Face à la situation géopolitique, beaucoup de choses en matière de défense nationale s’imposent tranquillement au Canada et au Québec. Ce mouvement suppose des investissements colossaux et le développement d’industries de pointe qui auront besoin de financement et de suivi en temps réel. Voici donc un fil dédié à ce sujet qui prendra de l’ampleur à mesure que les gouvernements s’engageront dans cette voie devenue incontournable et où tout reste à faire.
Les drones font désormais la loi sur les champs de bataille. Le Canada est-il prêt?
L’essor des armes pilotées à distance ouvre une nouvelle ère qui oblige la Défense canadienne à repenser ses arsenaux et ses stratégies.
L’arrivée de drones et d’armes robotisées sur les champs de bataille modernes bouleverse les rapports de force et oblige la Défense nationale à modifier rapidement ses arsenaux et ses stratégies. Le Canada est-il prêt à se battre contre de telles armes?
Lorsque les colonnes de blindés russes ont enfoncé les lignes ukrainiennes, le 24 février 2022, on ne donnait pas cher des défenses de l’Ukraine.
Quatre ans plus tard, les Ukrainiens tiennent toujours et frappent régulièrement la Russie avec des machines sans pilotes capables de porter la guerre profondément dans le territoire russe.
En mer Noire, Kiev a infligé un dur revers à la marine russe en coulant de nombreux bâtiments, dont un sous-marin et un navire amiral, sans même posséder de marine de guerre.
Des soldats ukrainiens montent une bombe sur un drone de combat avant de le lancer à la recherche de positions ou de véhicules russe. (Photo d’archives)
Photo : Reuters / Oleksandr Ratushniak
Plus récemment, dans le golfe Persique, les milliards de dollars de bombes et de missiles déversés par Israël et les États-Unis n’ont pas empêché l’Iran de percer quotidiennement les défenses de ses voisins avec des drones Shahed valant quelques milliers de dollars chacun.
Comme le trébuchet, les arcs longs anglais ou la poudre à canon l’ont fait longtemps avant elles, les armes commandées à distance transformeront nos façons de faire la guerre au 21e siècle.
Qu’en est-il au Canada?
Ce constat, le Canada l’a fait il y a plusieurs années, assure le colonel Christian Labbé, commandant de la Force opérationnelle interarmées contre drones (CFIC).
Des drones, les Forces armées canadiennes en utilisent depuis la guerre d’Afghanistan pour observer et assister les troupes au sol. Mais tout s’est accéléré depuis l’Ukraine.
Un marin du NCSM Yellowknife lance un drone d’observation sur la passerelle du navire.
Photo : Canadian Armed Forces Imagery Te
L’importance des systèmes sans équipage et télépilotés a grandement pris de l’ampleur lors du conflit en Ukraine. […] On voit bien l’innovation et les possibilités qui ont été amenées par la miniaturisation.
Une citation de Colonel Christian Labbé, commandant de la Force opérationnelle interarmées contre drones du Canada (CFIC)
On le voit encore plus maintenant dans le Golfe, où des drones à moindre coût et à longue portée sont utilisés en complément des missiles et autres systèmes d’armes traditionnels, explique le colonel Labbé.
Un mélange qui complique grandement les problèmes de défense aérienne, reconnaît l’officier responsable de la défense anti-drone au Canada.
Le développement des nouvelles technologies […] ça a créé une couche plus basse [à défendre] dans l’espace aérien qui se retrouve maintenant plus près du sol, disons, entre 0 et 2000 mètres.
Une citation de Colonel Christian Labbé, commandant de la Force opérationnelle interarmées contre drones du Canada (CFIC)
Et il n’y a pas que l’espace aérien qui est concerné, rappelle l’officier, puisqu’il y a aussi des drones marins et terrestres contre lesquels il faut aujourd’hui se défendre.
Dans les états-majors du monde entier, le constat est limpide : tout soldat, infrastructure, véhicule ou navire qui s’expose à ciel ouvert ou en mer est une cible potentielle pour un drone.
Le corollaire est qu’il nous faudra aussi beaucoup de drones au Canada pour mener cette guerre et s’en protéger.
