenir le financement nécessaire pour développer et retenir les talents en IA, la croissance future du secteur canadien n’aura aucune limite », fait-on valoir.

Avec des informations fournies par David Baxter et Dylan Robertson.

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2026-01-09/rapport-publie-par-le-groupe-eurasia/l-effet-trump-pour-le-canada-n-est-pas-pres-de-se-dissiper.php

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Frontière canado-américaine Des volets du programme de prédouanement sont prévus pour cette année

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

L’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra

(Ottawa) Deux nouveaux volets du programme de prédouanement qui permettaient à un plus grand nombre de voyageurs d’être contrôlés bien avant de franchir la frontière pourraient être lancés cette année après plusieurs mois de planification, affirment les autorités canadiennes et américaines.

La gare Centrale de Montréal et l’aéroport de Québec ont été mentionnés comme lieux possibles pour les opérations de prédédouanement américain.

La note, obtenue grâce à la Loi sur l’accès à l’information, énumérait cinq endroits possibles pour le précontrôle : la gare Centrale de Vancouver, le terminal de croisière de Canada Place à Vancouver, le terminal du traversier de Belleville à Victoria, une éventuelle nouvelle gare ferroviaire à Windsor, en Ontario, en face de Detroit, et le point d’entrée de Lacolle, au Québec.

Résumé

Il y a quatre mois, les propos de l’ambassadeur des États-Unis au Canada, Pete Hoekstra, avaient semé le doute sur l’avenir de ces projets qui permettraient aux voyageurs s’envolant pour les États-Unis d’être précontrôlés dans les aéroports canadiens par des agents de douane américains.

M. Hoekstra avait laissé entendre que le gouvernement américain pourrait reconsidérer le programme de précontrôle en raison de la baisse importante du nombre de visiteurs canadiens aux États-Unis.

Le ministère canadien de la Sécurité publique défend l’idée des précontrôles en affirmant que cela pourrait permettre l’interception de personnes ou de biens indésirables avant qu’ils ne franchissent la frontière.

Le programme de précontrôle permet aux voyageurs se rendant aux États-Unis d’entrer dans le pays ou de prendre un vol de correspondance plus rapidement, car ils ont déjà passé les inspections et les contrôles américains au Canada.

Les États-Unis mènent des opérations de préautorisation dans huit grands aéroports canadiens et dans un terminal de traversier à Prince Rupert, en Colombie-Britannique.

Selon le ministère de la Sécurité publique, trois voyageurs sur cinq préautorisés à entrer aux États-Unis dans le monde entier partent des aéroports de Vancouver, Toronto ou Montréal. Plus de 16 millions de personnes ont été préautorisées à se rendre aux États-Unis depuis le Canada au cours de la période de 12 mois se terminant le 30 septembre 2024.

Appelée à commenter les propos de M. Hoekstra, l’ambassade américaine au Canada explique que le Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis « évalue régulièrement et continuellement ses effectifs et ses ressources » afin de s’assurer que les priorités de sa mission correspondent aux besoins opérationnels actuels.

L’ambassade ajoute que les opérations de prédédouanement au Canada « restent un élément essentiel » de la stratégie frontalière de l’agence et visent à renforcer la sécurité nationale et à rationaliser les déplacements.

M. Hoekstra avait maintenu dans une interview accordée en décembre à la Presse canadienne sur le fait que le maintien des opérations de prédédouanement relevait d’une « question commerciale » et que son intention n’était pas d’être « conflictuel ».

En juin 2023, l’aéroport Billy-Bishop de Toronto a annoncé la mise en place d’opérations de prédédouanement pour les voyageurs à destination des États-Unis. Ottawa s’est engagé à financer la planification, la conception et la construction de l’installation des équipements nécessaires.

L’ambassade des États-Unis indique que l’installation était terminée et que les « dernières étapes » étaient en cours pour que les douanes et la protection des frontières puissent commencer à traiter les passagers.

Selon l’Administration portuaire de Toronto, les travaux se sont achevés fin décembre, mais les installations restent invisibles derrière les palissades de chantier. L’aéroport procède actuellement à des formations et à des tests. La Sécurité publique et l’administration portuaire ont déclaré qu’elles s’attendaient à ce que les opérations de prédédouanement commencent à l’aéroport au printemps.

Il y a un peu plus d’un an, l’Agence des services frontaliers du Canada a annoncé son intention d’ouvrir son premier poste de prédédouanement à Cannon Corners, dans l’État de New York, à la frontière avec le Québec, à environ 80 kilomètres au sud de Montréal.

