Si sa candidature se confirme, Pablo Rodriguez changera l’allure de la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ). Il serait le plus expérimenté, autant pour le travail au gouvernement que pour l’organisation électorale. Et il ne serait pas trop dépaysé non plus.
Résumé
La course change de vitesse
PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE
Le ministre fédéral des Transports, Pablo Rodriguez
Si sa candidature se confirme, Pablo Rodriguez changera l’allure de la course à la direction du Parti libéral du Québec (PLQ). Il serait le plus expérimenté, autant pour le travail au gouvernement que pour l’organisation électorale. Et il ne serait pas trop dépaysé non plus.
Publié à 1h34 Mis à jour à 5h00
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M. Rodriguez est connu pour son rôle à Ottawa. Après avoir été ministre du Patrimoine canadien, il est maintenant à la tête des Transports, en plus d’être lieutenant politique du Québec et d’y avoir piloté les trois dernières campagnes électorales fédérales.
Mais avant de faire le saut à Ottawa, il y a deux décennies, il a milité au PLQ. Au début des années 2000, notamment, lors d’élections partielles du parti, comme dans Mercier et Vimont.
Et il était vice-président de l’aile jeunesse au début des années 1990 lorsque le rapport Allaire a créé un schisme qui a mené au départ de Mario Dumont, puis à la création de l’Action démocratique du Québec (ADQ). Ce volet de carrière est méconnu – je l’ai appris dans le récent essai À la conquête du pouvoir.
On connaît mieux M. Rodriguez pour son militantisme au Parti libéral du Canada (PLC), qui avait commencé en parallèle au début des années 1990.
M. Rodriguez ne sera pas le seul à revendiquer de telles racines au PLQ. Un autre candidat putatif, l’ex-président de la Fédération des chambres de commerce du Québec Charles Milliard, a milité dans l’aile jeunesse du PLQ.
Deux autres candidats sont pressentis. Il y a le jeune maire de Victoriaville, Antoine Tardif, qui a été conseiller pour le député conservateur Alain Rayes et qui connaît la réalité rurale grâce à son travail à la Fédération québécoise des municipalités.
Et le député du PLQ Frédéric Beauchemin, critique en finances et en économie et ex-directeur général et chef des marchés des capitaux à la Banque Scotia. Leur notoriété reste faible, et ils n’ont aucune expérience de ministre.
Denis Coderre, unique candidat confirmé, est avec M. Rodriguez le seul à avoir été membre d’un gouvernement.
L’expérience est toutefois devenue un couteau à double tranchant. Elle force un candidat à défendre ses idées passées et lui fait perdre le lustre de la nouveauté. Reste que M. Rodriguez pourra faire valoir quelques éléments de son parcours.
Il était responsable des trois dernières campagnes du PLC au Québec. Chaque fois, son parti y a gagné, autant en matière de votes que de sièges. Il a sillonné le territoire et il connaît toutes les régions.
En 2019, Justin Trudeau a finalement nommé un lieutenant pour le Québec. Ce fut M. Rodriguez, qui devait dénouer les impasses entre le fédéral et le gouvernement caquiste. Bien sûr, les premiers ministres règlent directement entre eux les dossiers épineux, mais un lieutenant est utile par exemple pour expliquer les spécificités du Québec aux ministres anglophones qui en sont ignorants ou y sont insensibles.
M. Rodriguez a travaillé ses aptitudes à la fois de débatteur et de négociateur à titre de leader parlementaire du gouvernement minoritaire, de 2019 à 2021.
M. Coderre a aussi été ministre, mais son expérience est plus lointaine et limitée : moins de deux ans à la tête de l’Immigration, de 2002 à 2003. Il a été maire de Montréal, ce qui lui a donné une expérience concrète d’enjeux comme le logement. Toutefois, il a encaissé par la suite deux défaites, et ce, après avoir bousillé une confortable avance. Il est aussi réputé pour ses déclarations confuses et contradictoires ainsi que sa difficulté à travailler en équipe, ce qui n’est pas le cas de M. Rodriguez.
À quoi ressemblerait une plateforme Rodriguez ? Difficile à dire.
Outre son travail aux Transports, on l’a surtout entendu récemment parler de langue et d’immigration.
Au gouvernement Trudeau, il a défendu la réforme qui reconnaissait pour la première fois que le français avait le double statut de langue officielle et de langue vulnérable. Des députés montréalais s’opposaient à la reconnaissance de la nouvelle loi 101, et une telle mouvance existe au PLQ. Ce débat sera périlleux pour tous les candidats.
M. Rodriguez a dénoncé les entreprises américaines qui se plaignent de l’affichage en français – « qu’ils s’adaptent », a-t-il réagi.
Mais d’un autre côté, il a souvent pris à part les nationalistes qui s’inquiètent du déclin du français comme langue maternelle.
Immigrant argentin, il est arrivé au Québec à 8 ans avec ses parents et il parlait uniquement espagnol. Cela faisait de sa famille un facteur du déclin du français.
M. Rodriguez est parfois émotif quand il parle d’immigration. C’est un réfugié. Son père a été emprisonné et torturé par la junte militaire argentine, et faute de pouvoir faire reconnaître son diplôme, il faisait de l’entretien ménager et fréquentait les banques alimentaires à son arrivée au Québec avant de finalement obtenir un doctorat à 50 ans et redevenir professeur d’université.
Voilà pour le récit familial.
On ne connaît pas de pensée économique à M. Rodriguez. Il devra la préciser – le PLQ mise là-dessus pour renouer avec ce qui l’a porté au pouvoir par le passé. M. Rodriguez devra également bien s’entourer pour naviguer à travers les dossiers complexes en éducation et en santé.
J’ai toutefois l’impression que ces enjeux ne seront pas au cœur de sa probable campagne.
Avant d’être aspirant premier ministre, M. Rodriguez devra être élu chef. Il voudra davantage se positionner comme un candidat habitué à débattre, à gouverner et à gagner.
Et donc, comme celui qui peut reconstruire un parti qui a frappé le fond de la piscine et qui peine encore à s’en remettre.
Chose certaine, il prend un risque personnel. Sa circonscription fédérale, Honoré-Mercier, est l’un des très rares châteaux forts libéraux qui tiennent toujours.
Son départ ferait mal à Justin Trudeau. Il provoquera un ajustement ou remaniement ministériel. Mince consolation, cela donnera un prétexte à M. Trudeau pour montrer de nouveaux visages. Mais cela constitue surtout une preuve de plus que le navire des rouges prend l’eau.
M. Rodriguez ne pourra pas maintenir le flou longtemps. En tant que lieutenant au Québec, il est en contact fréquent avec le gouvernement Legault, et il ne peut pas être à la fois un allié et un rival.
La rumeur sur sa candidature semble être sortie plus tôt qu’il ne le souhaitait. Cela le déstabilise, mais ça pourrait aussi l’aider. Car les autres candidats pressentis s’activent et accumulent déjà les appuis. Et la course s’apprête maintenant à changer de vitesse.
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