
PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE
Simon Jolin-Barrette
(Québec) Sous pression, Simon Jolin-Barrette réfléchit au retrait du droit à l’avortement dans son projet de constitution. Le candidat à la chefferie Bernard Drainville s’attend à une annonce « plus tôt que tard » et sa rivale Christine Fréchette veut modifier l’article de loi ou l’éliminer.
« J’ai écouté les groupes, plus de 200 groupes en commission parlementaire. J’analyse les mémoires, je réfléchis à tout ça », a lancé le ministre de la Justice jeudi.
« Avoir de l’humilité c’est écouter les groupes qui viennent nous parler, écouter la population, et prendre le recul pour réfléchir, par respect pour les consultations qui viennent de se terminer. Il faut faire en sorte de s’assurer de protéger le droit des femmes », a-t-il affirmé lors de la période de questions.
Il réagissait à une question de la députée de Québec solidaire Christine Labrie, qui lui demandait s’il allait reculer, ou s’il avait « trop d’ego ».
Car la pression s’est accentuée sur le ministre de la Justice et l’article 29 de son projet de constitution, qui stipule que « L’État protège la liberté des femmes d’avoir recours à une interruption volontaire de grossesse ». En commission parlementaire, les groupes de femmes sont venus tirer la sonnette d’alarme : légiférer sur l’avortement pourrait ouvrir la porte à limiter ce droit pour les femmes.
Le Barreau du Québec partage ce point de vue : « toute nouvelle législation ou modification législative pour réaffirmer nommément le droit à l’avortement comporte d’importants risques, dont le principal est d’ouvrir la porte à d’éventuelles limitations de ce droit ».
Fréchette n’en veut plus
Résumé
Déjà, la candidate à la chefferie de la CAQ Christine Fréchette a annoncé qu’elle souhaitait le retirer ou le réécrire. « Je pense que s’il n’y a pas de soutien aucun, il va falloir soit le libeller autrement ou le retirer », a affirmé Mme Fréchette en mêlée de presse mercredi à l’Assemblée nationale.
« L’article 29 dans le projet de constitution, je vois qu’il n’y a pas de soutien du côté des groupes de femmes, et pour moi, c’est un élément important », a affirmé Christine Fréchette, ajoutant qu’autrement, elle appuyait le projet de loi de Simon Jolin-Barrette.
Bernard Drainville a éventé une annonce de M. Jolin-Barrette. « J’ai eu des discussions avec Simon avec cet enjeu. Je vais le laisser faire son annonce en temps et lieu. Ma compréhension c’est que ça viendra plus tôt que tard », a-t-il dit.
Il a affirmé que M. Jolin-Barrette est « un gars qui est à l’écoute ». « Je vais laisser Simon faire son annonce et on pourra en discuter par la suite, mais je suis très à l’aise avec la décision qu’il va annoncer », a-t-il expliqué.
Séance spéciale en après-midi
Le Parti libéral du Québec (PLQ) a demandé que la commission parlementaire, qui étudie le projet de constitution de Simon Jolin-Barrette, se réunisse en séance spéciale jeudi. Mercredi, les consultations générales sur le texte législatif du ministre de la Justice ont pris fin à Québec.
La prochaine étape est donc l’étude article par article du projet de loi. « [Christine Fréchette], elle écoute, elle a écouté les femmes, les groupes », a fait valoir la libérale Brigitte Marceau, qui réclame l’abandon de l’article sur l’avortement. Selon elle, le ministre « s’entête » et provoque de « l’angoisse » chez les femmes. « Tous les groupes me le disent, le vrai enjeu, ce n’est pas de légiférer, c’est d’améliorer l’accès à l’avortement, ici, Québec », a-t-elle plaidé.
L’opposition à Québec réclame l’abandon complet du projet de loi. « Une chose est claire, il n’y a aucun consensus et le ministre n’a certainement pas la légitimité d’aller de l’avant. Il lui reste une seule chose à faire : c’est de retirer son projet de constitution, un point c’est tout », a lancé le député solidaire, Guillaume Cliche-Rivard. « Sur la question spécifique de l’avortement […] je ne comprends pas pourquoi Simon Jolin-Barrette refuse d’écouter les femmes, y compris sa potentielle future cheffe [Christine Fréchette] », a-t-il ajouté.
Québec solidaire a déposé une motion pour que l’Assemblée nationale « constate que des groupes de défense des droits des femmes, des juristes, des expertes entendus en commission ont unanimement refusé d’appuyer l’article 29 du projet de loi 1, avertissant qu’il fragiliserait le droit à l’interruption volontaire de grossesse » et qu’elle exige que le gouvernement du Québec retirer l’article controversé.