L’Agence des services frontaliers du Canada indique que la mise en œuvre a été retardée, car elle finalise certains éléments clés, notamment la révision des politiques et procédures pertinentes et des ajustements mineurs de l’infrastructure.

Les deux pays affirment que l’initiative de prédédouanement sera mise en œuvre cette année, mais aucune date de lancement n’a été fixée.

La gare Centrale de Montréal et l’aéroport de Québec ont été mentionnés comme lieux possibles pour les opérations de prédédouanement américain.

Une note d’information interne du ministère de la Sécurité publique préparée l’année dernière indique qu’il existe plusieurs autres endroits au Canada où le précontrôle « pourrait être mis en place de manière réaliste » au cours des cinq prochaines années.

La note, obtenue grâce à la Loi sur l’accès à l’information, énumérait cinq endroits possibles pour le précontrôle : la gare Centrale de Vancouver, le terminal de croisière de Canada Place à Vancouver, le terminal du traversier de Belleville à Victoria, une éventuelle nouvelle gare ferroviaire à Windsor, en Ontario, en face de Detroit, et le point d’entrée de Lacolle, au Québec.

Le ministère de la Sécurité publique a déclaré à la Presse canadienne que « des discussions sont en cours » avec les États-Unis et les partenaires du secteur des transports au sujet d’une éventuelle expansion du précontrôle au Canada, mais qu’il n’y a pas de plans immédiats pour établir des opérations supplémentaires.

https://www.lapresse.ca/actualites/national/2026-01-11/frontiere-canado-americaine/des-volets-du-programme-de-predouanement-sont-prevus-pour-cette-annee.php

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Encore une fois Trump met la table pour des négociations difficiles, voire impossibles. Pourtant des centaines de milliers d’emplois (même plus) dépendent de cette entente de part et d’autre des USA, du Canada et du Mexique. Je vois mal comment les entreprises américaines pourraient avaler ces couleuvres sans réagir vivement.


Guerre commerciale Donald Trump affirme que les Américains n’ont pas besoin des produits canadiens

(Washington) Le président américain Donald Trump affirme que l’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique n’a « aucune importance » pour lui et que les Américains n’ont pas besoin des produits canadiens.

Résumé

Lors d’une visite d’une usine Ford dans le Michigan, M. Trump a déclaré qu’il souhaitait voir davantage de voitures construites aux États-Unis et que les États-Unis n’avaient pas besoin de véhicules construits au Canada ou au Mexique.

Lorsqu’on lui a demandé s’il allait renégocier l’ACEUM, qui doit être révisé cette année, M. Trump a répondu : « Nous pouvons l’avoir ou non. »

M. Trump a affirmé qu’il ne se souciait pas de l’accord commercial, mais que « le Canada l’adorerait » et en avait besoin.

Le premier ministre Mark Carney a confirmé que Dominic LeBlanc, le ministre chargé des relations entre le Canada et les États-Unis, rencontrera ses homologues américains à la mi-janvier pour lancer les négociations officielles sur l’ACEUM.

Interrogé sur les matières premières provenant de pays comme le Canada, M. Trump a répondu : « Nous avons beaucoup de matières premières chez nous. »

Avec des informations fournies par Catherine Morrison

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2026-01-13/guerre-commerciale/donald-trump-affirme-que-les-americains-n-ont-pas-besoin-des-produits-canadiens.php

Visite de Mark Carney en Chine Pékin appelle le Canada à s’affranchir de l’influence des États-Unis

(Pékin) Alors que le premier ministre canadien Mark Carney arrive en Chine mercredi, ses hôtes y voient une occasion de distancier cet allié de longue date des États-Unis, leur rival, du moins quelque peu.

Résumé

Les médias d’État chinois appellent le gouvernement canadien à définir une politique étrangère indépendante des États-Unis – ce qu’ils qualifient d’« autonomie stratégique ».

Le Canada a longtemps été l’un des plus proches alliés des États-Unis, tant sur le plan géographique qu’à d’autres égards. Mais Pékin espère que l’agression économique – et désormais militaire – du président Donald Trump contre d’autres pays fragilisera cette relation de longue date.

Le gouvernement chinois s’était indigné des efforts déployés par l’ancien président américain Joe Biden pour renforcer les relations avec l’Europe, l’Australie, l’Inde, le Canada et d’autres pays afin de contrer la Chine. Il y voit maintenant une occasion de tenter de distendre ces liens, tout en restant prudent quant à l’ampleur de cette démarche.

