Lors de ma dernière promenade urbaine dans les secteur de la Pointe-aux-Lièvres (rivière St-Charles), j’ai dû faire un grand détour pour rejoindre l’autre côté de l’autoroute vers la Haute-Ville. Cette autoroute au sol en plein quartier urbain coupe la ville en deux, est une source importante de pollution et de bruit pour le voisinage et un obstacle majeur pour les piétons et les cyclistes.
Traverser l’autoroute Laurentienne à pied ou à vélo, c’est dangereux et souvent déconseillé. C’est l’une des principales raisons pour lesquelles les conseils de quartier Saint-Roch, Saint-Sauveur, Vieux-Limoilou et Vanier plaident pour transformer une partie de cette mer d’asphalte en boulevard urbain.
À l’intersection des rues du Cardinal-Maurice-Roy et de la Croix-Rouge, les piétons et les cyclistes font face à un véritable parcours du combattant.
Crédit photo: Thomas Verret
Administrateur au Conseil de quartier du Vieux-Limoilou, Pieter Agneessens y voit « un projet catalyseur » pour plusieurs secteurs habités qui longent la rivière Saint-Charles. Ce dernier est déçu d’avoir appris, dans les derniers jours, que le ministère des Transports et de la Mobilité durable a retiré le projet du Plan québécois des infrastructures.
« Ça fait quand même un certain temps qu’on attend que ça se réalise », rappelle-t-il.
Déjà en 2017, le Programme particulier d’urbanisme (PPU) pour l’entrée de ville du quartier Saint-Roch prévoyait la transformation de l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain. Le projet figure au Plan de mobilité durable de la Ville de Québec depuis 2021.
« Le potentiel est énorme », souligne le député de Taschereau, Étienne Grandmont, qui évoque la possibilité d’ajouter de 5 000 à 6 000 logements le long du boulevard Laurentienne et au sud de la rue Soumande.
Alors que la Ville de Québec est appelée à croître de façon importante dans les prochaines années, la présidente du Conseil de quartier de Saint-Sauveur, Myriam Nickner-Hudon, estime que cette hausse de population doit se faire sans étalement urbain supplémentaire.
« Ce n’est pas vrai qu’on va continuer de s’étaler, encore et encore. On n’a pas besoin d’ouvrir le périmètre urbain. Il faut préserver les espaces verts en périphérie pour la lutte aux changements climatiques. »
La résidente de la Basse-Ville fait ainsi valoir la nécessité de créer des milieux de vie à échelle humaine, moins dépendants de l’automobile.
« Comme ville, il faut se donner les outils pour permettre une croissance agréable et faire en sorte que plus de gens puissent délaisser leur voiture. »
Lire la suite
La cheffe de Transition Québec, Camille Lambert-Deubelbeiss, considère pour sa part qu’« il y a une occasion à saisir » présentement, alors que la Ville planifie le futur pôle d’échanges du tramway dans le quartier Saint-Roch.
« C’est un bon moment pour revoir ce secteur-là comme il faut. »
La Ville de Québec va démolir la passerelle Adrien Pouliot cet été, dans le cadre de travaux préparatoires au tramway. L’administration municipale promet un nouveau lien de mobilité pour compenser cette perte.
Crédit photo: Thomas Verret
Le sort de la passerelle de la Pointe-aux-Lièvres au cœur des préoccupations
Aux yeux de Camille Lambert-Deubelbeiss, la passerelle de la Pointe-aux-Lièvres, fermée depuis novembre dernier, devrait être « la priorité absolue » des autorités publiques à l’heure actuelle, aussi bien pour la Ville de Québec que pour le gouvernement provincial.
« Dans l’immédiat, il y a vraiment un enjeu de sécurité publique, de sécurité piétonne », alerte-t-elle.
La chef de Transition Québec se demande si la transformation de l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain a fait l’objet de discussions entre le maire Bruno Marchand et la nouvelle première ministre Christine Fréchette à l’occasion de sa récente visite à l’hôtel de ville.
Pour Étienne Grandmont, la propriété de la passerelle, située entre les rues Lee et Robert-Rumilly, relève du gouvernement du Québec, qu’il accuse d’inaction.
« L’entretien n’a pas été fait de façon adéquate. Et si la Ville n’avait pas agi, le ministère des Transports aurait laissé la passerelle ouverte, alors qu’elle est potentiellement dangereuse. C’est doublement inquiétant. »
Fermée jusqu’à nouvel ordre, la passerelle de la Pointe-aux-Lièvres risque la démolition.
Crédit photo: Thomas Verret
« Fini les excuses »
L’élu de Québec solidaire responsable du dossier des Transports et de la Mobilité durable ajoute que l’argument du futur troisième lien dans l’axe de l’autoroute Laurentienne ne tient plus, et que « l’impossible redevient possible ». Alors que « la CAQ de Christine Fréchette, le Parti libéral de Charles Milliard et le Parti conservateur d’Éric Duhaime proposent tous la construction d’un lien autoroutier à l’Est : il n’y en a plus d’épée de Damoclès ».
Le député de Taschereau invite justement la population à une marche exploratoire le samedi 2 mai, qui va partir du stade Canac, à 10h. La présidente et cofondatrice de l’organisme Santé Urbanité, Johanne Elsene, l’accompagnera pour cette promenade de Jane.
Le duo mettra alors en évidence qu’une autoroute représente aussi un enjeu de santé publique, tant pour le bruit que pour les polluants atmosphériques rejetés par les milliers de véhicules qui y circulent chaque jour.
Développement immobilier, densification des quartiers, transport collectif et actif, verdissement et réduction de la vitesse : tout le monde y gagne », soutient M. Grandmont au sujet du projet de boulevard urbain qu’il défend depuis ses années passées à la direction de l’organisme Accès transports viables (2012 à 2022).
Convenant que ce projet requiert des investissements significatifs étalés sur plusieurs années, Myriam Nickner-Hudon argue que « les vraies villes qui se réinventent dans le monde sont celles qui sont capables de faire ces transformations importantes pour redonner l’espace aux citoyens ».
« Plus on brette, plus on va rater des opportunités », prévient la présidente du Conseil de quartier de Saint-Sauveur.
Pieter Agneessens insiste quant à lui sur la notion du vivre-ensemble et de la connectivité entre les différents quartiers concernés, mais également sur l’aspect de la sécurité routière.
« On est tous piétons et ce n’est pas tout le monde qui a accès à un véhicule », fait remarquer le résident du Vieux-Limoilou, qui salue la solidarité des quatre conseils de quartier dans ces revendications de longue date.
Par ailleurs, l’élu responsable des relations avec les citoyens pour le projet TramCité, Raymond Poirier, tiendra un point d’information, le 30 avril prochain, dans le cadre du Conseil de quartier de Saint-Roch.