Industrie de la construction - Actualités et innovation

Des pavés unis fabriqués à partir de sacs de plastique

Ces nouveaux pavés auraient un cycle de vie infini.

Photo : Radio-Canada

Raphaël Brouillette (accéder à la page de l’auteur)

Raphaël Brouillette

Raphaël Brouillette

Publié le 22 avril 2023

Des sacs de plastique transformés en pavés unis 100 % locaux : c’est le nouveau projet-pilote mis en œuvre à la Plaza de la Mauricie. Les commerçants les recyclent et une entreprise de Shawinigan les transforme. Et ce n’est que le début, promet-on.

Depuis le début du mois d’avril, les commerçants de ce centre commercial situé à Shawinigan récupèrent tout le plastique d’emballage. Ils font le tri, mettent la matière dans des sacs, et c’est à ce moment qu’à quelques kilomètres de là, l’entreprise shawiniganaise Paverreco entre en scène. Les sacs seront broyés, compressés, mélangés avec du verre, puis ils deviendront des pavés unis. Propriétaire de cette entreprise lancée en 2019, Marc Francœur soutient que le produit final est supérieur au béton.

C’est du pavé uni qui est incassable, qui résiste au sel et à ses impacts. C’est un produit qui est fabriqué à partir de 100 % de matières recyclées. Dans un pied carré, on a 533 sacs et 25 bouteilles de type 750 millilitres. Il s’agit d’un produit qui, selon lui, a un cycle de vie infini. Les dalles peuvent être broyées de nouveau et refaites à neuf. On est capables de le concasser pour le remettre en produit neuf dans 20, 30 ou 50 ans.

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Moins de GES

Ce partenariat inédit en Mauricie est le fruit de l’union entre Paverreco, la Chambre de commerce et d’industrie de Shawinigan ainsi que le centre commercial. L’administration de la Plaza de la Mauricie souhaitait trouver une solution alternative plus écologique à l’enfouissement. En effet, de 2019 à 2022, Énercycle, qui gère les matières résiduelles en Mauricie, avait cessé de récupérer les sacs de plastique, faute d’options. Le directeur de la Plaza de la Mauricie, Yvan Fecteau, soutient que cette initiative permettra aussi d’éviter des coûts.

On évite d’envoyer des tonnes de plastique qui prennent souvent beaucoup de volume inutilement dans un conteneur parce que c’est très léger. On envoie ça directement au recyclage et c’est revalorisé localement.

Selon Justin Vachon, conseiller au développement durable à la Chambre de commerce, ce projet permettra notamment de réduire les intermédiaires dans le traitement de la matière, donc les émissions de GES.

C’est certain que le fait d’avoir Paverreco dans la région fait en sorte qu’on est capables d’éviter de faire des transports de 300 kilomètres pour du plastique et puis qu’il soit trié plusieurs fois. Donc il part d’ici et il s’en va à 10 kilomètres d’ici.

Les commerçants du centre commercial récupèrent tout le plastique afin qu’il soit transformé.

Photo : Radio-Canada

Route du plastique

Le PDG de Paverreco, Marc Francœur, souhaite que ce projet-pilote soit le fer de lance d’une collecte régionale en créant plusieurs points de collecte. Le but, c’est de regrouper toutes les matières plastiques dans un endroit et d’en faire un point de collecte central pour commencer à créer la fameuse route du plastique en Mauricie.

Raphaël Brouillette (accéder à la page de l’auteur)

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Une loi à l’automne pour moderniser la construction

PHOTO NATHAN DENETTE, LA PRESSE CANADIENNE

Le gouvernement du Québec veut donner des outils à l’industrie de la construction pour qu’elle puisse réaliser les nombreux chantiers attendus pour les prochaines années, malgré la pénurie de main-d’œuvre.

Le gouvernement du Québec déposera une loi cet automne en vue de moderniser l’industrie de la construction. Le but est de donner des outils à l’industrie pour qu’elle puisse réaliser les nombreux chantiers attendus pour les prochaines années, malgré la pénurie de main-d’œuvre.

Publié à 9h21 Mis à jour à 10h41

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André Dubuc
André Dubuc La Presse

Le ministre du Travail, Jean Boulet a fait part de ses intentions à l’occasion d’une allocution prononcée lundi matin devant la Chambre de commerce du Montréal Métropolitain.

Il entend mener une vaste campagne de conscientisation dans les prochaines semaines, laquelle comprendra des ateliers et des rencontres avec les groupes patronaux et syndicaux. « Quand on s’entend sur des objectifs, c’est plus facile ensuite de discuter des enjeux », a glissé le ministre dans son allocution.

Pour augmenter la productivité sur les chantiers, le ministre a dit croire beaucoup à la polyvalence des travailleurs, ce qui devrait passer par des activités partagées et moins par une réduction du nombre de métiers, actuellement au nombre de 25 métiers et 6 occupations.

« J’entends faire faire une analyse avec les gens de métier et voir s’il y a des activités qui pourraient être partagées qui assureraient une meilleure cohésion et une meilleure harmonie dans le déroulement des travaux, donc moins de délais et une meilleure productivité, a précisé le ministre dans une mêlée de presse qui a suivi le déjeuner-conférence. Ce n’est pas une réflexion que je fais actuellement de fusionner des métiers. »

Place aux femmes

Pour combler le déficit estimé entre 15 000 et 17 000 travailleurs dans la construction, le député de Trois-Rivières veut aussi favoriser l’accès à l’industrie à trois groupes actuellement sous-représentés : les femmes, les membres issus des Premières Nations et ceux de l’immigration.

Des plans stratégiques et des projets pilotes ont déjà été mis en branle ou sont attendus prochainement pour que l’industrie se diversifie davantage.

Le gouvernement veut aussi miser sur l’intégration sécuritaire des innovations dans l’industrie. Il a donné l’exemple de Pomerleau qui se sert d’un robot à 4 pattes pour faire de la surveillance de chantier dans des endroits jugés comme étant dangereux pour les travailleurs.

Les syndicats demandent à être convaincus

En échange avec le président de la Chambre, Michel Leblanc, le ministre dit croire que le déséquilibre entre l’offre et la demande crée un climat favorable pour moderniser une industrie malgré les échecs des initiatives passées allant dans le même sens. « Actuellement, on a des besoins : des maisons, des logements, des hôpitaux, des écoles, et on n’est pas capable de répondre à la demande, a souligné le ministre. Il faut diminuer l’écart entre la capacité de l’industrie et les besoins de la population. »

Du côté syndical, on va certes participer au processus de consultation, mais on attend d’être convaincu par la justesse des mesures proposées. « On prévoit que nos gens soient compétents et ce qu’ils vont construire va être durable. Ça passe peut-être par une certaine flexibilité, mais elle existe déjà cette flexibilité dans les métiers. Le charpentier-menuisier, par exemple, peut effectuer déjà une panoplie de tâches », a confié Éric Boisjoly, directeur général de FTQ-Construction, lors d’un bref entretien en marge de l’évènement.

Innovations architecturales Le rêve d’imprimer des maisons

PHOTO ROB ENGELAAR, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Une maison en impression 3D du projet Milestone à Eindhoven, aux Pays-Bas

La Presse jette un regard sur les innovations qui façonneront le Québec de demain.

Mis à jour à 12h00

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André Laroche Collaboration spéciale

Un enseignant de cégep, à Rouyn-Noranda, poursuit un projet un peu fou : imprimer en 3D des maisons adaptées au climat du Québec.

Ce professeur se nomme David Laliberté. Il enseigne la maintenance industrielle au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue. Mais, dans une autre vie, il était directeur d’usine. Son dada, c’est la simplification des processus de travail avec, à la clé, un produit de meilleure qualité.

