Industrie minière

Sud du Québec Inquiétudes de résidents de municipalités face à des claims miniers

PHOTO DOMINICK GRAVEL, ARCHIVES LA PRESSE

À peine 0,5 % des claims, environ, sont explorés avec des machines, affirme Alain Poirier, de l’Association de l’exploration minière du Québec.

Lorsqu’Ellen Rice-Hogan a découvert que quelqu’un avait acheté un titre minier sur sa ferme de l’Outaouais, elle a été en état de choc.

Publié à 6h31

Partager

Jacob Serebrin La Presse Canadienne

Il n’y a aucune exploitation minière dans la région du Canton de Low, au Québec, à environ 40 kilomètres au nord-ouest d’Ottawa, où elle élève des moutons et du bétail. « Tout cela était choquant, surprenant », a-t-elle avoué récemment dans une entrevue. « Nous sommes une petite communauté, le potentiel est énorme et cela va avoir un impact négatif énorme, je pense, sur notre territoire. »

Un boom des claims miniers est en cours au Québec alors que les prospecteurs anticipent une forte demande pour les minéraux utilisés dans les batteries électriques. Cette ruée pousse les gens à revendiquer leurs droits partout, même sous les maisons. En réponse, les habitants et les municipalités réclament un durcissement des règles.

Même si la majeure partie de l’exploitation minière au Québec se déroule encore dans le nord de la province, la demande de graphite et de lithium – des composants essentiels dans les batteries des véhicules électriques – pousse les mineurs à étendre leurs recherches aux régions du sud, où l’industrie est peu connue des résidents et des gouvernements locaux.

Le conseil municipal de la municipalité où habite Mme Rice-Hogan souhaite qu’une grande partie de son territoire soit désignée par le gouvernement du Québec comme incompatible avec l’exploitation minière. Et elle envisage de suivre l’exemple de certains de ses voisins qui achètent les droits miniers sur leurs terres.

Selon le ministère des Ressources naturelles du Québec, 112 477 claims miniers ont été approuvés en 2023, contre 72 631 l’année précédente. Dans la région de l’Outaouais, où est situé le Canton de Low, le nombre de claims miniers actifs a plus que doublé depuis 2019, alors que 20 006 claims avaient été approuvés.

« Dans les régions où, historiquement, il n’y a pas eu d’exploitation minière, on a assisté à une explosion des demandes de réclamation », a déclaré Manon Cyr, mairesse de Chibougamau et membre de l’Union des municipalités du Québec (UMQ).

Au cours des 60 derniers jours, plus de 200 claims miniers ont été réalisés en Outaouais et 166 autres dans la région des Laurentides, qui comprend certaines banlieues du nord de Montréal et des destinations de ski comme Mont-Tremblant. Cette région abrite d’ailleurs la seule mine de graphite active en Amérique du Nord.

Selon la mairesse Cyr, le système actuel est trop simple : obtenir un claim en ligne coûte environ 77 $ et donne à l’acheteur le droit exclusif d’exploiter les minéraux d’un terrain spécifique pendant trois ans.

Au Canada, les droits miniers sont distincts de la propriété foncière, et un titre peut être acheté sur des terres publiques ou privées. Alors que les travaux d’exploration sont censés être effectués avant que des claims puissent être renouvelés, Mme Cyr a déclaré qu’en réalité, les propriétaires de claims sont souvent en mesure de renouveler sans rien faire.

L’accès facile aux claims permet à des personnes qui ne s’intéressent pas sérieusement à l’exploitation minière d’obtenir des droits miniers, dont beaucoup n’ont pas réellement l’expérience ou les moyens nécessaires pour lancer une opération minière. Mais leurs actions suscitent tout de même des craintes chez les habitants qui pensent qu’ils pourraient devoir vivre au-dessus d’une mine en activité.

Manon Cyr a indiqué que l’UMQ réclame une augmentation du coût des réclamations et l’exigence que les personnes qui font une réclamation démontrent une certaine expertise. Ironiquement, dit-elle, les gens qui achètent des claims sur leurs propres terres rendent plus difficile la protection du territoire, car seules les terres sans claims actifs peuvent être déclarées interdites à l’exploitation minière.

Depuis 2016, 27 communautés ont demandé au gouvernement du Québec de déclarer certaines parties de leur territoire « incompatibles » avec l’exploitation minière ; 18 l’ont fait avec succès. L’exploitation minière est également interdite dans le « périmètre urbain » des villes.

