Mise en valeur des rivières de Québec

Plan sur 20 ans pour mettre en valeur les rivières de la ville de Québec, au cœur d’une démarche pour créer un vaste parc naturel et habité, de 30 km², le parc des Grandes-Rivières-de-Québec.

Plan ambitieux!

Texte intégral

Voici à quoi pourraient ressembler les rivières de Québec dans 20 ans

Le futur secteur du Pont à patates de la rivière Saint-Charles devrait permettre une mise à l’eau d’embarcations.
PHOTO : VILLE DE QUÉBECFélix Morrissette-BeaulieuPublié à 15 h 22

La Ville de Québec a dévoilé sa vision pour la mise en valeur de ses rivières au cours des 20 prochaines années. L’objectif est de rendre accessibles 200 kilomètres de sentiers et d’espaces multifonctionnels et de créer un vaste parc.

La Ville entend précisément créer neuf pôles d’activités le long des quatre rivières: Saint-Charles, Beauport, Cap-Rouge et Montmorency. et seront accessibles à l’année.

, estime Marie-France Loiseau, directrice de l’aménagement à la Ville.

Onze aires d’accueil, qui vise à donner un accès aux berges avec l’aménagement de mobilier urbain et d’espaces de stationnement, doivent aussi voir le jour.

Le plan de mise en valeur des rivières de Québec comprend :- 21 espaces d’accès à l’eau

  • 7 observatoires
  • 68 belvédères
  • 11 plages
  • 81 passerelles
  • 35 lieux d’hébergements
  • 18 sites d’observation de la faune

Ces sites seront reliés par des sentiers aménagés ou des voies multifonctionnelles accessibles en vélo, notamment.

, précise Amélie Germain, architecte paysagiste du Service de la planification de l’aménagement et de l’environnement.

, prévient-elle, afin de s’assurer de la convivialité de certains sites advenant une hausse de l’achalandage.

Budget inconnu

Le budget total pour la réalisation de cette vision n’a pas encore été déterminé, selon Marie-France Loiseau. Lors de la première mouture en 2017, la Ville estimait les coûts du projet à 28 millions de dollars.

La pratique de plusieurs sports sera encouragée le long des rivières.

PHOTO : VILLE DE QUÉBEC

Treize millions de dollars ont déjà été investis, notamment avec l’acquisition de terrains, de même que la construction d’un pavillon de service à la Pointe-aux-Lièvres et de passerelles dans le secteur Beauport.

Mme Loiseau a bon espoir d’avoir les moyens de compléter cette vision.

Selon la Ville, 3000 personnes qui résident le long des cours d’eau ont été consultées pour élaborer cette vision.

La rivière Saint-Charles : la fondatrice

Chaque rivière aura sa propre thématique. Les citoyens pourront étudier les cours d’eau grâce à des parcours thématiques accessibles, entre autres, sur leur téléphone intelligent.

La rivière Saint-Charles sera , en raison de son rôle dans la fondation de la ville. Celle-ci a accueilli à travers les époques, , peut-on lire dans la description de la rivière.

Le futur site du pont Dorchester sur la rivière Saint-Charles

PHOTO : VILLE DE QUÉBEC

Les secteurs mis en valeur seront la chute Kabir Kouba, le parc Chauveau, le parc des Saules, les plaines de la Basse-Ville, le secteur du pont à Patates et le site du Château d’eau, notamment.

La Ville a aussi comme projet l’installation de péniches et d’une aire de restauration flottante dans le secteur de la Marina Saint-Roch, mais rien n’est confirmé pour le moment.

La rivière Beauport : la seigneuriale

La Ville a comme objectif de mettre en valeur l’aspect historique de la rivière Beauport, au coeur du secteur où se situaient les premières seigneuries de la Nouvelle-France.

L’administration envisage notamment l’agrandissement du parc Chabanel, de même que l’aménagement des cascades de Beauport, du lac John et du barrage Brown.

