Une amie (@feuilles_d_herbe) m’a donné la permission de partager ses photos de l’intérieur de l’ancienne chapelle du collège St-Anne à Lachine reconvertie en bibliothèque.
Magnifique! On n’imagine pas les trésors qui dorment à l’intérieur d’édifices patrimoniaux souvent trop méconnus. L’art de transformer un lieu emblématique et hautement artistique sans pour autant qu’il perde son âme.
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Formidable reconversion d’un lieu de culte en un lieu de culture, de littérature et de transmission. Et si on pouvait reconvertir l’ensemble de ces magnifiques bâtiments patrimoniaux, nous serions tous gagnants car c’est la beauté et l’architecture de Montréal en bénéficierait.
Pas toujours facile les reconversions d’églises, Québec vit le même problème de fermeture avec les services à la population qui perdent leurs locaux.
La disparition des églises sème l’inquiétude à Québec
6 décembre 2025 à 04h05
La conférence Sainte-Angèle-de-Saint-Malo de la Saint-Vincent de Paul se voit obligée de quitter les locaux qu’elle occupe depuis 144 ans. (Frédéric Matte/Le Soleil)
La vente éventuelle de deux églises inquiète les organismes du quartier Saint-Sauveur, qui se demandent où les distributions alimentaires et autres initiatives communautaires auront lieu dans le futur.
Début octobre, les bénévoles de la Saint-Vincent de Paul ont eu la surprise d’apprendre qu’ils devraient quitter leurs locaux de l’église Sainte-Angèle-de-Saint-Malo d’ici la fin décembre, et trouver un nouvel endroit permanent pour effectuer leur distribution alimentaire.
«Nos dernières activités à l’église seront celles de distribution des paniers de Noël», se désole la présidente de la conférence Sainte-Angèle-de-Saint-Malo de la Société de Saint-Vincent de Paul, Lucie Couture.
«On savait que la paroisse se restructure et que l’église devrait être vendue dans un horizon de zéro à cinq ans, mais jamais on n’aurait pensé devoir quitter avec un délai de deux mois», déplore-t-elle.
Alors que leurs locaux de l’église, que la Saint-Vincent occupait depuis 144 ans, coûtaient seulement environ 300 $ par année en frais d’électricité, les locaux commerciaux sont inabordables pour l’organisme, constate la présidente.
«Il y a beaucoup d’embûches» hormis le prix du loyer, signale Mme Couture. Par exemple, le futur local devra pouvoir accueillir plusieurs réfrigérateurs, comporter le moins d’escaliers possible et disposer d’un endroit où les camions de Moisson Québec pourront livrer les marchandises.
L’église Sainte-Angèle-de-Saint-Malo a été inaugurée en 1899. Elle dispose d’un intérêt patrimonial «supérieur», et est l’une des rares églises construites avec de la brique d’Écosse, selon la Ville de Québec. (Frédéric Matte/Le Soleil)
«Heureusement», le Centre communautaire Durocher accueillera la distribution alimentaire pour les premiers mois de 2026, mais la Saint-Vincent est toujours à la recherche d’un local permanent.
«On est très heureux de cette bonne nouvelle: pas de rupture de services alimentaires, mais je vais être franche avec vous, avec combien d’efforts», lâche Mme Couture.
Des lieux utiles à la communauté
En plus de vendre l’église de Saint-Malo, la paroisse de Sainte-Marie-de-l’Incarnation envisage également de trouver une nouvelle vocation ou de vendre l’église Saint-Sauveur, ce qui inquiète le Comité de citoyens et de citoyennes du quartier Saint-Sauveur.
L’église de Saint-Sauveur a été achevée en 1886 selon les plans de l’architecte Joseph-Ferdinand Peachy. (Frédéric Matte/Le Soleil)
«Nous c’est vraiment notre crainte. Dans Saint-Sauveur on a déjà perdu trois églises en peu de temps. C’étaient des lieux qui étaient disponibles pour les initiatives communautaires, comme la distribution alimentaire.»
— Guillaume Béliveau Côté, coordonnateur du comité citoyen
Lorsque les églises sont vendues, démolies, ou converties, les organisateurs de projets communautaires ont peine à trouver d’autres endroits pour mener à bien leurs initiatives, ajoute-t-il.