« Ce qui est difficile à accepter pour certaines municipalités, c’est qu’elles doivent justifier pourquoi elles veulent que ce territoire soit incompatible avec l’exploitation minière », a récemment expliqué en entrevue Julie Reid Forget, qui conseille les communautés québécoises en matière de développement minier.

Il existe un déséquilibre dans la loi, qui suppose que l’exploitation minière est la meilleure façon d’utiliser les terres, selon Mme Reid Forget, qui a organisé plus tôt cette année une séance d’information pour les résidents de Gatineau, la quatrième plus grande ville du Québec.

Alain Poirier, de l’Association de l’exploration minière du Québec, estime qu’une grande partie des inquiétudes concernant les claims miniers dans le sud du Québec vient d’un manque de connaissances. « Le secteur n’est pas mal compris, il est inconnu, en fait », selon lui. Les propriétaires fonciers, dit-il, doivent donner leur consentement écrit avant que les travaux miniers puissent commencer sur leur propriété, même s’ils ne détiennent pas les droits miniers. Si un propriétaire foncier ne veut pas d’exploration sur son territoire, « il n’y a pas de problème, c’est la loi et la loi est respectée ».

À peine 0,5 % des claims, environ, sont explorés avec des machines, a ajouté M. Poirier, et seulement environ une mine par an est ouverte dans la province, un processus qui peut prendre des décennies et nécessite une consultation avec la communauté à plusieurs étapes.

Selon Alain Poirier, ce ne serait pas une bonne idée que le gouvernement donne plus de pouvoir aux municipalités pour réglementer l’exploitation minière, une décision qui, selon lui, pourrait créer des centaines de cadres réglementaires différents.

« Nous trouvons que le système actuel de réglementation uniforme à travers le Québec fonctionne très bien », selon lui. Il ajoute que plus du tiers du territoire québécois est déjà interdit d’accès en raison de la présence de parcs nationaux, de réserves fauniques et d’autres formes de protection.

La grande majorité des claims miniers et de l’exploration minière se situent toujours dans des régions minières traditionnelles, a-t-il rappelé. Dans le sud du Québec, la concurrence pour les terres ne vient pas du secteur minier. « Ce sont des terres agricoles, c’est du développement immobilier, ce sont des routes, c’est un ensemble de choses différentes qui n’ont pas nécessairement quelque chose à voir avec l’exploration minière. »
https://www.lapresse.ca/actualites/2024-02-05/sud-du-quebec/inquietudes-de-residents-de-municipalites-face-a-des-claims-miniers.php

De l’avis du Tom Palmer, président et chef de la direction de Newmont, même récemment constituée comme entreprise à capital fermé, la société britannique Dhilmar et ses dirigeants « ont une grande expérience dans l’exploitation de mines d’or et de cuivre et nous pensons qu’ils seront d’excellents gestionnaires de cet actif » de la mine d’or Éléonore, dans le nord du Québec.

Le portrait

D’après les statistiques compilées par le ministère des Ressources naturelles et des Forêts, les mines ont rapporté 431 millions au Trésor québécois en 2023 – les plus récentes données disponibles. Il s’agit d’une baisse d’environ 25 % par rapport à l’année précédente. C’est aussi 53 % de moins par rapport au sommet de 926 millions enregistré en 2021. Au Québec, une société minière qui exploite le sous-sol doit verser des redevances à l’État. Les droits correspondent au plus élevé de son impôt minimum et de son impôt minier sur ses profits annuels.

La vache à lait

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

La mine de fer du Mont-Wright, près de Fermont, est la plus grande mine à ciel ouvert au Canada.

Elle a versé 68 millions de moins en redevance en 2023 par rapport à l’année précédente, mais la mine de fer de Mont-Wright, la plus grande à ciel ouvert au pays, sur la Côte-Nord, demeure la plus payante au Québec. Ses droits versés à l’État ont été de 125 millions. Au deuxième rang, on trouve la mine d’or de Canadian Malartic, en Abitibi-Témiscamingue, avec des droits de 56 millions (80 millions en 2022). Le complexe du Lac-Bloom exploité par Minerai de fer Québec complète le podium avec 42 millions de redevances en 2023 – une hausse annuelle de 35 %.

Et les minéraux critiques ?

PHOTO KARENE-ISABELLE JEAN-BAPTISTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le volume des minéraux critiques et stratégiques est encore marginal au Québec.