Son intérêt pour l’impression de maisons en 3D a commencé en 2018, presque banalement, à la suite d’importants travaux de rénovation de sa nouvelle maison, raconte-t-il. De simples infiltrations d’eau, provoquées par une erreur lors de l’installation d’une fenêtre, ont eu le mérite de piquer sa curiosité pour la construction résidentielle.

Pourquoi bâtir une maison exige-t-il autant d’étapes d’étanchéisation, puis de percement pour les sorties de ventilation, de plomberie, d’électricité, qui doivent encore être étanchéisées ? s’est interrogé cet ingénieur de formation.

PHOTO FRED FROESE, GETTY IMAGES

L’impression en 3D d’une maison se fait grâce à une pompe à béton.

« En termes de génie industriel, tous ces gestes équivalent à autant de risques d’erreur, explique-t-il. C’est à partir de ce moment que je me suis intéressé à l’impression automatisée de bâtiments. Cela m’a donné le goût d’en savoir plus et de faire de la recherche sur le sujet. »

En gros, l’impression en 3D d’une maison est réalisée grâce à une pompe à béton dont la buse se déplace avec précision à l’horizontale et à la verticale. Elle construit la structure de l’immeuble, sans besoin de coffrage, en déposant l’une sur l’autre des couches de matériaux, souvent du béton.

PHOTO FOURNIE PAR LE CÉGEP DE L’ABITIBI-TÉMISCAMINGUE

David Laliberté (au centre), enseignant au cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, a lancé un projet de recherche sur l’impression 3D de maisons adaptées au climat québécois. Il a obtenu l’appui de son directeur général, Sylvain Blais (à gauche). Son équipe compte dans ses rangs le chercheur Abdelmajid Rakib (à droite), spécialisé dans l’utilisation de rejets industriels pour l’amélioration du béton.

Enthousiaste, David Laliberté a réuni autour de lui une équipe de chercheurs en architecture, optique, matériaux composites, impression 3D, maisons passives et structures de béton, tous actifs dans différents cégeps et universités de la province.

Le caractère innovant du projet a capté l’attention de Québec, qui a sauté dans le train avec l’attribution d’un fonds de recherche de près de 1 million de dollars. « Tout ça à cause d’une fenêtre qui coulait », glisse-t-il, pince-sans-rire.

L’objectif est simple, mais défie l’imagination : imprimer complètement une maison modulaire d’ici le 31 mars 2026, avec une empreinte carbone la plus faible possible, pour ensuite en faire don à l’organisme Habitat pour l’humanité Québec.

« Un vrai bâtiment, construit de façon durable, dans lequel vont vraiment vivre de vraies personnes », résume M. Laliberté.

PHOTO MICHAL ROJEK, GETTY IMAGES

Des expériences en impression 3D de maison sont tentées depuis quelques années partout dans le monde, comme ici, en Pologne.

Révolution en vue

L’idée d’imprimer des maisons n’est pas nouvelle. Des expériences de ce genre sont tentées depuis quelques années, un peu partout dans le monde, souligne le professeur Ammar Yahia, de l’Université de Sherbrooke, qui n’a pas hésité à se joindre à l’équipe de David Laliberté.

« Nous nous intéressons à l’impression 3D depuis sept ou huit ans », affirme-t-il dans son vaste laboratoire, doté justement d’une imprimante à jets de béton.

Ce projet nous permettra de suivre la cadence [mondiale], mais aussi de mettre à contribution le savoir-faire québécois pour répondre à un besoin en matière de logements durables et résilients à un coût abordable.

Ammar Yahia, de l’Université de Sherbrooke

Selon ce spécialiste des bétons fluides, cette technologie émergente laisse miroiter une petite révolution dans le domaine de la construction, aux prises actuellement avec une pénurie de main-d’œuvre. Une maison de qualité supérieure pourrait être ainsi bâtie plus rapidement, pour moins cher, avec un minimum d’ouvriers, dans un environnement sécuritaire et, en prime, une production limitée de déchets, croit-il.

Ce n’est pas tout, poursuit-il. « L’impression 3D ouvre la porte à une possibilité presque infinie de formes géométriques complexes, jusque-là difficilement concevables », explique-t-il.

PHOTO ROSCHETZKYI, GETTY IMAGES

Des maisons en impression 3D en construction à North Austin, au Texas

Au Canada, l’an dernier, des bâtiments ont été imprimés directement sur des sites en Ontario. Mais l’approche de David Laliberté est diamétralement différente : au lieu de trimballer la machinerie nécessaire de chantier en chantier, il compte plutôt se concentrer sur l’impression de modules en usine pour assembler la maison sur les lieux de la construction.

« Au Québec, on ne peut pas imprimer à l’extérieur à longueur d’année, fait-il d’abord valoir. Il y a aussi des délais relativement longs pour installer l’imprimante avant la construction, puis pour la retirer ensuite du chantier. On pense que l’impression en usine peut réduire ces délais. »

PHOTO MICHAL ROJEK, GETTY IMAGES

Imprimer des maisons en 3D ? C’est le rêve de David Laliberté.

La question béton

David Laliberté et son équipe tenteront de créer une maison dotée de grandes vertus écologiques. À ce chapitre, l’impression en béton pèse lourd dans la balance environnementale.

« Ce n’est pas le matériau le plus vert. Sa production dégage beaucoup de carbone », reconnaît le chercheur, en soulignant qu’il est possible d’utiliser du béton « moins polluant » développé à l’Université de Sherbrooke. Mais d’autres matériaux actuellement à l’étude pourraient devenir de bonnes options de remplacement.

L’Université du Maine aurait notamment obtenu des résultats intéressants avec un mélange de polymères et de résine de bois, dit David Laliberté.

Les chercheurs veulent créer aussi une enveloppe résiliente de haut calibre, avec une étanchéité et une isolation sans faille. Ils veulent notamment développer un dispositif optique pour faire entrer plus de chaleur naturelle à l’intérieur du bâtiment, et ainsi diminuer les coûts de chauffage.

« Il nous reste maintenant à relever nos manches. Mais nous avons les moyens de nos ambitions ! », croit David Laliberté.

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Grandes tours d’habitation Rénover… sans les cônes orange

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Upbrella est une entreprise montréalaise qui a développé une nouvelle technologie pour rénover les grandes tours. Sur notre photo, on distingue très bien la vaste nacelle haute de deux étages qui ceinture le gratte-ciel.

Des dizaines de milliers de grandes tours d’habitation, un peu partout dans le monde, ont aujourd’hui un sérieux besoin d’amour. Mais comment redonner un coup de jeune à ces hauts immeubles souvent coincés dans des métropoles de plus en plus denses ? Une entreprise québécoise croit détenir la solution.

Mis à jour à 12h00

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André Laroche
André Laroche Collaboration spéciale

Les passants au centre-ville de Montréal ne l’auront probablement pas remarqué, mais une tour du Complexe Maisonneuve subit depuis le printemps dernier une importante cure de jeunesse. Son enveloppe extérieure sera complètement rénovée : nouveau revêtement et nouvelle fenestration, avec une isolation rehaussée au passage.

Si cet important chantier passe pratiquement inaperçu, c’est sans doute en raison de l’absence de cônes orange à l’angle de la rue De La Gauchetière et de la côte du Beaver Hall. Pas de grue géante ni d’entrée de camions qui obstruent la circulation pendant des semaines.

