Cet accord négocié avec l’implication personnelle du premier ministre abandonne plusieurs pans de la loi 2 et de la réforme du ministre de la Santé, comme de lier une partie de la rémunération à des cibles de performances. Dans sa lettre de démission, Christian Dubé critique le contenu de l’entente que François Legault brandissait au dernier jour de la session parlementaire, vendredi.
« Je suis satisfait que le gouvernement soit parvenu à conclure une entente avec les médecins de famille, sous réserve du vote final qui sera connu dans les prochaines heures. Cette entente comporte des avancées importantes, notamment l’engagement de prendre en charge 500 000 nouveaux patients d’ici juin 2026, dont plusieurs personnes vulnérables, ainsi que l’introduction d’un nouveau mode de rémunération. »
« Ces gains sont réels pour les patients et il est important de les souligner. Cela dit, je dois être honnête avec vous. Plusieurs éléments essentiels de la loi 2 visaient aussi à moderniser la gouvernance du système de santé et à permettre au gouvernement et à Santé Québec d’exercer pleinement leur rôle de gestionnaire du réseau public. »
L’entente conclue maintient sensiblement le statu quo sur les enjeux de gouvernance entre le gouvernement, FMOQ et les directeurs médicaux dans le réseau de la santé.
L’ex-ministre reconnaît que lui et son gouvernement avaient « commis des erreurs. Le ton adopté au début des discussions n’a pas toujours favorisé un échange constructif avec les médecins ». Il admet également qu’il n’a pas su « vulgariser clairement les objectifs » de sa loi.
Au plus fort de la tempête cet automne, Christian Dubé a eu du mal à défendre sa loi 2, adoptée sous bâillon le 25 octobre, qui a plongé le réseau de la santé dans une crise et mis tout le gouvernement sur la défensive. Des députés ont même confié ne pas être en mesure de l’expliquer à leurs concitoyens. La crise a coûté à François Legault son ami et ex-ministre Lionel Carmant qui a claqué la porte.
Vendredi, lors du bilan de fin de session, le premier ministre a indiqué qu’il souhaitait que M. Dubé termine son mandat, lui qui a déjà annoncé qu’il ne sera pas candidat aux élections de 2026. Le principal intéressé a quant à lui esquivé les questions sur son avenir le jour même. Mardi, son cabinet soutenait qu’il « n’y a absolument rien qui indique » que M. Dubé ne terminerait pas son mandat.
Les fédérations médicales refusaient de négocier Christian Dubé, qui a été tenu à l’écart dans les dernières semaines. « Ç’a toujours été le Trésor qui négocie », a répliqué M. Legault lors d’une tournée d’entrevues en début de semaine. « Ce que propose [la présidente du Conseil du trésor], France-Élaine Duranceau, c’est approuvé par moi et Christian », a-t-il défendu.
Lors d’une entrevue accordée à Patrice Roy, toujours à Radio-Canada, M. Legault a dit souhaiter « de grosses vacances » à son ministre lorsque l’animateur lui a demandé s’il allait rester en poste.
« Ç’a été dur, il y a du monde qui a été dur avec lui », a-t-il affirmé. M. Legault faisait référence aux propos de l’ex-premier ministre Lucien Bouchard, maintenant négociateur en chef pour la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ), qui a déclaré en entrevue à La Presse que M. Dubé a fait capoter la négociation avec les spécialistes à deux reprises depuis le printemps dernier.
M. Legault a assuré que lui et son ministre se sont parlé tous les jours, cet automne.
Les fédérations écorchées
Dans sa lettre, Christian Dubé écorche également les fédérations médicales qui « ont, de leur côté, surtout travaillé à défendre leurs propres intérêts plutôt que d’aborder tous les enjeux touchant les patients et les médecins. Ensemble, ces dynamiques ont contribué à installer un climat de confrontation qui s’est malheureusement accentué au fil des mois », poursuit-il.
« Finalement, des informations incomplètes et parfois inexactes ont circulé et ont alimenté des inquiétudes légitimes chez les médecins, dans les GMF et au sein de la population. Le climat dans le réseau s’en est trouvé fragilisé. J’assume pleinement ma part de responsabilité face à cette situation », écrit-il.
La FMOQ a indiqué dans une déclaration qu’elle ne commenterait pas le départ de M. Dubé « par respect pour le vote en cours sur l’entente de principe et pour nos membres encore en réflexion à ce sujet ». « Au-delà de la politique, il y a l’être humain. Nous souhaitons bonne chance à Christian Dubé pour la suite », a écrit pour sa part la FMSQ.
Christian Dubé affirme qu’après « mûre réflexion et dans un esprit de cohérence, de respect des institutions et de mes valeurs personnelles, je suis arrivé à la conclusion que je ne suis plus la bonne personne pour poursuivre ces discussions et piloter la réécriture de la loi 2 exigée par l’entente avec la FMOQ ».
« Dans les circonstances actuelles, c’est une décision difficile que je prends pour le bien des patients, des médecins et du réseau de la santé. Je demeure fier du travail accompli et de toutes les transformations réalisées dans les dernières années pour améliorer notre réseau de la santé », conclut-il.
Christian Dubé, un proche de François Legault, occupait les fonctions de ministre de la Santé depuis juin 2020, en pleine pandémie. Au cours des cinq dernières années, M. Dubé a notamment fait adopter une vaste réforme qui a mené à la création de Santé Québec, en décembre 2024.
Avec Marie-Eve Cousineau, La Presse