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Le 1er juillet, au Québec, n’est pas seulement la journée du déménagement, c’est aussi le miroir d’un problème plus profond. Derrière ce folklore bien ancré se cache une réalité inquiétante : le logement est de plus en plus traité comme un produit financier, et cette logique fragilise directement le droit des locataires au maintien dans les lieux. Ce glissement n’est pas anodin. Il transforme l’éviction en levier économique.
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Depuis plus d’un an, j’observe de près plusieurs dossiers d’éviction à Montréal. Dans l’un de ces cas, dans le quartier Centre-Sud, un triplex vendu au printemps 2025 illustre parfaitement cette mécanique. Sur six logements, quatre ont déjà été libérés. Deux locataires résistent encore.
Parmi eux, une famille monoparentale immigrante.
Derrière ce dossier, il y a une enfant qui grandit dans ce quartier, dans ce logement, avec ses repères, son école et ses amis. Il y a un parent qui tente de préserver cette stabilité. Et il y a aussi, progressivement, les avis de travaux, les offres financières pour partir, les délais, les procédures et l’usure psychologique.
Premier constat : l’éviction est aujourd’hui souvent intégrée au financement même de l’immeuble. Dans plusieurs cas, les immeubles locatifs sont achetés bien au-delà de leur valeur municipale.
Pas de quelques points de pourcentage, mais parfois à deux ou trois fois cette valeur. Et ces acquisitions sont financées par les banques.
Pourquoi cela importe-t-il ? Parce qu’un tel financement repose sur une hypothèse simple : l’immeuble devra produire beaucoup plus que ce qu’il rapporte actuellement.
Or, dans des quartiers comme Centre-Sud, certains logements loués autour de 800 $ par mois ne permettent pas de soutenir ce niveau d’endettement. La seule manière d’atteindre la rentabilité attendue devient alors évidente : faire partir les locataires, rénover, subdiviser ou relouer à prix beaucoup plus élevé.
Autrement dit, le départ des locataires n’est pas une conséquence accidentelle. Il est prévu dès l’achat.
Rapport de force inégal
Le droit de propriété et le droit au maintien dans les lieux devraient coexister. Mais dans la pratique, le premier dispose souvent de ressources infiniment plus grandes pour s’imposer.
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Stéphanie Bellenger Candidate à la maîtrise en droit à l’UQAM et proche observatrice de plusieurs dossiers d’éviction à Montréal