Achat accéléré d’équipements
Ce n’est donc pas un hasard si la Défense nationale consacre à ces machines une partie grandissante de ses investissements. En voici quelques-uns :
- En mars 2026, Ottawa annonçait 900 millions $ supplémentaires dans le développement de technologies de drones et de systèmes de défense aériens;
- En décembre 2025, 70 millions $ étaient consacrés au renforcement de nos défenses aériennes basées au sol;
- Une base de contrôle de drones à Ottawa est sur la planche à dessin, de même que des bases de drones armés à Greenwood, en Nouvelle-Écosse, et à Comox, en Colombie-Britannique;
- Six frégates canadiennes seront équipées en 2028 de drones de surveillance et de ciblage à longue portée pour la somme de 66 millions $;
- L’Aviation royale attend 11 drones MQ-9B SkyGuardian dotés de missiles Hellfire à compter de 2028, pour la somme de 2,5 milliards $.
Inonder nos Forces de drones
(…)
Sur CBC
Canada negotiating to buy Saab’s GlobalEye airborne early warning aircraft
Canada has entered into negotiations with Saab to buy its GlobalEye airborne early warning aircraft, Prime Minister Mark Carney announced on Wednesday.
He revealed the plan at the opening of the annual arms trade show CANSEC in Ottawa.
“With a suite of advanced sensors and mission systems, Saab’s GlobalEye will be a key resource for the Canadian Armed Forces to detect and deter threats across the Arctic,” Carney told the audience of defence contractors and military officials.
“It builds Canadian strategic autonomy, creates Canadian jobs and reinforces Canada’s position as a global leader.”
The system is built on a Bombardier 6500 executive jet with Saab radar and sensors. The jet is manufactured at the company’s plant in Toronto.
[…]
Même le New York Times a publié un article
Et le Guardian au Royaume-Uni
2 textes de la Presse canadienne publié par La Presse
Défense canadienne | Airbus annonce de nouveaux accords avec CAE et d’autres partenaires
(Ottawa) Airbus a annoncé avoir signé des accords distincts portant sur une collaboration dans le secteur de la défense canadienne avec CAE, ainsi qu’avec L3Harris Technologies et Pratt & Whitney Canada, filiale de RTX.
Airbus a indiqué que cette alliance avec les trois entreprises apportera une expertise en propulsion, en reconnaissance et en simulation afin de fournir des solutions pour les aéronefs à voilure tournante pour répondre aux besoins de la défense canadien
[…]
Avions de chasse | Saab avance que les Gripen destinés à l’Ukraine pourraient être construits au Canada
L’entreprise suédoise de défense Saab a indiqué que si Ottawa décidait d’acheter ses avions de chasse Gripen E, le Canada pourrait se retrouver à fabriquer certains de ceux destinés à l’armée de l’air ukrainienne.
Saab a précisé que jusqu’à 20 de ses avions Gripen seraient construits pour l’Ukraine dans le cadre d’un accord de prêt de soutien de l’Union européenne et que la Suède fera don de 16 Gripen de modèle plus ancien à ce pays déchiré par la guerre.
Le directeur général adjoint de Saab, Andres Carp, a déclaré à La Presse Canadienne que le Canada pourrait devenir un site de production et d’exportation et livrer des Gripen à l’Ukraine si le gouvernement fédéral décidait d’investir dans ce produit.
[…]
Chronique
Surveillance du territoire canadien
Comment Trump a stimulé l’essor de robots québécois

PHOTO CARLOS OSORIO, ARCHIVES REUTERS
Un robot de l’entreprise québécoise Tessellate testé à Cambridge Bay, au Nuvanut, en mars dernier
L’attitude belliqueuse de Donald Trump a poussé le Canada à augmenter ses dépenses militaires et à vouloir mieux surveiller son territoire. À Québec, j’ai pu observer l’un des résultats de cette nouvelle volonté : des robots entièrement québécois qui pourraient un jour patrouiller dans l’Arctique. Et qui, contrairement aux humains, détestent les aurores boréales.
(Québec) En cet après-midi du mois de mai, il y a de l’action dans le stationnement de Luqia, à Québec – un centre de recherche formé par la récente fusion de l’Institut national d’optique et du Centre de recherche informatique de Montréal.