«C’est tout le milieu communautaire qui vit cet enjeu. Les sources de financement et les subventions pour avoir accès à des locaux ne sont pas énormes. C’est très difficile de trouver des lieux gratuits ou à très faible coût», s’inquiète M. Béliveau Côté.
Une demande qui «explose»
L’organisme La Concerte, qui est dédié à «l’amélioration de la qualité de vie» des résidents du quartier Saint-Sauveur, est également préoccupé de la possible privatisation de l’église située sur l’avenue des Oblats, qui est présentement utilisée par la conférence Saint-Sauveur de la Saint-Vincent de Paul pour la distribution alimentaire.
«Les espaces, comme les églises, ils sont vraiment importants pour le communautaire. Quand la Saint-Vincent de Paul a deux mois pour quitter et se trouver un autre local, c’est très inquiétant», déplore Catherine Bonneau, coordonnatrice à la sécurité alimentaire chez La Concerte.
Quel sera le sort de l’église Saint-Sauveur? (Frédéric Matte/Le Soleil)
Elle soulève que certains locaux qui appartiennent à la Ville de Québec, comme le centre communautaire Édouard-Lavergne, pourraient servir davantage à la communauté. «Il y a très peu d’activités qui y sont organisées», soutient-elle.
Mme Bonneau signale que «dans le contexte actuel», les organismes qui effectuent des distributions alimentaires sont essentiels, puisque les demandes d’aide alimentaire «explosent».
«Entre 2023 et 2024, juste dans le quartier Saint-Sauveur, les demandes ont augmenté de 40 %», illustre la coordonnatrice. Sur la même période, les demandes de personnes ayant un emploi ont augmenté de 130 %, ajoute-t-elle.
«Avec la crise du logement et le prix des loyers, l’inflation, et l’absence d’une épicerie abordable dans le quartier, les gens n’arrivent plus», affirme Mme Bonneau.
Selon l’Observatoire québécois des inégalités, en 2023, 13,8 % de la population de la Capitale-Nationale était en situation d’insécurité alimentaire.
«Pourquoi autant d’argent?»
La secrétaire-trésorière de la conférence Saint-Sauveur de la Société Saint-Vincent de Paul, Johanne Grégoire, s’inquiète aussi pour son organisme à la suite de la situation qui a frappé la conférence Sainte-Angèle-de-Saint-Malo.
«Selon ce qu’on nous a dit, nous on a encore quelques années devant nous avant de devoir quitter» l’église Saint-Sauveur, mentionne Mme Grégoire.
Elle se questionne sur les investissements qui ont été faits par la paroisse dernièrement dans la réfection des clochers de l’église.
«Est-ce qu’ils veulent vraiment requalifier l’église, la vendre ? Pourquoi ils ont dépensé autant d’argent pour faire sonner les cloches ?», soulève-t-elle.
«Trouver un nouveau local c’est certain que ce ne sera pas facile, en plus on a de moins en moins d’argent», conclut-elle.
Malgré de nombreuses tentatives, il a été impossible pour Le Soleil d’obtenir une entrevue avec le directeur général de la paroisse de Sainte-Marie-de-l’Incarnation, Nicolas Marcil.
Nouvelle vidéo de Dave Amos/City Beautiful
YIGBY = Yes In God’s Backyard
Can Churches End the Housing Crisis? (YIGBY)
Faith-based organizations often have more land than they need. They also may want to build housing on that land to further their mission. But they aren’t always allowed to. But if they could build housing, it could help end the housing crisis.
Version Nebula sans la pub : Can Churches End the Housing Crisis? (YIGBY) | Nebula
N’hésitez pas à ajouter les projets de conversion en entête.
Que deviennent les tableaux et les statues lorsque les églises ferment?
Depuis plusieurs années, des églises ferment, changent de vocation ou sont démolies. Les oeuvres d’art dont elles regorgent sont alors dispersées. Et pourtant, plusieurs d’entre elles ont une valeur patrimoniale et artistique.