La Ville souhaite mettre en valeur les cascades de Beauport, notamment

PHOTO : VILLE DE QUÉBEC

La rivière Montmorency : la fougueuse

Pour cette rivière, la Ville souhaite particulièrement reconnaitre son aspect sauvage et sa possibilité d’accueillir les sportifs, avec comme point de départ le Centre de plein air de Beauport.

Le lac des Petites Îles et le barrage des Hautes-marches seront également revampés, selon la ville, qui souhaite installer de l’hébergement , sur l’eau.

La Ville souhaite installer de l’hébergement «varié et insolite» sur la rivière Montmorency.

PHOTO : VILLE DE QUÉBEC

La rivière Cap-Rouge : la créative

Située à l’ouest de la Ville, la rivière Cap-Rouge devrait connaître le réaménagement de son embouchure, de même que l’aménagement d’un nouveau parc du Tracel, le parc nautique sera quant à lui renouvelé.

La Ville souhaite mettre en valeur le paysage de la rivière en raison de sa proximité avec le fleuve Saint-Laurent.

Le futur secteur du parc nautique, à proximité de la rivière Cap-Rouge.

PHOTO : VILLE DE QUÉBEC

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Montréal devrait s’en inspirer. La ville est entourée d’eau et pourtant son accès est vraiment limité. Aussi, il ne reste plus qu’une rivières ainsi que quelques ruisseaux ou vestiges d’anciennes rivières. Je pense que c’est important de les préserver voir même les faire découvrir aux citoyens. Par exemple, le dernier vestige de la rivière Saint-Pierre, qui était très importante au débuts de Montréal, coule sur quelques dizaines de mètres dans un golf de Montréal Ouest, on pourrait la mettre en valeur. Aussi, un ruisseau coule depuis une source du cimetière du mont-Royal vers Outremont. Le paysage près de sa source est très bucolique et lorsqu’elle passe au travers d’un parc, plus bas, elle passe inaperçue alors qu’elle aurait pu être un attrait principal.


My dream for bassin Peel. Something like fisherman’s wharf or Clarke quay. And a beautiful signature bridge to link the sides. The views with Griffintown in the back. Possibly joined up with the future baseball stadium.

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Ce coin du canal de Lachine est tellement sous utilisé, et devrait tellement être mis en valeur et amélioré, car les quais actuels n’ont que quelques banc et des lampadaires… Les fondations des anciens hangars pourraient être ré-utilisé pour créer les formes de cet espace. De plus, une passerelle est absolument nécessaire, car pour passé d’un côté à l’autre, les chemins sont assez long entre le pont Wellington et le pont de la rue Mill

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J’y avais jamais pensé, mais c’est vraiment une excellente idée. Ça rajouterais de la vie, les soirs d’été seraient joyeux tandis que les soirées d’hivers seraient chaleureuses. Ça pourrait devenir une destination importante si c’est bien réalisé.

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Je crois que c’est en 2017 ou 2018, il y avait des spectacles sur une barge, mais tout ce secteur a réellement d’une nouvelle vie et est unique, car avec la grandeur du bassin, c’est comme un lac intérieur, alors il faut vraiment en profiter et utiliser son caractère industriel et urbain pour l’aménager intelligemment.

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C’était un « dépotoir » en plein cœur de la capitale. C’est maintenant un parc urbain qui rivalise de beauté avec les plaines d’Abraham. En 25 ans, la Ville de Québec a fait renaître la rivière Saint-Charles, et au passage les quartiers populaires de la Basse-Ville.

Résumé

Québec La rivière ressuscitée

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

La rivière Saint-Charles, à Québec, est aujourd’hui une oasis de verdure en été. Ça n’a pas toujours été le cas.

C’était un « dépotoir » en plein cœur de la capitale. C’est maintenant un parc urbain qui rivalise de beauté avec les plaines d’Abraham. En 25 ans, la Ville de Québec a fait renaître la rivière Saint-Charles, et au passage les quartiers populaires de la Basse-Ville.