3/3

Où sont les travailleurs ? Ils se trouvent dans une vaste nacelle, haute de deux étages, qui ceinture complètement le gratte-ciel de 28 étages, inauguré en 1983. Le revêtement extérieur de l’abri, en panneaux de polycarbonate, lui permet de se fondre presque élégamment à l’immeuble. Accrochée au toit, la structure descend peu à peu au rythme des travaux.

Un monte-charge, intégré à la nacelle, permet aux ouvriers de se rendre incognito au chantier sans passer par l’intérieur de l’immeuble. Ce même monte-charge permet d’acheminer les matériaux et de retirer les rebuts en toute discrétion. « Pas de bruit, ni de poussière, ni de nuisance visuelle », fait remarquer Joey Larouche, président et fondateur d’Upbrella.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Joey Larouche, président et fondateur d’Upbrella

Construire à l’abri

Cette entreprise de Boucherville avait déjà fait sa marque dans l’univers des chantiers en hauteur, en 2016, avec une méthode de construction inusitée : commencer par bâtir le toit au ras du sol. De puissants vérins de levage soulèvent ensuite la structure, à laquelle sont attachées des passerelles de travail abritées, pour permettre la construction du rez-de-chaussée.

Les étages sont ainsi construits un à un. Lorsqu’un étage est terminé, la toiture et les passerelles sont soulevées pour bâtir l’étage suivant, et ainsi de suite. Les ouvriers peuvent ainsi toujours travailler à l’abri des intempéries, les deux pieds sur un plancher solide.

Cette méthode a été utilisée à différents endroits dans le monde pour de nouvelles constructions ou encore l’ajout d’étages, comme à l’hôtel Germain de Montréal en 2018. Elle a aussi été choisie pour un immeuble d’habitation sociale en cours d’édification à Monaco, au grand plaisir du voisinage du chantier.

« Là-bas, en une seule année, le constructeur avait écopé de 600 contraventions de 1000 $ chacune pour des dépassements de la limite sonore de 85 décibels. Il n’en a reçu aucune depuis l’installation de notre procédé », affirme M. Larouche.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

On voit bien sur cette photo la couronne amovible extérieure imaginée par Upbrella, sur l’ancienne tour de la BNC.

Un parc vieillissant

L’idée d’un chantier fermé, peu intrusif, séduit maintenant les entrepreneurs spécialisés en rénovation des grands immeubles.

Ces hautes tours d’habitation ont connu un essor dans les grandes villes du monde à partir des années 1970. Juste à Hong Kong, on en compte des dizaines de milliers, souligne Joey Larouche. Un demi-siècle plus tard, ces parcs résidentiels affichent leur âge avancé : matériaux délavés, fenestration en fin de vie, look dépassé ou encore conception énergivore selon les normes à venir.

À New York, par exemple, les autorités municipales estiment qu’environ 30 000 bâtiments résidentiels devront subir dans les prochaines années une rénovation en profondeur de leur enveloppe extérieure pour se soumettre à un ambitieux programme d’économie d’énergie.

Baptisée Local Law 97, cette réglementation municipale adoptée en 2019 obligera les propriétaires d’immeubles de plus de 25 000 pieds carrés à réduire leurs émissions de carbone de 40 % d’ici 2030 par rapport à leur consommation de 2005. Ils devront atteindre une autre cible encore plus élevée en 2040.

En Ontario, la Toronto Community Housing a également entrepris un plan d’amélioration énergétique de ses immeubles, étalé sur plusieurs années.

À Londres, un vaste chantier se prépare aussi dans la foulée de l’incendie de la tour d’habitation Grenfell en 2017. Plus de 70 résidants avaient alors perdu la vie. L’enquête publique avait révélé que le feu avait pris naissance dans le moteur d’un congélateur avant d’enflammer le revêtement extérieur composé de matériaux inflammables.

Selon les médias du Royaume-Uni, quelque 640 000 personnes dans le pays habiteraient dans des milliers d’immeubles présentant un risque semblable d’incendie.

Or, dans la capitale britannique comme partout dans le monde, ces tours autrefois un peu esseulées se trouvent désormais coincées dans un dédale serré d’artères majeures, de parcs matures, de pistes cyclables et d’autres gratte-ciels imposants. La complexité des sites fait bondir les coûts et les délais.

« On n’a pas le choix. Il faut trouver une autre façon que les méthodes traditionnelles », affirme Joey Larouche, qui soutient que le procédé Upbrella réduit la durée des travaux de 20 % et les émissions polluantes de 55 %.

Upbrella se trouve ainsi actuellement dans la course pour deux chantiers d’importance : la tour Montparnasse, à Paris, et la tour Bretagne, à Nantes. « Ce sont deux icônes en France. Ce serait un tour de force pour une compagnie québécoise de faire partie de ces projets-là », souligne son président.

Consultez le site d’Upbrella

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Univers PME Upbrella à la rescousse à Monaco

PHOTO FOURNIE PAR UPBRELLA

Upbrella a inventé un système qui permet d’ériger un bâtiment à l’abri des intempéries… et des regards. Le procédé consiste à construire d’abord le toit, à l’entourer d’une enveloppe protectrice, et à élever cette calotte avec une série d’énormes vérins, à mesure qu’un étage est construit sous sa protection. Nul besoin de grues. Ici à Monaco.

Un peu plus, et Upbrella faisait la couverture de Paris Match.

Publié à 0h56 Mis à jour à 11h00

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Marc Tison
Marc Tison La Presse

« Une première mondiale », titrait La Gazette de Monaco, le 7 juin dernier.

La construction de la Villa Carmelha, une tour de 25 logements à la structure de bois, « s’impose comme une véritable prouesse technique grâce au recours du procédé canadien Upbrella », lisait-on.

Un procédé québécois, plus exactement.

L’entrepreneur monégasque a appelé la petite firme de Boucherville à la rescousse pour protéger l’édifice pendant sa construction.

Upbrella a inventé un système qui permet d’ériger un bâtiment à l’abri des intempéries… et des regards. Le procédé consiste à construire d’abord le toit, à l’entourer d’une enveloppe protectrice et à élever cette calotte avec une série d’énormes vérins, à mesure qu’un étage est construit sous sa protection. Nul besoin de grues.

La technologie Upbrella a connu sa première application en 2015 dans l’érection d’un immeuble à usage mixte de 10 étages, le Rubic, situé au 1115, boulevard René-Lévesque Est à Montréal.

En 2019, le système a trouvé un nouvel usage avec l’ajout de six étages supplémentaires aux 17 que comptait l’hôtel Le Germain Montréal.

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Un troisième type d’application est en cours au 600, rue De La Gauchetière Ouest, pour la réfection de la façade du vaste édifice au revêtement métallique. Enserré sur la tour, un anneau protecteur – un abri périphérique, dit l’entreprise – s’élève peu à peu, couvrant deux étages à la fois et permettant aux travailleurs de rester à l’abri.

« On protège le bâtiment, on protège les travailleurs, on protège les voisins, on protège la rue, décrit Joey Larouche, cofondateur et président d’Upbrella International. On commence à utiliser de plus en plus l’expression “construction furtive”. Quand les gens ne remarquent pas que c’est un chantier, pour nous, c’est une démonstration de réussite. »

Cette furtivité a l’inconvénient de ne pas publiciser le nom de la firme. Ce qui n’a pas empêché une entreprise monégasque de la remarquer.

« C’est exactement ce dont on a besoin ! »

« On était à ce moment-là en train de faire le projet de l’hôtel Germain, raconte Joey Larouche. Le gouvernement de Monaco venait de passer à travers l’épisode assez difficile d’une grue qui était tombée sur son territoire. »

L’effondrement, qui avait fait un blessé et beaucoup de bruit, était survenu en mai 2019, alors que la principauté venait de lancer un appel d’offres pour la construction d’un projet de logements sociaux. Le gouvernement a demandé que les soumissionnaires ajoutent à leur proposition une méthode de construction qui réduirait les nuisances visuelles et sonores et accroîtrait la sécurité.