Cuivre, graphite, nickel, etc. Le bilan fait également le point sur les « minéraux critiques et stratégiques », au cœur de la stratégie du gouvernement Legault dans la filière québécoise des batteries. Là encore, les indicateurs sont en baisse. Globalement, la production a décliné de 16 %, pour s’établir à 1,6 tonne. À terme, il devrait y avoir une augmentation des volumes dans cette catégorie étant donné que la contribution de mines de lithium, comme le complexe exploité par Lithium Amérique du Nord, à La Corne, en Abitibi-Témiscamingue, devrait commencer à se refléter dans les statistiques.

En savoir plus

  • 29
    Nombre de mines qui ont versé des redevances à l’État québécois en 2021.

Source : Ministère des Ressources naturelles et des Forêts.

1 « J'aime »

Une Québécoise y cherche du lithium

La société montréalaise Exploration Brunswick (BRW.V, TSX de croissance, 0,12 $) a lancé à la mi-juin une campagne de prospection et cartographie au Groenland s’étalant sur six semaines avec quatre équipes et deux hélicoptères. L’initiative vise à explorer son portefeuille, comprenant des centaines de cibles non testées.

La première phase se concentrera sur la découverte de spodumène à Ivisaartoq et les licences de Nuuk et Paamiut. En juillet, les équipes suivront les résultats de juin et exploreront les projets Disko Bay et Uummannaq, rapporte le communiqué. Les données recueillies guideront les programmes d’exploration avancée prévus pour août-septembre 2025, dont le projet Hinksland récemment acquis. « C’est une étape très excitante pour Exploration Brunswick, qui cherche à accroître considérablement ses activités d’exploration au Groenland, parallèlement à ses projets au Québec.

Depuis quatre ans, nous avons développé une expertise interne en matière d’exploration de base pour le lithium. De nombreuses autres opportunités existent et Brunswick est bien placée pour faire des découvertes dans notre portefeuille », a dit le PDG Killian Charles, dans un communiqué.

La Presse

2 « J'aime »

« Le gisement de Strange Lake a des réserves estimées à 30 ans, durant lesquels on pourra extraire chaque année 600 tonnes de dysprosium, 200 tonnes de terbium et plusieurs milliers de tonnes de terres rares légères », évalue Yves Leduc.

Le dysprosium se vend aujourd’hui à 453 000 $ US et la tonne de terbium, à près de 2 millions US, comparativement à 70 000 $ US la tonne de lithium.

Le projet des monts Torngat est en train de prendre forme et le Québec pourrait bientôt devenir la seule source de production de terres rares lourdes et légères à l’extérieur de la Chine, brisant ainsi un monopole qui dure depuis toujours et qui n’est ni sain ni normal.

1 « J'aime »

https://www.lapresse.ca/affaires/economie/2025-09-02/mine-de-scandium-de-crater-lake/le-quebec-peut-avoir-le-controle-de-cette-ressource.php

1 « J'aime »

https://www.lapresse.ca/affaires/2025-09-03/exportations-des-mineraux-critiques-vers-l-europe/le-port-de-saguenay-veut-devenir-une-plaque-tournante.php

(Ottawa) La région du Saguenay–Lac-Saint-Jean lève la main pour devenir rapidement la plaque tournante de l’exportation vers l’Europe des minéraux critiques du Québec et d’aussi loin que le Cercle de feu en Ontario. Ce projet, qui est sur la planche à dessin depuis quelques mois, pourrait se faire à un coût avantageux comparativement aux autres projets d’infrastructure d’intérêt national envisagés par le gouvernement Carney, plaident les promoteurs de ce « Corridor du Nord canadien ».

2 « J'aime »

2 articles
Minéraux critiques
Le Canada pourrait-il casser l’emprise de la Chine ?

L’emprise de la Chine sur le marché mondial de la production et du raffinage de terres rares, des minéraux essentiels pour l’industrie de la défense, est cause de soucis pour l’Occident. Une occasion stratégique s’ouvre pour le Canada et le Québec, riches en réserves inexploitées, qui pourraient ainsi se positionner comme fournisseurs de rechange. Un dossier de notre collaboratrice Elisabeth Gosselin-Malo
Publié à 5 h 00

Le quasi-monopole chinois

Selon le Financial Times, la part de marché de la Chine s’élève à 70 % de l’extraction et à 90 % de la séparation et du traitement des terres rares.