Mark Carney, pour sa part, a mis l’accent sur le commerce, décrivant son voyage en Chine comme une initiative visant à nouer de nouveaux partenariats à travers le monde afin de mettre fin à la dépendance économique du Canada vis-à-vis du marché américain. M. Trump a imposé des droits de douane sur les exportations canadiennes vers les États-Unis et a suggéré que ce vaste pays riche en ressources pourrait devenir le 51e État américain.

Une tentative de redressement diplomatique

Le premier ministre canadien, entré en fonction l’an dernier, cherche à renouer les relations avec la Chine, marquées par l’acrimonie pendant plus de six ans sous son prédécesseur, Justin Trudeau.

La détérioration des relations a commencé avec l’arrestation d’une dirigeante chinoise du secteur technologique à la fin de 2018, à la demande des États-Unis, et a été alimentée plus récemment par la décision du gouvernement Trudeau, en 2024, de suivre l’exemple de M. Biden en imposant un droit de douane de 100 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine. La Chine a riposté à cette mesure, ainsi qu’à un droit de douane de 25 % sur l’acier et l’aluminium, en imposant ses propres droits de douane sur certaines exportations canadiennes, notamment le canola, les fruits de mer et le porc.

« Si le Canada réfléchit aux causes profondes des revers survenus dans les relations bilatérales ces dernières années – la politique du précédent gouvernement de Justin Trudeau visant à contenir la Chine en s’alignant aveuglément sur les États-Unis – il comprendra qu’il peut éviter le même scénario en préservant son autonomie stratégique dans la gestion des questions liées à la Chine », a écrit cette semaine le quotidien d’État China Daily dans un éditorial.

« Si Ottawa choisit encore de soumettre sa politique envers la Chine à la volonté de Washington, ses efforts passés pour rétablir les liens avec Pékin seront vains », a averti le journal anglophone.

Le Global Times, organe de presse gouvernemental, a ajouté : « C’est peut-être le prix élevé payé pour avoir suivi aveuglément les États-Unis dans l’imposition de droits de douane élevés sur les produits chinois qui a éveillé le sens de l’autonomie stratégique d’Ottawa. »

Les responsables canadiens ont indiqué s’attendre à ce que le voyage de M. Carney permette des progrès en matière de commerce, mais pas à une suppression définitive des droits de douane.

Quel terrain d’entente ?

Des experts chinois ont souligné que les deux pays pourraient trouver un terrain d’entente concernant l’intervention militaire américaine au Venezuela, pays riche en pétrole, qui a contraint son président à se rendre à New York pour y être jugé, et les déclarations ultérieures de M. Trump selon lesquelles le Groenland, territoire danois, devrait passer sous contrôle américain.

« On constate également le malaise considérable que ressent actuellement le Canada à l’égard des États-Unis, a soutenu Cui Shoujun, spécialiste de politique étrangère et de l’Amérique latine à l’Université Renmin de Chine. Si les États-Unis peuvent revendiquer le Groenland, pourraient-ils alors revendiquer le Canada ? »

Il a également prédit que la décision de M. Trump contre le président vénézuélien Nicolás Maduro renforcerait l’autonomie stratégique des pays d’Amérique latine, leur permettant de résister à une éventuelle ingérence américaine dans leurs affaires.

Cependant, la Chine reste lucide quant à la possibilité que les Canadiens se rangent de son côté, compte tenu de leurs craintes face à la montée en puissance économique et militaire de la Chine, ainsi que de leurs liens historiques et culturels profonds avec les États-Unis.

Le Canada et la Chine ont également des divergences majeures avec la Chine concernant l’essor de ses exportations et la menace qu’elles représentent pour l’emploi dans leurs pays, ainsi que sur les questions de droits de la personne et de Taïwan.

Zhu Feng, doyen de l’École d’études internationales de l’Université de Nankin, a mis en garde contre toute surestimation de l’importance de la visite de Mark Carney en Chine, « car le Canada est non seulement un voisin des États-Unis, mais aussi un allié ».

Les pressions exercées par Donald Trump sur les partenaires traditionnels des États-Unis pourraient offrir à la Chine une certaine marge de manœuvre pour développer ses relations avec eux, mais les alliés aux Américains devront tenir compte de leur dépendance persistante à l’égard de la puissance économique et militaire américaine. Ils pourront peut-être réduire quelque peu cette dépendance à court terme, mais il est peu probable qu’ils parviennent à l’éliminer dans un avenir prévisible.