« Simonin, un manufacturier de structures de bois, a communiqué avec nous après nous avoir trouvés sur Google et YouTube, où on avait affiché des vidéos de notre projet en cours sur l’hôtel Germain, poursuit Joey Larouche. Ils ont dit : “Mon Dieu, c’est exactement ce dont on a besoin.” »

Le groupement formé d’EMC et de Simonin SAS a ajouté la technologie Upbrella à sa proposition, un apport d’autant plus bénéfique que les structures en bois doivent être protégées des intempéries durant leur érection.

« Immédiatement, la principauté a demandé à avoir une présentation, relate Joey Larouche. Je suis allé à Monaco en juillet 2019, et au mois d’août 2019, les médias confirmaient déjà que la principauté avait l’intention d’utiliser un système de construction abritée qui venait du Québec. »

Upbrella a été impliquée dès l’excavation et la coulée des fondations – une première pour l’entreprise québécoise.

« Au moment où on a déployé la solution pour abriter les fondations, on était en pleine COVID, informe Jacques Gauthier, responsable du développement des affaires chez Upbrella. On ne pouvait pas aller sur le chantier, on ne pouvait pas voyager. On a donc fait l’ingénierie à partir d’ici. On s’est trouvé un partenaire à Rennes, devenu depuis un partenaire Upbrella, qui a été capable de fabriquer et d’installer l’équipement pour nous. Tout s’est fait sur Teams et Zoom. »

En décembre 2022, ils ont ajouté à ce sarcophage protecteur des systèmes de levage et de manutention – dont un véritable pont roulant – pour fabriquer chacun des étages. Chaque plancher est assemblé à hauteur d’homme, puis est hissé sur ses colonnes et ses piliers. L’enveloppe extérieure de l’étage est ensuite fermée. L’abri est alors haussé d’un étage, et un nouveau plancher est assemblé sur celui qui vient d’être mis en place. La première levée a été effectuée en mars 2023 et la dernière se fera à la fin de septembre.

Party de famille et méchouis

Upbrella est en quelque sorte la filiale technique de 3L Innogénie, une entreprise de développement de produits brevetés exportables dans le secteur de la construction.

3L, comme trois Larouche.

L’entreprise a été fondée par Joey Larouche, son cousin Justin, ingénieur, et son père Gilles, designer industriel et chargé de projet en construction. « Dans les partys de famille, il nous parlait de tous les inconvénients de travailler dehors », explique Joey Larouche.

C’est justement lors d’un méchoui familial qu’est née l’idée d’ériger un édifice en hauteur comme si on travaillait toujours au rez-de-chaussée.

« On ne cherche pas nécessairement à être moins cher, commente Joey Larouche. On cherche surtout à apporter plus de sécurité, moins d’inconvénients dans les milieux urbains, plus d’efficacité, plus de durabilité. Et on commence à travailler aussi à l’adaptation de nos solutions pour la déconstruction. »

Jusqu’à présent, Upbrella a réalisé quatre projets et en a mis trois autres en chantier, dont un projet d’installation de façade sans grue et sans occupation d’espace public, à Nashville, aux États-Unis.

« C’est un petit projet, mais le donneur d’ordre est le septième groupe de construction aux États-Unis, souligne Jacques Gauthier. On croit que ça va déboucher sur d’autres grands projets. »

Upbrella, qui ne compte que 10 employés, travaille avec un réseau de sous-traitants et de partenaires pour la fabrication des vérins, des éléments structuraux de ses abris, des appareils de contrôle et de l’équipement de manutention.

L’entreprise est soutenue par Investissement Québec pour son financement et sa commercialisation hors Québec.

« Nos défis des prochains mois et des prochaines années, ça va être de créer des filiales à l’étranger et d’avoir tout le soutien financier nécessaire pour pouvoir les déployer », soulève Joey Larouche.

Heureusement, Upbrella est spécialisée dans le déploiement.

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Au Téléjournal 18h

Environnement : un béton négatif en carbone développé à Montréal

Le béton est omniprésent autour de nous, mais il est aussi très polluant. Il est responsable à lui seul de 8 % des gaz à effet de serre de la planète. Une technologie développée à Montréal pourrait toutefois changer la donne.

Le reportage d’Elisa Serret

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Un barrage, ça ne se commande pas sur Amazon

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE

« L’industrie [de la construction] a de la broue dans le toupet, car Québec a augmenté de 70 % depuis 2015 son budget en infrastructures, qui est désormais doté d’une gigantesque enveloppe de 150 milliards sur 10 ans », affirme notre éditorialiste.


Stéphanie Grammond
Stéphanie Grammond La Presse

Attention aux chantiers : congestion en vue. Avec autant de grands projets d’infrastructure dans le collimateur, Québec se magasine de sérieux problèmes de dépassement de coûts et de ralentissement de travaux. Et ce sont les contribuables qui en feront les frais.

Publié à 1h23 Mis à jour à 5h00

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Avec la transition énergétique, les projets fusent de partout.

Tandis qu’Hydro-Québec veut investir jusqu’à 18 milliards pour doubler sa puissance, ce qui mobiliserait 35 000 travailleurs, la filière batterie poursuit sur sa lancée et Québec veut développer les transports collectifs structurants.

Très bien. Mais un barrage hydroélectrique, ça ne se commande pas sur Amazon. Et un REM ou un tramway, ça ne s’achète pas chez IKEA.

Il faut des bras et des cerveaux pour développer tout ça. Or, il manque très précisément 12 245 travailleurs dans l’industrie de la construction au Québec (4 % du total).

L’industrie a de la broue dans le toupet, car Québec a augmenté de 70 % depuis 2015 son budget en infrastructures, qui est désormais doté d’une gigantesque enveloppe de 150 milliards sur 10 ans.

Ce déséquilibre entre l’offre et la demande a provoqué une forte croissance des coûts de construction en 2021 et 2022, qui excède nettement l’inflation générale au Québec, constate l’Institut du Québec1.

L’hôpital Maisonneuve-Rosemont, le tramway de Québec… partout les coûts explosent.

Québec va devoir faire des choix.

Il faut aller à l’essentiel. Le logement, qui est la clé de bien des enjeux sociaux, arrive en tête de liste. Cette semaine, Québec et Ottawa ont débloqué 1,8 milliard pour bâtir 8000 logements abordables et sociaux. Bravo ! Mais la classe moyenne dans tout ça ? D’après la Société canadienne d’hypothèques et de logement, il faudrait au moins tripler le nombre de mises en chantier et construire 1,2 million de logements d’ici 2030 au Québec. Un défi titanesque.

Il faut aussi donner préséance à la réparation des infrastructures existantes.

Les besoins sont immenses. Il faudrait 35 milliards pour remettre en état les infrastructures du Québec – routes, hôpitaux, écoles – qui tombent en ruine. Ce n’est pas plus rose dans les municipalités, qui auraient besoin de 38 milliards juste pour mettre à niveau les infrastructures liées à l’eau.

Ce déficit d’entretien qui ne cesse d’augmenter est comme une dette que l’on pellette vers les générations futures. Ce n’est pas équitable. Plus on attend, plus ça fait mal… un peu comme une carie négligée qui se termine en traitement de canal.

Parlez-en au ministère des Transports, dont la mauvaise gestion vient d’être dénoncée par l’Autorité des marchés publics2. En négligeant l’inspection des ponts vieillissants, le Ministère se retrouve à accorder des contrats de gré à gré, en payant le gros prix, pour réaliser des travaux d’urgence.