Publié à 5 h 00

Elisabeth Gosselin-Malo Collaboration spéciale

La Chine exerce un quasi-monopole sur plusieurs minéraux clés, notamment les terres rares, le graphite, le gallium, le germanium, l’antimoine et le magnésium. Elle n’a pas hésité à manipuler les prix [pour rendre la concurrence non rentable] ou à imposer des restrictions à l’exportation dans le cadre de sa politique commerciale.

Christopher Hernandez-Roy, chercheur et directeur adjoint du Centre d’études stratégiques et internationales (CSIS)

Le Québec en lumière

Le gouvernement du Canada reconnaît officiellement 34 minéraux et métaux critiques. Pour être considéré comme un d’entre eux, un minéral doit répondre aux deux critères suivants : la chaîne d’approvisionnement est menacée et il existe une probabilité raisonnable que le Canada puisse en assurer la production. Dans certains cas, la matière première doit aussi être essentielle à la sécurité économique ou nationale du pays.

Un rapport récent de M. Hernandez-Roy et d’Henry Ziemer identifie divers minéraux critiques – dont le gallium, le tungstène, le niobium, le cobalt et les terres rares –, soulignant leur importance pour le secteur de la défense ainsi que le potentiel du Canada à les fournir.

Selon ces experts, le Québec est naturellement riche en minéraux critiques et dispose d’avantages uniques qui pourraient lui permettre de devenir un acteur majeur dans leur production.

Le Québec est avantagé grâce à son vaste réseau d’hydroélectricité et à son électricité à faible coût. En 2022, la province représentait environ 38 % de la production de minéraux critiques au pays.

Christopher Hernandez-Roy, chercheur et directeur adjoint du CSIS

Défis à relever

Nous estimons que le Canada a besoin de nouveaux investissements compris entre 30 et 65 milliards de dollars dans des projets miniers en amont d’ici 2040 pour exploiter son potentiel [complet] de production… Sur la base des capacités de production moyennes, cela indiquerait que le pays doit ouvrir plus de 30 nouvelles mines au cours de cette même période.

Extrait du rapport publié par l’Institut canadien du climat

M. Hernandez-Roy cite la longueur des processus d’obtention des permis dans le milieu du raffinage parmi les cas de délais importants, car ceux-ci peuvent prendre en moyenne entre 10 et 15 ans. L’expert ajoute un manque d’infrastructures routières, ferroviaires ou énergétiques dans certaines régions comme autre défi à surmonter.

En effet, le CCI estime que plus de la moitié de l’apport en capital requis pour la construction de nouvelles mines de minéraux essentiels est liée à la nécessité de bâtir des infrastructures pour remédier à l’isolement de ces nouveaux gisements.

Ces obstacles ont le potentiel d’affecter la compétitivité canadienne dans sa quête pour devenir une puissance mondiale de ces ressources.

Parmi ses recommandations, le rapport propose de confier à une institution financière indépendante, et non au gouvernement fédéral, le mandat d’élaborer des accords de partage des risques financiers. Cela permettrait de partager, au moins temporairement, les risques liés à la volatilité des prix des minéraux critiques avec les investisseurs.

Faire bénéficier nos alliés ou rivaliser ?

L’Agence internationale de l’énergie estime que d’ici cinq ans, la demande en minéraux essentiels devrait tripler, en partie à cause de la transition à l’échelle mondiale vers l’énergie verte. Une telle augmentation pourrait entraîner une concurrence internationale féroce pour ce marché.

La course semble avoir déjà débuté – l’Union européenne a introduit à cet effet des incitations bénéfiques pour les commerçants avec entre autres l’adoption du Critical Raw Materials Act l’an dernier. Cette politique pourrait à la fois avantager et désavantager le Canada. D’un côté, la loi veut amener les pays européens à devenir plus autonomes en matières premières et encourager l’extraction, la transformation et le recyclage au niveau national. Récemment, la Commission européenne a publié une liste de 47 projets urgents visant à stimuler la production continentale de 14 matériaux que le bloc juge indispensables pour sa sécurité et sa transition énergétique.

Ces projets, visant entre autres les terres rares, le lithium, le nickel et l’aluminium, seront distribués dans 13 pays de l’UE et bénéficieront de protocoles d’autorisation simplifiés.