Publié à 1h15 Mis à jour à 5h00

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Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

(Québec) Un père manœuvre une poussette sur un sentier gravillonné, laisse passer un coureur et reprend son chemin. Au-dessus de lui se dresse une rangée de pommiers. Ils ont fleuri depuis longtemps et commencent à porter des fruits.

C’est juillet, tout est ici tapissé de vert, entre les saules, les verges d’or, les vinaigriers, les cornouillers, les rosiers rustiques… C’est un matin d’été comme les autres en Basse-Ville de Québec, sur le bord de la rivière Saint-Charles.

Dur de croire qu’il y a 30 ans à peine, cette rivière était un égout à ciel ouvert et que ses berges avaient été largement bétonnées par un maire qui avait été séduit par la Seine parisienne.

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La Saint-Charles et son parc linéaire sont aujourd’hui transformés, fruit d’un des projets de renaturalisation parmi les plus ambitieux au Québec.

« Quand on a commencé, il y avait des carcasses d’auto, des pneus, des frigidaires… On a été des années à ramasser. Là, il n’y a plus rien dans cette rivière », raconte Jacques Grantham, ancien directeur des services à l’environnement pour la Ville de Québec, qui a participé au projet du début à la fin.

C’est à l’embouchure de cette rivière que Jacques Cartier a passé son premier hiver (1535-1536) canadien. Mais le lustre historique de la Saint-Charles ne l’a pas protégée des conséquences de l’industrialisation trois siècles plus tard.

« Quand Cartier est arrivé en 1534, c’était une forêt de chênes. Ç’a probablement été envoyé en France pour les bateaux, relate M. Grantham. Après sont arrivées l’industrie navale, les aciéries, les tanneries… »

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Loin des quartiers bourgeois de la Haute-Ville, la rivière a été laissée à son triste sort, servant d’égout à ciel ouvert entouré de quartiers populaires.

Des maires ont tenté de l’en sortir dans les années 1960, dans une perspective hygiéniste surtout.

Le maire Gilles Lamontagne a fait bétonner ses berges dans l’espoir de lui donner des airs de Seine. La décision est aujourd’hui très critiquée, mais l’ancien maire Régis Labeaume se porte à sa défense.

« Ça partait d’un bon sentiment. Parce que la rivière était un dépotoir total. Alors il l’avait bétonnée comme ils l’ont fait à Ottawa », lâche M. Labeaume en entrevue. Selon lui, la renaissance de la rivière commence avec M. Lamontagne, même si c’est sous Jean-Paul L’Allier que le gros du travail sera fait.

PHOTO TIRÉE DES ARCHIVES DE LA VILLE DE QUÉBEC

Une photo de la rivière bétonnée en 1972. On voit le pont Drouin.

C’est que la rivière nouvellement bétonnée n’a pas eu le succès escompté. Pour empêcher les badauds de déverser leurs déchets, une clôture Frost a été installée à certains endroits. « Il y a 35 ans, il n’y avait à peu près pas de végétation ni d’arbres dans ce secteur. Pour les gens de ma génération, qui ont connu les années 1970, ce n’était pas très beau à voir », se souvient l’historien Réjean Lemoine.

La révolution L’Allier

Dans les années 1990, des groupes de citoyens et d’environnementalistes demandent que la rivière soit assainie et débétonnée. Le maire Jean-Paul L’Allier accepte de se lancer dans un projet de renaturalisation, qui commence en 1996.

Des parois de béton sont retirées. Puisque 80 % des berges étaient polluées, la Ville décide de remblayer ; un mètre de terre est ajouté sur les berges. « Ça diminuait beaucoup les coûts, sinon ç’aurait été énorme », note M. Grantham.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Jacques Grantham, ancien directeur des services à l’environnement pour la Ville de Québec, a pu participer au projet de renaturalisation de la rivière du début à la fin.

Si on creusait, on trouverait probablement encore toute la fondation de l’ancienne terrasse construite dans les années 1970. On ne l’a pas enlevée, ça ne servait à rien, ça aurait créé beaucoup de remblais pour rien.