Un robot juché sur quatre roues – appelons-le Gérard – fonce vers le fond du stationnement comme s’il cherchait à s’en échapper. Plus loin, l’une de ses comparses, que nous baptiserons Monique, tourne en rond sur ses chenillettes sans but apparent.
Jean-Claude, autre nom fictif, tire vaillamment, quant à lui, une remorque sur roues qui pourrait facilement passer pour une petite chaloupe à travers le stationnement.
Au milieu de ce ballet mécanique quelque peu absurde, trois hommes semblent s’amuser comme des gamins. Deux d’entre eux, Simon-Pierre Deschênes et Patrice Lavoie, travaillent pour l’entreprise en démarrage Tessellate Robotics. Le troisième, Benoit Ricard, est scientifique de la défense au Centre de recherche de Valcartier, une unité de Recherche et développement pour la défense Canada (RDDC).
Si je vous parle d’eux et de leurs robots, c’est parce qu’ils illustrent parfaitement la nouvelle réalité géopolitique du Canada et son désir d’autonomie technologique en matière de défense.
Les forces canadiennes veulent vraiment avoir une présence claire et marquée dans le Grand Nord. Et on pense que des robots comme ceux-là peuvent y jouer plusieurs rôles.
Benoit Ricard, scientifique de la défense au Centre de recherche de Valcartier
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Les chercheurs présents ici croient que des robots comme Gérard, Monique et Jean-Claude pourraient bientôt ravitailler des soldats, évacuer des blessés et assurer des tâches de surveillance et de reconnaissance dans l’Arctique.
Pour voir comment les robots se comportent dans un environnement plus rude qu’un stationnement, les militaires et chercheurs les ont embarqués en mars dernier pour une destination qui n’est pas reconnue pour sa douceur et son climat clément : Cambridge Bay, au Nuvanut, à l’extrême nord du pays.
« Moins 41 degrés ! Comment t’as aimé ça, -41 ? », lance Benoit Ricard à Simon-Pierre Deschênes, qui répond par un sourire crispé semblant évoquer de douloureux souvenirs.
Pour les robots, pourtant, ce n’est ni le froid, ni le vent, ni la neige qui ont causé le plus de problèmes. Ce sont les aurores boréales.

PHOTO MARIKA VACHON, COLLABORATION SPÉCIALE
Simon-Pierre Deschênes, cofondateur et directeur technique de Tessellate Robotics
Le vent solaire qui provoque les aurores boréales est formé de particules chargées électriquement. Ça interfère avec le signal GPS et la localisation est beaucoup moins bonne.
Simon-Pierre Deschênes, cofondateur et directeur technique de Tessellate Robotics
En clair, les aurores boréales désorientent les robots, qui risquent alors de se perdre dans l’immensité des terres enneigées.
Lancée par deux doctorants en informatique de l’Université Laval, Tessellate a développé un système qui permet aux robots d’envoyer des rafales de faisceaux laser partout autour d’eux. Ces faisceaux rebondissent sur les divers obstacles des environs. En mesurant le temps que les faisceaux mettent à revenir vers eux, les robots peuvent évaluer la distance des éléments de relief et se construire des cartes qui les rendent moins dépendants des signaux GPS fournis par les satellites.

PHOTO MARIKA VACHON, COLLABORATION SPÉCIALE
Le robot « Monique »
Tessellate s’est illustrée lors d’un concours de DARPA, l’agence de recherche de l’armée américaine. Depuis, elle a été identifiée comme une entreprise stratégique par le NORAD, le commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord, et a attiré l’attention de l’OTAN.
Malgré cet intérêt international, le développement technologique se fait uniquement entre partenaires canadiens et ce n’est pas un hasard.

PHOTO MARIKA VACHON, COLLABORATION SPÉCIALE
Benoit Ricard, scientifique de la défense au Centre de recherche de Valcartier
Les mots magiques pour les forces canadiennes, ces temps-ci, ce sont souveraineté technologique. C’est apparu l’an dernier avec le budget Carney. Avant ça, c’était tabou. Souveraineté, ça voulait dire plus cher et plus long. Maintenant, on veut avoir cette capacité souveraine, cette chaîne d’approvisionnement à l’intérieur du Canada.