En revanche, la nouvelle loi encourage aussi le besoin de forger des partenariats internationaux afin de diversifier les chaînes d’approvisionnement. Le Canada, qui partage des valeurs similaires avec l’UE et qui a maintenant beaucoup de projets de défense communs avec nombre de ses pays membres, pourrait être un choix stratégique. Par contre, il n’est pas le seul fournisseur de rechange considéré…

Des minéraux dans la ligne de mire du Canada

Parmi les 34 minéraux et métaux critiques identifiés par Ottawa, en voici 5 qui sont essentiels pour le secteur de la défense et que le Canada aurait la capacité de produire.

Publié à 5 h 00

elisabeth Gosselin-Malo Collaboration spéciale

Résumé

Gallium

Propriétés : métal mou, point de fusion suffisamment bas pour fondre dans la main

Usages : dans la fabrication de semi-conducteurs, radars, satellites, et dans la majorité des systèmes de communication militaires

Principaux fournisseurs : Chine (environ 98 % de la production mondiale primaire de faible pureté)

Projets au Canada : Rio Tinto évalue la possibilité d’extraire le gallium présent dans les résidus d’alumine à sa raffinerie au Lac-Saint-Jean. L’entreprise estime qu’elle pourrait éventuellement produire jusqu’à 3,5 tonnes métriques annuellement. L’usine de la société Neo Performance Materials, située à Peterborough, en Ontario, est actuellement le seul producteur de gallium en Amérique du Nord. Elle utilise le recyclage pour récupérer ce métal.

Tungstène

Propriétés : métal lourd et dur, point de fusion le plus élevé de tous les métaux, et excellente conductivité thermique et électrique

Usages : fabrication de munitions, de projectiles, et utilisé dans le blindage de véhicules militaires

Principaux fournisseurs : Chine, Viêtnam, Russie et Corée du Nord

Projets en cours ou existants au Canada : en août, le gouvernement fédéral a investi 8,2 millions de dollars dans l’entreprise canadienne Northcliff Ressources pour la construction d’une mine de tungstène à Sisson-Brook (Nouveau-Brunswick). Malgré le fait que le projet ait reçu l’autorisation du fédéral en 2017 pour débuter, il continue d’être retardé.

Niobium

Propriétés : métal léger et ductile, point de fusion élevé et excellente résistance à la corrosion

Usages : dans la construction d’alliages de moteurs de jet et d’armes hypersoniques

Principaux fournisseurs : Brésil et Canada

Projets en cours ou existants au Canada : la société Taseko Mines, à la base un producteur de cuivre, a acheté en 2007 le plus grand gisement de niobium non exploité au monde dans le nord de la Colombie-Britannique. Une seule mine au pays l’exploite actuellement, la mine de Niobec, située à Saint-Honoré, au Saguenay. D’ici 2029, la demande devrait croître de près de 10 %. L’an dernier, la société Auking Mining a finalisé l’achat du projet Myoff Creek, situé en Colombie-Britannique. Le site possède des réserves prouvées et éventuelles de niobium et d’oxydes de terres rares, et se trouve aussi proche d’infrastructures déjà établies.

Cobalt

Propriétés : résistance aux températures élevées, propriétés magnétiques

Usages : dans les alliages de véhicules militaires, dans les batteries de lithium et dans les systèmes de guerre électroniques

Principaux fournisseurs : République démocratique du Congo, Indonésie et Russie

Projets en cours ou existants au Canada : l’entreprise Electra Battery Materials prévoit investir près de 100 millions de dollars pour construire une raffinerie de sulfate de cobalt à Temiskaming Shores (Ontario). L’installation sera la première du genre en Amérique du Nord, mais la société néerlandaise WMC désire aussi bâtir une usine de cobalt à Bécancour. Le fédéral a de plus annoncé récemment un financement d’un maximum de 1,1 million à Dumont Nickel pour évaluer le potentiel de raccorder son projet de nickel et de cobalt au réseau d’Hydro-Québec par une ligne de transport de huit kilomètres.

Terres rares

Propriétés : contiennent 17 éléments métalliques et chimiques, propriétés magnétiques, luminescentes et catalytiques reconnues

Usages : construction de moteurs d’avion, guidage de missile et systèmes de ciblage

Principal fournisseur : Chine

Projets en cours ou existants au Canada : deux usines de scandium, faisant partie des terres rares, sont actuellement actives : celle de Rio Tinto à Sorel-Tracy et une autre à Saint-Bruno-de-Montarville qui les recycle. Une usine de traitement supplémentaire située près de Saskatoon, bâtie par le Conseil de recherche de la Saskatchewan, produit approximativement 400 tonnes par année de néodyme et de praséodyme. Elle se démarque en étant une des seules usines au monde, à l’extérieur de la Russie et de la Chine, produisant des métaux de terres rares à une échelle de marché.