Une statue de Jésus fabriquée par l’atelier Carli et Petrucci dans la réserve de l’Oratoire Saint-Joseph.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
Publié à 4 h 00 HNE
À l’intérieur de l’oratoire St-Joseph du Mont-Royal, derrière des portes barrées au fond d’un corridor, se trouve un endroit un peu secret et mystérieux. Il s’agit de la réserve blanche. C’est le nom donné au lieu où sont conservés plus de 20 000 œuvres d’arts et objets du patrimoine religieux.
Dans cette grande salle, il y a notamment des statues, des croix et des tableaux recouverts de plastique ou classés dans des boîtes.
Ils proviennent des dons de congrégations religieuses ou d’églises qui ont fermé, explique la registraire des collections du Musée de l’Oratoire Saint-Joseph, Émie Morneau-Viel.
La registraire des collections au Musée de l’Oratoire Saint-Joseph, Émie Morneau-Viel.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
C’est la BD reportage intitulée Chasseurs de trésors, enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec, écrite par la journaliste indépendante Isabelle Lareau et illustrée par Francis Desharnais, qui a inspiré ce reportage.
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Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec par Isabelle Lareau et Francis Desharnais.
Photo : Atelier 10 et La Pastèque
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Statues de la réserve de l’Oratoire de Saint-Joseph et la journaliste indépendante Isabelle Lareau.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
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Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec.
Photo : Atelier 10 et La Pastèque
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Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec par Isabelle Lareau et Francis Desharnais.
Photo : Atelier 10 et La Pastèque
Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec par Isabelle Lareau et Francis Desharnais.
Photo : Atelier 10 et La Pastèque
Dans la réserve, chaque objet a une valeur pour différentes raisons.
Soit c’est une valeur patrimoniale, soit c’est une valeur artistique, explique la registraire. Par exemple, on a des sculptures de Sylvia Daoust, qui a été une des premières femmes à gagner sa vie en tant que sculptrice. C’est intéressant aussi de voir les changements de la société et ça peut aussi servir de valeurs d’études.
Sculpture de Sylvia Daoust dans la réserve de l’Oratoire Saint-Joseph.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
D’autres œuvres, comme des statues en plâtre, sont aussi des témoins de l’histoire de l’immigration au Québec, comme le montre l’une des statuettes que la registraire sort d’une des boîtes de la réserve.
Au milieu du 19e siècle et pendant un peu plus de 100 ans, des familles italiennes, venues ici avec leur expertise, ont fabriqué des milliers de statues en plâtre.
Des familles comme les Bernardi, Rigali ou Carli et Petrucci sont devenues célèbres pour la qualité de leurs œuvres.
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Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec par Isabelle Lareau et Francis Desharnais.
Photo : Atelier 10 et La Pastèque
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Statue de Saint-Joseph fabriquée par l’atelier Petrucci-Carli.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
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Statue de Saint-Joseph réalisée par l’atelier Petrucci-Carli.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
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Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec par Isabelle Lareau et Francis Desharnais.
Photo : Atelier 10 et La Pastèque
Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec par Isabelle Lareau et Francis Desharnais.
Photo : Atelier 10 et La Pastèque
Dispersion et marché lucratif?
Plusieurs des œuvres du patrimoine religieux ne se retrouvent pas dans des lieux protégés comme la réserve de l’Oratoire.
Des œuvres peuvent se retrouver dans les réserves diocésaines, parce que ce sont les diocèses qui ont cette responsabilité, mais aussi chez des antiquaires, des collectionneurs et, même, à la poubelle, explique la journaliste indépendante et autrice Isabelle Lareau.
Les œuvres se retrouvent aussi sur des sites de revente en ligne ou sont parfois mises aux enchères. Elles font aussi l’objet d’un marché lucratif, a découvert la journaliste dans son enquête. Les paroisses vendent parfois à des pickers, qui les revendent à leur tour.
La journaliste indépendante Isabelle Lareau, autrice du livre Chasseurs de trésors : Enquête sur la dissémination du patrimoine religieux au Québec.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
Un picker, c’est quelqu’un qui surveille les fermetures d’églises et qui fait affaire avec des antiquaires et qui trouve des objets pour des collectionneurs privés. Donc, ils vont acheter et revendre à profit une statue trouvée, par exemple, lors d’une fermeture d’église, et si cette statue est signée, elle vaut encore plus, explique-t-elle.
