C’est Pauline Marois qui expliquait que la souveraineté allait créer cinq ans d’incertitude, mais c’est Jean Charest qui disait qu’un Québec souverain serait tout à fait viable. S’il est évident qu’un changement politique aussi important que l’indépendance ne pourrait pas se faire sans heurts, est-il pour autant exact de dire que la possibilité d’un référendum nuit aux finances publiques du Québec?
Le coût d’emprunt du Québec sur les obligations à 30 ans est d’environ 4,5 %. En Ontario, il est de 4,4 %. Nous avons donc un différentiel de près de 0,1 point de pourcentage. Ce n’est pas énorme, mais c’est un écart qui fait en sorte que les emprunts du Québec coûtent plus cher de quelques dizaines de millions de dollars par année.
Plus important encore, c’est un écart qui grandit depuis deux ans, comme l’indique ce tableau préparé par Bloomberg.
L’écart du coût d’emprunt sur les obligations à 30 ans entre le Québec et l’Ontario grandit depuis deux ans.
Photo : Radio-Canada / Bloomberg
Ce tableau représente l’évolution de l’écart de taux entre le Québec et l’Ontario. On voit qu’avant mars 2024, il n’y avait pas de différence sur les taux de 30 ans entre les deux provinces. Et au cours des années précédentes, l’écart avait même été favorable au Québec : il en avait coûté moins cher au Québec d’emprunter sur les marchés que pour le gouvernement de l’Ontario.
En mars 2024, l’écart négatif pour le Québec avec l’Ontario a commencé à grandir. Et depuis, il ne fait que s’amplifier, et ça s’est accéléré l’automne dernier. L’écart sur le graphique est de 9 à 10 points de base. Autrement dit, c’est un écart de 0,09 à 0,1 point entre le taux d’emprunt de l’Ontario, à 4,41 %, et celui du Québec, à 4,5 %.
Alors, pourquoi cet écart grandit-il depuis mars 2024?
Selon le ministre des Finances, Eric Girard, l’écart de taux est attribuable à la possibilité qu’un référendum sur l’indépendance du Québec soit organisé.
Avec le Parti québécois qui est en tête dans les sondages depuis la fin de 2023 et le chef Paul St-Pierre Plamondon qui réitère régulièrement son intention d’organiser un référendum pendant un premier mandat, le ministre Girard évalue que cette situation crée de l’incertitude.
Paul St-Pierre Plamondon accuse le gouvernement du Québec de jouer sur le sentiment de peur. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Il y a, selon Eric Girard, un impact sur les finances publiques du Québec. Le chef du Parti québécois y voit plutôt une tentative de créer un climat de peur et attribue l’écart de taux à la gestion des finances publiques du gouvernement Legault au cours des dernières années.
La suite
Le ministre Girard a annoncé des déficits records lors des exercices 2024-25 et 2025-26 ainsi qu’une hausse des investissements prévus dans le Plan québécois des infrastructures. Les déficits et ces sommes supplémentaires pour les infrastructures font grimper la dette du Québec.
Le déficit annoncé en 2024-25 s’élevait, à l’époque, à 11 milliards de dollars, un déficit qui a été abaissé par la suite. Et puis, pour l’exercice 2025-26, le ministre a annoncé un déficit encore plus imposant, de 13,6 milliards de dollars, du jamais-vu en termes absolus. Depuis, le déficit prévu a été revu à 12,4 milliards de dollars.
Peu de temps après la présentation du budget de mars 2025, l’agence Standard & Poor’s a abaissé la cote de crédit du Québec, la faisant passer de AA- à A+.
Ce qui est particulier quand on regarde le graphique de l’évolution de l’écart de taux, c’est que la croissance de l’écart s’amorce au moment où, à la fois, le Parti québécois prend la tête dans les sondages et le gouvernement annonce un déficit record.
Référendum : « Ça ne serait pas bon pour les finances publiques », dit Eric Girard
Il est donc difficile de départager clairement et assurément les causes de la hausse des coûts d’emprunt du Québec.
Bien sûr, la perspective d’un référendum peut avoir un effet sur la confiance des investisseurs dans la santé financière et économique du Québec. Mais peut-on vraiment lier directement la hausse des coûts d’emprunt depuis 2 ans à l’hypothèse d’un référendum sur la base de sondages qui donnent le PQ en avance dans un climat politique en évolution?
Se peut-il aussi que l’attaque tarifaire du président Trump, qui touche particulièrement le Québec – les secteurs de l’aluminium et de la forêt, notamment –, ait aussi un impact sur les coûts d’emprunt?
Il y a beaucoup de facteurs qui déterminent la capacité d’un État à emprunter à bon coût, notamment l’état des finances publiques, le niveau d’endettement, le potentiel de croissance de l’économie et, bien sûr, la stabilité politique.
Se peut-il qu’il y ait un peu de tout ça dans la hausse des coûts d’emprunt du Québec?
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