Le projet d’infrastructure de transport nordique Strange Lake de la société Torngat Metals a reçu des millions pour des activités d’avant-projet liées à la construction d’une route d’environ 170 kilomètres qui permettra aux éléments de terres rares extraits au Nunavik d’atteindre les nouvelles installations portuaires du Labrador. La société Vital Metals prévoit aussi développer le gisement Tardiff à Nechalacho (Territoires du Nord-Ouest) afin de mettre en place un projet à grande échelle et à long terme dans le domaine des terres rares.

https://www.lapresse.ca/affaires/mineraux-critiques/le-canada-pourrait-il-casser-l-emprise-de-la-chine/2025-10-04/des-mineraux-dans-la-ligne-de-mire-du-canada.php

2 « J'aime »

Ottawa à la rescousse de Nouveau Monde Graphite

Le coup de frein dans l’électrification des transports renvoie Nouveau Monde Graphite à la table à dessin. Le gouvernement Carney vient à sa rescousse en lui garantissant un prix de vente sur une partie de sa production alors qu’un important partenaire, General Motors (GM), quitte l’aventure, et qu’un deuxième, Panasonic, prend un pas de recul.

Un bras de distance avec les matériaux de batteries et un rapprochement avec les applications liées au secteur de la défense (matériaux composites, armures, blindage, etc.) : c’est ce qui résume la tentative de recentrage de l’entreprise – qui souhaite éviter de subir le même sort que plusieurs acteurs de la filière québécoise, soit une déconfiture.

L’intervention d’Ottawa est complexe. Essentiellement, le gouvernement Carney vient garantir un prix de vente minimum – environ 1500 $ US la tonne selon les prix actuels – à Nouveau Monde Graphite pour écouler annuellement 30 000 tonnes de concentré de graphite pendant sept ans.

L’objectif est d’inciter les investisseurs à monter à bord du projet de mine à Saint-Michel-des-Saints et d’usine de matériaux de batteries à Bécancour.

« C’est réellement l’instrument dont on avait besoin pour attirer les financiers », affirme le président et chef de la direction de Nouveau Monde Graphite, Eric Desaulniers, en entrevue téléphonique avec La Presse, vendredi.

L’annonce semble avoir rassuré les actionnaires du spécialiste du graphite. À la Bourse de New York, vendredi, l’action a clôturé à 3,02 $ US, en hausse de 3 %, ou 9 cents US.

L’intervention d’Ottawa ne constitue pas une première. Aux États-Unis, Washington avait annoncé une entente similaire avec le spécialiste des terres rares MP Materials en juillet dernier.

Plusieurs promoteurs occidentaux dans le secteur des minéraux critiques réclament depuis longtemps des prix planchers en accusant la Chine de manipuler les prix à la baisse, ce qui leur met des bâtons dans les roues.

Nouvelle intervention

Quelle sera la facture pour les contribuables ?

« Je pense qu’ils vont faire un profit avec cela et qu’ils n’auront pas un sou à payer », rétorque M. Desaulniers.

Si le prix de vente obtenu par la minière est supérieur à celui garanti, le gouvernement fédéral conservera la moitié des profits, ajoute le patron de Nouveau Monde Graphite. À l’inverse, si la demande n’est pas au rendez-vous, il y aura un impact financier pour le gouvernement.

Compte tenu de la demande pour le graphite dans un contexte où les investissements dans le secteur de la défense sont appelés à augmenter, Nouveau Monde Graphite anticipe une demande vigoureuse.

De plus, lentement mais sûrement, la seule mine de graphite active en Amérique du Nord, à Lac-des-Îles, approche de sa fin de vie, ajoute M. Desaulniers.

« C’est très interventionniste comme approche et il y a un risque par rapport à tout cela, estime pour sa part Éric Lemieux, analyste minier chez EBL Consultant, à propos de l’approche du gouvernement Carney. On commence à mettre nos doigts à des endroits où nous ne sommes pas des spécialistes. »

L’expert est d’avis qu’une simplification du cadre réglementaire permettrait à des projets de sortir de terre plus rapidement et ainsi de voler de leurs propres ailes.