La journaliste tient à mentionner qu’il n’est pas illégal de vendre des œuvres qui se trouvent dans les églises si certaines règles et lois sont respectées.
Les objets doivent d’abord être désacralisés, puisqu’on ne peut vendre un objet sacré. Ensuite, les fabriques doivent obtenir l’approbation de l’évêque du diocèse pour vendre des biens ayant un intérêt historique et, enfin, il y a les lois gouvernementales à respecter.
Une statue qui se trouve dans la réserve de l’Oratoire Saint-Joseph.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
Écoutez le reportage radio de Karine Mateu diffusé à l’émission Ça nous regarde, sur ICI Première.
La loi, ses limites et la suspension des aides gouvernementales
À Québec, le ministère de la Culture et des Communications répond que les biens mobiliers religieux, comme les statues et les croix, peuvent être encadrés par la Loi sur le patrimoine culturel, s’ils font l’objet d’un statut de protection attribué par une municipalité locale, une communauté autochtone, une municipalité régionale de comté (MRC) ou le ministre.
Les éléments protégés sont d’ailleurs inscrits dans le Registre du patrimoine culturel du Québec.
À lire aussi :
- L’église Notre-Dame-des-Victoires restera fermée jusqu’en mai
- L’église Saint-Sauveur pourrait être vendue et requalifiée
- Patrimoine catholique : le déclin se poursuit (2023)
Le ministère ajoute que la loi a été mise à jour en 2021 pour assurer une meilleure gestion et valorisation du patrimoine culturel, tout en impliquant davantage les citoyens et les organismes concernés dans le processus décisionnel.
La directrice du musée et conservatrice du patrimoine artistique de l’Oratoire Saint-Joseph, Chantal Turbide, croit qu’il faut en faire davantage.
Il y a une loi sur le patrimoine, mais dans la pratique, elle ne permet pas de protéger complètement, elle n’est pas coercitive. Ça n’empêche pas la destruction de bâtiments historiques extrêmement importants. Si un propriétaire ne s’occupe pas d’un bien historique, qu’est-ce qu’on fait? demande-t-elle.
La directrice du musée et conservatrice du patrimoine artistique de l’Oratoire Saint-Joseph du Mont-Royal, Chantal Turbide, devant un chemin de croix en bois.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
On ne pourra pas tout garder, mais il faudrait au moins tenter de conserver les objets importants pour notre histoire. Il faut comprendre que le patrimoine religieux, c’est tout simplement notre patrimoine artistique au Québec!
Une citation de La directrice du musée de l’Oratoire Saint-Joseph, Chantal Turbide
Selon elle, le problème est qu’il n’y a pas de réflexion d’ensemble sur ce que l’on doit conserver.
Qu’est-ce qui est important pour nous? Il faut être vigilants et il faut une concertation nationale plus importante. Ça ne peut pas tenir qu’entre les mains de quelques institutions, déplore Chantal Turbide, qui salue tout de même la mise sur pied d’initiatives qui protègent ce patrimoine.
Par exemple, pendant plus de 30 ans, le Conseil du patrimoine religieux du Québec, un organisme à but non lucratif, a géré les aides financières octroyées par le gouvernement du Québec pour protéger les biens immobiliers (églises) et mobiliers (œuvres religieuses), mais celles-ci ont été suspendues en juin dernier.
L’historien de l’art et conseiller au Conseil du patrimoine religieux du Québec, Frank Calard, s’inquiète de la sauvegarde du patrimoine religieux.
Statues du patrimoine religieux conservées dans la réserve de l’Oratoire Saint-Joseph.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
Avant la suspension, j’avais des demandes, ces objets-là ne seront pas restaurés. Pour ce faire, il faudrait, je ne dirais pas un miracle, mais parfois on peut faire appel à des mécènes, mais c’est extrêmement rare, parce que le patrimoine mobilier des œuvres d’art, on est la dernière roue du carrosse! Je dirais qu’on est dans un moment assez difficile tant pour le patrimoine immobilier que mobilier, déplore-t-il.
