Le Port de Québec a recouvert des sols contaminés
16 novembre 2025 à 04h07
On a recouvert d’asphalte un secteur contaminé. (Frédéric Matte/Archives Le Soleil)
CHRONIQUE / Le rapport d’évaluation environnementale déposé le 20 août 2018 par la firme Terrapex est catégorique: «Basée sur l’ensemble des résultats obtenus, la qualité environnementale des sols et de l’eau souterraine caractérisés ne respecte pas les recommandations fédérales applicables pour un site à vocation industrielle ou commerciale.»
Dix jours plus tard, le 30 août, l’ex-pdg du Port de Québec, Mario Girard, donnait le feu vert à la construction de nouveaux silos sur le site du Foulon. Il s’agissait d’un projet de développement du site où avaient poussé en 2014 deux énormes boules blanches qui avaient fait couler beaucoup d’encre. On avait même mandaté John Porter pour voir si on pouvait les rendre moins voyantes.
Ça a fini en statu quo.
Quatre ans plus tard, l’ajout de huit silos – un projet de 90 millions – est passé presque inaperçu. Le Port avait alors de grandes ambitions.
«Dans le secteur de l’Anse-au-Foulon, le projet d’envergure de la Coop fédérée a permis d’enclencher une réorganisation majeure de la portion ouest. Ce projet consiste en fait au plus grand projet lié à l’agroalimentaire dans l’Est du pays depuis les dernières années, ce qui viendra certainement renforcer la position du Port de Québec dans le secteur de l’agroalimentaire pour les prochaines années», pouvait-on lire dans le rapport annuel de 2018.
Et pourtant, toujours selon le rapport de Terrapex, «le volume total de sol contaminé au-delà des recommandations “industrielles” et “commerciales” du CCME [Conseil canadien des ministres de l’Environnement] sur le site était alors estimé à 59 385 m³», soit l’équivalent d’une vingtaine de piscines olympiques.
Ça pouvait n’être que la pointe de l’iceberg. «Cette estimation est réalisée à titre indicatif sur la base des présents résultats et ne doit en aucun cas être considérée comme étant définitive.»
Des silos ont été ajoutés en 2018. (Erick Labbé/Archives, Le Soleil)
Comme je l’expliquais dans une autre chronique, le ministère établit les niveaux de contamination selon quatre critères: A étant très peu ou pas contaminé, D (ou RESC) étant extrêmement contaminé. Pour des projets résidentiels, commerciaux et récréatifs, le niveau ne doit pas dépasser B. Pour un projet à vocation industrielle, la limite est fixée à C.
Lorsque la contamination atteint D, le sol doit être traité ou, si la chose est impossible, il doit être transporté dans un site accrédité par le ministère.
Encore aujourd’hui, le site bordé par le Saint-Laurent et où se trouvent les quais 107 et 108 figure toujours au Répertoire des terrains contaminés du ministère de l’Environnement du Québec. On y fait état d’au moins trois lieux où des analyses ont démontré une contamination du sol et de l’eau au-delà du critère D.
Carte d’août 1951 où on voit les installations pétrolières qui ont contaminé lourdement le sol. (Rapport Terrapex)
Selon les fiches consultées dans le répertoire, on a retrouvé une forte concentration de contaminants industriels liée à la présence historique de réservoirs de produits pétroliers. La liste est longue: benzène, éthylbenzène, hydrocarbures pétroliers, méthylnaphtalènes, toluène, xylènes et du cuivre, à des niveaux très élevés.
Le niveau de contamination est partagé en quatre critères, on y retrouve des concentrations supérieures au critère le plus élevé.
Pour l’eau, on fait état entre autres de benzène, fluoranthène, chrysène, éthylbenzène, fluoranthène, phénanthrène, toluène et xylènes.
C’est également sur ce site que le Port de Québec a décidé il y a quelques années d’aménager une immense surface pour y déposer entre autres le sel de déglaçage provenant de la mine Seleine des Îles-de-la-Madeleine. Pour ce faire, d’immenses amas qui jonchaient le terrain ont dû être enlevés, le sol a dû être nivelé avant d’être recouvert d’asphalte.
La portion encerclée de rouge a été asphaltée. (Port de Québec)
Au Port de Québec, on indique que seuls les sols manipulés étaient soumis aux normes environnementales et ce, sans aucune obligation.
«Dans le cadre des projets et des travaux sur le territoire portuaire, seuls les volumes d’excavation de déblais sont caractérisés et peuvent faire l’objet d’une réhabilitation volontaire afin de réduire le niveau de contamination selon les principes du Guide d’intervention — Protection des sols et de réhabilitation des terrains contaminés (Beaulieu, 2021).
«Tous les autres sols hors du périmètre des travaux n’ont pas à être obligatoirement caractérisés, ni réhabilités, ni faire l’objet d’une approche de gestion basée sur les risques», m’a répondu le porte-parole Frédéric Lagacé.
Ça fait beaucoup de sols contaminés laissés intacts sous l’asphalte.
Avec le Saint-Laurent à côté et les mouvements de la nappe phréatique provoqués entre autres par les marées, la coexistence avec la contamination des sols pose un risque de rejets de produits toxiques dans l’eau du fleuve. Dans un rapport produit en 2008 dans le cadre de la réhabilitation d’un des quais du secteur du Foulon, la firme Biogénie a illustré les interrelations entre la faune marine et la contamination.
Ils ont fait ni plus ni moins un dessin, on y voit un poisson et une plante dans l’eau identifiés comme «récepteurs écologiques». C’est ce qui se passe encore sous l’asphalte, étant donné qu’une grande part des sols contaminés y sont toujours enfouis.
Illustration des échanges entre l’eau du fleuve et les sols contaminés. (Rapport Biogénie)
De son côté, le Port de Québec assure être vigilant. «En ce qui a trait à l’eau souterraine, l’Administration effectue des suivis sur plusieurs puits d’observation de ce secteur. Dans la dernière année, les échantillonnages ont été effectués par les membres de l’équipe Environnement de l’Administration, et ce, selon les protocoles usuels et reconnus.»
Le Port a transmis deux rapports d’analyse suivant des échantillonnages d’eau souterraine effectués en juin et en août 2025, on note dans le premier un dépassement des limites de mercure pour la protection aquatique et pour les eaux de surfaces.
Le reste de l’analyse apparait conforme.
