Ne vous demandez pas pourquoi la réfection du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine a vu sa facture bondir de 1 milliard à 2,5 milliards.

En parallèle, Québec doit moderniser l’industrie de la construction, dont la productivité est à la traîne. Ici, le ministre du Travail, Jean Boulet, est déjà à l’œuvre.

Soyons clairs : la rigidité de la réglementation dans la construction limite le développement du Québec.

Au Québec, on compte 26 corps de métier, contre seulement sept en Ontario. Pour faire le même travail, il faut souvent trois ou quatre personnes, au lieu d’une seule chez nos voisins. En réduisant les chasses gardées qui causent des délais et font grimper les coûts, on pourrait récupérer 10 % des heures travaillées, selon une analyse de la firme AppEco3.

Faisons-le !

Tant qu’à y être, on devrait aussi déréglementer la rénovation de petits logements locatifs. En ce moment, les entrepreneurs peuvent employer des ouvriers ne détenant pas de cartes pour des rénovations chez un propriétaire occupant… mais pas chez un locataire, même s’il s’agit de deux logements identiques. C’est illogique. En changeant les règles, on libérerait de précieux travailleurs pour des chantiers où les cartes sont vraiment essentielles.

Quoi d’autre ?

Mieux intégrer les femmes et les immigrants qui sont largement sous-représentés dans la construction, comme La Presse l’a déjà plaidé4.

Mettre la pédale à fond sur la formation pour remplacer les 21 % de travailleurs qui quitteront la construction d’ici 10 ans, selon l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec.

Les formations accélérées et rémunérées, lancées à la fin d’octobre, sont un pas dans la bonne direction. Mais encore faudra-t-il trouver les professeurs.

Toutefois, ces formations courtes restent une solution un peu… courte.

On a aussi besoin de travailleurs avec une formation complète. Or, les inscriptions ne cessent de diminuer. Et les étudiants sont souvent recrutés, avant la fin, par des entrepreneurs en manque de main-d’œuvre. Pour favoriser la persévérance scolaire, pourquoi ne pas développer des formations de type « dual » misant sur la collaboration école-employeur ?

Au bout du compte, c’est l’addition de toutes sortes d’initiatives qui fera la différence. Mais il faut une vision d’ensemble. C’est à Québec de jouer le rôle de contremaître et de s’assurer qu’on ne se tire pas dans le pied en voulant tout faire en même temps, sans en avoir les moyens.

La position de La Presse

Prioriser les grands projets d’infrastructure de l’État. Moderniser l’industrie de la construction. Voilà les pistes à suivre pour éviter que la facture des nombreux chantiers du Québec grimpe au plafond.

1. Consultez le rapport de novembre 2023 sur les finances publiques de l’Institut du Québec

2. Consultez le rapport Examen de la gestion contractuelle du ministère des Transports et de la Mobilité durable

3. Consultez le rapport Productivité dans le secteur de la construction et impact d’accroître la polyvalence des métiers

4. Lisez l’éditorial « Crise du logement : les immigrants font partie de la solution »

Histoire d’horreur à Boisbriand racontée à l’émission La facture

La facture | On construit mal au Québec

162 propriétaires de condos de Boisbriand vont perdre leur investissement. La structure de leurs immeubles est pourrie en raison d’une mauvaise conception et/ou d’une mauvaise construction. Comme la surveillance de chantier n’est pas obligatoire au Québec, contrairement au reste du Canada, plusieurs demandent que Québec assume sa responsabilité dans ce désastre.

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Ce seul fait est sidérant. On récolte ce que l’on sème.

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Malgré la réglementation plus stricte et la surveillance accrue en Ontario, il reste des histoires d’horreur de maisons mal construites.

Quand j’avais encore le câble, j’étais une amatrice des émissions de Mike Holmes qui allait réparer les maisons

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Tout simplement scandaleux et révoltant. Nous avons besoin d’un grand ménage dans l’industrie de la construction, car les promoteurs ne peuvent pas s’autodiscipliner eux-mêmes. Faisons comme dans le reste du Canada où des inspections officielles sont tenues à toutes les étapes de la construction. Toute cela afin de discipliner les promoteurs et les rendre responsables des dommages causés par les vices de constructions le cas échéant, au même titre que les vices cachés lors d’une vente de propriété.

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Des matériaux de construction à base de champignons

Des champignons dans les murs : le potentiel des mycomatériaux en construction

Un mur de mycomatériaux.
Les mycomatériaux peuvent notamment prendre des formes comparables au cuir, au carton, aux styromousses ou aux briques.
PHOTO : FOURNIE PAR MYCÉLIUM REMÉDIUM MYCOTECHNOLOGIES / SYLVIANE ROBINI

Jennifer Magher
Publié à 8 h 41 HNE

Des matériaux à base de champignons, appelés mycomatériaux, se propagent à la frontière entre la microbiologie et la construction. Encore peu utilisés, notamment en raison de l’absence de production industrielle, les mycomatériaux permettraient de réduire l’empreinte environnementale de l’industrie du bâtiment.

Selon Geoffroy Renaud, étudiant-chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’Université de Montréal et fondateur de Mycélium Remédium Mycotechnologies, les mycomatériaux répondent à certains des besoins de l’industrie de la construction. On veut des éléments écoresponsables. L’isolant qui est polymérisé par le mycélium […] peut [éliminer] une série de résidus sur les chantiers eux-mêmes, dit-il.

Qu’est-ce que le mycélium?

Le mycélium est le réseau mycologique souterrain du champignon. Il est constitué d’une quantité innombrable de minuscules filaments blancs, les hyphes.

Sa principale fonction est d’obtenir de la nourriture du sol. Le mycélium sécrète des enzymes qui décomposent la matière organique pour qu’il puisse la consommer.

Trois grandes catégories de mycomatériaux

Geoffroy Renaud explique que les champignons peuvent être cultivés pour fabriquer des matériaux comparables au cuir, par exemple.

Le réseau souterrain, le mycélium, peut quant à lui être utilisé de deux manières. La première, sans substrat, permet d’obtenir des mycomatériaux similaires à du carton ou, en déployant le côté aérien du mycélium, à de la styromousse.

La seconde, en mélangeant le mycélium à un substrat comme les sciures de bois, la fibre de chanvre ou le marc de café, permet d’obtenir des panneaux ou des briques qui peuvent être utilisés en construction, notamment comme isolant thermique ou acoustique.

Les caractéristiques de ces matériaux dépendent grandement des intrants, indique Geoffroy Renaud, qui est lui-même en train de faire pousser le revêtement des murs de ses bureaux.

Un panneau de champignons.
Des panneaux composés de mycélium, qui s’alimente d’un intrant comme le chanvre, font leurs premiers pas dans le domaine de la construction.
PHOTO : FOURNIE PAR MYCÉLIUM REMÉDIUM MYCOTECHNOLOGIES / ALAN BOCCATO

Une technologie de gestion des matières résiduelles

Pour confectionner les murs de ses bureaux, il moud finement des matières organiques qu’il mélange à de l’eau. Par la suite, on va les mettre en contact avec une culture fongique. Dépendamment des combinaisons, on va attendre de 3 à 20 jours pour avoir une colonisation, explique-t-il.

Tout ce qui peut brûler [et] tout ce qu’on met au compost peut servir d’aliment au mycélium, indique Geoffroy Renaud.

Ce qui est intéressant des mycomatériaux, c’est qu’on peut faire face aux trois grands gisements de résidus problématiques : les déchets de construction, textiles et agroalimentaires.