Il n’y a pas une semaine où je ne reçois pas un courriel ou un appel pour une œuvre d’art, parce qu’il y a une demande de la population et ce n’est pas seulement des communautés religieuses ou des fabriques. Il y a une volonté de conserver ce patrimoine.
Une citation de Le conseiller au Conseil du patrimoine religieux du Québec, Frank Calard
Le ministère de la Culture et des Communications explique qu’il a suspendu les aides financières pour l’année 2025-2026 en raison des budgets limités du gouvernement.
Il ajoute que dans l’intervalle, les projets en patrimoine religieux seront considérés en fonction de l’urgence d’intervenir et du caractère exceptionnel du bien. […] Il a aussi été décidé de concentrer les efforts à court terme sur la gestion du patrimoine religieux immobilier puisque les enjeux sont plus importants à ce niveau.
Selon le ministère, la gestion du patrimoine religieux doit être modernisée et le Conseil du patrimoine religieux du Québec sera impliqué dans ces travaux.
Bustes du frère André conservés dans la réserve de l’Oratoire Saint-Joseph.
Photo : Radio-Canada / Karine Mateu
Les familles Carli et Petrucci
Ces deux familles italiennes sont à l’origine de la création de plusieurs ateliers : Petrucci et Frères (1910-1923), Carli et Frères (1901-1914), Petrucci et Carli (1926-1972) et, bien sûr, T. Carli-Petrucci (1867-1965).
On retrace les origines des familles Carli et Petrucci dans un petit village d’Italie situé près de Lucca, Coreglia Antelminelli. Ce village est le berceau de la fabrication des statues de plâtre.
Source : Préservation des objets religieux : La statuaire religieuse en plâtre du Québec, Édith, Prégent , Presses de l’Université du Québec.
Un message a été fusionné à un sujet existant : Vieilles photos
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« Tout allait bien, jusqu’à ce qu’on coupe trois cercueils… »

PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS
Église de Saint-Irénée, dans Charlevoix
PHOTO FRANÇOIS GERVAIS, ARCHIVES LE NOUVELLISTE
Été 2022. Après avoir fait l’acquisition de la vieille église de Saint-Irénée dans Charlevoix, l’équipe du Domaine Forget installe un système de ventilation pour mettre le bâtiment aux normes.
Résumé
Publié à 5 h 00

Jean-Christophe Laurence La Presse
](https://www.lapresse.ca/auteurs/jean-christophe-laurence)
Dans le sous-sol, les ouvriers se butent à un gros remblai de terre. En essayant de se frayer un chemin, l’un d’entre eux tombe face à un crâne humain.

PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS
Église de Saint-Irénée, dans Charlevoix
« J’imagine qu’il a fait un saut », raconte Daniel Robichaud, délégué au développement des marchés au Domaine Forget.
Été 2023, le promoteur Pierre Marcotte effectue des travaux dans l’ancienne église de Sainte-Geneviève-de-Batiscan, qu’il souhaite transformer en logements sociaux. Ses travaux lui demandent d’abaisser de trois pieds le plancher de la cave, une ancienne chaufferie.

PHOTO FOURNIE PAR PIERRE MARCOTTE/DUMAR CONSTRUCTION
Ossements et planches de cercueils excavés sous l’ancienne église de Sainte-Geneviève-de-Batiscan
« Tout allait bien, jusqu’à ce qu’on coupe trois cercueils en deux, raconte M. Marcotte. Ils étaient juste six pouces sous le plancher. Je ne m’attendais pas à ça pantoute. »
Et ça puait, ajoute-t-il.

PHOTO FRANÇOIS GERVAIS, ARCHIVES LE NOUVELLISTE
Le promoteur Pierre Marcotte
Les émanations étaient particulièrement nauséabondes à cause de l’inhumation dans de l’argile bleue !
Pierre Marcotte, promoteur
Une coutume répandue
Ces histoires pas banales ont de quoi faire frissonner. Mais elles sont plus courantes qu’on ne le pense. Bon an, mal an, des ossements humains sont découverts sous nos églises, à la grande surprise des personnes qui tombent dessus.
