Les Pays-Bas condamnés par la justice
Un tribunal néerlandais a ordonné mercredi aux Pays-Bas de mieux protéger une de leurs îles des Antilles contre le changement climatique et de se doter d’ici 18 mois d’objectifs contraignants de réduction de leurs émissions de gaz à effet de serre. « Le gouvernement néerlandais n’en fait pas assez pour protéger les habitants de Bonaire », une petite île située au large du Venezuela menacée par la montée du niveau de la mer, a déclaré le juge. Il s’agit du premier cas d’importance depuis que la Cour internationale de justice a statué que le manque d’action climatique des États est une violation du droit international1.
Lisez l’article « Changements climatiques : ne pas agir viole le droit international, tranche la Cour internationale de justice »
Jean-Thomas Léveillé, La Presse, avec l’Agence France-Presse
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Amsterdam interdit la publicité pour la viande et les hydrocarbures

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Amsterdam, aux Pays-Bas
La viande et les énergies fossiles disparaîtront des panneaux publicitaires à Amsterdam le 1er mai prochain. Les élus de la capitale des Pays-Bas ont adopté le 22 janvier une interdiction de la publicité dans les espaces publics de produits à l’empreinte carbone élevée, comme les véhicules thermiques, les vols d’avion et les produits carnés, ont rapporté divers médias. De telles interdictions existent déjà dans de nombreuses villes européennes, mais Amsterdam devient la première capitale à leur emboîter le pas. Cette interdiction intervient d’ailleurs après qu’un tribunal ait maintenu une politique similaire adoptée par la ville de La Haye, que des organisations de l’industrie du voyage tentaient de faire invalider.
Jean-Thomas Léveillé, La Presse
Les pneus accusés de tuer les saumons

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L’usage du 6PPD dans la fabrication des pneus serait lié à une mortalité importante des saumons sur la côte ouest américaine.
Une dizaine de fabricants de pneus faisaient face à la justice à San Francisco, la semaine dernière, accusés par des pêcheurs d’utiliser un additif associé à une mortalité importante des saumons sur la côte ouest américaine, de l’Alaska à la Californie. Les plaignants dénoncent l’usage du 6PPD, utilisé depuis des décennies pour empêcher le caoutchouc de se craqueler au contact de l’air. Plusieurs études ont démontré qu’il se transforme en un dérivé d’une extrême toxicité pour certains poissons, même à très faible dose. Pour les industriels, dont le japonais Bridgestone, le français Michelin, et l’italien Pirelli, il n’existe encore aucune solution de remplacement.
Jean-Thomas Léveillé, La Presse, avec l’Agence France-Presse

PHOTO FOURNIE PAR LA MUNICIPALITÉ DE LA PÊCHE
Un aperçu de l’intérieur de l’hôtel de ville de La Pêche
Depuis l’automne 2024, le conseil municipal de La Pêche ne siège plus au vieux presbytère. La municipalité nichée sur la rive gauche de la rivière des Outaouais s’est offert un vrai hôtel de ville. Mais pas n’importe lequel : un bâtiment entièrement en bois, qui repousse les limites de l’efficacité énergétique et de la carboneutralité.
« Ce n’est pas banal pour une municipalité de 8636 habitants », souligne le maire, Guillaume Lamoureux.
Au Québec, cet hôtel de ville est l’un des premiers projets institutionnels en voie d’obtenir la certification Passivhaus, qui existe pourtant depuis 30 ans. Il s’agit de l’une des certifications les plus sévères au monde, ont affirmé à La Presse des experts en construction bioclimatique.
Ses exigences ne se limitent pas à l’ultra-efficacité énergique. Le confort aussi est essentiel, ainsi que le choix des matériaux et des appareils ménagers. En cas de panne d’électricité en hiver, un bâtiment Passivhaus conservera sa chaleur durant quelques jours.
Résumé