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2026-01-13/visite-de-mark-carney-en-chine/pekin-appelle-le-canada-a-s-affranchir-de-l-influence-des-etats-unis.php

Visite en Chine Mark Carney coincé entre « l’aigle et le dragon »

(Vancouver) Le premier ministre Mark Carney tentera de tourner la page cette semaine sur des années de relations glaciales entre le Canada et la Chine. Il s’est envolé pour Pékin mardi pour rencontrer le président Xi Jinping au moment où les tensions commerciales sont palpables entre les deux pays et les États-Unis déstabilisent l’ordre mondial. Il s’agit de la première visite d’un premier ministre canadien sur le territoire chinois depuis 2017.

Résumé

« La bonne nouvelle est que M. Carney est perçu comme un leader sérieux et compétent par les leaders chinois », fait remarquer l’ex-ambassadeur du Canada en Chine Guy Saint-Jacques, en entrevue.

L’accent sera mis sur la relation économique entre les deux pays, a indiqué un haut fonctionnaire du gouvernement lors d’une séance d’information tenue la veille du départ. Il s’attend à « des progrès » sur l’enjeu des droits de douane qui étouffent les producteurs de canola, de porc et de produits de la mer.

Ces surtaxes ont été imposées en guise de représailles après celles de 100 % du Canada sur les véhicules électriques chinois. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que le gouvernement « obtienne la lune », n’en déplaise au premier ministre de la Saskatchewan, Scott Moe, qui se joindra à M. Carney en Chine. Son homologue ontarien, Doug Ford, a réitéré mardi son opposition à la levée de la surtaxe canadienne.

PHOTO ANDY WONG, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Xi Jinping, président de la Chine

« Je crois qu’il serait raisonnable de nous attendre à des progrès, mais pas à une élimination définitive des droits de douane en une seule visite », a nuancé ce haut fonctionnaire.

Les discussions porteront sur le commerce, l’énergie, l’agriculture et la sécurité. Le premier ministre est accompagné des ministres Mélanie Joly (Industrie), Anita Anand (Affaires étrangères), Tim Hodgson (Ressources naturelles), Heath MacDonald (Agriculture) et Maninder Sidhu (Commerce international). On s’attend à ce que plusieurs ententes de principe soient signées par les deux gouvernements. Le secrétaire parlementaire du premier ministre, Kody Blois, et le transfuge conservateur Michael Ma font également partie du voyage.

Un œil par-delà les États-Unis

Face à un partenaire commercial imprévisible au sud de la frontière, le premier ministre Carney s’est donné pour objectif de doubler les exportations à l’extérieur des États-Unis au cours de la prochaine décennie pour les faire passer de 300 milliards à 600 milliards. Il tente aussi d’obtenir 1000 milliards de dollars de nouveaux investissements d’ici 2030.

Il faut se rappeler que la Chine a besoin d’un système international qui fonctionne.

Guy Saint-Jacques, ex-ambassadeur du Canada en Chine

« Le secrétaire général Xi peut y voir une opportunité de présenter la Chine comme une puissance mondiale responsable, stable et faire l’argument que même si vous ne nous aimez pas, au moins nous sommes constants », fait valoir l’ex-diplomate canadien Michael Kovrig, qui a passé plus de 1000 jours en captivité lorsque les tensions avec la Chine ont atteint leur paroxysme en 2018 après l’arrestation par les autorités canadiennes de Meng Wanzhou, dirigeante du géant chinois des télécommunications Huawei. Cet évènement a marqué le début d’un grand froid diplomatique.

Depuis son arrivée au pouvoir, le premier ministre Carney a multiplié les efforts pour réparer cette relation. Il a rencontré le président Xi Jinping en marge du Forum de coopération économique Asie-Pacifique (APEC) en Corée du Sud et a reçu une invitation formelle à se rendre en Chine.

Il rencontrera jeudi le président du Comité permanent du Congrès national du peuple, Zhao Leji, puis le premier ministre chinois, Li Qiang, avant de participer à un dîner officiel. Son entretien avec le président Xi Jinping aura lieu vendredi.

Exercice d’équilibriste

M. Carney devra jouer les équilibristes alors que le Canada se retrouve coincé entre les États-Unis et la Chine – « l’aigle et le dragon », comme l’a décrit le Groupe d’experts sur les relations Canada–États-Unis affilié à l’Université Carleton dans un rapport publié en août. Les deux superpuissances n’hésitent pas à utiliser les représailles économiques comme outil d’influence et le Canada s’apprête à renégocier l’Accord Canada–États-Unis–Mexique avec son voisin du sud.