Benoit Ricard, scientifique de la défense au Centre de recherche de Valcartier
Tessellate, par exemple, ne fabrique pas les robots eux-mêmes, mais bien les systèmes de navigation. Ces derniers sont toutefois montés sur des robots fabriqués au Québec, notamment par les entreprises Beonyx, de Saguenay, et Rheinmetall, de Saint-Jean-sur-Richelieu. L’Université Laval et l’Université de Toronto collaborent aussi au projet.
Je ne veux pas paraître jovialiste. Les dépenses en défense atteignent maintenant 63 milliards de dollars par année au Canada, et on peut légitimement se demander s’il s’agit du meilleur choix possible dans le contexte où les besoins en infrastructures, en santé et en logement, pour ne nommer que ceux-là, sont criants.

PHOTO MARIKA VACHON, COLLABORATION SPÉCIALE
« Jean-Claude » tire vaillamment une remorque ressemblant à une petite chaloupe.
Mais les répercussions de l’élan auquel on assiste dépassent le secteur militaire.
« On est beaucoup dans le double usage, pas juste la défense », illustre Patrice Lavoie, chef de la stratégie et des investissements de Tessellate.

PHOTO MARIKA VACHON, COLLABORATION SPÉCIALE
Patrice Lavoie, chef de la stratégie et des investissements de Tessellate
Dans le domaine de l’énergie, on veut utiliser nos systèmes pour inspecter les infrastructures critiques – les tunnels, les barrages, les sous-stations électriques. On est aussi sur un projet d’inspection de véhicules miniers – de gros véhicules de 240 tonnes et plus. Inspection des pneus, inspection mécanique.
Patrice Lavoie, chef de la stratégie et des investissements de Tessellate
Benoit Ricard affirme d’ailleurs que l’armée privilégie les partenaires industriels qui n’ont pas que la défense comme client afin de ne pas devenir une « tueuse d’entreprises » si elle met fin à une collaboration.
On sait à quel point Trump a nui à certains pans de l’économie canadienne. Mais constater qu’il sert de stimulant dans d’autres secteurs peut être vu comme une revanche partielle.
Les robots made in Québec que j’ai vu rouler dans le stationnement de Luqia, en tout cas, s’inscrivent dans une vision de la recherche qui encourage les partenariats canadiens. Si on peut en tirer des leçons et développer de nouveaux réflexes de collaboration, ce sera au moins ça de pris.
Entente avec les États-Unis
Le Canada achète de puissants missiles longue portée
L’armée canadienne disposera d’ici peu d’une nouvelle force de frappe. Ottawa a confirmé mardi l’achat de missiles longue portée HIMARS, pouvant atteindre des cibles à plus de 300 kilomètres. C’est le même missile qui a changé le cours de la guerre en Ukraine.
Résumé
Combien ça coûte ?

PHOTO DU PENTAGONE, FOURNIE PAR LE NEW YORK TIMES
L’arrivée des missiles HIMARS a considérablement changé la donne en Ukraine, permettant à Kyiv de frapper en profondeur en Russie.
Le gouvernement canadien a confirmé mardi avoir conclu en janvier dernier une entente avec les États-Unis pour acheter ces missiles dernier cri. Aucune entreprise canadienne ne produisant ce type de missiles ou n’offrant une aussi grande portée de tir, le Canada devra les acheter au sud de la frontière. La facture du « projet de frappe de précision à longue portée (terre) » est évaluée à 2,6 milliards.
En quoi est-ce un achat majeur ?

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE
Un canon d’artillerie M777 utilisé par les Forces armées canadiennes lors d’exercices sur la base militaire de Valcartier
L’achat de 26 batteries HIMARS – dont les premiers systèmes seront livrés en 2029 – changera la façon dont le Canada peut se défendre. Pour l’heure, l’armée disposait uniquement d’obusiers M777, dont la portée maximale est de 40 kilomètres. Le nouveau système permettra d’atteindre avec précision des cibles à plus de 300 kilomètres, soit au-delà de la distance entre Montréal et Québec. L’arrivée de ces missiles a considérablement changé la donne en Ukraine, permettant à Kyiv de frapper en profondeur en Russie. Des dépôts de munitions et des centres de commandement ont été ainsi ciblés, ce qui a déstabilisé l’offensive russe.