Une citation de Geoffroy Renaud, étudiant-chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’UdeM

Le tout se produit dans un moule pour donner la forme désirée au produit. Cet objet va ensuite être démoulé, puis cuit pour annihiler l’organisme fongique pour qu’il ne soit plus vivant, poursuit Geoffroy Renaud. Le produit final est ainsi prêt à être installé sur les murs.

De l’inanimé au vivant

Joseph Dahmen, professeur adjoint à l’école d’architecture de l’Université de la Colombie-Britannique, indique que la majorité des mycomatériaux utilisés à ce jour sont cuits afin de mettre fin à la croissance du mycélium.

Il s’intéresse, pour sa part, au potentiel vivant de ces matériaux. On pourrait imaginer un matériau qui deviendrait dynamique, adaptable, de sorte que nous puissions lui donner une résistance différente. Il continue à se développer, nous pouvons donc encourager cette croissance ou l’arrêter en fonction des besoins, suggère-t-il.

L’expression ‘pousser comme un champignon’ est exacte. Ils poussent très vite. […] Nous pouvons les faire correspondre aux considérations environnementales uniques de l’endroit où nous voulons les utiliser.

Une citation de Joseph Dahmen, professeur adjoint à l’école d’architecture de l’UBC

Des briques à base de champignons.
Alors que les matériaux à base de champignons sont souvent cuits pour empêcher leur déformation, des chercheurs de l’Université de la Colombie-Britannique s’intéressent aux variations que peuvent prendre les mycomatériaux « vivants » afin qu’ils s’adaptent à un environnement en évolution.
PHOTO : FOURNIE PAR L’UNIVERSITÉ DE LA COLOMBIE-BRITANNIQUE

Des maisons en champignons dans un avenir encore lointain

Dans le cas des mycomatériaux vivants ou inanimés, l’adoption généralisée n’est pas pour demain, selon les chercheurs.

Nous commençons à peine à comprendre le potentiel de ces matériaux, indique Joseph Dahmen. Nous voulons nous assurer que les matériaux que nous utilisons dans les bâtiments sont sécuritaires pour la santé humaine et d’un point de vue structurel, précise-t-il.

Geoffroy Renaud ajoute qu’il n’existe pas, à l’heure actuelle, de théorie générale des mycomatériaux, au même titre que pour le béton, l’acier ou le bois. Lorsqu’on caractérise des matériaux, quelle partie revient à la présence du champignon? […] Quelle partie appartient aux intrants?

Différents types de panneaux en champignons.
Les propriétés des mycomatériaux utilisés en construction varient en fonction de l’intrant utilisé, qu’il s’agisse par exemple de chanvre ou de sciures de bois.
PHOTO : FOURNIE PAR MYCÉLIUM REMÉDIUM MYCOTECHNOLOGIES / ALAN BOCCATO

Il estime qu’une dissonance culturelle doit également être réévaluée.

On s’est fait dire toute notre vie que les champignons sont dangereux pour les maisons.

Une citation de Geoffroy Renaud, étudiant-chercheur à l’Institut de recherche en biologie végétale de l’UdeM

Selon Geoffroy Renaud, instaurer des boucles d’économie circulaire qui valorisent les résidus, notamment en mettant en marché les produits finis qui en résultent, fait partie des solutions pour faciliter l’adoption des mycomatériaux.

Avec des informations de David Ball

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La construction, un enjeu chaud de 2024

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

« [Le ministre du Travail] s’attaquera entre autres au cloisonnement des métiers, ce qui annonce une confrontation avec les syndicats », affirme notre chroniqueur.


Paul Journet
Paul Journet La Presse

En ce début d’année à Québec, tous les regards se tournent vers Jean Boulet et sa réforme de l’industrie de la construction. Surtout ceux de ses collègues.

Publié à 1h20 Mis à jour à 5h00

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Le ministre du Travail pilotera un des dossiers chauds de l’hiver. Il s’attaquera entre autres au cloisonnement des métiers, ce qui annonce une confrontation avec les syndicats. Et le résultat risque d’avoir un impact sur plusieurs missions de l’État.

En infrastructures, il y a surchauffe. D’ici 2033, les projets dépassent 150 milliards. Une hausse de 50 milliards depuis la première élection des caquistes. Et il manque de travailleurs pour les réaliser.

En santé, les 33 maisons des aînés promises pour 2022 ont été reportées d’une année. Parmi elles, le tiers est encore en retard. Or, avec le vieillissement de la population, la demande bondira de 70 %. Bref, on ne fournit pas et on se dirige vers un mur.

En éducation, pas moins de 61 % des écoles sont en « mauvais état », selon l’évaluation du Ministère. Et elles continuent de se dégrader plus vite qu’on ne les répare.

En énergie, Hydro-Québec prévoit ajouter 60 TWh d’ici 2035, et jusqu’à 200 TWh d’ici 2050. À court terme, on aura surtout besoin d’ingénieurs et d’autres employés affectés à la planification. Mais les ouvriers en construction devront suivre. Il en faudra en moyenne 35 000 par année. Ce recrutement constitue le principal défi de la transition énergétique, de l’aveu du PDG de la société d’État, Michael Sabia.

En transport, pendant que le gouvernement fait miroiter de nouveaux projets, il peine à entretenir les routes et les transports collectifs. Les travaux de la ligne bleue commencent lentement, et ceux du tramway à Québec pourraient reprendre. Sans oublier les chantiers majeurs comme la réfection déjà amorcée du tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine et celle à venir de l’autoroute Métropolitaine.

Et enfin, il y a le logement. Comme l’a récemment révélé La Presse Canadienne, le gouvernement fédéral avait été prévenu que son augmentation record de l’immigration aggraverait la pénurie de logements. Malgré tout, les libéraux sont allés de l’avant. L’offre ne suffisait déjà pas, à cause entre autres de raisons financières et réglementaires. La hausse de la demande accentue ce déséquilibre. On attend encore le plan de la ministre responsable, France-Élaine Duranceau, mais une chose est certaine : son succès dépendra notamment de la disponibilité et de l’efficacité des travailleurs.

Selon M. Boulet, l’industrie de la construction n’exploite pas son plein potentiel. On se prive de travailleurs, et on ne serait pas assez productif à cause des normes rigides.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre du Travail, Jean Boulet

Le projet de loi était prévu pour l’automne dernier. Il a été reporté pour deux raisons : la grève monopolisait toute l’attention et l’impopularité des caquistes les rendait présumés coupables. Ils voulaient un contexte plus serein pour mener ce débat. Car il sera vif, surtout au sujet de décloisonnement des 25 métiers, comme les carreleurs, plâtriers et briqueteurs.

Le ministre veut augmenter la « polyvalence » pour qu’un travailleur puisse faire davantage de tâches. La majorité des métiers risquent d’être touchés. On donne l’exemple d’une porte d’école – pour la réparer, il faudrait faire appel à sept métiers différents.

Les syndicats crient au sensationnalisme. Selon eux, un charpentier peut le faire seul, ou avec l’aide, si nécessaire, d’un peintre.

L’Association de la construction du Québec a commandé une étude à la firme AppEco. Elle conclut que le secteur serait parmi les moins productifs au pays, essentiellement à cause des conventions collectives et des barrières entre les métiers.

Étant donné l’importance de l’industrie, les conséquences sont majeures. Un gain de productivité de 10 % équivaudrait à la construction de 25 écoles.

Les syndicats jugent ces critiques exagérées. Ils soutiennent que le Québec se démarque par l’expertise de sa main-d’œuvre. Ils craignent une baisse de la qualité et de la sécurité.

