Les ministères québécois ont reçu leur bulletin chiffré qui leur a été remis par le Conseil du trésor pour 2022-2023. L’exercice est particulièrement sans pitié pour l’Enseignement supérieur (sous la note de passage), l’Éducation et la Santé, qui se retrouvent aux derniers rangs.
Publié à 1h09 Mis à jour à 5h00
Résumé
Éducation, Enseignement supérieur et Santé Les derniers de classe du bulletin des ministères
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
L’hôtel du Parlement abritant l’Assemblée nationale du Québec
Les ministères québécois ont reçu leur bulletin chiffré qui leur a été remis par le Conseil du trésor pour 2022-2023. L’exercice est particulièrement sans pitié pour l’Enseignement supérieur (sous la note de passage), l’Éducation et la Santé, qui se retrouvent aux derniers rangs.
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Louise Leduc La Presse
Des efforts à mesurer
La performance de 21 ministères et de cinq organismes publics a été scrutée par le Conseil du trésor, suivant les cibles annuelles que chacun s’est données. Polaroid aux allures de feuille de route particulièrement rentre-dedans pour certains, ce portrait traduit leur réussite respective, mais aussi les défis très inégaux auxquels ils font face.
Sonia LeBel, présidente du Conseil du trésor, juge cet exercice important pour « évaluer les services que les ministères rendent à la population » et pour « mesurer leurs efforts afin qu’ils s’améliorent. On a choisi de rendre cette démarche transparente pour les citoyens ».
Consultez le Tableau de bord complet de la performance de l’administration publique
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Le taux de diplomation au cégep « deux ans après la durée prévue » du DEC n’est qu’à 62,1 %, par rapport à une cible de 64,8 %.
Ministère de l’Enseignement supérieur
Note globale : 56 %
Dépenses prévues : 8,5 milliards
Ce ministère n’a atteint que 11 % des cibles qu’il s’était lui-même fixées. Il a notamment raté sa cible d’inscriptions au cégep et à l’université « menant à des emplois en déficit de main-d’œuvre ». Le taux de diplomation au cégep « deux ans après la durée prévue » du DEC n’est qu’à 62,1 %, par rapport à une cible de 64,8 %.
Ce ministère est particulièrement loin du compte quant au taux de passage du secondaire vers le collégial. Son objectif était d’atteindre un taux de 73 % en 2022-2023, il n’a obtenu que 69,7 %.
PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
Pascale Déry, ministre de l’Enseignement supérieur
Explication offerte par le cabinet de la ministre Pascale Déry : « Il est clair que les résultats ne sont pas satisfaisants. » Cette « faible performance » s’explique en partie par les « occasions d’emploi [qui] entrent en concurrence avec la poursuite des études ».
PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE
Le ministère de l’Éducation a échoué à réduire comme il l’espérait l’écart de réussite entre les garçons et les filles.
Ministère de l’Éducation
Note globale : 62 %
Dépenses : 17,7 milliards
En éducation, le Ministère disait qu’en 2022-2023, 50 % des bâtiments du réseau scolaire seraient en état satisfaisant. On en est à 39 %.
Par ailleurs, le taux d’obtention d’un premier diplôme ou qualification après cinq ans au secondaire est sept points de pourcentage inférieur à la cible.
Le Ministère a aussi échoué à réduire comme il l’espérait l’écart de réussite entre les garçons et les filles : la différence est de 2,6 points de pourcentage.
Plutôt que la totalité des écoles publiques comme promis, 85 % d’entre elles offrent une heure par jour d’activités parascolaires.
PHOTO JOSIE DESMARAIS, ARCHIVES LA PRESSE
Bernard Drainville, ministre de l’Éducation
Explication du cabinet du ministre Bernard Drainville : « On prend acte des constats », « l’éducation, c’est l’une des grandes priorités du gouvernement ». « On le sait, le statu quo n’est pas acceptable. » Pour 2023-2027, le cabinet de Bernard Drainville assure avoir à la fois « des cibles ambitieuses, innovantes et plus réalistes ».
PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE
Le tableau est sombre au chapitre des demandes d’opérations en attente.
Ministère de la Santé et des Services sociaux
Note globale : 64 %
Dépenses probables en 2022-2023 : 52 milliards
Ce ministère n’a atteint que 32 % de ses propres cibles. On visait en 2022-2023 un maximum de 25 000 demandes d’opérations en attente de plus de six mois. On en est à 49 041.
En oncologie, le Ministère espérait que 77 % des patients soient vus dans un délai égal ou inférieur à 28 jours. On n’en est qu’à 54 %.
