Résumé
La bonne d’abord. Après des années d’efforts, les gouvernements du Québec – libéral puis caquiste – sont parvenus à réduire de manière appréciable l’écart défavorable de fardeau fiscal avec les autres provinces, selon une analyse de chercheurs de l’Université de Sherbrooke.
Le fardeau fiscal des Québécois est même maintenant plus bas que celui des habitants des quatre provinces de l’Atlantique, alors qu’il y a 10 ans, il était essentiellement équivalent ou plus élevé.
Les Québécois demeurent certes plus imposés que les contribuables des cinq autres provinces – toutes à l’ouest –, mais l’écart s’est nettement resserré avec quatre de ces cinq provinces, constatent les chercheurs dans leur Bilan de la fiscalité 20261.
Bref, la tendance est positive pour les contribuables du Québec.
Un exemple ? Il y a 10 ans, le fardeau fiscal des Ontariens était globalement inférieur de 11 % à celui des Québécois, mais cet écart s’est contracté à 6,8 % aujourd’hui.
Autre exemple : il y a 10 ans, le fardeau fiscal des Néo-Écossais et des Québécois était pratiquement le même, alors qu’aujourd’hui, les Québécois ont un fardeau plus léger de 10,4 %. Quand même !
Le fardeau fiscal, faut-il savoir, englobe ce que paient les contribuables en impôts provincial et fédéral sur le revenu, en taxes à la consommation et en cotisations sociales, desquels sont soustraits les crédits d’impôt et les allocations familiales propres à chaque province, essentiellement2.
Ce resserrement de l’écart s’explique, entre autres, par les baisses d’impôt sur le revenu au Québec et par la diminution des taxes foncières et scolaires. Ailleurs, parfois, les ponctions fiscales ont augmenté pendant la même période.
Voilà pour la bonne nouvelle. La moins bonne maintenant.
L’écart demeure très important avec cinq des neuf autres provinces canadiennes. Si le Québec avait la structure d’imposition de l’Alberta, par exemple, le fardeau fiscal des Québécois serait 22,6 % moins lourd qu’actuellement.
Et attachez vos tuques : cet écart représente 25 milliards de dollars en 2024, soit l’équivalent de 2751 $ par Québécois, bébés compris.
La comparaison avec l’Ontario est moins défavorable, mais tout de même : si le Québec appliquait la structure fiscale de cette province, le gouvernement puiserait 7,6 milliards de moins dans les poches des contribuables, essentiellement, soit l’équivalent de 832 $ par habitant.
Autrement dit, en appliquant au Québec les taux d’imposition de l’Ontario, le gouvernement du Québec ne se retrouverait pas avec un déficit de 9,9 milliards, comme prévu cette année, mais possiblement de 17,5 milliards, toutes choses égales par ailleurs. Ouch !


Diverses raisons expliquent ce fardeau fiscal plus lourd des Québécois. Les contribuables d’ici bénéficient d’un panier de services publics plus étendu, qu’on pense à l’assurance automobile publique ou aux droits de scolarité plus bas.
Les Québécois ont aussi une assurance médicaments publique et des frais de garde subventionnés, quoique de tels programmes sont aussi implantés ailleurs au Canada, à divers degrés.
Les Québécois possèdent aussi leur propre producteur et distributeur d’électricité (Hydro-Québec), ce qui leur permet de payer moins pour leur chauffage.
D’autre part, la rémunération des particuliers est encore plus élevée en Ontario et en Alberta, par exemple, ce qui permet aux gouvernements de ces provinces d’avoir des taux d’imposition moindres pour obtenir les mêmes recettes. Plus largement, le PIB par habitant plus élevé de ces provinces favorise une fiscalité relativement plus basse, toutes choses égales par ailleurs.
Cela dit, le rétrécissement de l’écart entre le Québec et les autres provinces est aussi constaté par les chercheurs de l’Université de Sherbrooke lorsqu’ils ajoutent les impôts des entreprises.
L’ensemble des recettes fiscales perçues au Québec par tous les ordres de gouvernement auprès des particuliers et des entreprises représentait 38,6 % du produit intérieur brut (PIB) du Québec en 2024, un niveau semblable à celui de 2019, après une remontée durant la période pandémique.
Cette pression fiscale de 38,6 % a grimpé d’un point de pourcentage depuis 10 ans, soit bien moins que dans huit des neuf autres provinces. En Alberta, par exemple, le bond est de 3,6 points de pourcentage et en Ontario, de 3,2 points de pourcentage.
Comme pour le fardeau fiscal, cependant, cet indicateur est plus élevé au Québec (38,6 %) que dans les autres provinces (moyenne de 33,4 %). Il est aussi plus élevé que dans les économies avancées de l’OCDE (moyenne de 36 %).
Le taux de pression fiscale est de 45,2 % au Danemark et de 43,5 % en France, pays qui occupent les deux premiers rangs à cet égard, mais de 25,6 % aux États-Unis et de 25,3 % en Corée du Sud, en queue de peloton avec l’Irlande (21,7 %).
Doit-on s’attendre à ce que le Québec continue à réduire l’écart, malgré l’énorme déficit qui pèse sur nos finances publiques ? Le professeur et chercheur Luc Godbout, un des auteurs de l’étude, est incapable d’interpréter les signaux que lui envoie sa boule de cristal.
Pour effacer le déficit, toutefois, il constate que le gouvernement caquiste ne veut pas augmenter le poids de la fiscalité, mais plutôt diminuer les dépenses, si l’on se fie à la dernière mise à jour économique du gouvernement.
Cela dit, la campagne électorale provinciale est en vue, avec son habituel lot de promesses. Et le prochain parti au pouvoir pourrait changer de stratégie, d’autant que les compressions de dépenses ont soulevé la grogne dans certains secteurs.
1. Consultez le Bilan de la fiscalité au Québec – Édition 2026
- Les chercheurs ont mesuré la variation du fardeau fiscal au Québec par rapport à chacune des provinces en supposant qu’on appliquerait au Québec la structure d’imposition de ces autres provinces.