Le projet de loi de M. Boulet ratissera plus large. On prévoit qu’il touchera également à la formation, à l’accessibilité, à la mobilité et à la négociation.

Le ministre souhaite assouplir la formation. À l’heure actuelle, il existe deux voies. La voie « régulière », avec un diplôme d’études professionnelles. Et l’« irrégulière », celle des « bassins » – des listes d’apprentis qui détiennent un certificat et qu’on peut repêcher en cas de pénurie.

M. Boulet voudrait créer une voie mitoyenne : une attestation d’études professionnelles, plus courte que le diplôme standard, mais plus exigeante que le certificat. Les syndicats craignent les iniquités entre travailleurs et les compromissions sur la qualité.

Pour l’accessibilité, il ne devrait pas y avoir de bataille. Le milieu de la construction compte moins de 4 % de femmes. Les Premières Nations, les minorités visibles et les nouveaux arrivants sont également sous-représentés. Nombre d’entre eux ne demandent qu’à aider, mais leurs compétences ne sont pas reconnues. Si l’État était moins inflexible, les immigrants pourraient augmenter l’offre de logements pour compenser leur hausse de demande⁠1.

Enfin, M. Boulet espère augmenter la mobilité des travailleurs, une mesure jugée cruciale particulièrement pour les grands chantiers en région. Là non plus, ce ne sera pas simple.

Et reste à voir ce que M. Boulet proposera exactement pour alléger les futures négociations de convention collective.

Après son élection, le gouvernement caquiste donnait l’impression de vouloir en découdre avec les syndicats. Ça s’est mal passé l’automne dernier. M. Boulet espère que ce sera différent. Il pèse ses mots et vise à rassembler. Mais ses collègues feront pression sur lui pour aller jusqu’au bout, en espérant que ça fonctionne.

1. Lisez la chronique de Jean-Philippe Décarie à ce sujet

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It’s annoying how they’re rejecting people entering Canada because of lack of housing, which is reasonable sounding, but then there’s a lack of workers to make the housing and do other projects… if only people were trying to immigrate into Canada and get jobs! It’s a little bit of a chicken or the egg situation

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Mobilité régionale dans la construction Les syndicats se préparent à un affrontement

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Québec veut permettre une plus grande mobilité des travailleurs de la construction entre les régions, une question qui inquiète les syndicats.

(Québec) Le gouvernement Legault veut décloisonner les métiers de la construction, mais il pourrait également permettre une plus grande mobilité des travailleurs à l’intérieur de la province. Les syndicats se préparent à un affrontement et affirment que ce geste nuirait aux régions.

Publié à 1h47 Mis à jour à 5h00

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Charles Lecavalier
Charles Lecavalier La Presse

« J’ai une terrible peur. Ils vont tuer les régions. La grande majorité de l’ouvrage est entre Montréal et Québec. Il va arriver quoi si les compagnies descendent en région avec leur main-d’œuvre ? Ça, c’est épeurant. J’espère que les gens vont se mobiliser », déplore Carl Dufour, président de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD) Construction.

M. Dufour et les autres syndicats de la construction se préparent à un combat sur cette question.

Le ministre du Travail, Jean Boulet, doit déposer prochainement un projet de loi pour « moderniser le milieu de la construction ». Il a déjà détaillé une première mesure : permettre le décloisonnement de certains métiers, aussitôt décrié par les syndicats. Mais M. Boulet songe à tirer sur un autre levier pour rendre l’industrie de la construction plus compétitive : s’attaquer à la « mobilité » des travailleurs. Il n’a toutefois pas indiqué de quelle façon il y parviendrait.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le ministre du Travail, Jean Boulet, rencontrant des travailleurs de la construction en marge d’une annonce sur les formations accélérées en construction, en octobre dernier

En allant de l’avant, Québec répondrait en partie ou en totalité à la requête des représentants patronaux. L’Association de la construction du Québec (ACQ) demande l’abolition pure et simple des régions de construction.

Le responsable des affaires publiques de l’organisme, Guillaume Houle, donne en exemple un entrepreneur de Québec qui remporterait un contrat au Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les règles actuelles l’empêchent d’avoir une équipe composée à 100 % de travailleurs résidant dans la Capitale-Nationale. « Il va être obligé d’embaucher des employés qu’il ne connaît pas et de les former sur le tas, alors qu’une équipe de travail soudée est plus efficace », déplore-t-il.

Du côté de l’Association des professionnels de la construction et de l’habitation du Québec (APCHQ), on estime que ce règlement est une « limitation au droit du travail » et qu’il s’agit de la « seule industrie où on empêche les gens de travailler en raison de leur code postal ».

La vice-présidente de l’organisme, Isabelle Demers, souligne que le statu quo crée des aberrations : des travailleurs qui résident dans une ville située à proximité d’une frontière entre deux régions peuvent se voir priver d’un travail à quelques kilomètres de leur domicile.

Des heures pour les travailleurs locaux

Mais les syndicats estiment que ces arguments sonnent creux. Ils plaident qu’en moyenne, les travailleurs de région travaillent moins d’heures que la moyenne provinciale et qu’il faut les protéger.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Chantier de l’usine de Nemaska Lithium à Bécancour, en août dernier

Michel Trépanier, président du Conseil provincial du Québec des métiers de la construction (International), croit que de répondre aux demandes patronales serait nuisible à l’économie des régions. Les travailleurs locaux, dit-il, devraient être les premiers à bénéficier de la manne du développement de la filière batterie à Bécancour, par exemple. Et « comme payeur de taxes », il estime que l’école qui sera bâtie près de chez lui devrait être érigée par des employés du coin.

Et s’il y a une pénurie de travailleurs dans une région, c’est surtout le signe qu’il faut en former davantage pour qu’ils s’y établissent.

Un « non catégorique » pour la FTQ

Pour Éric Boisjoly, de la FTQ-Construction, le plus gros syndicat de l’industrie, « c’est clair que c’est un non catégorique ». Il dit s’étonner de voir que François Legault, qui a historiquement « priorisé l’employabilité régionale », pourrait aller à l’encontre de ce principe. Il indique qu’en général, les maires et préfets des régions éloignées ont toujours été du côté des syndicats pour « garder nos jobs ».

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Éric Boisjoly, directeur général de FTQ-Construction

Du côté du Syndicat québécois de la construction (SQC), le directeur général Charles-Olivier Picard souligne que « le règlement sur la mobilité des travailleurs est là pour assurer un équilibre au niveau des emplois un peu partout en région ».

Est-ce que le travailleur domicilié à Rimouski doit être en compétition avec un entrepreneur domicilié en Beauce pour un travail à Rimouski ? Si la réponse est oui, je me questionne sur le bien-fondé d’un tel règlement.

Charles-Olivier Picard, directeur général du Syndicat québécois de la construction

Ils attendent avec impatience le dépôt du projet de loi de M. Boulet, qui devait être présenté à l’automne, mais qui a été reporté à l’hiver.

Main-d’œuvre demandée

Si le ministre Boulet veut moderniser la loi sur la construction, c’est pour répondre à un besoin criant. Malgré une forte diminution des heures travaillées dans le secteur résidentiel en 2023, il y a toujours entre 10 000 et 12 000 postes vacants dans l’industrie.

La Commission de la construction du Québec (CCQ) précise que la demande pour la main-d’œuvre reste élevée, « notamment dû aux annonces gouvernementales » : ces maisons des aînés, écoles et hôpitaux que le gouvernement caquiste cherche à ériger.

L’industrie nécessite près de 16 000 nouveaux travailleurs par année d’ici 2027 « pour répondre aux besoins et remplacer les départs ».