Comment le Canada prévoit-il s’en servir ?

PHOTO RENAUD PHILIPPE, ARCHIVES THE NEW YORK TIMES
Exercice militaire dans l’Arctique canadien en février dernier, dans l’île de Victoria
Ottawa prévoit que l’acquisition de ces missiles « révolutionnera la façon dont l’armée canadienne mène ses opérations et appuie les forces interarmées dans les futures missions ». Les véhicules pesant un peu plus de 16 tonnes et nécessitant trois membres d’équipage peuvent atteindre une vitesse de 85 km/h et ainsi être déployés rapidement sur le terrain. Outre les frappes terrestres, le gouvernement canadien prévoit utiliser les HIMARS pour améliorer ses capacités antinavires « afin de soutenir la défense des côtes canadiennes, y compris dans l’Arctique ».
Pensez-vous que ces investissements profiteront principalement aux grandes entreprises déjà établies ou qu’ils pourraient aussi créer des opportunités pour les PME et les startups spécialisées dans les technologies de défense ?
À ce stade-ci difficile de présumer quoi que ce soit, par contre avec le financement viendront les propositions d’intérêt et c’est là que les opportunités se présenteront pour l’industrie en général y compris les PME. En fait l’idée est de développer une industrie nationale indépendante et concurrentielle avec l’argent des canadiens.
L’Allemagne bonifie son offre pour le contrat des sous-marins au Canada
L’entreprise allemande TKMS s’engage à livrer ses sous-marins plus rapidement que prévu dans le but de remporter le contrat pour l’achat de 12 nouveaux sous-marins de patrouille, que le Canada doit accorder d’ici la fin juin.
L’effort de dernière minute du consortium germano-norvégien vise à concurrencer la rivale de TKMS, la sud-coréenne Hanwha, qui présente depuis le début un échéancier de livraison beaucoup plus ambitieux.
Selon les informations recueillies par Radio-Canada, TKMS assure maintenant qu’elle peut livrer ses quatre premiers sous-marins d’ici 2036, soit deux ans plus tôt que son plan original.
Pour y arriver, TKMS va apporter des changements à son carnet de commandes. Selon nos sources, l’Allemagne et la Norvège ont toutes deux accepté de céder l’un des sous-marins qu’elles avaient elles-mêmes commandés, qui seront plutôt envoyés au Canada.
Une approche « tous pour un »
“Je ne vends pas seulement des sous-marins”, explique le PDG de TKMS, Oliver Burkhard, en entrevue avec Radio-Canada. En étant flexibles sur l’échéancier de livraison, “nous voulons démontrer que le Canada serait un partenaire à part entière du consortium, sur un pied d’égalité avec l’Allemagne et la Norvège”, souligne-t-il.
C’est l’approche “tous pour un”, exprime la ministre d’État norvégienne à la Défense, Marte Gerhardsen. Si le Canada est dans le besoin, vous n’êtes pas seul, insiste-t-elle.
Vous avez deux autres pays, avec une grande flotte, qui viendront à la rescousse. C’est donc une sorte de très forte assurance.
Une citation de Marte Gerhardsen, ministre d'État norvégienne à la Défense
Le calendrier de livraison le plus rapide demeure celui de Hanwha, qui promet de livrer ses deux premiers sous-marins en 2035. Mais l’approche maintenant plus ambitieuse de TKMS a réduit l’écart.
La rapidité de livraison constitue un facteur majeur pour la Marine canadienne. La flotte du Canada comprend quatre sous-marins qui ont plus de 30 ans, dont un seul est en état de fonctionner, pour patrouiller sur 240 000 kilomètres de littoral, dans trois océans.
Plus de détails
“Nous avons besoin de nouveaux sous-marins hier”, lance l’amiral David Patchell, commandant de la Flotte canadienne du Pacifique pour la Marine royale canadienne. “Pour montrer à nos alliés, comme les Américains, que nous faisons notre part pour la protection de l’Arctique.”
Grands projets
Des documents consultés par Radio-Canada montrent que TKMS se dit prête à investir dans de grands projets nationaux d’infrastructures priorisés par le gouvernement de Mark Carney, comme la modernisation du port de Churchill, au Manitoba, ou un projet de capture et de stockage de carbone en Alberta. Tout cela dans le but de renforcer son offre.
