«Ma pire année à vie»: une commerçante plie bagage à cause des pistes cyclables
La piste cyclable sur Henri-Bourassa pousse une commerçante à déménager sa boutique à 45 minutes de Montréal alors que des cyclistes s’apprêtent à inaugurer une nouvelle portion de l’artère dimanche
MARIE-LAURENCE DELAINEY
Dimanche, 16 novembre 2025 06:00La piste cyclable sur le boulevard Henri-Bourassa pousse une commerçante à déménager sa boutique à 45 minutes de Montréal, au moment même où des cyclistes s’apprêtent à inaugurer une nouvelle portion de l’artère dimanche.
«Qu’ils mangent de la marde! Ils ne veulent pas de nous. Ils ne veulent pas des commerces», lance la propriétaire de Vitrerie Saint-André, Martine Grisé.
Après 35 ans d’activité, elle déménagera l’automne prochain son commerce à environ 50 kilomètres du quartier, à Saint-Lin–Laurentides. La raison: les places de stationnement retranchées pour faire place à la piste cyclable aménagée sous l’administration de Valérie Plante.
«Cette année, il n’y avait pas un chat. Ce n’est pas accessible. Les gens ne sont pas contents. Ils ne savent pas où aller. Ils sont stationnés loin. Ils ont une vitre, [une] moustiquaire, je les aide parce que je me sens mal», explique Mme Grisé qui faisait ses boîtes quand nous l’avons rencontrée, déménageant à la fois sa résidence et sa boutique.
Baisse du chiffre d’affaires de 60 000$
«Ça fait au moins deux ans que les ventes ont commencé à baisser», a-t-elle expliqué. «Mais là, ça a été ma pire année à vie. Mon chiffre d’affaires a baissé de 60 000$ en huit mois. […] Au début, j’ai fait énormément d’anxiété, j’ai appelé mon médecin, il a fallu que je me fasse aider un peu. Mais là, je vais bien, [depuis] que la décision [a été] prise.»
Depuis l’aménagement de la piste cyclable sur Henri-Bourassa, deux des quatre voies dans chaque direction ont été remplacées par une voie réservée aux autobus et une aux vélos. À terme, le projet doit s’étendre de l’autoroute 40 au boulevard Albert-Hudon.
«On comprend [que] la perte de stationnement est un problème pour tout le monde. […] Il faut donner le temps au REV [Réseau express vélo]. [Les] gens vont s’habituer et trouver une autre façon», explique Séverine Lepage, porte-parole de Vélorution Montréal, un collectif qui s’oppose à la place prépondérante accordée à la voiture.
Nouvelle portion du REV
Ce groupe inaugurera d’ailleurs dimanche une nouvelle portion du REV d’Henri-Bourassa à l’est. Des cyclistes circuleront sur l’artère en fin de matinée.
«Avec la grève des transports, il y a de plus en plus de personnes qui se sont mises à essayer le vélo», a ajouté Mme Lepage. «Beaucoup de gens disent qu’ils peuvent prendre Gouin, Prieur et Sauriol, mais ce sont des chemins interrompus sinueux qui ne sont pas aussi sécuritaires.»
La position de la nouvelle administration à la Ville de Montréal tranche avec celle de Valérie Plante.
«Nous avons un problème avec ce projet de corridor de mobilité de la ville centre. Les conséquences de l’aménagement n’ont pas été évaluées comme il faut», a écrit la nouvelle mairesse d’Ahunstic-Cartierville, Maude Théroux-Séguin, dans sa page Facebook, le 6 novembre. Malgré nos demandes répétées, cette dernière n’a pas répondu à nos questions.
«C’est le non-entretien qui nous fait peur. C’est d’abandonner l’entretien qui rendrait les pistes dangereuses», craint la porte-parole de Vélorution.
Un regroupement menace de poursuivre la Ville
La Coalition démocratie Montréal, qui milite pour que les voix des citoyens soient entendues, demande à rencontrer la nouvelle mairesse Soraya Martinez Ferrada dans un délai de 30 jours, sans quoi elle menace de poursuivre la Ville «pour les dommages causés par les pistes cyclables».
«Nous allons suspendre notre dépôt de poursuite jusqu’à ce qu’on ait la chance de parler avec elle pour qu’on soit mieux informés de ses intentions», explique le président de la Coalition, Marc Perez.
«On a été piétiné […] par l’administration de Projet Montréal pendant huit ans. C’est très rafraîchissant de voir arriver une nouvelle garde», tient à souligner le propriétaire de Salaison St-André, André Savoie, un commerçant qui appuie la poursuite.