On ne parle pas ici de défunts prêtres casés dans les cryptes – généralement sous l’autel, un phénomène déjà mieux connu –, mais de fidèles qui avaient payé une somme considérable pour être enterrés sous le plancher, parfois même directement sous les bancs de prière !
« Dans les églises anciennes, il y a de bonnes chances qu’il y en ait », résume Jocelyn Groulx, directeur du Conseil du patrimoine religieux du Québec, en évoquant « toutes sortes d’anecdotes » qui sont venues à ses oreilles.

PHOTO TIRÉE DU SITE WEB DU CONSEIL DU PATRIMOINE RELIGIEUX DU QUÉBEC
Jocelyn Groulx, directeur du Conseil du patrimoine religieux du Québec
La raison en est simple : cette coutume « ad sanctos » (près des saints), importée de France dans les débuts de la colonie, a été très répandue au Québec jusqu’au début des années 1900.
Selon Mathieu Arsenault, professeur d’histoire à l’Université de Montréal, être enterré sous une église était un « privilège ». Il permettait d’avoir un « accès plus rapide au ciel », puisqu’on était enterré directement dans la maison de Dieu, au lieu d’être à l’extérieur, dans le cimetière.
Selon des listes publiées par l’historien en 2017, ce club sélect comportait des prêtres, mais aussi et surtout des agriculteurs, des soldats, des commerçants et d’autres membres de familles de l’élite locale. « C’était une marque de reconnaissance sociale, souligne M. Arsenault. Les bourgeois marquaient leur distinction du reste du peuple en ayant une cérémonie où ils étaient inhumés dans l’église, parfois même sous le banc qu’ils occupaient de leur vivant. »
Mais attention, cet honneur n’était pas gratuit ! En 1850, il pouvait en coûter jusqu’à 25 $ par adulte, et moitié moins par enfant, pour y avoir droit. Les prix variaient aussi en fonction de la saison (plus cher l’hiver, à cause du sol gelé) et pouvaient inclure des « frais de plancher », parce qu’il fallait ouvrir le parquet pour enterrer les dépouilles.
En comparaison, une sépulture « normale », c’est-à-dire dans le cimetière, coûtait entre 70 cents et 7 $.

PHOTO FOURNIE PAR LE CONSEIL DE LA FABRIQUE DE SAINT-ANTONIN
Tombes dans le sous-sol de l’église de Saint-Antonin, une municipalité située au sud de Rivière-du-Loup
Problèmes de salubrité
Le hic est que les églises d’antan n’étaient pas toujours adaptées pour recevoir des sépultures. Dans son livre La vie, la mort, hier et aujourd’hui, une référence sur le sujet publiée en 1987, l’historien Serge Gagnon rapporte des témoignages de curés se plaignant que la décomposition des corps dégageait des odeurs nauséabondes. Il faut dire qu’avec les planchers, sans cesse ouverts et refermés, il y avait place aux émanations. « Et effectivement, les corps n’étaient pas très profonds ! », ajoute M. Arsenault.
Pour régler ce vrai problème de salubrité, les diocèses vont réguler la pratique de l’inhumation. Vers la fin du XIXe siècle, on suggère l’ajout de désinfectants dans les cercueils, et on demande que ceux-ci soient isolés par de la maçonnerie ou du plomb. On exige aussi que les dépouilles soient enterrées à au moins 4 pieds de profondeur. Enfin, on invite l’élite à se faire enterrer dans les cimetières, en faisant miroiter les attraits du caveau familial.
On est dans un mouvement de médecine hygiéniste où on veut assainir l’air, l’eau, l’environnement des vivants. Donc on cherche à évacuer la mort de l’espace des vivants.
Mathieu Arsenault, professeur d’histoire à l’Université de Montréal
Avec le XXe siècle, la tradition décline. À quelques exceptions près, la coutume est abandonnée, sauf par les prêtres qui continuent d’être inhumés dans des cryptes et des enfeus prévus à cet effet. Dans une recherche menée par l’ethnologue Pierrette Maurais pour l’Écomusée du patrimoine funéraire, on apprend qu’un certain curé Onésime Lamonde aurait été inhumé sous l’église de Kamouraska en 1946. Il fut peut-être le dernier dans la province.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE
Le curé Onésime Lamonde a été inhumé sous l’église de Saint-Louis-de-Kamouraska en 1946. Au total, environ 150 dépouilles s’y trouveraient.
