Au Québec, les mouvements anti-péage ont commencé à enfler au début des années 1980. En ces temps-là, l’automobiliste devait payer le droit d’utiliser les autoroutes 10, 13, 15 et 40.
Il s’agissait alors d’une bête logique d’utilisateur-payeur : les autoroutes coûtent cher, que ceux qui les usent mettent de l’argent dans le pot.
Ce sont les maires de Saint-Eustache, Blainville et Sainte-Thérèse qui lanceront le premier mouvement anti-péage (MAP), en 1982. Ce MAP mobilisera 63 municipalités qui exigeront du gouvernement du Québec une commission parlementaire sur la question.
En février 1983, d’autres municipalités, chambres de commerce et commissions scolaires se joignent au mouvement : on compte alors trois groupes (MAP Laurentides, MAP Cantons-de-l’Est et MAP Rive-Nord), auxquels se joint en août le mouvement anti-péage de Laval.
Ce dernier MAP est présidé par un fougueux conseiller municipal, Gilles Vaillancourt, futur maire, qui mènera plus tard une belle carrière dans le domaine du complot et du détournement de fonds.
Pugnace, Vaillancourt ne demande pas seulement une banale commission parlementaire ; il assure que son mouvement refusera tout compromis qui maintiendrait une forme quelconque de péage sur nos autoroutes.
En mars 1984, le nouveau ministre des Transports Jacques Léonard hérite de cette patate chaude : le péage est LE gros dossier sur son bureau.
Le bonhomme n’est pas contre l’élimination des péages, mais se demande tout de même où l’on trouvera les 64 millions de $ que les automobilistes (et les enfants d’automobilistes comme moi) jettent dans les paniers chaque année.
De l’argent qui servait, accessoirement, à entretenir ces routes.
Léonard plaide aussi, dans une sorte de wokisme avant l’heure, qu’on limite la « banlieusardisation » qui nous a menés dans cette impasse et qu’on réserve une plus grande place au transport en commun.
Hélas, il a contre lui une pétition de 130 000 noms, une meute de maires en croisade ; c’est sans mentionner que le grand argentier du PQ, Jacques Parizeau, est plutôt favorable à l’idée.
Le même Parizeau déposera finalement, en mai 1984, un budget prévoyant l’abolition graduelle des postes de péage sur les autoroutes.
Dès lors, l’automobiliste pourra filer sans contraintes sur des routes qu’on n’aura prochainement plus les moyens d’entretenir.
Bon, le péage n’a pas totalement disparu au Québec.
Depuis son ouverture en 2011, il faut payer pour passer le pont de l’A25, un exemple réussi de PPPPP qui pourrait inspirer l’hypothétique 3e lien de Mme Fréchette.
No. 91 - Un pont à oublier - Angle mort, par Steve Proulx