PHOTO FOURNIE PAR LA MUNICIPALITÉ DE LA PÊCHE
L’hôtel de ville de La Pêche est l’un des premiers projets institutionnels en voie d’obtenir la certification Passivhaus.
Le bâtiment est chauffé à basse température avec l’aérothermie, et des serpentins électriques dans le système d’alimentation en air compensent la baisse d’efficacité de cette technologie par grands froids. Une dalle radiante au plancher complète le système de chauffage. Les fenêtres s’ouvrent grâce à un savant système de volets pour assurer une bonne ventilation. Elles sont dotées d’un vitrage triple épaisseur pour éviter les pertes de chaleur en hiver. Il y a quand même la climatisation pour contrer les canicules estivales, mais elle s’arrête automatiquement à une température donnée ou si quelqu’un ouvre une fenêtre.
Guillaume Lamoureux, le maire de La Pêche, revenait d’un tournoi de hockey junior à Val-d’Or, en Abitibi, lorsqu’il a raconté à La Presse l’histoire derrière la conception de l’hôtel de ville, inauguré à l’automne 2024. Le bâtiment qui a coûté environ 11 millions, dont plus de la moitié provenant de subventions, est considéré comme un puits de carbone.
En bois
« Au tournant des années 2020, le conseil s’est entendu pour dire qu’il était plus que temps de se doter d’un hôtel de ville. Jusque-là, nous siégions dans une maison des années 1950, l’ancien presbytère, trop froid en hiver, avec son annexe. Rapidement, nous nous sommes dit que, tant qu’à construire, nous allions construire en bois, avec quelque chose de durable dans le temps. Nous avons alors entrepris d’aller chercher du financement du Fonds municipal vert [canadien] et de Québec », raconte le maire Guillaume Lamoureux.

PHOTO FOURNIE PAR LA MUNICIPALITÉ DE LA PÊCHE
L’inauguration de l’hôtel de ville en novembre 2024 avec plusieurs dignitaires, dont le maire de La Pêche, Guillaume Lamoureux (troisième à partir de la droite)
L’hôtel de ville de 1417 mètres carrés s’inspire de la nature et des fameux ponts couverts de la région, avec sa toiture en dents de scie et sa grosse charpente en bois. C’est du bois massif venant de la scierie Nordic Structures, à Chibougamau, dans le nord du Québec, assez solide pour remplacer le béton ou l’acier, de grands émetteurs de gaz à effet de serre (GES). Il s’agit de panneaux en bois lamellé-croisé (CTL) constitués de plusieurs couches de planches de bois séchées, collées à 90 degrés.
Dominique Laroche, architecte principal du projet, de la firme BGLA, ne s’en cache pas : il est devenu écoanxieux en 1997, dans la foulée du trou dans la couche d’ozone, l’année juste avant la crise du verglas au Québec.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE
Dominique Laroche, architecte principal du projet
Je crois que nous sommes sur le point de frapper un mur avec le réchauffement de la planète. Je tente de faire ma part, mon maximum en architecture.
Dominique Laroche, architecte principal du projet
« Je suis découragé quand je vois sortir de terre une autre tour de plusieurs dizaines d’étages de haut, noire, vitrée. On ne se rend pas compte de l’énergie nécessaire pour les climatiser. Il faut en finir avec l’architecture jetable », dit-il.
Des matériaux au grille-pain
L’architecte explique que l’hôtel de ville de La Pêche a été construit selon le principe du « carbone intrinsèque », donc en pensant aux émissions de gaz à effet de serre liées à la production du bois, à son transport, à son installation, à son entretien, et jusqu’à l’évaluation de la fin de vie de la charpente.
Les matériaux sont locaux : l’encadrement des fenêtres est aussi en bois et le revêtement en cèdre de l’Est. Sur le plan énergétique, tout a été calculé, jusqu’à la consommation du grille-pain dans la salle des employés.
L’hôtel de ville consomme en énergie à peine 9500 $ par année. S’il avait été conçu de façon classique, il aurait consommé 26 000 $. On parle donc d’une économie de 17 000 $ par année. Pour résumer, on a réduit de 85 % la consommation énergétique du bâtiment comparativement à l’ancienne référence [2021] du Code national de l’énergie pour les bâtiments.
Dominique Laroche, architecte principal du projet
La certification Passivhaus se classe parmi celles qui imposent les plus hauts standards au monde, confirme le professeur au département de stratégie, responsabilité sociale et environnementale de l’UQAM Yvon Rudolphe, un évaluateur agréé. Selon lui, les pays scandinaves sont à l’avant-garde, tout comme l’Allemagne, la Suisse, même l’Asie. Au Québec, rien ne changera tant que le gouvernement ne modifiera pas son code du bâtiment avec des exigences environnementales strictes, estime-t-il.
« Ces pays prennent généralement mieux soin de leurs forêts. Ici, on abuse de nos arbres, déplore-t-il. Il faudrait commencer à mieux penser le reboisement, à diversifier. Pour le moment, les certifications, telles Leed et Green, sont considérées comme des éléments promotionnels par les entrepreneurs, pour vendre. Il faudrait des mesures robustes pour renverser la tendance, également de la part des institutions financières pour les taux d’intérêt, et des assurances. »
Lisez l’article « Nouvel édifice de Jeunesse au Soleil : l’âme d’un centre en bois »