Des dépouilles par centaines
Selon le Conseil du patrimoine religieux du Québec (CPRQ), plus de 2750 églises auraient été bâties au Québec, du régime français jusqu’en 1975.
Mais connaître le nombre exact de sépultures ad sanctos n’est pas une mince affaire. Il faudrait retourner à tous les registres paroissiaux, sachant que certains documents ont pu être détruits ou perdus au fil du temps. Jocelyn Groulx souligne pour sa part que le CPRQ « n’a pas abordé le sujet de manière scientifique ».

PHOTO TIRÉE DE WIKIMEDIA COMMONS
La basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec
Des chiffres très partiels, parus dans l’Écomusée du patrimoine funéraire, donnent cependant froid dans le dos : le sous-sol de l’église de Saint-Roch-de-l’Achigan abriterait 65 dépouilles, celle de Saint-Jacques-de-l’Achigan, 117. On en compterait 34 à L’Assomption, 135 à Saint-Étienne-de-Beaumont, 216 à Saint-Jean-Port-Joli, 157 à Saint-Louis-de-Kamouraska, 62 à Saint-Pierre-de-Montmagny et 232 sous l’église de Saint-Roch-des-Aulnaies. Sans compter le sous-sol de la basilique-cathédrale Notre-Dame-de-Québec, qui renfermerait plus de 900 sépultures de laïcs et d’ecclésiastiques. Des hommes, des femmes, des enfants…
Alors que le tiers des églises du Québec est en « mutation » (fermées, vendues, transformées, démolies), l’enjeu des sépultures ad sanctos se pose plus que jamais. Que faire avec ces cimetières sous nos pieds ? Comment négocier cette présence, quand l’église change de vocation ? Faut-il laisser dormir les morts, les enterrer ailleurs ou partir en courant ? Comme le dit Jocelyn Groulx, on peut « s’attendre » à ce que ces questions se posent de plus en plus.
Surprises et branle-bas de combat
La présence de sépultures dans une église provoque tout un branle-bas quand vient le temps d’en changer la vocation, une pratique de plus en plus courante ces dernières années au Québec.
Résumé
Publié à 5 h 00
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Jean-Christophe Laurence La Presse
](https://www.lapresse.ca/auteurs/jean-christophe-laurence)
Pour désacraliser, il faut déplacer
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La découverte de sépultures sous les églises n’est pas toujours accidentelle. Dans certains cas, il s’agit de prêtres reposant dans une crypte, généralement sous l’autel ou la sacristie. Or, quand une église change de vocation, cette « présence » peut devenir un enjeu de santé publique.
C’est ce qui est arrivé début 2024, lorsque l’église Très-Saint-Rédempteur a été vendue à des promoteurs. L’archidiocèse de Montréal savait qu’il y avait au sous-sol le tombeau d’un prêtre. Or, pas question « d’exécrer » (désacraliser) ce lieu du culte sans déplacer d’abord la dépouille.
Si l’église doit servir à autre chose, ce n’est plus approprié qu’un prêtre soit enterré là.
Caroline Tanguay, directrice du département des services aux fabriques de l’archidiocèse de Montréal
Les démarches pour l’exhumation n’ont toutefois pas été si simples. Il a fallu démontrer à la Direction de santé publique que le prêtre en question n’était pas mort d’une maladie contagieuse, comme la vérole ou la peste. Mme Tanguay a dû fournir des pièces justificatives pour permettre le déplacement des ossements, jugement de la Cour supérieure à l’appui.
Sous le béton, la variole… ?
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Ce genre de cas n’est pas unique. Le plus connu reste celui de la maison mère des Sœurs grises, acquise par l’Université Concordia en 2010.
Deux cent soixante-quinze religieuses reposaient depuis trois siècles dans la crypte du sous-sol, dont la célèbre Marguerite d’Youville.