Québec et Ottawa ont intérêt à ce que le recentrage de Nouveau Monde Graphite se produise. Le gouvernement Legault a injecté 85 millions dans Nouveau Monde Graphite. L’entreprise a aussi obtenu 35 millions d’un fonds fédéral visant à soutenir des projets de décarbonation.

Le privé recule

Parallèlement à son entente avec le gouvernement Carney, la minière écope du court-circuit observé dans la filière des batteries.

D’une part, le géant Panasonic réduit d’environ 30 % la quantité de graphite raffiné, à 13 000 tonnes, qu’il comptait acheter à Nouveau Monde Graphite. De plus, General Motors, qui devait être un important client en plus d’injecter 125 millions US dans le projet, a décidé de se retirer. Les 150 millions US qui étaient prévus par Panasonic ne figurent plus dans le montage financier.

Cela contraint la minière à revoir ses plans et trouver de nouvelles sources de financement. À Bécancour, elle révisera à la baisse ses ambitions. On n’envisage plus la construction d’un complexe d’environ 1,3 milliard pouvant produire annuellement 44 000 tonnes de matériaux de batteries.

M. Desaulniers évoque plutôt une « première phase » qui servira à répondre aux besoins de Panasonic. Le site devrait coûter quelques centaines de millions. L’échéancier reste toujours à préciser.

https://www.lapresse.ca/affaires/2025-10-31/mineraux-critiques/ottawa-a-la-rescousse-de-nouveau-monde-graphite.php

2 « J'aime »

Minéraux critiques L’engagement de Québec et d’Ottawa se concrétise

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRECHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Site de la mine de Nouveau Monde Graphite à Saint-Michel-des-Saints en 2021.

Tant à Ottawa qu’à Québec, nos gouvernements ont décidé de prioriser l’industrie de la défense pour en faire même le pilier de leur stratégie industrielle. Parallèlement, ils se sont engagés à financer le développement de la filière des métaux critiques, indispensable à l’industrie militaire, un engagement qui n’est pas que théorique.

Mark Carney et sa ministre de l’Industrie, Mélanie Joly, tout comme François Legault et son ancienne ministre du Développement économique Christine Fréchette, ont réaffirmé durant la dernière année l’importance de mieux exploiter les minéraux critiques et d’appuyer les nouveaux projets qui visent à les mettre en valeur.

Même La Caisse a fait savoir la semaine dernière qu’elle souhaitait prendre une part active dans le développement de la filière des minéraux critiques.

On le sait, le sous-sol canadien et québécois est riche en minéraux critiques et en terres rares – éléments essentiels à la fabrication d’une infinie quantité d’outils technologiques et militaires –, dont la Chine assure l’essentiel de la production mondiale.

Au Québec, plusieurs gros projets d’exploitation de minéraux critiques et de terres rares sont en voie d’être lancés et suivent le laborieux cheminement habituel de tout projet minier, soit la réalisation répétée de prélèvements d’échantillons et la confirmation des teneurs minérales qui les composent, la réalisation d’études environnementales et de faisabilité ainsi que la conclusion de tours de financement successifs.

INFOGRAPHIE LA PRESSE

Et jusqu’à maintenant, la promesse des gouvernements d’être au rendez-vous pour appuyer les projets prometteurs dans l’exploitation de minéraux convoités semble se réaliser pleinement.

Lundi, la société minière québécoise First Phosphate, qui veut exploiter un gisement de phosphate igné, une production destinée à la fabrication de batteries lithium-fer-phosphate, s’est fait accorder une contribution non remboursable pouvant atteindre 16,7 millions par le gouvernement fédéral.

Résumé

Cette contribution financière doit servir à évaluer les meilleurs procédés industriels pour la production de concentrés de phosphate à partir du site de Bégin Lamarche, situé à 70 kilomètres au nord de Saguenay.

« Le phosphate a aussi été reconnu vendredi dernier dans la liste des minéraux critiques par le gouvernement fédéral, ce qui va donner le droit aux investisseurs d’obtenir des crédits d’impôt fédéraux », m’a expliqué Armand MacKenzie, le président de First Phosphate, qui m’a fait visiter le site de la future mine l’automne dernier.