Pour les évaluations en Protection de la jeunesse, le Ministère se croyait en mesure d’obtenir un délai moyen d’attente de 21,4 jours. On en est à 44,5 jours.
Par contre, l’objectif quant au nombre de personnes recevant du soutien à domicile a été dépassé.
PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE
Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux
Explication du cabinet du ministre Christian Dubé : « Comme partout dans le monde, nous sommes confrontés [à] la pénurie de main-d’œuvre, au vieillissement de la population et [à] un réseau toujours fragilisé par la pandémie. […] Nous sommes plus que conscients des améliorations à faire dans le réseau de la santé, surtout en matière d’accès. […] Nous suivons quotidiennement les cibles du plan stratégique. »
PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE
Le ministère de l’Environnement est très en retard par rapport à sa propre cible de matières résiduelles éliminées annuellement par habitant.
Ministère de l’Environnement
Note globale : 79 %
Dépenses : 331 millions (à l’exception des dépenses liées aux fonds spéciaux)
Le ministère est très en retard par rapport à sa propre cible de matières résiduelles éliminées annuellement par habitant, n’a pas atteint sa cible quant au « pourcentage de réduction des indicateurs de risque liés aux pesticides ».
Il visait par ailleurs un pourcentage de réduction de la consommation énergétique de 100 % aussi bien pour ce qui est de la consommation énergétique que de la consommation de produits pétroliers. On est loin de là, avec des pourcentages respectifs à ces égards de 76 % et de 42,6 %. Par contre, l’objectif « d’acquisitions écoresponsables » a été dépassé.
PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE
Benoit Charette, ministre de l’environnement
Explication du cabinet du ministre Benoit Charette : Invité à commenter s’il le souhaitait, le cabinet de Benoit Charette, ministre de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs nous a dit qu’il nous reviendrait, mais ça n’a pas été le cas.
PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
La SAAQ pâtit notamment d’un trop haut taux de décès par 100 000 habitants.
Société de l’assurance automobile du Québec
Note globale : 55 %
Frais d’administration : 546,4 millions
La SAAQ obtient 55 %, la pire note des cinq organismes publics qui ont eux aussi été évalués. Malgré la crise informatique qui lui a coûté plus de 40 millions et qui fera l’objet d’une enquête de la vérificatrice générale, la SAAQ, dans son bulletin, est réputée avoir obtenu une note de 8,6 sur 10 à l’égard de la « satisfaction globale » de sa clientèle.
Elle pâtit notamment d’un trop haut taux de décès par 100 000 habitants et des trop faibles « taux de mobilisation des employés ».
PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE
La SAAQ obtient 55 %, la pire note des cinq organismes publics qui ont eux aussi été évalués.
Réponse du bureau du président-directeur général, Éric Ducharme : La SAAQ dit prendre acte « des résultats du bulletin », mais elle fait observer qu’il y a moins d’accidentés sur les routes et que « les contributions d’assurance automobile sont toujours les plus basses au Canada ».
Gros ministères, maigres notes
François Dauphin, président-directeur général de l’Institut sur la gouvernance, salue ici l’exercice de transparence, mais s’inquiète que les ministères aux plus gros budgets « soient derniers de classe ».
Il y a trop d’indicateurs, difficilement comparables, à son avis.
C’est aussi l’opinion de Jean Bernatchez, professeur de sciences de l’éducation à l’Université du Québec à Rimouski. « Il est autrement plus complexe de réduire le temps d’attente aux urgences que de répondre aux clients pour le ministère du Tourisme », illustre-t-il.
Aussi, il constate que « le ministère de l’Habitation [qui se trouve au 9e rang du classement] paraît assez bien », mais suivant une logique caquiste valorisant « la propriété privée plutôt que le droit au logement ».
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE
La ministre du Tourisme, Caroline Proulx, dont le ministère arrive au premier rang.
Les bons élèves
Le ministère du Tourisme, dont presque toutes les cibles tournent simplement autour de la satisfaction des visiteurs, arrive au premier rang. En troisième position (derrière le Conseil exécutif) : celui des Transports. Pourquoi ? Entre autres en raison des cibles atteintes pour ce qui est des « chaussées aéroportuaires en bon état » et des « voies ferrées fonctionnelles » sous sa responsabilité.
Le nombre de déplacements en transport adapté a aussi dépassé l’objectif.
Par contre, la proportion des routes en bon état demeure insuffisante. Idem pour la fréquentation du transport collectif, qui fait bien partie de ce bulletin du ministère des Transports.
Le Secrétariat du Conseil du trésor et les Finances complètent le haut du tableau.
Du côté des organismes, Retraite Québec et Revenu Québec obtiennent presque des notes parfaites.