Concordia s’est demandé un temps s’il fallait transférer tous ces restes. Le problème, c’est que trois de ces religieuses étaient mortes de la variole, et que leurs ossements ne pouvaient être déplacés avant plusieurs siècles. De concert avec la Direction de santé publique, on a finalement décidé de couler des dalles de béton sur les sépultures pour éviter tout risque de contamination.
Une seule dépouille a survécu à ce laminage, celle de Marguerite d’Youville, qui a finalement été transférée à la basilique Sainte-Anne de Varennes. C’était son septième déménagement depuis sa mort en 1771.
Quand la police s’en mêle
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Dans le cas de découvertes accidentelles, les démarches peuvent s’avérer plus complexes.
Parlez-en à Pierre Marcotte, qui a rénové l’église de Sainte-Geneviève-de-Batiscan. Quand sa pelle mécanique a déterré des ossements sous l’ancienne chaufferie, le promoteur s’est empressé de contacter la Sûreté du Québec (SQ), qui a ouvert une enquête. « Ils ont décidé de fermer le chantier, raconte-t-il. Ils s’attendaient aux pires histoires. »
Le coroner a finalement conclu que les dépouilles, très anciennes, étaient le résultat d’un enterrement ad sanctos. Mais comme l’exige la Loi sur le patrimoine culturel, M. Marcotte a quand même dû soumettre « sans délai » une déclaration détaillée au ministère de la Culture et des Communications (MCC), afin de déterminer si la découverte était de nature archéologique.
« Ç’a été compliqué, résume-t-il… À la fin, on a changé nos plans. On ne voulait pas recreuser. »
Les trois corps anonymes ont fini par être inhumés de nouveau au cimetière, aux frais de l’archevêché de Trois-Rivières.
« Un accident de parcours »
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Scénario semblable à Saint-Irénée, dans Charlevoix, où la police a fermé le chantier pendant une bonne semaine, après la découverte d’un crâne humain dans un remblai de terre sous l’église.
Une fois écartée l’hypothèse d’un homicide, on a remis les ossements à un centre de services funéraires. Ils ont été inhumés dans le cimetière du village après qu’une famille de la région les a réclamés.
Une seule dépouille a été trouvée ce jour-là. Mais il est fort probable qu’il y en ait d’autres. Le Domaine Forget, qui venait d’acquérir le bâtiment, n’a pas creusé davantage pour le savoir.
« Le ministère de la Culture nous a permis de continuer nos travaux en nous faisant promettre de ne plus toucher à ce monticule-là. Sinon, il aurait fallu faire des travaux d’archéologie. La première découverte était un hasard, mais pour continuer, il aurait fallu faire ça dans les règles », raconte Daniel Robichaud, délégué au développement des marchés du Domaine Forget.
« Finalement, on va voir ça comme un accident de parcours », conclut-il.
15 000 $ par corps
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Il y a quelques années, la Ville de Saint-Antonin prévoyait acheter son église pour la transformer en salle municipale. Les travaux envisagés impliquaient toutefois de déplacer les huit sépultures de laïcs qui reposaient dans le sous-sol depuis plus de 100 ans, dont un bébé de 15 jours.
La fabrique de l’église a fait circuler les huit noms dans les médias locaux, avec l’espoir que leurs familles réclament les dépouilles. « Aucune personne ne s’est manifestée », regrette Hélène Beaulieu, présidente du conseil de fabrique de Saint-Antonin. Un thanatologue a également évalué les coûts des exhumations. « Entre 10 000 $ et 15 000 $ par corps », note Mme Beaulieu. Sans compter les services d’archéologues qu’on aurait exigés pour encadrer les fouilles. « Ça aurait coûté cher », dit-elle.

PHOTO FOURNIE PAR LE CONSEIL DE LA FABRIQUE DE SAINT-ANTONIN
Église de Saint-Antonin
Après réflexion, la Ville a laissé tomber le projet. Et la fabrique a renoncé à déménager les corps. Un mal pour un bien, conclut Mme Beaulieu, en évoquant ces huit dépouilles orphelines. « Finalement, ils sont bien là. Et ça ne nuit pas… »





