C’est largement supérieur à la capacité des écoles de métiers, avec ou sans la formation accélérée mise en place par le ministre et décriée par les syndicats. Les entreprises recrutent donc des travailleurs non qualifiés, formés grâce au système de compagnonnage. Ils représentent plus de 70 % des nouveaux venus dans l’industrie.

Il s’agit d’un problème identifié à la fois par les patrons et par les syndicats, qui soulignent que ces employés sont moins performants et ont tendance à délaisser l’industrie plus rapidement.

Où sont les femmes ?

Autre point soulevé : l’industrie aurait avantage à recruter davantage de femmes, de membres des Premières Nations et de personnes issues de l’immigration. « On est à environ 3 % de main-d’œuvre féminine dans l’industrie. On a des gens d’autres nationalités qui se sont établis au Québec. Les entrepreneurs sont réfractaires à les embaucher », déplore Éric Boisjoly de la FTQ-Construction. Il estime que le gouvernement du Québec pourrait hausser significativement le nombre de femmes, par exemple, en exigeant un seuil minimum à un entrepreneur pour obtenir un contrat public.

Mais le défi est complexe. « Les femmes affichent un taux d’abandon systématiquement plus élevé que les hommes », note une étude de la CCQ de 2021. Pour M. Picard, du SQC, il y a un gros travail de « prévention » à faire : « Des griefs de harcèlement avec la main-d’œuvre, ce n’est pas normal qu’on en fasse autant. »

Les propositions de l’industrie :

  • Décloisonner plusieurs métiers de la construction, ce qui augmenterait l’efficacité des travailleurs de 10 %, selon un sondage mené auprès d’entrepreneurs
  • Permettre la mobilité des travailleurs partout au Québec
  • Améliorer la formation

Les propositions syndicales :

  • Inclure une disposition anti-briseurs de grève dans la loi
  • Permettre la rétroactivité lors de la signature de la convention collective
  • Inclure un quota de femmes obligatoire sur un chantier pour obtenir un contrat gouvernemental
  • Modifier le cursus scolaire pour intégrer l’alternance travail-études

Sérieusement, être contre cela, il faut le faire…

Prendre des décisions à partir de courtes phrases sans mettre les choses dans leur véritable contexte peut conduire à plus de problèmes que de solutions. On a déjà vécu des années de grands conflits dans l’industrie de la construction. Alors prendre des raccourcis est un risque qui pourrait nuire aux ententes déjà réglées dans le passé.

Personnellement je fais davantage confiance aux négociations de bonne foi entre syndicats, entreprises et gouvernement, en se basant d’abord sur notre propre expérience et aussi sur ce qui se fait ailleurs dans les autres provinces.

Toutefois on ne peut pas faire du copier-coller automatique, car les lois et réglementations varient grandement d’une province à l’autre. D’ailleurs on est ici dans un environnement très complexe et très sensible où chaque détail compte. Donc prudence puisque dans ce dossier il n’y a pas de place pour l’improvisation (marque de commerce de la CAQ) et les raccourcis contre-productifs inspirés par un mauvais sentiment d’urgence.

On est philosophiquement en désaccord.

La bonne foi est le poison qui contamine les conventions. L’expression que l’enfer est pavé de bonnes intentions (et par association de bonne foi) n’existe pas pour rien. La bonne foi est arbitraire et non-mesurable, et n’a pas de base commune. Donc on ne peut pas valider son rapport, son efficacité, ni son efficience.

On n’a qu’à regarder les aléas moraux dans les conventions des infirmiers/infirmières et le résultat pour prendre exemple. Chaque parti a ses agendas, qui peuvent nettement diverger de la cause globale. Par exemple un syndicat est par nature territoriale, donc l’effet de chasse-gardé peut va affecter ses directives/motivations.

Anecdote d’actualité, les gens qui votent présentement pour Donald Trump dans les primaires républicaines argumentent sa bonne foi comme raison.

Jean Boulet se prépare à la bataille de la réforme de l’industrie de la construction


Photo: Christinne Muschi, La Presse canadienne
«Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est qu’on réduise les délais de construction, qu’on baisse les coûts et qu’on ait un meilleur arrimage entre la capacité québécoise de construire et les besoins immenses», a fait valoir le ministre Jean Boulet jeudi.

Marco Bélair-Cirino
à Sherbrooke
11 h 34
Québec

Le ministre du Travail, Jean Boulet, préfère parler de « réforme » ou de « modernisation » plutôt que de « révolution ». Il n’en demeure pas moins qu’il entreprendra cet hiver, selon ses propres mots, « la plus importante révision » de la Loi sur les relations du travail, la formation professionnelle et la gestion de la main-d’oeuvre dans l’industrie de la construction. Les associations syndicales et patronales sont sur le pied de guerre.

M. Boulet déposera prochainement un projet de loi qui « aider [a] » l’industrie de la construction à « répondre mieux aux besoins des Québécois », à commencer par ceux à pied d’oeuvre dans la filière énergie et la filière batterie, a-t-il indiqué à quelques jours de la reprise des travaux à l’Assemblée nationale.

« Ce qui m’intéresse beaucoup, c’est qu’on réduise les délais de construction, qu’on baisse les coûts et qu’on ait un meilleur arrimage entre la capacité québécoise de construire et les besoins immenses […] : c’est les centres de la petite enfance, c’est les maisons, c’est les logements, les hôpitaux, les écoles… », a-t-il fait valoir dans une mêlée de presse.

M. Boulet veut également « s’assurer que des projets industriels importants se concrétisent dans des régions » dévitalisées connaissant une pénurie de main-d’oeuvre. « Vous le savez, avec la filière batterie, la filière énergie, il y a des besoins de main-d’oeuvre. Donc le projet de loi va s’intéresser à cette réalité-là », a-t-il fait remarquer, martelant des mots-clés comme « polyvalence », « flexibilité » et « mobilité ».

M. Boulet montre du doigt un écart de productivité de 9 % entre le Québec et le reste du Canada (au désavantage du Québec), et de 11,6 % entre le Québec et l’Ontario, qui « doivent être comblés ».

« Partage des tâches »

Pour y arriver, il compte notamment favoriser « un certain partage de tâches » entre certains des travailleurs des 25 métiers de la construction énumérés dans la loi — les ferblantiers, les frigoristes, les charpentiers-menuisiers, les plâtriers, les peintres, les carreleurs, etc. —, ce qui ne se fera pas en criant ciseau.

D’ailleurs, il invite les associations syndicales et patronales à participer à la consultation sur son projet de loi, qu’il qualifie déjà, avant même de l’avoir déposé à l’Assemblée nationale, de « perfectible ».

« Il n’est pas question de toucher à des conditions de travail », a répété M. Boulet, avant d’ajouter : « Je pense qu’il faut revoir notamment l’organisation de travail, s’intéresser à l’accès de nouvelles personnes. »

Les femmes, les personnes immigrantes, autochtones ou en situation de handicap, ainsi que les minorités visibles sont « sous représentées » sur les chantiers de construction, insiste-t-il. « Il faut permettre au charpentier-menuisier qui arrive de l’Ukraine ou la peintre qui arrive de Colombie de venir travailler en construction et qu’on reconnaisse ses acquis, ses expériences et sa formation. C’est par un changement législatif qu’on fait ça », a-t-il expliqué.

Son projet de loi pourrait-il renfermer des « quotas » pour accroître la présence de femmes sur les chantiers de construction ? Elles constituent actuellement 3,65 % des travailleurs de la construction. « Je n’irai pas dans des détails de cette nature-là », s’est contenté de répondre M. Boulet en marge du caucus présessionnel des élus de la Coalition avenir Québec à Sherbrooke.