Hanwha Oceans, de la Corée du Sud, est la seule autre entreprise soumissionnaire encore en lice pour obtenir le contrat du Canada pour de nouveaux sous-marins.
Photo : Radio-Canada / Jonathan Dupaul
De son côté, Hanwha promet aussi d’investir dans des projets qui n’ont rien à voir directement avec la fourniture de sous-marins, notamment la construction de véhicules militaires et de blindés, en partenariat avec le secteur de l’automobile canadien, dans le but d’offrir un partenariat économique plus large avec le Canada.
Les Sud-Coréens proposent également de fabriquer au Canada des camions de transport fonctionnant à l’hydrogène, de même que des bornes de recharge. La mise en œuvre de ce projet baptisé Project Beaver (Castor) est prévue pour 2030.
Une maquette du sous-marin HDW Classe 212CD que TKMS veut vendre à la Marine royale canadienne.
Photo : Radio-Canada / Stéphane Richer
Ottawa doit maintenant décider lequel des deux sous-marins répond le mieux aux exigences de la Marine canadienne et quelle entreprise offre les meilleures retombées économiques et de création d’emploi au Canada.
Une décision à 25 milliards de dollars qui a aussi des répercussions économiques et géopolitiques, puisque le gouvernement fédéral doit choisir entre ses alliés traditionnels de l’OTAN ou un nouveau partenaire en Asie.
La décision doit être annoncée d’ici la fin juin, juste à temps pour le sommet de l’OTAN qui doit avoir lieu à Ankara, en Turquie, les 7 et 8 juillet prochains.
F-35 et Gripen : « Il pourrait facilement y avoir une flotte de 140 avions »
Un projet d’acquisition militaire sans appel d’offres, qui n’enchante pas les Forces armées canadiennes, mais qui crée des milliers d’emplois dans le secteur névralgique de la défense.
C’est la stratégie que le gouvernement Carney a utilisée pour annoncer l’achat d’avions-radar GlobalEye, fabriqués par la firme suédoise Saab avec la firme canadienne Bombardier.
C’est la même stratégie qui est à l’étude à Ottawa pour l’acquisition d’avions de chasse suédois Gripen-E, selon plusieurs sources au sein du gouvernement et de l’industrie de la défense.
Ces sources affirment que l’achat des GlobalEye n’était que la première étape dans les négociations entre Ottawa et Saab.
Saab continue donc de peaufiner son plan d’affaires pour construire ses chasseurs Gripen au Canada, notamment en utilisant les relations commerciales et la chaîne d’approvisionnement qui sera mise en place pour les GlobalEye.
Selon plusieurs sources, le projet à l’étude vise une forte expansion du nombre d’avions de chasse au Canada, et non pas à tout simplement remplacer des F-35 américains par des Gripen.
Pour l’instant, les Forces armées se préparent à mettre à la retraite une flotte d’avions de chasse composée de moins de 88 CF-18, refusant d’offrir un nombre précis d’appareils en service.
Selon une entente annoncée en 2023, le gouvernement a l’intention d’éventuellement acheter un total de 88 avions de chasse F-35 de la part du manufacturier Lockheed Martin. Ottawa a déjà une commande ferme pour 16 F-35 et il a commencé à payer les coûts pour acquérir 14 autres appareils.
Selon plusieurs sources, le gouvernement canadien envisage encore une flotte majeure de F-35, composée de 72 à 88 appareils, même si le Canada va de l’avant avec son projet Gripen.
Tant au sein du gouvernement que du secteur privé, des sources affirment qu’Ottawa étudie l’achat de 72 appareils Gripen, qui créerait jusqu’à 9000 emplois et constituerait un projet industriel majeur pour le Canada.
Il pourrait facilement y avoir une flotte de 140 avions, lance une source au fait des discussions en cours.
Ce chiffre représenterait environ le même nombre de CF-18 achetés par le Canada durant les années 1980, soit 138.
Radio-Canada a accordé la confidentialité à plusieurs sou rces impliquées directement dans le dossier pour leur permettre d’offrir des détails sur des discussions privées.
La leçon de 2023
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