« Ottawa doit gérer avec doigté les tensions profondes de cette relation triangulaire avec les deux pays, écrit le groupe. Une indépendance ostentatoire de la politique canadienne à l’égard de la Chine risque d’entraîner des représailles de la part de Washington ; un alignement trop important risque de compromettre la souveraineté canadienne et les efforts déployés pour diversifier nos partenariats économiques mondiaux. »

Le Groupe d’experts recommande au gouvernement Carney d’adopter une approche pragmatique dans ses relations bilatérales, axée sur les intérêts qu’il a en commun respectivement avec la Chine et les États-Unis.

Le premier ministre a déjà insufflé une dose de pragmatisme dans la politique étrangère de son gouvernement depuis le début de son mandat. On assiste à un réchauffement des relations avec les deux plus gros marchés de la planète, la Chine et l’Inde, malgré les préoccupations en matière d’ingérence étrangère.

M. Carney a déjà indiqué qu’il souhaitait protéger les secteurs stratégiques comme les minéraux critiques, la défense et l’intelligence artificielle. Le gouvernement est ouvert à collaborer avec la Chine dans le secteur de l’énergie, verte ou polluante, et celui du financement de la transition climatique.

Il devra toutefois éviter d’augmenter la dépendance de l’économie canadienne envers le marché chinois, note Michael Kovrig.

Le problème n’est pas le volume total [des exportations], mais plutôt de savoir si certains secteurs sont devenus tellement dépendants que la Chine pourrait faire pression sur le gouvernement pour qu’il modifie ses politiques, comme nous l’avons constaté avec le canola et les fruits de mer.

Michael Kovrig, ex-diplomate canadien

« En théorie, je n’ai donc aucun problème à vendre davantage de gaz naturel à la Chine, tant que la part de cette dernière dans les ventes de gaz naturel du Canada ne dépasse pas, disons, le quart ou le tiers du total. Dans le cas contraire, nous avons déjà vu les conséquences désastreuses d’une production de 90 % destinée exclusivement à la Chine », poursuit-il.

Des enjeux sensibles

La question est maintenant de savoir quelle place auront des enjeux délicats comme celui des droits de la personne, l’avenir de Taïwan et la militarisation de la mer de Chine méridionale dans ce nouveau pragmatisme face à la Chine.

De hauts fonctionnaires du gouvernement n’étaient pas en mesure de dire si M. Carney allait aborder la question du respect des droits de la personne avec le président chinois lors de sa rencontre. M. Saint-Jacques s’attend à ce que le premier ministre canadien adopte la même stratégie que l’un de ses prédécesseurs, Jean Chrétien, soit de soulever ces questions en privé et d’éviter de le faire en public.

Après son séjour à Pékin, Mark Carney se rendra à Doha, au Qatar, puis au Forum économique de Davos, en Suisse.

https://www.lapresse.ca/actualites/politique/2026-01-13/visite-en-chine/mark-carney-coince-entre-l-aigle-et-le-dragon.php

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:roll_eyes:

L’accord commercial entre le Canada, les États-Unis et le Mexique (ACEUM), signé en 2020, pourrait ne pas être renouvelé, aux dires du président américain Donald Trump.

Alors qu’il visitait une usine du constructeur automobile Ford dans le Michigan, Donald Trump a déclaré aux journalistes il [l’ACEUM] expire très bientôt et nous pourrions le garder ou non.

« Cet accord ne comporte aucun avantage réel, il est inutile », a lancé Trump. « Le Canada adorerait ça [qu’on le garde…] il en a besoin », a-t-il ajouté.

« Le problème, c’est que nous n’avons pas besoin de leurs produits. Vous savez, nous n’avons pas besoin de voitures fabriquées au Canada. Nous n’avons pas besoin de voitures fabriquées au Mexique. Nous voulons les faire venir ici. Et c’est ce qui se passe », a poursuivi le président américain.

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On ne devrait jamais être surpris de ces propos, c’est sa tactique de négociation. Il reprend les mêmes idées pour parler des autres “partenaire” commerciaux et des alliances. Pour lui, c’est une question d’écraser l’autre au maximum pour soutirer des concessions et le mettre sur la défensive, ou carrément en panique.

Ce qui est dommage, c’est que ça fonctionne trop souvent, les États-Unis dominent trop du point de vue économique et militaire.

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En 2020, quand il l’a signé, le président Cheetos présentait l’ACEUM comme un accord meilleur pour les travailleurs américains, notamment dans l’automobile. Il insistait sur le fait que l’accord corrigeait ce qu’il considérait comme les faiblesses de l’ALENA.

Donald Duck n’en est pas à sa première contradiction !

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