Jacques Grantham, ancien directeur des services à l’environnement pour la Ville de Québec

La Ville fait venir des Français experts en génie végétal, qui consiste notamment à se servir des végétaux pour faire de la stabilisation. « Là-bas, vous voyez les saules ? demande M. Grantham en pointant une berge. Ce sont des fagots qui avaient été installés. Tu fais des boudins avec ça, tu les enterres et les saules retigent dans le temps de le dire. »

En parallèle, un parc linéaire composé d’un chemin pédestre et d’une piste cyclable est créé. Aujourd’hui, il longe les 32 km de la rivière, jusqu’au lac Saint-Charles. Il est devenu l’un des plus beaux parcs de la capitale.

La fin de l’égout

Mais l’élément essentiel de cet énorme projet, et probablement le plus méconnu, est la construction de 12 bassins de rétention le long de la rivière. Avant leur construction, lors des fortes pluies, quand les usines de traitement de l’eau de la capitale ne fournissaient plus, les eaux usées – dont celles des toilettes – étaient rejetées dans la Saint-Charles.

On avait le triste record de la rivière la plus polluée au Québec. C’était un égout à ciel ouvert.

Jacques Grantham, ancien directeur des services à l’environnement pour la Ville de Québec

Ces bassins sont des tunnels de béton de trois mètres de hauteur sur cinq mètres de largeur. Ils sont enfouis dans la berge, et récupèrent les eaux usées lors des grandes pluies. L’eau est relâchée vers l’usine quand la pluie a cessé. Avant les bassins, il y avait 80 débordements chaque été dans la rivière. Il n’y en a plus que quatre, selon la Ville.

Jacques Grantham estime que sur le budget total de 125 millions de dollars pour la renaturalisation de la Saint-Charles, 85 millions sont allés à la construction de ces bassins.

« Les bassins de rétention, ce n’est pas très sexy politiquement. Tu ne coupes pas un ruban avec ça. Il fallait le faire à l’époque et Jean-Paul a eu le courage », lâche Régis Labeaume. « Le citoyen moyen va dire : pourquoi tu ne répares pas les nids-de-poule et tu fais des bassins de rétention ? C’était une mesure environnementale spéciale. »

Un nouveau barrage en 2028

La qualité de l’eau de la Saint-Charles n’est toujours pas parfaite. Le lit du cours d’eau est toujours rempli de sédiments pollués par des décennies de rejets. Il est toujours interdit de se baigner ou de naviguer dans sa partie urbaine. La Ville promet toutefois « qu’il ne saurait tarder » avant que le canot ou le kayak soient permis au cœur de la ville.

Québec veut aussi remplacer d’ici 2028 le vieux barrage à l’embouchure de la rivière, qui gère difficilement son débit. « Le rehaussement du niveau du barrage et la mise à niveau des vannes assureront protection, pérennité et résilience face à l’augmentation des précipitations et du niveau de la marée due aux changements climatiques », note une porte-parole de la Ville.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Le secteur de la Pointe-aux-Lièvres, collé sur la rivière, a été entièrement réaménagé dans les dernières années.

Le passé industriel n’est pas non plus tout à fait disparu, avec la papetière White Birch et ses odeurs nauséabondes à l’embouchure du fleuve.

Même s’il reste du travail à faire, la renaturalisation de la Saint-Charles est un succès manifeste, estime Réjean Lemoine. « Il y a eu un changement radical. Et ç’a permis la revitalisation des quartiers centraux de Saint-Roch, Saint-Sauveur et Limoilou. Sans ça, il n’y aurait pas eu de revitalisation de ces quartiers », croit l’historien.

« À long terme, c’est le plus grand legs de L’Allier. On le tient pour acquis aujourd’hui. Mais sans revitalisation de la rivière, il n’y aurait pas eu de revitalisation des quartiers centraux. Ça va avoir un impact tout le long du XXIe siècle. »

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