PHOTO TOM CORE, ARCHIVES LE QUOTIDIEN

Armand Mackenzie, PDG de First Phosphate

Le projet de First Phosphate est relativement modeste, à 675 millions, et vise d’abord l’exploitation de la mine avant d’éventuellement réaliser une première transformation dans une usine à construire à Saguenay. Ses dirigeants doivent rencontrer cette semaine les gens de La Caisse.

Au total, Ottawa prévoit d’injecter 3,5 milliards en investissements et par l’entremise de différents programmes pour soutenir le développement des minéraux critiques au Canada, a fait savoir le ministère fédéral des Ressources naturelles.

Des projets partout

La société minière Nouveau Monde Graphite (NMG), qui est engagée depuis une dizaine d’années dans le projet d’exploitation d’une mine de graphite à Saint-Michel-des-Saints et d’une usine de transformation à Bécancour, est en train de mettre au point les derniers détails en vue d’une mise en production de la mine à la fin de 2028.

Investissement Québec est un partenaire de longue date de NMG, qui prévoit d’investir plus de 1,3 milliard US pour mener à terme la construction de la mine et la mise en opération de son usine. La société a aussi obtenu en novembre dernier le statut de grand projet d’intérêt national par le gouvernement fédéral, qui va participer financièrement à sa réalisation par l’intermédiaire du Fonds de croissance du Canada.

Un autre projet majeur qui progresse est celui de la restauration de l’ancienne mine de cuivre de Murdochville, en Gaspésie, que mène la société Métaux Osisko.

Compte tenu de sa rareté grandissante et de son importance dans la transition énergétique, le cuivre est devenu un minerai critique. Osisko, qui a restauré le gisement d’or de Malartic, veut récupérer les quantités importantes de cuivre qui ont été laissées sur place lors de la fermeture de la mine en 1999 parce que les prix étaient déprimés.

« Le projet de Mines Gaspé avec la restauration de la mine, la construction d’un camp de travailleurs capable d’abriter 1300 personnes et la rénovation de toutes les infrastructures de la ville, est de plus de 3 milliards US, mais l’intérêt des investisseurs est très élevé », souligne Robert Wares, le PDG de Métaux Osisko.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

Robert Wares, le PDG de Métaux Osisko

Évènement rarissime, La Caisse a investi en décembre dernier dans Métaux Osisko – même si le projet n’a pas levé de terre encore –, en achetant pour 8 millions de dollars de ses actions.

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

L’ancienne mine de cuivre de Murdochville en 2018

Enfin, un autre très gros projet, dans les terres rares celui-là, est celui de Métaux Torngat qui doit lever 2 milliards US pour pouvoir construire une mine dans les monts Torngat, dans le Nord-du-Québec, à la frontière du Labrador, une route de 165 kilomètres et une usine de transformation à Sept-Îles.

« L’agence fédérale Exportation et développement Canada (EDC) et la Banque de l’infrastructure du Canada nous ont accordé un financement de 175 millions et on finalise une ronde de 110 millions auprès d’investisseurs québécois et canadiens pour avancer les études d’ingénierie et réaliser des échantillonnages en vrac », m’explique le PDG Yves Leduc.

Métaux Torngat est détenue à 75 % par le fonds américain Cerberus Capital, cofondé par Stephen A. Feinberg, qui est depuis mars 2025 le secrétaire adjoint à la Défense de l’administration Trump.

On le sait, l’armée américaine ne veut plus dépendre de la Chine pour son approvisionnement en terres rares, et le département de la Défense des États-Unis pourrait très bien investir massivement dans le projet du site de Strange Lake des monts Torngat.

Le département de la Défense a pris en juillet dernier une position importante dans le capital de MP Materials, une société minière qui exploite un gisement de terres rares légères en Californie et une usine de transformation au Texas.

Il ne serait pas étonnant que le département de la Défense ou une autre agence américaine se joigne au capital de Métaux Torngat, qui compte exploiter un gisement de terres rares lourdes – beaucoup plus recherchées pour leur utilité dans l’armement que les terres rares légères.

Le PDAC bat son plein à Toronto

Notre chroniqueur a profité de la tenue du congrès de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (PDAC) à Toronto cette semaine pour s’entretenir avec des PDG de sociétés québécoises. Plus important congrès annuel sur l’exploration minière à l’échelle mondiale, le PDAC s’est tenu du 1er au 4 mars. Il a rassemblé plus de 27 000 visiteurs en provenance de 125 pays.

La Presse

1 « J'aime »