Intelligence artificielle (IA) - Actualités

Intelligence artificielle Les « autres » pôles mondiaux de l’IA

PHOTO DAVID PAUL MORRIS, ARCHIVES BLOOMBERG

Le parc Mission Dolores, dans le quartier Mission, à San Francisco

On parle beaucoup de Montréal comme d’un des pôles de l’intelligence artificielle, mais d’autres villes dans le monde se positionnent également. Dans chacun de ces pôles, des dizaines de milliers de chercheurs s’activent, de jeunes pousses émergent et de grands acteurs tentent de se placer en position dominante. Tour d’horizon.

Publié le 28 février

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Didier Bert Collaboration spéciale

San Francisco

Avec la Silicon Valley, San Francisco est à la pointe de l’essor de l’intelligence artificielle (IA). Ce pôle est celui où ont éclos OpenAI et son agent conversationnel ChatGPT. C’est aussi une région qui concentre plusieurs grands acteurs technologiques, comme Google, Apple et Facebook, qui détiennent des masses considérables de données, permettant d’entraîner des modèles d’IA. Ce bastion technologique comprend également des universités de pointe comme Stanford et Berkeley, qui abritent des centres de recherche sur l’IA. L’ensemble de ces acteurs entretient une culture de l’innovation qui se développe depuis plusieurs décennies à San Francisco et dans la Silicon Valley. Ce pôle fait figure de chef de file actuel de l’IA.

Shenzhen

PHOTO RAUL ARIANO, ARCHIVES BLOOMBERG

La place boursière de Shenzhen

La Chine a l’ambition affichée de devenir le leader mondial de l’IA. Et elle s’en donne les moyens. Renommée pour ses activités de pointe en robotique et en IA, la ville de Shenzhen concentre de nombreux chercheurs et des entreprises pionnières. Parmi les entreprises, Tencent AI développe une offre d’intelligence artificielle pour augmenter la productivité des programmeurs. Cette entreprise est réputée en Chine pour sa messagerie WeChat et ses activités dans les jeux vidéo. Huawei développe son Intelligent Operation Center qui traite des données en temps réel sur les moyens de transport. Toujours à Shenzhen, l’assureur Ping An entend établir une assurance sur mesure, basée sur l’IA, pour chacun de ses clients.

Londres

PHOTO CHRIS RATCLIFFE, ARCHIVES BLOOMBERG

Londres est une place financière de premier plan.

La capitale du Royaume-Uni est une autre place forte de l’intelligence artificielle. Ses universités prestigieuses de Cambridge et d’Oxford développent des recherches et des formations de pointe dans le domaine de l’IA. Londres est aussi le siège de DeepMind, une filiale de Google spécialisée en IA qui vise à comprendre le fonctionnement du cerveau humain et à développer l’apprentissage autonome. C’est à Londres qu’est installée la firme prometteuse Stability AI, connue pour sa plateforme de génération d’images Stable Diffusion. La capitale britannique fourmille de jeunes pousses, appuyées par les capitaux disponibles dans cette place financière de premier plan.

Seattle

PHOTO MIKE KANE, ARCHIVES BLOOMBERG

Le centre-ville de Seattle, avec sa tour emblématique, la Space Needle

Seattle, ce n’est pas seulement Boeing et l’aérospatiale. Après San Francisco, il s’agit de la ville américaine où il y a le plus de recrutement dans le domaine de l’IA. L’écosystème d’IA de Seattle compte l’Institut Allen pour l’intelligence artificielle, ainsi que l’Université de Washington et ses centres de recherche spécialisés, tels que son laboratoire de l’IA pour les sciences biomédicales, son groupe de science des données comportementales, son laboratoire H2 centré sur le traitement du langage naturel. C’est aussi à Seattle que sont les sièges sociaux des géants Microsoft et Amazon. Cette dernière a annoncé début février qu’elle investirait plus de 100 milliards de dollars américains dans l’infonuagique et l’IA au cours de l’année 2025.

Intelligence artificielle Le plus grand centre d’IA souveraine au pays voit le jour à Rimouski

PHOTO DHIRAJ SINGH, ARCHIVES BLOOMBERG

Telus utilisera des processeurs Nvidia dans un nouveau centre d’IA à Rimouski.

Ce n’est pas le projet Stargate américain de 500 milliards US. Mais en convertissant un centre de données de Rimouski en un centre pour l’intelligence artificielle, Telus ajoute une pièce maîtresse et vitale pour créer un écosystème d’IA entièrement canadien.

Publié à 15 h 00


Alain McKenna La Presse

](La Presse | Alain McKenna)

Telus ne le divulgue pas, mais l’investissement se chiffrerait en millions de dollars. Le fait que le bâtiment soit déjà existant, et qu’il était prêt à accueillir la quincaillerie dense et complexe typique d’un centre d’IA, aide à en minimiser le coût de l’opération, explique à La Presse le chef des services technologiques de Telus, Nazim Benhadid.

« Notre centre était déjà prêt pour cette application », dit-il. « En plus, il est modulaire, il pourra grandir avec la demande. Et il est très efficace : il consomme trois fois moins d’énergie que la moyenne des autres centres d’IA, et il a besoin de 75 % moins d’eau pour fonctionner. »

Quand il entrera officiellement en fonction d’ici cet été, ce centre deviendra le plus important en son genre au Canada. Telus est bien implanté à Rimouski, où son réseau de fibre optique est déjà déployé, ce qui en fait un endroit logique pour ce nouvel établissement. Sa capacité de traitement d’applications d’IA sera mise à la disposition des entreprises, des organismes et des chercheurs de partout au pays, et vendue à la demande, une formule que Telus appelle « l’IA en tant que service », ou AIaaS (« AI as a service », en anglais).

Telus, dont le siège social est à Vancouver, s’est entendu avec Nvidia pour équiper son « centre d’IA souveraine » de la dernière génération des processeurs graphiques (GPU) du fabricant de processeurs américain. Ce dernier est devenu au fil des derniers mois la référence en matière de processeurs destinés à l’entraînement puis au fonctionnement des applications d’IA dernier cri.

Ce sont des processeurs Hopper et Blackwell de Nvidia qui animeront le centre d’IA de Telus. Ils assureront l’entraînement des modèles d’IA et fourniront des capacités évoluées de traitement des données.

180 milliards US d’ici 2030

Un des plus importants pôles de recherche en IA dans le monde, le Canada traîne la patte en termes d’infrastructure pour héberger le fruit de cette recherche. Le gouvernement fédéral a annoncé l’an dernier son intention d’investir 700 millions afin d’accélérer la construction de centre pour héberger des données et des applications d’intelligence artificielle.

Cette technologie représente un marché en pleine croissance, selon les spécialistes. Microsoft établit à 180 milliards US les revenus annuels que pourrait générer d’ici 2030 l’IA générative, cette partie de l’IA très en vogue ces jours-ci en raison de la popularité de dialogueurs web comme ChatGPT d’OpenAI.

Cette croissance est stimulée par un désir d’adoption de la technologie qui est présent dans de nombreuses industries, ce que ne manque pas de dénoter le chef des services technologiques de Telus. Il voit une demande pour l’IA dans des secteurs comme l’agriculture, la santé et les services financiers, entre autres, et plusieurs clients éventuels lui parlent également de l’importance d’une infrastructure souveraine, canadienne, encore plus dans le contexte de guerre commerciale qui oppose désormais le Canada aux États-Unis.

« Il y a bien des cas où la souveraineté des données est importante, que ce soit hébergé et traité au Canada. Ce n’est pas 100 % du temps, mais c’est critique dans bien des cas », dit Nazim Benhadid.